14 février 2010

Être père au Québec

L'autre jour, j'étais assis dans la salle du personnel et j'essayais de lire pendant qu'une gang de femmes discutait. L'une d'elle, Jackie (hyper-sympathique), était en train de se lamenter qu'elle n'avait pas de chum et qu'elle souhaitait avoir des enfants. Alors "Mathilde" (oui, la même esti de folle enragée dont j'ai parlé ici) lui a répondu, le plus naturellement du monde: "Tu n'as pas besoin de chum pour ça. Va dans un bar, choisis un gars pour la nuit et c'est aussi simple que ça."

Bienvenue dans le royaume matriarcal du Québec, où le rôle d'un père n'a pas plus de considération ou de valeur qu'une partie de fesses anonyme. Contrairement au rôle de la mère qui est toujours qualifié d'essentiel, de vital, de presque mystique, celui du père est vu comme un luxe pas trop nécessaire.

Ce qui s'inscrit, à mon avis, dans ce plus large (et très malsain) contexte québécois dans lequel toute critique  des femmes est impensable, mais vomir les pires ignominies sur les hommes est tout à fait socialement acceptable et ne surprend plus personne.

Bref, tout ça pour en venir à ce constat fort désolant (pour ne pas dire carrément scandaleux) du Regroupement pour la valorisation de la paternité au Québec:

Dans le Programme national de santé publique de 2003-2012, mis à jour en 2008, pas un mot sur les pères. Les mères, elles, sont nommées 56 fois. Même constat dans le Plan stratégique du ministère de la Famille et des Aînés de 2008-2012. Dans la Politique de périnatalité 2008-2018, une seule orientation vise les pères. Et elle n'est pas prioritaire. Le rapport annuel du Conseil de la famille constate même une «rareté des statistiques» sur la paternité. «On ne sait même pas combien il y a de pères au Québec», se désole Raymond Villeneuve, président du Regroupement pour la valorisation de la paternité au Québec, qui a compilé toutes ces données pour lancer le colloque annuel de son regroupement, mardi prochain. Nous sommes dans un discours rempli de contradictions, dit-il. Alors que, socialement, on demande de plus en plus aux pères de s'engager, leur contribution continue de ne pas être reconnue officiellement. Quand on parle de famille, le père demeure une figure secondaire.»

Iiiiiiiiiiincroyable, n'est-ce pas?

Ça me fait penser à un ex-collègue de travail. Nous avions des enfants d'âges similaires, alors nous avions décidé d'organiser une rencontre de familles pendant la fin de semaine. Je me présente donc là avec ma douce et tendre épouse (qui, en passant, ne m'empêche nullement de jouer un rôle aussi important que le sien dans la vie de nos enfants parce que pour elle, je suis un partenaire égal, pas une menace à son sacro-saint statut de mère... il faut dire qu'elle n'est pas québécoise!) Bref, retour à cette rencontre... ma femme et moi étions complètement horrifiés par les propos de la conjointe de mon collègue qui nous expliquait, le plus naturellement du monde, que pendant des mois, elle avait carrément interdit à son chum de tenir le bébé parce qu'il "s'y prenait mal" et parce que c'était son bébé à ELLE.

Et encore, je ne vous parle pas de ma propre mère qui, scandalisée de me voir si affectueux et si impliqué dans la promulgation des soins à mon premier bébé, m'avait carrément dit que je représentais un obstacle à l'épanouissement du lien (magique) entre mon bébé et sa mère... et que mon fils deviendrait gay.

Complètement dément, que j'vous dis...

Mon épouse me demande souvent quelle mouche a piqué les femmes du Québec. Je cherche encore la réponse à cette triste énigme.

L'image provient d'ici.

1 commentaire:

Jean-Philippe a dit…

Je pense que beaucoup de pays ont encore de nombreux efforts à faire dans ce domaine,et la France en fait partie.Lors des divorces,notamment,les pères doivent se battre pour avoir trois fois rien en ce qui concerne le droit de garde, ce qui est tout-à-fait ANORMAL.Cependant,je ne pense pas que la situation en soit au même point que la vôtre en ce qui concerne la façon dont les pères sont considérés par les femmes.Heureusement pour moi,même si je n'ai pas encore d'enfants,j'ai la chance d'avoir une amie très ouverte et je n'aurai pas ce genre de problème quand on aura nos enfants.