23 mars 2017

Les Québécois "sont presque pathologiquement aliénés"


Le Canada anglais n'en manque pas une.

Toutes les occasions sont bonnes pour vomir leur mépris à la face des Québécois. Absolument toutes. Et les grands quotidiens anglos ne refusent jamais de publier les pires diffamations. C'est une véritable fixation nationale.

La tempête de neige de la semaine dernière et le fiasco qui a laissé des dizaines de voitures coincées sur l'autoroute 13 est le plus récent prétexte pour croquer du frog. Voici l'article écrit par Andrew Potter, directeur de la McGill Institute for the Study of Canada, publié par l'infâme magazine Maclean's (veuillez noter qu'il s'agit ici d'une version modifiée afin de retirer certaines des faussetés contenues dans le texte original):

Major public crises tend to have one of two effects on a society. In the best cases, they serve to reveal the strength of the latent bonds of trust and social solidarity that lie dormant as we hurry about the city in our private bubbles—a reminder of the strength of our institutions and our selves, in the face of infrastructure. Such was the case in New York after 9/11, and across much of the northeast during the great blackout of 2003.

Dès le départ, la prémisse est malhonnête. Regardez à quoi l'auteur compare l'épisode de l'autoroute 13.

Première comparaison: les attentats terroristes de New York en 2001. Est-il nécessaire de spécifier qu'il est complètement ridicule de comparer cet épouvantable attentat terroriste avec des autos coincées dans la neige sur une autoroute? Ces deux événements n'ont strictement rien à voir l'un avec l'autre. C'est n'importe quoi. Personne n'est mort sur l'autoroute 13. La tempête de neige n'était pas une attaque hostile. À moins d'être coincé sur cette autoroute, la situation ne semblait initialement pas si grave vue de l'extérieur. Moi, je prenais pour acquis que les services d'urgence étaient sur place pour aider les gens. Comment aurais-je pu deviner que ce n'était pas le cas? Nous n'avons compris l'ampleur de la crise que le lendemain, une fois celle-ci terminée!


Deuxième comparaison: la panne de courant nord-américaine de 2003. Cette comparaison est un peu moins débile que la précédente, mais elle demeure frivole. Si M. Potter était intéressé à comparer des situations semblables, il aurait pu parler de la crise du verglas de 1998. Il aurait constaté que les Québécois ont fait preuve d'une grande solidarité lors de cet événement. Je sais de quoi je parle, des membres de ma famille me sont généreusement venus en aide et j'aurais été bien mal pris sans eux.

Mais qu'est-ce que M. Potter aurait voulu que les Québécois fassent lors de la dernière tempête? Aurait-il voulu que la population se rende sur place pour déplacer eux-mêmes les putains de camions qui bloquaient les voies? Aurait-il voulu que les Montréalais investissent l'autoroute avec leurs pelles pour la déneiger? Sait-il à quel point cette autoroute est difficile d'accès?

Ce qui s'est passé sur l'autoroute l'autre jour démontre l'inefficacité des services d'urgence, la lourdeur bureaucratique et l'incompétence du gouvernement libéral. La population n'est pas à blâmer et il faut être sérieusement malhonnête pour affirmer le contraire.

Mais voilà, dès qu'il est question du Québec, toutes les raisons sont bonnes pour nous dépeindre comme une société malsaine, dysfonctionnelle, débile et pitoyable.

But sometimes the opposite occurs. The slightest bit of stress works its way into the underlying cracks of the body politic, a crisis turns those cracks to fractures, and the very idea of civil society starts to look like a cheapo paint job from a chiseling body shop. Exhibit A: The mass breakdown in the social order that saw 300 cars stranded overnight in the middle of a major Montreal highway during a snowstorm last week.

Pour M. Potter, l'événement de l'autoroute 13 démontre qu'au Québec, l'idée même de "société civile" n'est qu'une façade. Elle n'existe pas vraiment. On n'a pas de société civile, nous. On se câlisse des gens en détresse. Au Canada anglais et aux États-Unis, les gens s'entraident. Pas ici.

Pour M. Potter, des voitures coincées dans la neige n'est pas un simple problème de logistique ou d'organisation... non! Cela constitue UN ÉCROULEMENT MASSIF DE L'ORDRE SOCIAL!

M. Potter aime dramatiser. Tenez, un peu de musique d'ambiance pour accompagner la lecture de son article:



Et si vous pensez que le paroxysme du fantasme apocalyptique est atteint, vous n'avez encore rien vu.

The fiasco is being portrayed as a political scandal, marked by administrative laziness, weak leadership, and a failure of communication. And while the episode certainly contains plenty of that, what is far more worrisome is the way it reveals the essential malaise eating away at the foundations of Quebec society.

Selon M. Potter, le Québec est rongé par UN PROFOND MALAISE EXISTENTIEL qui effrite LES FONDATIONS MÊMES de la société.

En quoi des autos coincées sur une autoroute pendant une tempête révèle-t-il cela? Aucune maudite idée. L'auteur lui-même n'établit aucune lien clair entre la tempête et sa thèse de l'écroulement social.

En fait, la tempête n'est qu'un prétexte. Il ne la mentionnera plus qu'une seule fois, à la toute fin de son article, pour faire joli. À partir de maintenant, l'objectif de l'auteur est plutôt de psychanalyser tout un peuple afin de lui diagnostiquer des troubles psychologiques collectifs.


