31 décembre 2012

Comme un monstre dans le ventre

2012 qui s'achève comme l'avait fait l'année précédente, en pleine crise. Chacune de ces crises a été pour moi une épreuve majeure et recevoir les deux en pleine gueule en rafale, ça fesse fort.

J'ai beau tenir le coup mieux que j'aurais pu l'anticiper, reste que je mentirais en prétendant n'être pas solidement ébranlé. Là, tout va bien, au chaud dans le cocon familial avec mes deux puces qui me comblent de bonheur. Mais juste à l'idée de rentrer travailler... je l'entends qui se réveille...

Comme un monstre dans le ventre. Un monstre d'anxiété et de panique qui dort moins profond que d'habitude, qui roule d'un bord et de l'autre comme si quelqu'un le chatouillait. Et pour avoir vécu l'éveil de ce monstre il y a un peu plus d'un an maintenant, je ne peux qu'être inquiété.

L'idée de retourner au travail m'emplit d'angoisse. La tâche est devenue d'une lourdeur horrible. Fini l'enseignement convivial, chaleureux, instinctif. La job que j'ai toujours connue est remplacée par quelque chose de déplaisant, d'inconfortable... sachant que tous mes gestes et toutes mes paroles sont épiées et scrutées par la directrice, les deux mère hystériques et certaines collègues, j'hésite tout le temps, je dois sans cesse me demander comment une personne de mauvaise foi pourrait tordre ce que je m'apprête à dire ou à faire pour le dénaturer et en faire quelque chose de scandaleux. Je suis comme une bête traquée.

La première chose que je devrai faire en rentrant, c'est écrire à mon représentant syndical pour avoir ses disponibilités afin de rencontrer à nouveau ma crisse de folle de directrice qui m'accusera, cette fois-ci, de ne pas savoir enseigner les maths. C'est ma quatrième année à cette école, ma 16e année pour cette commission scolaire, les résultats de mes élèves aux examens finaux du ministère ont toujours été parfaitement comparables à ceux de mes collègues, mais là, tout d'un coup, je ne sais plus enseigner les maths.

Et ça va être quoi après? Quel nouveau bobo va-t-elle trouver ou inventer? Quelle nouvelle plainte farfelue va amener de l'eau au moulin de sa hargne?

OK... contrôler son stress... prendre de grandes respirations... t'es un survivant, y t'auront pas les tabarnaks...




28 décembre 2012

PAYING FOR IT de Chester Brown


Essentiellement, cette BD autobiographique raconte comment l'auteur a décidé de tourner le dos aux relations romantiques, qu'il considère trop pénibles, et opte plutôt pour la prostitution. Il raconte avec une honnêteté désarmante ses différentes expériences, de sa première fois assez angoissante en passant par ses échecs et ses plus belles expériences. Le tout est entrecoupé de conversations qu'il a eues avec ses amis à propos de ses escapades sexuelles ou du bien-fondé de la légalisation de la prostitution.

C'est mon ignorance complète du sujet qui m'a donné envie de lire cette BD. Je ne connais absolument rien à cet univers et j'ai trouvé intéressant d'en découvrir les aléas à travers les yeux du bédéiste qui ne cache vraiment rien, à part les visages et les identités des prostitués qu'il fréquente. Soyons clair, il ne s'agit pas ici d'une BD érotique, même pas un tout petit peu. L'objectif n'est pas de titiller le lecteur, mais plutôt de documenter presque cliniquement l'expérience de Brown avec les prostitués.

Au début, j'étais fasciné, mais franchement, après un certain temps, j'ai commencé à trouver la BD plutôt répétitive. J'ai même passé par dessus des pages parce que, franchement, le fait de le voir se taper fille après fille devient pour le moins lassant. Parfois, il retourne voir des prostitués qu'il a fréquenté plus tôt dans l'histoire, mais comme les visages demeurent toujours cachés, j'étais plutôt confus et je ne savais plus trop de qui il parlait. Il faut dire que j'ai une très mauvaise mémoire pour les noms. Bref, malgré plusieurs lacunes, j'ai tout de même continué à lire, poussé par une espèce de curiosité morbide.

Cette BD nous inspire tantôt la fascination, tantôt le mépris, parfois l'indifférence. Ce qui se déroule sous nos yeux est parfois captivant, parfois pitoyable et parfois un mélange de tout ça. À certains moments, l'auteur réussit bien à nous communiquer ses émotions et ses sentiments face à ce qu'il vit. À d'autres moments, pas du tout.

Passages qui m'ont particulièrement intéressés:
-- Une conversation qu'il a avec une prostitué à propos de l'amour, lui qui dit que c'est con et elle que c'est merveilleux. Moment plutôt surréaliste.
-- Une autre conversation qu'il a avec une fille qui est insultée d'être appelée "prostituée", préférant le terme "escorte". Faut le faire, tout de même...
-- À un moment donné, il jase avec ses chums à propos d'un livre qu'il est en train de lire (Love in the Western World de Denis de Rougemont) et qui avance que l'obsession de l'amour romantique est née avec les troubadours du 12e siècle (avec qui il avance un lien possible avec les Cathares) et qu'avant cette époque, on se mariait pour des raisons pragmatiques qui n'avaient rien à voir avec l'amour et qu'on considérait même les unions motivées par l'amour comme des idioties puériles vouées à l'échec. Très intéressant et profondément humain de voir l'auteur tenter de valider ses choix de vie de la sorte.
-- Lorsqu'il se dirige vers sa première rencontre avec une prostituée et qu'il est terrifié d'être arrêté par la police et angoissé à l'idée de ce qui l'attend. Très intense.
-- Lorsqu'il décrit le grand sentiment de "vide" qui l'envahit après avoir baisé l'une de ses prostitués préférées à quelques reprises. C'est un des rares moments où j'ai pu m'identifier au personnage parce que je me souviens avoir ressenti ce vide, quand j'étais célibataire et que je me retrouvait dans des relations essentiellement physiques sans véritable connexion émotive.
-- Une conversation avec un de ses potes dans laquelle ce dernier lui demande si ce qu'il fait n'emplirait pas d'horreur le jeune homme idéaliste qu'il a jadis été. J'ai bien aimé parce que je suis comme ça, je me demande souvent ce que le jeune Moi penserait s'il pouvait voir dans le futur et observer le vieux Moi. C'est rassurant de voir que je ne suis pas le seul à me prêter à cet exercice! ;-)