Compared to the rest of the country, Quebec is an almost pathologically alienated and low-trust society, deficient in many of the most basic forms of social capital that other Canadians take for granted. 

L'affirmation est assassine et d'un mépris absolument extraordinaire. Décortiquons-la:

1- Contrairement aux Canadiens anglais, les Québécois "sont presque pathologiquement aliénés."

Que veut dire l'auteur exactement? Le terme anglais "alienated" peut signifier plusieurs choses. Dans ce cas-ci, je soupçonne qu'il est probablement utilisé dans le sens de cette définition du Merriam-Webster: "to cause to be estranged:  to make unfriendly, hostile, or indifferent especially where attachment formerly existed." C'est-à-dire, en français, que les Québécois seraient froids, isolés, hostiles et indifférents à la souffrance d'autrui.

Rappelez-vous que l'auteur ne se contente pas de dire que certains Québécois sont comme ça. Si c'est ce qu'il disait, on ne pourrait qu'être d'accords (tout en soulignant toutefois que cela n'a strictement rien à voir avec le fiasco de l'autoroute 13).

Mais ce n'est pas ce qu'il dit. Il généralise à toute la société. Il nous compare défavorablement au Canada anglais en affirmant que LE QUÉBEC est moins empathique que le reste du pays. Il croit que notre cas est presque PATHOLOGIQUE.

L'affirmation est extraordinaire. Et, comme chacun sait, une affirmation extraordinaire requiert des preuves extraordinaires. Or, sur quoi M. Potter s'appuie-t-il pour faire de telles affirmations? Pour l'instant, sur rien du tout.


2- Contrairement aux Canadiens anglais, les Québécois ont un "capital social" déficient, même dans ce qu'il y a de plus élémentaire.

Qu'est-ce que le capital social?

Je ne suis pas sociologue, mais si j'ai bien compris, le capital social serait la capacité d'une société de collaborer, de s'entraider et de s'impliquer dans sa communauté.

Pour M. Potter, les Québécois sont incapables DE LA FORME LA PLUS ÉLÉMENTAIRE d'entraide. On se contre-câlisse complètement des autres. Contrairement aux Canadiens anglais qui sont, eux, beaucoup plus empathiques, solidaires et serviables que nous, bien sûr.

Tout d'abord, dans le contexte de ce qui s'est passé sur l'autoroute 13, on est en droit de se demander encore une fois: Qu'est-ce que M. Potter aurait voulu que la population fasse exactement?

Dites-moi, M. Potter, vous qui êtes un Canadien anglais si généreux et empathique, où étiez-vous cette nuit-là? Prêchiez-vous par l'exemple? Étiez-vous sur place, pelle à la main, en train de distribuer à vos frais des cafés Tim Horton aux automobilistes frigorifiés? Étiez-vous accompagnés de vos preux compatriotes anglophones qui sont, comme vous, beaucoup plus généreux et serviables que ces maudits frogs pathologiquement individualistes et sans-coeurs?

Ah non? Vous étiez bien au chaud dans votre lit? Et vos petits amis anglos aussi? Tiens donc, comme c'est étrange...

Et on attend toujours de voir sur quelles études solides et approfondies ce bon M. Potter s'appuie pour faire des affirmations aussi extraordinaires.

This is at odds with the standard narrative; a big part of Quebec’s self-image—and one of the frequently-cited excuses for why the province ought to separate—is that it is a more communitarian place than the rest of Canada, more committed to the common good and the pursuit of collectivist goals.

Encore une fois, il est difficile de discuter ce point puisque le terme "communitarian" peut vouloir dire deux choses distinctes en français.

Il peut vouloir dire communautaire:

La notion de communauté est également un concept du droit qui désigne un groupe de personnes possédant et jouissant de façon indivise d'un patrimoine en commun. (...)

Dans son usage politique actuel le plus courant, le mot communauté évoque des collectivités historiques ou culturelles (...)

Ou il peut vouloir dire communautariste:

Selon Pierre-André Taguieff, «le communautarisme est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté.» 

(...) Gil Delannoi, chercheur au CEVIPOF, le définit ainsi : «si le nationalisme est une obsession de la Nation, le communautarisme est une obsession de la communauté». Le communautarisme place une communauté hiérarchiquement au-dessus des autres et exige une forte cohésion de ses membres dans la quasi totalité des aspects de leur vie. S'y ajoute une différenciation compétitive voire combattante avec d'autres entités nationales ou communautaires.

Le terme a également une signification très péjorative en France, mais pas au Québec... du moins, pas encore.

Alors quelle est la signification exacte du terme utilisé par M. Potter? Je ne saurais le dire avec certitude. Il est effectivement difficile de le déterminer dans un tel texte rempli de généralisations gratuites, de stéréotypes faciles, de fausses équivalences et de turpitudes. Mais connaissant l'opinion que se font de nous les Canadiens anglais et sachant que ces derniers parlent souvent (tantôt en bien et tantôt en mal) de nos programmes sociaux, je suppose que M. Potter fait davantage référence au communautaire qu'au communautarisme. Mais je ne peux pas en être certain.

Alors, si on revient au texte de M. Potter, il affirme que l'un des principaux prétextes des séparatistes québécois est que le Québec est plus communautaire ou communautariste que le reste du Canada. Vraiment, M. Potter?

Je vis au Québec depuis pas mal plus longtemps que vous, je suis souverainiste depuis plus de deux décennies et dans tous les nombreux discours, essais et conversations que j'ai écoutés ou lus, vous savez combien de fois j'ai vu cet argument mis de l'avant?

Vite de même? Pas une esti de fois.

Bien sûr, j'ai souvent entendu des gens, souverainistes et fédéralistes, vanter les mérites de nos programmes sociaux, mais cela ne constitue pas l'un des "prétextes" principaux (ou même secondaires) des souverainistes.

En fait, si on avait une conversation sur ce sujet, je serais plutôt d'accord pour dire que le Québec n'est pas une société communautariste. J'ignore si nous le sommes plus ou moins que les autres puisque je n'ai pas vécu à l'étranger (à part en Nouvelle-Zélande, mais comme j'habitais un lieu rural et qu'ici je vis en ville, la comparaison est boiteuse).

L'attachement des Québécois aux programmes sociaux signifie-t-il que nous possédons collectivement des valeurs communautaires? Sans doute. Nos programmes sociaux font-ils de nous une société plus communautariste? Je ne vois pas comment.

Mais une chose est certaine, que le Québec soit communautaire ou pas, communautariste ou pas et collectiviste ou pas n'a strictement rien à voir avec la question de la souveraineté et je n'ai jamais vu, lu ou entendu des souverainistes l'évoquer comme argument en faveur de la souveraineté. Cette affirmation tient donc davantage des préjugés, fantasmes et obsessions de M. Potter que de la réalité.


But you don’t have to live in a place like Montreal very long to experience the tension between that self-image and the facts on the ground. The absence of solidarity manifests itself in so many different ways that it becomes part of the background hiss of the city.

M. Potter affirme ici que derrière cette façade communautaire (qui n'existe que dans son esprit, à mon humble avis), le Québec, ou plus précisément Montréal, est une société dépourvue de solidarité. Selon lui, cette absence généralisée de solidarité est comme un "bruit de fond" constant dans la vie de la cité.

Dans la version originale du texte, M. Potter citait deux exemples qui ont depuis été retirés. Dans l'un d'eux, il parlait de "guichets automatiques qui distribuent des billets de 50$ par défaut." Non seulement c'est du délire, mais en plus, cet exemple étrange n'a strictement rien à voir avec la thèse de M. Potter. Nous reviendrons sur le deuxième exemple plus loin.

Mais bon, comme cet exemple délirant a été retiré du texte, soyons magnanimes.

Quels autres exemples sont donc mis de l'avant par M. Potter pour illustrer l'absence colossale de solidarité des Québécois?

To start with one glaring example, the police here don’t wear proper uniforms. Since 2014, municipal police across the province have worn pink, yellow, and red clownish camo pants as a protest against provincial pension reforms. They have also plastered their cruisers with stickers demanding “libre nego”—”free negotiations”—and in many cases the stickers actually cover up the police service logo. The EMS workers have now joined in; nothing says you’re in good hands like being driven to the hospital in an ambulance covered in stickers that read “On Strike.” While this might speak to the limited virtues of collective bargaining, the broader impact on social cohesion and trust in institutions remains corrosive.

En quoi les moyens de pression des policiers et les ambulanciers sont-ils indicateurs du niveau de solidarité qui existe dans une société?

Aucune idée. M. Potter mélange vraiment tout et sa confusion se reflète dans ses écrits. Sincèrement, je trouve son texte moins menaçant que pitoyable. De plus, on voit bien que le Maclean's est prêt à publier absolument n'importe quoi à propos du Québec, tant que c'est pour le planter.

En réalité, d'un point de vue syndical, ces moyens de pression sont tout le contraire d'une absence de solidarité.

Et contrairement à M. Potter, si j'étais suffisamment mal pris pour avoir besoin d'être transporté en ambulance, je me ficherais pas mal qu'il y ait des collants syndicaux ou pas sur le véhicule...

Bref, je ne sais pas sur quoi il s'appuie pour affirmer que les moyens de pression syndicaux des employés de l'état ont un impact sur la cohésion sociale et la confiance des gens en leurs institutions. Ça me semble être une autre déclaration gratuite et une fausse adéquation.


We’re talking here about a place where some restaurants offer you two bills: one for if you’re paying cash, and another if you’re paying by a more traceable mechanism. And it’s not just restaurants and the various housing contractors or garage owners who insist on cash—it’s also the family doctor, or the ultrasound clinic.

Dans la version originale du texte, M. Potter disait que dans TOUS les restaurants, on propose toujours deux factures aux clients selon qu'ils paient comptant ou pas, leur permettant donc d'éviter de payer les taxes. C'est du délire.

Pour le reste? Est-ce vrai pour les entrepreneurs en construction? Définitivement. Les garages? Peut-être, mais pas ceux que je fréquente. Le médecin? Depuis quand on paye un médecin de famille? Je ne suis jamais allé à une clinique d'ultrasons.

Bref, le problème existe sans doute, mais l'auteur généralise.

Maybe all this isn’t a huge deal. Sure, Quebec does have the largest underground economy as a proportion of GDP in Canada, but it’s only slightly bigger than that of British Columbia.

Pour une fois, il y a un hyperlien dans le texte! Je crois rêver! Il mène ici et on peut y voir ce graphique:


Alors, lorsqu'on observe ces données, on constate que le Québec est effectivement premier en terme de marché noir, mais non seulement on ne parle pas d'un phénomène énorme (seulement 3% du PIB), mais on ne parle pas non plus d'une énorme différence avec les autres provinces. Dans la plupart des cas, c'est une différence d'un demi-point ou d'un point, c'est minime.