À la fin du récit, Brown nous offre un long texte dans lequel il adresse plusieurs assertions à propos de la prostitution et de sa légalisation. À son avis, la prostitution n'est rien de plus qu'une "form of dating." Il cite plusieurs objections qu'on entend souvent pour dénoncer la légalisation de la prostitution et s'emploie à les déboulonner. Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais je dois bien admettre qu'il avance des arguments fort intéressants et qu'il m'a poussé à me questionner sur mes idées et mes opinions.

Bref, je suis content de l'avoir lu mais ce n'est pas une BD que je relirais...



20 décembre 2012

Petit sentiment de victoire...


Bon ben, all things considered, la réunion d’hier s’est plutôt bien déroulée. La première partie, du moins, celle qui portait sur la gestion de classe. J’ai essayé de mettre ma méfiance de côté (pas complètement, j’étais quand même sur mes gardes) pour essayer de faire preuve de bonne foi et, je l’avoue, lui dire un peu ce qu’elle voulait entendre. Mais ce que j’ai dit était essentiellement honnête. C’est vrai que je me remets tout le temps en question et que je réévalue toujours mes pratiques. Quand tu fais le choix d’innover et de sortir des sentiers battus, les remises en questions sont incontournables. Ce n’est pas la voie de la facilité et je l’assume. Je n’ai pas la prétention d’être parfait non plus, alors encore une fois, je n’ai aucune difficulté à envisager qu’il puisse y avoir place à l’amélioration. Le fait de faire ça devant une directrice qui n’éprouve que le plus grand mépris à mon égard et qui fait preuve d’une animosité évidente rend l’exercice moins confortable, mais c’est tout.

Elle semblait très... disons... abrupte... au départ, probablement parce qu’elle s’attendait à de la résistance de ma part, mais mes propos ont, je crois,  complètement tirer le tapis sous ses pieds. À quelques reprises, j’ai senti que la directrice et son adjoint tentaient de me piéger. Par exemple, lorsque j’ai parlé des mesures que j’avais implantées en classe, ils m’ont demandé comment les élèves avaient réagi, probablement dans le but d’utiliser ma réponse pour invalider l’efficacité de ma démarche. Je n’ai pas mordu, j’ai dit que ça avait été bien reçu. Ils m’ont ensuite demandé «comment je me sentais» face à ces mesures. Je crois qu’ils espéraient me faire dire que je le faisais contre mon gré pour ensuite me le reprocher, mais je ne suis pas tombé dans le panneau, j’ai dit qu’il était trop tôt pour me prononcer, que j’observais la situation avec intérêt. Par la suite, elle m’a demandé quels auteurs j’avais l’intention de lire pour alimenter ma réflexion, je lui ai sorti une vingtaine d’articles que j’avais imprimés, ce qui lui a cloué le bec de façon magistrale.

Échec et mat.

Je pense que je l’ai solidement désarmée et qu’elle a vu qu’elle ne pouvait pas raisonnablement aller plus loin dans ce dossier. Elle a alors sorti un lapin de son chapeau et a dit qu’elle souhaitait parler de ma pédagogie en maths. Je commence à être habitué à ce manège, à chaque fois qu'un problème se règle, elle en trouve un autre. L'acharnement ne se terminera jamais.

Voyant qu'elle était en train de me prendre de court, mon représentant syndical, qui était absolument génial, a demandé une pause. Ça m’a donné quelques minutes pour me préparer mentalement, mais je me retrouvais à nouveau dans une situation dangereuse parce que je n’avais pas eu le temps de préparer mes arguments d’avance.

Cette partie-là s’est moins bien déroulée.

Comme à son habitude, elle s’est mise à sortir des énormités. Elle a dit : «Tu as besoin de t’améliorer en maths, or, tu n’as pas été présent à la dernière formation, tu n’as pas fait ci, tu n’as pas fait ça et je veux savoir ce que tu as l’intention de faire pour corriger la situation.» J’ai répondu : «Je ne sais pas trop ce que sont le ci et le ça, mais je vous ai déjà expliqué que j’ai manqué cette formation parce que mes enfants avaient la gastro et non pas parce que je n’avais pas le goût d’être là. Pour ce qui est de la formation, j’ai photocopié les documents qui ont été remis à mes collègues (je les lui ai montrés) et je vais questionner mes collègues à ce propos lors d’une prochaine rencontre.» Elle m’a dit que *j’avais trop d’échecs* dans mes bulletins de première étape et que cela démontrait que je n’enseignais pas bien les maths. J’ai rétorqué: «Madame, j’enseigne ici depuis 4 ans, regardez mes bulletins des années précédentes et vous verrez que c’est toujours la même chose. Les élèves ne sont pas habitués à la méthode de travail rigoureuse que j’utilise en classe et les notes de la première étape sont toujours plus basses. Mais à l’examen du ministère de la fin de l’année, un test hyper-normalisé, les résultats de mes élèves sont tout à fait comparables à ceux de mes collègues. Allez voir, Madame.» Elle a répondu qu’il y a peut-être moyen d’enseigner les maths autrement, afin de prévenir que les élèves se «pètent la gueule» à la première étape.

Le ton montait et le temps passait, alors mon représentant syndical a utilisé une excuse bidon pour qu'on s’arrête là. Elle veut me revoir en janvier pour discuter de «pédagogie».