Comparons aux États-Unis, un pays qui, selon M. Potter, a prouvé lors des attaques du 11 septembre qu'il est infiniment plus solidaire et moins aliéné que le Québec:

Despite the inherent difficulties involved in such measurement, economists have attempted to calculate the size of shadow economies. One such economist, Friedrich Schneider, estimated that the size of the U.S. underground economy (not including criminal activity such as drug dealing etc.) relative to GDP was 7.2% in 2007, which was below the OECD average of 13.9%. 

Selon ces chiffres, le maigre 3% québécois est moins de la moitié de la moyenne américaine et moins du quart de la moyenne des pays de l'OCDE!

Alors selon la logique de M. Potter, cela signifie que le Québec est un endroit extraordinairement solidaire!

Oups! Se pourrait-il que M. Potter regarde seulement les chiffres qui appuient sa thèse?


But if you look at the results from Statistics Canada’s 2013 General Social Survey, which looks at the broad measures of social capital of the sort made famous by Robert Putnam’s Bowling Alone, his book about the collapse of the American community, the numbers for Quebec are disheartening.

Un autre hyperlien! M. Potter nous gâte!

Malheureusement, celui-ci mène à une page de Stats Can qui déborde littéralement de sondages sur toutes sortes de sujets. Je n'ai ni le temps, ni envie de les éplucher.

Qui plus est, comme je l'ai déjà écrit sur ce blogue, nous vivons à une époque où beaucoup trop d'importance est donnée aux sondages. Et c'est très malheureux. Un sondage n'est pas la même chose qu'une étude sérieuse. Les résultats d'un sondage ne sont pas toujours fiables: les questions peuvent être biaisées de mille façons, elles peuvent porter à confusion, elles peuvent être mal comprises, etc. Les réponses ne sont pas toujours mieux! En effet, pour toutes sortes de raisons, les gens peuvent mentir ou tout simplement donner une réponse inexacte ou qui ne reflète pas la réalité.

Bref, les sondages sont comme l'astrologie des sciences sociales. Ils sont divertissants, mais il ne faut pas y voir un outil précis et exact pour mesurer la réalité.

For example, the residents of this province also report the smallest family and friend networks in the country. 

La qualité est parfois plus importante que la quantité, M. Potter.

Il est également intéressant de noter que la définition du mot "ami" diffère d'une personne à l'autre.

The proportion of people who report having zero close friends is highest in Quebec, and quadruple that of people living in top-rated Prince Edward Island. 

M. Potter compare le Québec uniquement à une seule province, celle qui est au sommet de la liste. Aucune mention des autres. Bref, il se sert des statistiques dans un but sensationnaliste.

De plus, la notion de "quadruple" peut être utilisée à mauvais escient. Après tout, le quadruple de presque rien n'est pas un très gros nombre non plus!

Or, M. Potter ne donne aucun chiffre, alors permettez-moi d'être sceptique, surtout à la lumière de son utilisation malhonnête des chiffres concernant le marché noir.

And while 28 per cent of Quebecers over the age of 75 report having no close friends, the average for the rest of the country is a mere 11 per cent. 

Les personne âgées au Québec vivent-ils une crise plus aigüe que celles des autres provinces? C'est possible, j'imagine. Je ne prétends pas que le Québec est une société utopique et parfaite, loin de là. Je sais que c'est faux. Alors supposons que M. Potter cite des chiffres de façon honnête (pour une fois) et que ces chiffres reflètent bien la réalité.

Cela signifie uniquement que les personnes âgées du Québec vivent davantage d'isolement, c'est tout. Ça ne signifie pas que toute la société est dépourvue de solidarité et que la cohésion sociale est sur le point de s'écrouler!

It goes on: When it comes to civic engagement, rated by levels of volunteering and membership in groups and organizations, Quebec ranks dead last. The volunteering number is particularly shocking: the national volunteer rate is 44 per cent, while Quebec’s is 32 per cent. The only other province below the national average is New Brunswick at 41 per cent.

Vous trouvez cette différence si terrible, vous? Pas moi.

32% signifie que le tiers des Québécois font du bénévolat, je trouve ça plutôt élevé, moi.

Y'a pas de quoi capoter...

C'est d'ailleurs plus élevé qu'aux États-Unis:

The volunteer rate declined by 0.4 percentage point to 24.9 percent for the year ending in September 2015, the U.S. Bureau of Labor Statistics reported today.

Pourtant, M. Potter nous disait que les USA sont tellement plus solidaires que nous! Comme c'est étrange...

Then there’s the classic measure of trust, where people are asked, straightforwardly: “generally speaking, would you say that most people can be trusted or that you cannot be too careful in dealing with people?” Only 36 per cent of Quebecers say that most people can be trusted; the national average is 54 per cent, and no other province clocked in at less than 50 per cent.

Alors? Cela démontrerait que les Québécois sont plus méfiants et plus prudents, il n'y a pas de mal! Je préfère des gens réalistes et prudents que des naïfs qui font confiance à n'importe qui! J'y vois une vertu, pas un défaut!

Some of this will be defended on the grounds that it is part of what makes up the province’s unique character. Sure, some restaurants will offer you two bills. Don’t be so uptight! It’s part of the place’s charm, along with the love of prog rock and the mandatory jaywalking. But the numbers show that it is close to inconceivable that this could happen anywhere else in the country. For most of these figures, Quebec isn’t just at the lower end of a relatively narrow spectrum: rather, most of the country is bunched up, with Quebec as a significant outlier. At some point, charm and uniqueness betrays itself as serious dysfunction—and the famous joie de vivre starts to look like nihilism.

Aucune des données que M. Potter met de l'avant ne démontre un profond nihilisme de la société québécoise.

Aucune de ces données ne démontre une société profondément dysfonctionnelle.

Aucune de ces données ne démontre une carence de solidarité ou de confiance dans nos institutions.

Aucune de ces données ne démontre une société d'aliénés dépourvue de cohésion sociale.

Absolument aucune.

M. Potter voit ce qu'il veut bien voir.

Son objectif n'est pas de décrire le Québec, mais d'exprimer son profond mépris à l'égard du Québec, une société qu'il juge très sévèrement comme étant malhonnête à propos de l'image qu'elle projette.

Selon lui, le Québec n'est pas un endroit sain, ni heureux, ni solidaire, ni rien du tout. Non, le Québec est plutôt une société sur le point de s'écrouler sous le poids de l'individualisme, de l'égoïsme et de la malhonnêteté de ses habitants.

Une société qui ne mérite que le plus profond mépris.

Comme d'habitude.

And then a serious winter storm hits, and there is social breakdown at every stage. 

SOCIAL BREAKDOWN! Oui, chers lecteurs, c'est toute la société qui s'est écroulé l'autre jour. Rien de moins.

In the end, a few truckers refuse to let the towers move them off the highway, and there’s no one in charge to force them to move. The road is blocked, hundreds of cars are abandoned, and some people spend the entire night in their cars, out of gas with no one coming to help. Forget bowling alone. In this instance, Quebecers were freezing, alone.

Ne vous étonnez pas qu'un article aussi malhonnête et biaisé ait été publié dans un grand média canadien anglais. Ce n'est ni la première et ni la dernière fois.

En fait, cela se produit très régulièrement et illustre bien le profond mépris envers le Québec qui habite un large pan de la société canadienne anglaise:

The most corrupt province...
Ma première réaction, en entendant parler de la dernière couverture du magazine Maclean's (ce torchon canadien-anglais qui tombe trop souvent dans le sensationnalisme) a été la même que tout le monde: "Bon, v'là les Anglais qui, une fois de plus, cassent du sucre sur le dos des Québécois."

Le Québec est islamophobe, antisémite et fasciste!
Voici quelques extraits de cet article paru dans le Washington Post! Rien de moins! Pourquoi salir le Québec localement quand on peut le diaboliser sur la scène internationale?

Québec: "parasites, socialists and a welfare state"
Le récent débat à propos du projet d'oléoduc Énergie Est a, une fois de plus, déchaîné la haine canadienne des Québécois.

Les Québécois, ces sales racistes...
Dans la longue liste des préjugés que beaucoup d'anglophones entretiennent à propos des Québécois, deux de ceux qui reviennent le plus souvent sont que nous sommes "racistes" et que nous sommes "des bébés gâtés" qui se plaignent pour rien.

Quand la CBC donne dans le Québec-bashing...
Mais oui, la CBC, notre merveilleuse chaîne de télé nationale (financée à même nos taxes, faut-il le rappeler) fait preuve d'une ignorance crasse et d'un biais flagrant contre tout ce qui touche de près ou de loin au Québec...

Le Globe and Mail a donc publié un éditorial condescendant et méprisant sur ces méchants québécois qui ne savent pas tolérer la différence

It's not the same thing AT ALL!
Avec l'approche du référendum écossais, il est fascinant de voir les commentateurs canadiens anglais faire toutes sortes de contorsions pour démontrer que ce qui se passe en Écosse et ce qui se passe au Québec, ce n'est absolument pas la même chose.

La machine de propagande est en marche! Les commentateurs anglo-canadiens fédéralistes se contorsionnent pour essayer de démontrer que le référendum écossais (à propos duquel ils font preuve d'une objectivité parfaite) n'a absolument rien à voir avec les référendums québécois (pour lesquels ils n'éprouvent que haine et mépris).

Lorsqu'il est question du Québec, le Canada anglais est tout simplement incapable de la moindre objectivité. Leurs médias se permettent les affirmations les plus biaisées, les plus mensongères et les plus vitrioliques. 

C'est Lisée qui relève cet article délirant de Preston Manning publié dans le Globe, rien de moins

Collection de citations injurieuses formulées à l'égard des Québécois et des souverainistes.

Hier, dans le National Post, le grand historien militaire J.L. Granatstein a évoqué le spectre de la guerre civile en cas de sécession du Québec.

Lisée = Trump
Lisée au PQ: que la diffamation commence! Il n'était même pas encore élu que le Globe s'évertuait déjà à le diffamer. Extrait de la chronique de Konrad Yakabuski

"Hang the lot of them"
Les gens du Montreal Gazette et du National Post ont été fort courroucés par le fait que les méchants «séparatistes» du Bloc québécois profitent de la ferveur olympique afin de mousser le patriotisme québécois.

Le mépris de Josh Barro
Bref, pour la droite comme la gauche, les Québécois sont des cons. Il est donc parfaitement acceptable de nous ridiculiser et de faire de nous l'incarnation de tout ce qu'on déteste chez son adversaire politique.