Je dois dire que mon représentant syndical était tout simplement en feu. Il a fait de l’interférence lorsqu’il sentait qu’on tentait de me mettre en boîte, il a détourné le sujet à des moments opportuns, il leur a relancé la balle à certains moments… il était extraordinaire, habile, presque machiavélique. Il a même réussi à me sortir de l’eau chaude lorsqu’elle a avancé l’idée que je sois suivi par un conseiller pédagogique en disant que nous avions déjà des échanges très enrichissants sur le sujet, lui et moi, et qu’il serait cette «personne neutre» avec qui confronter mes idées.

Alors voilà. C'est un poids de moins sur mes épaules. Mon stress et mon angoisse sont retombées, je peux enfin envisager des vacances agréables et relaxantes avec ma petite famille.

En attendant que le manège recommence en janvier...



17 décembre 2012

Ce que je vais dire mercredi

Je suis en train de travailler sur ce que je vais dire lors ma convocation de mercredi. Je suis vraiment dans une situation difficile, pas parce que je dois me questionner et réévaluer mes pratiques, ça j'adore, mais plutôt parce que dans ce cas-ci, je suis forcé de le faire devant la directrice (et son crétin d'adjoint) qui m'est ouvertement hostile, qui me méprise et qui dans les derniers mois a fait preuve d'une mauvaise foi extraordinaire pour tordre et dénaturer tout ce que je dis à la recherche de raisons de me blâmer de tout et de rien.

Alors il faut que j'avance des points valides et pertinents tout en restant sur mes gardes et en sachant que n'importe lequel de mes propos peut être pris hors contexte et utilisé contre moi. En fait, c'est hautement probable que ça arrive.

Le stress est infernal. J'ai eu la diarrhée ce matin tellement la tension et l'angoisse sont intenses. J'veux même pas imaginer mercredi matin!

Voici donc ce que je prévois dire lors de cette rencontre...

* * * * * * * *


Voici, tel que demandé, le plan d'action que j'ai établi et qui me servira de guide dans les prochaines semaines et les prochains mois.

1- Dans un premier temps, j'ai commencé depuis plusieurs semaines déjà, à agir dans le court terme. Mes actions qui visaient à mettre un terme rapide aux démonstrations d'affection inadéquates et à éviter que d'autres gestes semblables se produisent à nouveau a donné les résultats escomptés. Des gestes concrets ont été posés dans les dernières semaines pour corriger la situation et pour établir des liens moins familiers avec les élèves. La discipline de classe a été revue avant même que surviennent les plaintes de parents. Jusqu'à maintenant, les résultats de ces mesures sont prometteurs. Comme vous l'avez vous-même souligné lors de notre dernière rencontre, on ne change pas un système déjà en place du jour au lendemain. J'apporterai donc les ajustements en cour de route afin de maintenir un bon contrôle sur la situation et pour prévenir les dérapages.

Mesures implantées en classe depuis plusieurs semaines:

1- Introduction d'un système de récompense qui vise à promouvoir les bons comportements et à décourager les mauvais.
2- Moins grande tolérance pour les comportements inadéquats avec recours plus rapide à la punition.
3- Communication plus régulière avec les parents d'enfants dont le comportement doit s'améliorer afin que des conséquences de celui-ci soient rapidement ressenties à la maison.
4- Réduction de ma disponibilité en dehors des heures de cours pour des interactions autres que la récupération ou des activités de nature académique.
5- Introduction d'une moins grande convivialité et d'une proximité moindre vis-à-vis les élèves.
6- Adoption d'une attitude plus réservée et moins goguenarde en classe.
7- Emploi d'un ton plus sévère et moins conciliant.
8- Diminution du recours à la consultation démocratique au profit de décisions unilatérales qui établissent plus fermement mon autorité.



2- Dans un deuxième temps, dans le plus long terme, j'ai l'intention de remettre en question ma philosophie, mon approche et mes pratiques pédagogiques. À la lumière des récents débordements, je soumettrai mes pratiques aux trois questions suivantes: 1) Quel est l'objectif recherché par la mise en place de cette pratique? 2) L'objectif visé est-il atteint? 3) La pratique entraîne-t-elle des effets secondaires indésirables? De cette façon, j'espère cibler les pratiques qui auraient, par exemple, comme conséquence fâcheuse de créer une trop grande familiarité avec certains élèves.

Parallèlement à cela, j'ai l'intention de lire avec attention et intérêt les articles et les études qui ont été publiées récemment ou par des figures d'autorité dans le domaine de la gestion de classe, afin de perfectionner mes méthodes et de découvrir des alternatives intéressantes. Je m'intéresserait particulièrement aux textes qui traitent d'approches équilibrées qui ne se basent pas uniquement sur une discipline intransigeante.

Finalement, si je juge qu'il serait bénéfique et souhaitable de m'adresser à un conseiller pédagogique pour me guider dans mes démarches, je n'hésiterai pas à le faire.

Soyez assurée, Madame, que l'intérêt des enfants et la qualité de mon enseignement ont toujours été et demeurent ma priorité absolue.




Sti d'bl'ettes

Je ne suis pas allé au party de Noël du staff, vendredi soir dernier. Dire que le coeur n'y était pas serait a huge understatement.

Une des dernières personnes à qui je fais confiance dans cette école, mon pote qui enseigne la quatrième, m'a dit que mon histoire était sur toutes les lèvres pendant le souper. Ça papotait fort. Il dit qu'il n'a rien entendu de bien méchant, mais que tout le monde avait son grain de sel à ajouter à ma situation dont, au fond, ils ne connaissent rien. Elles ne m'ont jamais questionné sur ce qui se passe. Elles n'ont jamais pris la peine de me demander quelle est ma version des faits. Mais elles ont toutes quelque chose à dire.

Les faits n'ont aucune importance, vive les ragots et les potins. Bande de connes hypocrites.