Les Québécois sont raciiiiiiiistes!!!
Tout cela s’inscrivant dans un contexte sociopolitique où le Québec bashing est devenu monnaie courante, permis et toléré par les plus hautes instances du pays de Justin le Compassé.

Parizeau = Ceausescu
Dans le National Post, on insulte Duceppe et on compare même Jacques Parizeau à Nicolae Ceausescu.

The Quebec Nazi Act
Quelqu'un a modifié la page Wikipedia qui porte sur la Loi des langues officielles (celle qui souhaite faire du Canada un pays bilingue) en l'appelant la "Quebec Nazi Act".




21 mars 2017

Le sauf-conduit islamique

Extrait de cette entrevue avec Pascal Bruckner dans le Figaro:

Au Canada, trois semaines après l'attentat contre une mosquée à Québec, une députée libérale a déposé une motion contre «le racisme et la discrimination religieuse systémiques», mesure qui ne concernerait en réalité que l'islam et non les autres religions. Qu'est-ce que cela dit de l'islamophobie?

C'est la preuve que l'islamophobie ne sert pas d'abord à protéger les musulmans des discriminations qu'ils peuvent subir, mais à protéger la religion islamique de toute espèce de critique. On offre ainsi à l'islam un sauf-conduit qui n'est accordé à aucune autre religion, ni au christianisme, ni au judaïsme, ni à l'hindouisme ou au bouddhisme. (...) Les barbus en ont rêvé, les Canadiens pourraient le faire prochainement. Qu'une confession ne puisse être soumise à l'analyse de la raison, qu'elle soit ainsi soustraite à l'esprit d'examen comme si elle était hors-sol, hors humanité, est un événement inédit dans l'histoire. C'est aussi un aveu terrible: les tenants du péché d'islamophobie veulent faire de l'islam une religion intouchable, supérieure à toutes. Il faut la prendre en bloc. On peut se moquer de tous les dieux, de tous les textes sacrés mais pas du Coran et de ses fidèles. C'est une régression proprement hallucinante.

N'est-ce pas aussi en faire paradoxalement une religion inférieure en infantilisant les musulmans?

Absolument. C'est d'ailleurs une très mauvaise nouvelle pour les musulmans, qui seront les premières victimes de cette motion, si elle était votée. Une telle mesure qui les déresponsabilise, au détriment des chrétiens, des juifs, des sikhs, des hindous, des athées ne peut qu'entraîner un déchaînement de colère et de haine. On installe les fidèles du Coran dans une niche pieuse parce qu'on les estime, au fond, incapables de se réformer eux-mêmes et non comptables de leurs actes. Le musulman est élevé à la fois au rang de tabou et de totem. Il appartient ainsi à une religion fétiche sous vitrine sur laquelle on marque, comme au musée: ne pas toucher. Il s'agit pour l'instant d'une simple motion, mais le fait même que l'idée ait pu germer dans la tête de cette députée libérale, d'origine pakistanaise, et qu'elle n'ait pas été unanimement condamnée en dit long sur la société canadienne. Heureusement que nos cousins du Québec ont gardé une once de bon sens, au contraire de beaucoup de leurs compatriotes anglo-saxons.

Cela montre-t-il les limites du multiculturalisme?

En réalité, nous sommes au-delà du multiculturalisme. Nous atteignons ici le stade du «mono-confessionalisme» puisque l'islam est favorisé, par l'État fédéral, à l'exception de toutes les autres confessions (ce qui était, toutes proportions gardées, la position du catholicisme sous l'Ancien Régime en France, protégé par la monarchie). Le multiculturalisme a au moins pour souci d'établir l'égalité entre les cultures. Je me rappelle qu'en 2005 ou en 2006, l'Ontario avait souhaité instaurer la charia pour les citoyens de confession musulmane. Ce furent des femmes musulmanes qui s'y opposèrent pour rester protégées par le droit commun. Là encore, nous voyons que l'infantilisation de l'islam, son statut dérogatoire, n'est pas un cadeau fait aux musulmans. C'est, sous couleur de préservation, une marque de mépris post-colonial: vous n'êtes pas assez mûrs pour bénéficier de tous les privilèges de la liberté de conscience et de la citoyenneté. Imaginez que l'on ait agi ainsi de la Renaissance au siècle des Lumières avec le catholicisme, pour le soustraire à la discussion, cette religion serait restée confinée dans ses dogmes d'antan. La grandeur d'une foi, c'est sa capacité à se réformer, à s'adapter aux réalités du siècle.

Cette motion proposée par la députée n'illustre-t-elle pas aussi une course à la victimisation?

Chaque époque dispose de sa victime fétiche. Ce furent les Juifs, à un certain moment, mais les Juifs, «ça commence à bien faire», les Chrétiens, quant à eux sont toujours considérés comme les bourreaux de l'histoire, les bouddhistes, les confucianistes, les hindous n'entrent pas dans le bon casting de l'antiracisme. Reste donc le musulman qui devient la victime absolue. Je pense qu'Ottawa cherche, aussi, par ce projet, à prendre Donald Trump à contre-pied en faisant le contraire de ce qu'il préconise. Mais le «muslim ban» décrété par Trump (la limitation des entrées de ressortissants de sept pays musulmans jugés à risque) n'a pas effacé par miracle le problème du djihadisme et de la radicalisation. Ce n'est pas en disant «blanc» quand Trump dit «noir» qu'on aura raison.