Il y a plusieurs semaines, avant que débute toute ma saga, le directeur adjoint a envoyé par erreur à une enseignante un courriel qui était destiné à la directrice  dans lequel il disait qu'il sentait "de la résistance" de la part du personnel et qu'il fallait "les cuisiner". On s'entend que ce n'est pas le genre de commentaires que tu veux rendre publics, mais y a-t-il vraiment quelque chose de si scandaleux là-dedans? Mes deux collègues de 6e année étaient en furie et ont entraîné toutes leurs petites amies dans le mouvement. On était au bord de la rébellion ouverte, elles sont allées dans le bureau de la directrice, l'une était au bord des larmes et l'autre leur a déballé une liste longue de même de reproches. Parce que, voyez vous, dès que ça touche une de leurs chums, là c'est grave en esti. Des vraies adolescentes tabarnak.

Mais pour moi, pas de sympathie. Ce que je vie est crissement pire que leur petit courriel stupide, mais là, ce n'est plus grave. Parce que je ne suis pas une de leur "BFF". Pis après tout, je suis un gars, pis c'est vrai que je suis trop proche de mes élèves et ça les fait chier. Et je suis trop marginal, je ne fais pas comme les autres moutons. Alors peu importe ce qui m'arrive, dans le fond, ça doit être mérité.

Bande de connes.

Ce matin, je suis arrivé à l'école en même temps que le directeur adjoint. Il est sorti de son char juste avant moi, m'a tourné le dos et est parti vers l'école. J'étais peut-être trois mètres derrière lui. Pas un mot, pas de salutation, absolument rien. Il m'a tenu la porte avec son pied, de dos, sans se retourner. Je l'ai remercié. Il n'a pas répondu, il est entré dans l'école et s'est dirigé dans son bureau.

C'est ça mon climat de travail.

Je suis devenu le lépreux de service.



14 décembre 2012

Mardi prochain

J'ai reçu cette lettre au début de la semaine:



Depuis, je me prépare pour une autre réunion infernale, lors de laquelle je devrai tenter de faire fi de 1- toute l'animosité dirigée contre moi, 2- de toute la profonde injustice de ma situation, 3- de l'absence de fondements solides pour les reproches qu'on m'adresse et 4- de l'envie d'envoyer chier ma directrice... tout en   tentant de démontrer, en toute bonne foi, que j'ai déjà entrepris des actions concrètes pour "corriger" la situation et que j'ai l'intention ferme de "remettre en question" mes pratiques et de me "perfectionner".

J'ai l'impression d'être un acteur dans un mauvais film au scénario médiocre, irréaliste et risible.

Le représentant syndical me dit que je suis "chanceux" de m'en tirer sans mesure disciplinaire. Qu'il a vu des gens en subir pour moins que ça.

Alors je vais essayer de garder la tête froide. Je vais essayer de lui dire ce qu'elle veut entendre dans le futile espoir qu'elle me câlisse patience.

Je n' ai pas de problème avec le fait de me remettre en question, au contraire. J'aime ça, c'est dans ma nature. Je le fais tout le temps. C'est inévitable, quand tu décides de sortir des sentiers battus et d'explorer des avenues alternatives, tu es obligé de le faire. Et je n'ai jamais eu la prétention d'être parfait, loin de là. Il y a en masse de place à l'amélioration, alors ce n'est pas ce qui me fait chier.


Contrairement à ce que croit Madame, je ne suis ni un incompétent, ni un imbécile et ni un type psychologiquement instable. Je suis tout à fait conscient des problématiques qui existaient et je travaille à les corriger depuis AVANT la plainte des parents. Depuis celle-ci, j'ai mis de côté l'approche douce et progressive et j'ai apporté rapidement et fermement des modifications considérables à ma façon de fonctionner. Et contrairement à elle, je vois plus objectivement les côtés positifs et louables de mon travail.

La vérité, c'est que je n'ai pas besoin de cette vieille conne avec ses préjugés, sa malhonnêteté intellectuelle, ses jugements à l'emporte-pièce qui s'appuient souvent sur du vent, ses reproches méprisants et ses idées toutes faites de vieille tache qui pense tout savoir pour réfléchir à tout ça et apporter les ajustements qui s'imposent. Cela étant dit, je réalise que je suis coincé avec cette connasse méprisante pour les 6 prochains mois et je veux qu'elle me crisse patience. Alors OUI, je veux lui dire ce qu'elle veut entendre et faire en sorte que chaque mot soit choisi et pesé avec beaucoup d'attention pour ne pas qu'elle puisse utiliser mes propos pour m'attaquer ENCORE une fois et me faire un autre procès d'intention.

Malgré ce qu'elle prétend, je ne crois pas qu'elle ne demande qu'à être rassurée. Moi, je vois une escalade d'animosité à mon égard et une intransigeance grandissante qui n'est pas près de s'estomper. Je veux être concilient et prudent dans ce que je dis. Je ne veux plus JAMAIS abaisser ma garde avec elle et ne plus jamais lui adresser la parole de façon spontanée.

Et si elle me parle du programme d'aide aux employés, je veux lui dire sans détour que je n'ai pas de compte à lui rendre là-dessus. Si je décide d'y aller, ce n'est pas parce qu'une vieille toupie qui a 100 fois plus besoin de thérapie que moi me force la main.

*Soupir*

Garder la tête froide, garder la tête froide...


Depuis le début de l'année, à chaque fois que j'ai ouvert la gueule en sa présence, mes propos ont été retenus contre moi. Et là, je suis coincé comme un rat, je suis obligé d'exposer mes pratiques, mes actions et mes remises en question à son oeil acerbe et méprisant. C'est comme faire un strip-tease devant un tigre affamé.

Tabarnak, pourquoi c'est toujours moi qui se retrouve dans des situations pareilles...



9 décembre 2012

Procès d'intention et trahison


Le Prof Solitaire...