Le Canada est engagé dans l'accueil des réfugiés et dans la protection des minorités au Moyen-Orient. Mais n'est-ce pas un très mauvais signal envoyé à ces minorités du Levant que d'accorder au Canada un statut spécifique à l'islam?

Il y a bel et bien un parallèle dérangeant. Quel signal envoyons-nous ainsi aux chrétiens d'Orient? Celui d'une supériorité culturelle, politique et presque ontologique de l'islam. Les chrétiens persécutés du Moyen-Orient n'ont qu'à se convertir, ils pourront ainsi accéder au statut de victime et être protégés par l'étiquette d'islamophobie! Que cela ait pu être l'œuvre d'une députée libérale alors que cette initiative est absolument contraire à toute idée libérale classique est proprement hallucinant. Nous sommes dans une période de grande confusion mentale et d'inversion complète des valeurs. Je crains malheureusement qu'en France, de nombreuses personnes se félicitent de cette initiative canadienne. Je serais curieux de connaître la réaction d'Emmanuel Macron à cet égard.


Le multiculturalisme en action à Birmingham


Extraits de cette chronique de Martineau:

Vendredi dernier, Le Figaro a publié un long reportage sur Birmingham.

Deuxième ville d’Angleterre après Londres, Birmingham compte un million d’habitants – dont 250 000 musulmans.

Contrairement à ce qui se passe en France, en Angleterre, on est cool. On laisse les gens faire ce qu’ils veulent. «Vivre et laisser vivre.»

De dire Aïssa, une enseignante rencontrée par la correspondante du Figaro: «L’Angleterre n’est pas la France. La laïcité, dans votre pays, est un prétexte pour s’en prendre aux musulmans, La France est une dictature.»

Preuve qu’on est ouvert, au pays des Beatles et du punk: Aïssa, qui porte une tunique noire, un niqab et des lunettes fumées pour cacher ses yeux («ce voile est un commandement de Dieu et me préserve du regard des hommes»), enseigne à l’école publique.

(...)  Philippe Couillard et Charles Taylor seraient émerveillés. «Quel pays ouvert, diraient-ils en applaudissant. Quelle contrée accueillante, généreuse et tolérante! Pas de PQ, ici, pas de charte à Drainville!» Le paradis du multicultura­lisme, je vous dis. Justin en pleurerait de joie.

Et attendez, vous n’avez encore rien lu...

Dans le quartier de Small ­Heath, on trouve deux écoles privées pour enfants de 6 à 16 ans. L’enseignement de la musique et du dessin (deux arts dont la pratique est considérée comme un péché) y est strictement interdit.

Sur la rue principale, la majorité des femmes portent le voile intégral, les librairies ne vendent que des livres religieux, les restaurants pratiquent tous la ségrégation des sexes (les femmes et les enfants mangent dans une section cachée par un voile aux regards masculins) et les boutiques sont fermées pendant les heures de prière.

Quant aux pubs anglais traditionnels qui avaient pignon sur rue sur cette artère hyper fréquentée, ils sont tous fermés et placardés. Tous. Imaginez comment Philippe Couillard triperait!

Extrait du reportage du Figaro: «À Birmingham, certaines écoles publiques organisent pour leurs élèves des visites au sein de différents lieux de culte comme les mosquées, où les imams inculquent les rudiments de la prière et quelques sourates à tous les écoliers, fussent-ils de confession chrétienne.»

Ça, c’est du vivre-ensemble, les amis! Ça, c’est de l’ouverture!

En Angleterre, la charia est tolérée. Une centaine de tribunaux islamiques sont répertoriés dans le pays. Ces tribunaux parallèles qui placent la loi d’Allah au-dessus de la loi du pays statuent sur des affaires courantes: les héritages, les divorces, les mariages...

«Affaires courantes» qui avantagent systématiquement les hommes, bien sûr. Mais, bof, ça ne semble pas déranger les féministes anglaises outre mesure... Après tout, il faut respecter la culture des autres, pas vrai?

En passant, une petite note pour les bienpensants qui voient des racistes partout: le reportage du Figaro est signé Rachida Samouri.

Je suis sûr qu’un jour, en Angleterre, un politicien a fait comme Philippe Couillard: il a refusé d’imposer des balises à la religion sous prétexte que ces discussions sur les accommodements étaient inutiles, vu que jamais au grand jamais des enseignantes, des juges ou des policières anglaises ne demanderont un jour de porter le voile intégral.

Oh yeah?

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Le Québec et les chemises brunes nazies

Comparer le Québec aux nazis?

Une bonne façon de s'assurer que Philippe Couillard et Jean-Marc Fournier bondiront sur leurs pieds pour applaudir à tout rompre!

Extrait de cette chronique de Michel David:

En novembre 2013, Jean-Marc Fournier s’était attiré de nombreuses critiques pour avoir fait un rapprochement entre la charte de la laïcité du gouvernement Marois et le régime nazi, en évoquant les propos tenus par un rabbin montréalais à l’occasion d’une cérémonie commémorative du 75e anniversaire de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938, quand des milliers de commerces appartenant à des juifs et quelque 200 synagogues avaient été saccagés en Allemagne.

M. Verboczy assistait à cette cérémonie au Centre commémoratif de l’Holocauste, à Côte-des-Neiges, où il accompagnait la ministre péquiste de l’Immigration et des Communautés culturelles, Diane De Courcy, qui avait été accueillie avec une extrême froideur, alors que la délégation libérale, dont faisaient partie MM. Couillard et Fournier, avait eu droit à l’enthousiasme qu’on manifeste à une armée de libération.