Ce titre n'a jamais été plus vrai que maintenant, puisque  j'ai décidé de bloquer tout accès au blogue, afin de me protéger. Je parle donc tout seul. J'écris pour moi-même. Mais au fond, c'est correct, c'est comme ça que ce blogue a commencé. Je boucle la boucle. 

Donc, voici le récit de la dernière semaine que je circonscris ici pour ma propre mémoire et pour m'aider à y voir clair.

Après la dernière lettre de convocation, l'angoisse et le stress étaient très élevés, évidemment. Comme à chaque fois, je n'avais aucune espèce d'idée à quoi m'attendre. La pression était terrible, étouffante. Le manque de sommeil avait un effet dévastateur. Comme je ne recevais que très peu de soutien de mes collègues de cycle (à part les deux profs de 5e année qui, franchement, ont su faire preuve  de sollicitude et d'empathie), un matin je suis allé jaser avec une enseignante de 2e année que j'ai toujours trouvée extrêmement sympathique. On n'est pas toujours d'accord, mais j'apprécie habituellement ses points de vue. Je lui exposai donc la situation et lui expliquai ce qui s'est passé avec la directrice et les plaintes de parents. Sa réaction a été pour le moins inattendue. Elle a d'abord concédé que les lettres de convocations, qui ne disent rien du motif, sont des "tentatives de te détruire" et que "même les criminels convoqués à la cour sont informés du motif de leur convocation". Elle a également dit que la directrice avait tourné le bouton à "bitch" depuis la rentrée. Mais son soutien s'est arrêté là.

Elle m'a ensuite dit ce que "plusieurs de tes collègues n'osent pas te dire": que je tape sur les nerfs de tout le monde. Que je dois arrêter de faire à ma tête comme "un adolescent" et que je fasse comme les autres. Que ma convivialité avec mes élèves (ce n'est pas le terme qu'elle a utilisé) était source de frustrations pour mes collègues. Que je semblais fragile cette année et que j'avais trop besoin de "l'amour de mes élèves" (apparemment, l'idée que je puisse agir par altruisme en pensant au bien-être d'autres personnes que moi-même ne leur a jamais traversé l'esprit). Que je ne suis pas leur père, que les élèves passent, qu'il ne faut pas trop s'attacher et que je devrais agir comme les autres pour me protéger. Que si j'ai besoin d'affection, j'ai juste à en donner à mes propres enfants. Etc.

En d'autres termes, mes collègues me méprisent, je les fais chier, mais ils ne me disent rien. Et l'opinion qu'ils se sont faite de mon travail, sans jamais me poser la moindre question sur mes motivations, est pour le moins condescendante.

Je soupçonne que mon intervention pour tenter de mettre fin à l'imposition du silence dans les rangs a exacerbé l'antipathie des gens à mon égard. Elle n'en a pas parlé directement, mais c'est ce que j'ai détecté dans la teneur de ses propos. Ça sonnait un peu comme "c'était déjà assez chiant que tu ne fasses pas comme les autres, là tu oses critiquer notre façon de fonctionner collectivement en plus, arrête de faire chier." De toute évidence, me varloper dans les discussion de corridors est maintenant de bonne guerre.

Je n'ai pas eu le temps de répondre à tout ça, la cloche du début de la journée s'est faite entendre. De toute façon, j'étais complètement sonné. 

Mais ma semaine ne faisait que commencer.

Mercredi, une de mes élèves m'a informé que son père qui est déménageur avait trouvé un divan en bon état qu'il pourrait donner à la classe, mais qu'il fallait faire vite. Je suis donc allé au bureau pour demander la permission. La directrice et son adjoint étaient assis. Ils ne m'ont pas salué, ont arrêté de parler et m'ont fixé. Je me suis excusé de les déranger, je leur ai expliqué l'offre du père et je leur ai demandé s'ils avaient une objection. L'adjoint a commencé à répondre qu'il n'en voyait aucune, quand la directrice l'a subitement interrompu et m'a dit sèchement: "Oui, j'ai une objection." J'ai attendu quelques secondes pour voir si elle avait autre chose à ajouter. Rien. Alors j'ai dit "parfait" et je suis parti.

Jeudi après-midi, je me rends donc au siège social de la commission scolaire et, accompagné de mon représentant syndical, j'entre dans une salle de réunion où nous attendent ma directrice et la responsable des relations de travail qui assiste à ces réunions depuis le début. Ma directrice ne me salue pas, elle sert la main du représentant syndical et s'assoit. Ça promet.

OK, c'est trop intense là, je prends une pause et je continue ceci plus tard.

* * * * * *

Bon, ok, je m'y remets.

La réunion débute avec une "récapitulation" de l'année scolaire faite par ma directrice. Elle me remet sur le nez la lettre que j'avais écrite au tout début, plus spécifiquement le passage où j'expliquais le retour de symptômes dépressifs, dans le but de remettre en question ma santé mentale et ma capacité de faire mon travail (elle passe évidemment sous silence le fait que les symptômes en question se sont pointés à cause de ses agressions verbales). Elle rappelle les nombreuses fois où elle a eu à me "rappeler à l'ordre" depuis le début de l'année, à propos de mon "insubordination" et de la plainte des deux mères. Elle m'a ensuite dit qu'elle a rencontré les trois petites filles après que je leur aie parlé et qu'elle souhaitait savoir ce que je leur avais dit lorsque je les ai rencontrées. 