Pour respecter la solennité du moment, on avait demandé à l’assistance de garder le silence durant la cérémonie. Le rabbin avait raconté l’histoire d’un homme tué à Berlin durant la Nuit de cristal, après avoir refusé d’enlever sa kippa devant les chemises brunes nazies. À l’instar de cet homme, le rabbin avait déclaré qu’entre les interdictions de la charte de la laïcité et la mort, il choisirait cette dernière.

«Philippe Couillard et consorts ont brisé le silence prescrit, se levant d’un bond pour applaudir ce choix qu’ils considéraient [comme] plein de bon sens. Ils savaient mieux que quiconque que la mort ne figurerait pas sur le bulletin de vote, contrairement à leurs noms», écrit M. Verboczy.

Il aurait sans doute été délicat d’interrompre le rabbin au beau milieu de son discours. De là à se lever pour applaudir, il y a toutefois une limite qu’un aspirant au poste de premier ministre du Québec n’aurait pas dû franchir. Il est vrai que la charte du gouvernement Marois ratissait inutilement large, mais la comparaison avec le régime nazi était si grossièrement injuste qu’elle tenait de l’élucubration. Il est même étonnant qu’un rabbin perde le sens de la mesure au point de banaliser de la sorte les atrocités nazies.

Quand Bernard Drainville avait présenté son projet de loi, M. Couillard avait crié à la trahison de l’héritage de René Lévesque. En point de presse, il avait fallu lui rappeler que le «grand Québécois» dont il évoquait la mémoire avait lui-même été traité de nazi pour avoir présenté la loi 101, contre laquelle le PLQ avait mené une lutte sans merci.

Le futur premier ministre avait répondu qu’il n’était pas là à l’époque. Soit, mais il était bel et bien là au Centre de l’Holocauste en novembre 2013 et il a applaudi des propos qui étaient non seulement absurdes, mais injurieux pour le Québec. S’il est incapable de le défendre, M. Couillard pourrait au moins s’abstenir d’encourager ceux qui l’accablent.



DIANA: THE MOURNING AFTER de Christopher Hitchens (1998)

Une sainte, Diana? Loin de là, plutôt une tarte opportuniste et irresponsable qui a bénéficié du culte malsain, obsessif, hystérique, fanatique et quasi-religieux qui est voué aux célébrités:





Quesséça?


Lorsque les restes d'une créature préhistorique sont découverts, il revient aux scientifiques de classifier l'animal et d'identifier sa place dans le grand arbre de l'évolution de la vie.

Mais, occasionnellement, la créature est tellement étrange qu'on ne sait pas trop ce qu'on a sous les yeux.

Extrait de cet article:

Last year, scientists declared a decades-old mystery solved - that bizarre monstrosity you see in the image above had for years defied classification, but two separate studies said they finally had solid evidence that it was in fact a vertebrate.

But now, more researchers have entered the fray, and say this conclusion is just plain wrong - there's no way this thing can be a fish, which means we still have no idea what it actually is.

Nicknamed the Tully monster, the creature belongs to the ancient genus Tullimonstrum, and is thought to have inhabited the shallow coastal waters of muddy estuaries in the Eastern US around 300 million years ago.

Only a single species, T. gregarium, is known, and fossils of the creature have only ever been found in the Mazon Creek fossil beds of Illinois. 

But they were clearly abundant in the region - hundreds of fossils ended up in the Field Museum in Chicago after the species' initial discovery in the 1950s.

(...) the Tully Monster had fins like a cuttlefish, eyestalks like a crab, and a rather intimidating 'jaw-on-stick':

This jumble of body parts has seen it compared to everything from molluscs and arthropods to worms, and more recently, to vertebrates like lampreys.

"This animal doesn't fit easy classification because it's so weird," says Lauren Sallan from the University of Pennsylvania, one of the team behind its most recent analysis. 

"It has these eyes that are on stalks, and it has this pincer at the end of a long proboscis, and there's even disagreement about which way is up. But the last thing that the Tully monster could be is a fish."

First discovered back in the 1955 by amateur fossil collector Francis Tully, the creature set off a decades-long investigation into what this bizarre conglomeration of features could actually represent.

(...) A team from Yale University, led by palaeobiologist Victoria McCoy, asserted that the light line running all the way down the creature's middle was not a gut, as previous research had suggested, but a notochord - a skeletal rod that forms the basis of vertebrate backbones.

(...) The team also found evidence of gill pouches in a few of the 1,200 or so specimens they analysed, which made them appear more 'fish-like' than previous studies had suggested.

(...) A second study led by researchers at the University of Leicester in the UK also came to the conclusion that the Tully monster was a vertebrate, after scanning electron microscope (SEM) images of its eyes revealed structures called melanosomes. 

The team argued that this meant the creature had complex eyes, and said this made it more likely that it was a vertebrate.  

But now Sallan and her colleagues say they actually got the whole thing wrong.

(...) "So the problem is, if it does have cup eyes, then it can't be a vertebrate, because all vertebrates either have more complex eyes than that or they secondarily lost them. But lots of other things have cup eyes, like primitive chordates, molluscs and certain types of worms."

This time around, the researchers are bringing more questions than answers, because while they're sure that the Tully monster is not a vertebrate, they're not ready to say what it could be instead.


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