J'ai alors sorti mes notes et j'ai expliqué le déroulement de cette rencontre. La directrice et la bonne femme de la C.S. prenaient fébrilement des notes. J'ai déjà parlé de la teneur de cette rencontre à la fin de ce billet. Quand j'ai eu terminé, les deux bonnes femmes se sont littéralement déchaînées. Et à ma grande surprise, la bonne femme de la C.S. qui était assez réservée dans les rencontres précédentes était encore plus agressive que la directrice. Elle m'a dit qu'elle était "sidérée" par mes propos. Que comme parent, elle était choquée par plusieurs éléments de mon intervention (sans les nommer). Que je rejetais tout le blâme des plaintes sur l'extérieur et que je n'en prenais aucune responsabilité. Elle m'a dit que mon intervention était antipédagogique. Elle m'a dit que la directrice avait été "très claire" lors de la dernière convocation et que j'avais passé outre à ses demandes (sans spécifier à quoi elle faisait allusion). Puis, la directrice s'est jointe à la fête et s'est mise à me déverser un flot de reproches et de faits décousus en établissant des liens pour le moins douteux avec le sujet de la rencontre. Elle a parlé de mon état mental qui, de ma propre admission (dit-elle), l'inquiète. Elle m'a dit que je ne faisais pas ma job et que je devais me concentrer sur l'enseignement du français et des maths, pas à être "chummy-chummy" (ses mots) avec mes élèves (comme si l'un empêchait nécessairement l'autre). Elle a ramené l'anecdote du divan de la veille en guise d'exemple (ridicule) que je n'étais pas concentré sur mes véritables responsabilités. Elle m'a vomi un paquet de trucs du genre, tout ce que j'avais dit ou fait dans les derniers mois devenait soudainement une preuve supplémentaire de mon incompétence. Ça allait dans toutes les directions, comme des tirs de mitraillette, comme si à défaut d'avoir des arguments de qualité, elle me noyait sous la quantité. Comme si l'abondance de "preuves" circonstancielles et impertinentes devient valide de par le fait qu'il y en a beaucoup. Puis, la directrice m'a proféré ce que je considère être une menace voilée, en me disant qu'elle "aurait très bien pu prendre la voie punitive" mais que ce n'était pas ce qu'elle avait choisi.

Ah! oui, j'oubliais presque... elle m'a également reproché des propos que j'ai tenus à propos de la mère, en toute confidentialité, en jasant avec des collègues. Elle s'est d'ailleurs fait un malin plaisir de souligner que ces propos lui avaient été rapportés par DES enseignantes.

J'étais complètement abasourdi. Sans voix. Je ne disais plus rien. J'étais assis là, assommé. Soufflé. Renversé. Physiquement étourdi.

On a pris une pause.

Le représentant syndical m'a regardé. On ne savait plus quoi se dire. On essayait de débroussailler leurs propos, de déchiffrer cette agressivité, de comprendre ce qui était en train de se passer. Il a finalement quitté la salle et est allé parler à la bonne femme de la C.S. pour essayer de comprendre. Il lui a demandé si une mesure disciplinaire était envisagée. Elle a répondu que non.

Après une quinzaine de minutes, elle sont revenues. J'ai essayé tant bien que mal de répondre à leurs allégations, mais j'étais aussi gracieux qu'un canard qui vient de se faire plomber une aile par deux chasseurs. J'ai d'abord dit que le but de ma rencontre avec les filles n'était pas d'assigner du blâme ou de disculper qui que ce soit, que je souhaitais simplement faire une intervention-éclair pour que les débordements d'affection cessent immédiatement et qu'on n'aille pas croire que je  prenais les plaintes à la légère. À ce point de vue, dis-je, l'intervention a été un vif succès.

Ensuite, je leur ai demandé d'exprimer leurs reproches plus lentement afin que je puisse y répondre point par point, mais elles ont immédiatement balayé cette demande du revers de la main en disant que ce n'était pas l'objectif de la rencontre. Je leur ai dit que plusieurs des choses qu'on me reprochait étaient des événements anecdotiques sans réel lien à la situation qui nous intéresse, comme le divan par exemple. On m'a sèchement répondu de laisser tomber l'histoire du du divan, que ce n'était pas l'objet de la réunion. J'ai répondu que ce n'était pas moi qui avait amené cette histoire de divan sur le tapis.

Bref, on me balance n'importe quoi par la gueule, et on ne veut pas que je réponde.

J'ai ensuite tenté, bien maladroitement, d'expliquer mon approche et ma philosophie, que celle-ci avait donné de véritables "success stories" dans le passé, comme cette fois où une jeune fille qui était agressée par son oncle était venue se confier à moi et que nous avions pu lui venir en aide. La directrice a sèchement répondu que cela ne s'était pas produit avec elle. Non, ai-je répondu, c'était à mon école précédente. Elle m'a répondu que le passé ne l'intéressait pas, que le problème était dans le présent et qu'il fallait "regarder en avant".

J'ai terminé en disant que je ne prétendais pas que mon approche était parfaite (la directrice m'a balancé une remarque hyper-méprisante du genre: "Elle est loin d'être parfaite", ce à quoi j'ai rétorqué, avec une certaine impatience: "C'est ce que je suis en train de dire.") J'ai répété que mon approche n'était pas parfaite mais qu'elle n'était pas nulle non plus et qu'il ne fallait pas jeter le bébé avec l'eau du bain. J'ai ajouté que j'étais une personne qui se remet constamment en question et qui essaie toujours de s'améliorer.

Le représentant syndical leur a alors demandé ce qu'elles souhaitaient exactement.

Elles ont répondu que, premièrement, elles souhaitaient que j'entre en contact avec le programme d'aide aux employés afin de parler à un psychologue à propos de mon état mental et de découvrir les raisons qui me poussent à être "trop familier" avec mes élèves (encore une fois, il semblerait que l'altruisme n'existe que dans mon esprit, et donc que le fait de se dévouer aux élèves doit nécessairement être un trouble pathologique). Le représentant a alors dit que cette démarche m'appartenait et que je n'avais pas à rendre de comptes là-dessus, elles ont acquiescé (quelle mansuétude). Leur seconde exigence est que je remette en question ma gestion de classe et que j'apporte les modifications nécessaires afin de "recentrer" mon approche. Elles veulent que je consulte un conseiller pédagogique. Je dois leur donner mon "plan d'action" d'ici Noël et, dans les premiers mois de 2013, rencontrer la directrice à au moins deux reprises afin d'exposer les fruits de ma réflexion et les changements concrets que j'aurai mis en place.

Puis, elles se sont levées. Tout le monde s'est serré la main, sauf la directrice qui ne m'a même pas regardé.

* * * * *

J'ai longuement jasé avec mon représentant syndical après ça et en gros, il m'a dit que du temps qu'il était enseignant, il était très cool et très apprécié de ses élèves, mais que jamais ils ne l'avaient touché. Il m'a donc invité à me questionner sur ce qui aurait pu amener mes élèves à considérer que cela était correct.

Il m'a raconté qu'il n'y a pas si longtemps, une de ses anciennes élèves qui l'avait particulièrement apprécié lui a envoyé un courriel. Ses parents se séparaient et la petite vivait ça très difficilement. Elle lui a demandé de l'aide. Il a répondu qu'il était impossible pour lui de lui venir en aide et qu'elle devait s'adresser aux services d'aide de son école secondaire. "Toi, qu'est-ce que tu aurais fait?" m'a-t-il demandé. "J'aurais essayé de l'aider", ai-je répondu sans hésiter. "Tu vois, il est là le problème" a-t-il tranché.

Il m'a dit croire que la directrice aurait pu facilement me punir si tel avait été son désir, qu'il n'a pas vu de menace dans ses propos et que la thérapie serait bénéfique, ce qui m'a poussé à me questionner sérieusement sur ses capacités à me défendre adéquatement.

* * * * *

Et depuis, je réfléchis.

Évidemment, je ne possède pas l'ombre d'une mauvaise intention et je n'ai rien fait de mal. Mes élèves n'ont subi aucun préjudice. Le seul problème est dans la perception et les apparences. La directrice me bombarde de reproches tous plus impertinents les uns que les autres, avec une mauvaise foi colossale. Mes motivations, ma philosophie et mes intentions n'intéressent personne. La vérité n'intéresse personne.

Tout le monde qui est impliqué de près ou de loin dans ma vie professionnelle (à part les élèves qui m'adorent) semble condamner ce que je fais: la directrice, la C.S., mes collègues, des parents (bien qu'il s'agisse ici de seulement deux mères alors que tous les autres ne trouvent rien à redire, ne l'oublions pas), même le délégué syndical me dit que j'ai besoin de thérapie. Alors il y a définitivement quelque chose qui ne marche pas à quelque part.

Je ne veux pas me mettre la tête dans le sable. Il faut que j'en prenne acte.

La réalité, c'est que j'agis par altruisme et parce que je crois sincèrement que ma façon de faire permet aux enfants de s'épanouir et d'être heureux dans ma classe. Mais de toute évidence, personne n'est prêt à me donner le moindre mérite. Au contraire, on m'insulte, on me méprise, on me malmène, on caricature mon travail, on me traite d'incompétent et on remet même en question ma santé mentale.

Même si je continue de croire que ma façon d'enseigner est dans le meilleur intérêt des élèves, le temps est peut-être venu de mettre mes intérêts avant les leurs. Si je me distancie d'eux, si je suis plus sévère, si je suis plus froid, je me protégerai et en même temps, ça "paraîtra" mieux aux yeux du monde extérieur.

Au fond, c'est ça que je devrai faire.

Leur bonheur et leur épanouissement, ce n'est pas ma job. Les aimer, ce n'est pas ma job. Leur donner l'attention qu'ils ne reçoivent nulle part ailleurs, ce n'est pas ma job.

Ma job c'est d'enseigner les maths, le français et les autres matières. Point.

Reste à voir si j'aurai encore envie de la faire, cette saloperie de job, une fois que j'y aurai extirpé tout ce qu'elle a d'humain. Parce que dédier sa vie à l'enseignement des fractions équivalentes et aux accords de pluriel, ce n'est pas vraiment ce que j'avais en tête quand j'ai choisi cette carrière...

Pis il faut absolument que je change d'école.

Survivre l'année, et changer d'école.



3 décembre 2012

Nouvelle convocation

Reçu une autre convocation formelle de ma directrice aujourd'hui.

Au siège social de la commission scolaire cette fois-ci. En présence de deux fonctionnaires de la CS, l'une responsable des relations de travail et l'autre, de j'sais-plus-quoi. L'escalade se poursuit donc.

La lettre dit que c'est à propos d'événements survenus depuis la dernière convocation.

D'mandez-moi pas c'est quoi, je n'en ai aucune esti d'idée.

Tout ce que je sais, c'est qu'elles sont en train de m'avoir à l'usure, la directrice et cette mère débile.

Je suis stressé, déprimé, insomniaque, quasi-paranoïaque. Je n'ai plus faim. Moi qui passais une si belle année, elles m'ont complètement scié les jambes la dernière fois. Et voilà qu'elles remettent ça.

Elles vont finir par me faire craquer.

Si je n'étais pas encore sur les antidépresseurs de l'an dernier, je crois que ce serait déjà mission accomplie.

Une chance que j'ai ma femme et mes p'tits gars, mon refuge de cette saloperie de monde de tarés. Mon cocon. J'sais pas c'que j'ferais sans eux. Je n'crois pas que j'serais capable de m'lever le matin.

À l'âge où je suis rendu, je croyais que j'serais plus solide, que j'aurais une meilleure carapace. Mais ce n'est pas le cas. Je suis extrêmement sensible, surtout après l'année éprouvante que j'ai traversée il y a seulement quelques mois.

Bref, pardonnez l'absence de billets, chers lecteurs, mais j'suis à terre. Je n'ai plus le goût. Plus le goût d'écrire, plus le goût de me défendre, plus le goût de me battre. Plus le goût de rien. Plus d'énergie. Même plus le goût de m'indigner du traitement que je subis. J'ai juste envie de tout crisser là pour qu'on me fiche la paix, pour qu'on me laisse tranquille.

J'sais pas combien de temps je serai silencieux... mais pour l'instant, le boxeur est K.O.

1 décembre 2012

Libre arbitre?

Obéissez, esclaves!

Pape Condom XVI

Ma collègue est une sorcière

Ma collègue de sixième année vient de recevoir une (très longue) lettre d'un parent.

Elle s'apprête à faire un projet autour des romans de Harry Potter, voyez-vous. Le parent en question demande que sa fille soit exemptée de l'activité et qu'on lui fournisse un autre roman parce que les romans de Harry Potter font la promotion de la sorcellerie et de la magie noire. Il cite également des passages de la Bible qui dénoncent la pratique de la sorcellerie.

Je ne vous niaise même pas, là. Pas une seule seconde.

Ahurissant.

Comme pour toute demande d'accommodement, la lettre a été envoyée à la directrice qui devra trancher. Bien hâte de voir ce qu'elle va décider. Si elle plie devant ce parent, j'ai bien l'intention de protester vigoureusement.


"C'est une crisse de folle"

Ce n'est pas moi qui le dit. Je cite ici un collègue à qui j'ai raconté cette histoire l'autre jour.

Contexte:

Lors de la rencontre de parents de la semaine dernière, la méprisante mère d'une de mes élèves (la même qui a porté plainte contre moi) m'a dit, et je cite, que ma classe était un "free-for-all", que sa fille avait besoin d'être "mieux encadrée", m'a blâmé pour tous les problèmes de sa fille, a prétendu (faussement) que sa fille se comportait très bien dans ses classes précédentes (j'ai appris depuis que tout le monde la trouve insupportable depuis la maternelle) et elle m'a demandé d'écrire dans l'agenda quand sa fille se comporte mal.

Très bien, ai-je répondu. Excellente idée. Après tout, c'est vrai que j'ai la vilaine habitude de ne pas suffisamment informer les parents à propos du comportement de leurs flos.

Depuis lundi dernier, j'écris tout. Bianca (nom fictif) a lancé son cahier. Bianca nettoie ses souliers sur son bureau pendant les cours. Bianca crie. Bianca dérange la classe. Bianca perturbe une période de récupération en vidant une boîte de mouchoirs et en mettant le tout sur le bureau d'une élève. Etc. Évidemment, je n'ai pas TOUT écrit, ça me prendrait dix agendas pour noter chaque commentaire impertinent, chaque bruit dérangeant, chaque ballade dans la classe et chaque facétie qui vise à attirer l'attention sur elle.

Réaction de Madame?

Figurez-vous donc que, bien qu'elle l'ait elle-même suggéré, Madame n'apprécie pas. Elle me fait savoir, via sa fille (ce qui anéantit encore plus le peu d'autorité qu'il me restait), que j'exagère. Que ce que j'écris n'est pas "important". Que la meilleure amie de sa fille (quelle source objective!) lui dit qu'elle ne dérange pas en classe. Qu'elle est une pauvre victime des autres élèves qui son intolérants avec elle. Qu'elle veut me rencontrer à nouveau.

En d'autres termes: Encadre mieux ma fille, mais ne viens pas me faire chier en m'écrivant toutes les conneries qu'elle fait, même si c'est moi qui t'ai demandé de le faire.

C'est mon collègue qui l'a parfaitement bien résumé. Crisse de folle...


marrciano

edelweiss26

depingo

tanathe

Great-OHARU

Les autres participants

Vous vous souvenez de ce concours de dessin auquel j'ai participé l'autre jour, question de me donner une excuse de dessiner un peu? Les oeuvres des autres participants ont été postées sur la page FB de la maison d'éditions et certaines sont si belles (et parfois même si amusantes) qu'il me faut absolument les reproduire ici.

Luis Dourado:




Derek Ostrander:



Ercan Hulk Bozdogan:



Toni Greis:



Luis Gadea:



Ed van der Linden:



Pinturero:



Noumenie Dysnomie:



Jenny Zeitouni:



Ray See:



Axel Medellin Machain:




27 novembre 2012

Choisissez votre nouvelle!

Les faits ne sont pas importants, tout ce qui compte, c'est l'interprétation qu'en feront les journalistes.

Ainsi, vous voulez savoir si Gilles Duceppe a mal agi ou pas?

Version fédéraliste de La Presse:



Version honnête du Devoir:



À vous de choisir!

26 novembre 2012

La pyramide de l'argumentation



Il faut que je m'inspire de ceci demain et que je garde mon calme.

Trouvé ici.

Et c'est pas fini...

Quel début de semaine prometteur!

J'arrive à l'école ce matin et je jette un coup d'oeil à mes courriels. Il y a un message de ma directrice dans lequel elle me demande d'arracher le carton qui bloque ma fenêtre de classe. Comme j'avais découpé un gros trou avec un volet refermable qui me permettrait de m'entraîner en paix, je me suis demandé si elle l'avait vu, donc je suis descendu à son bureau afin de le lui demander. Je l'ai croisé dans l'entrée du bureau et elle ne m'a pas salué. Je lui ai demandé si je pouvais la déranger quelques minutes, elle a dit oui et m'a demandé de fermer la porte.

Puis, avant que je puisse placer un mot, elle a commencé à me reprocher d'avoir manqué une formation en mathématiques vendredi dernier, pendant la journée pédagogique. Je lui ai expliqué que mon fils aîné avait une terrible gastro et qu'il était vraiment très malade. Elle m'a répondu que j'aurais dû faire un effort pour être là, que c'était une excellente formation et que je suis un bon prof de français, mais que mon enseignement des maths posait problème et que la preuve était le nombre plus élevé d'échecs au bulletin. 

J'étais abasourdi. Le ton a commencé à monter. Je lui ai dit que les mauvais résultats des élèves n'étaient pas nécessairement indicatifs de la compétence d'un prof et que je n'appréciais pas qu'elle insinue que j'étais un incompétent. Je lui ai expliqué que j'aurais beaucoup préféré être présent à cette formation plutôt que d'être à la maison avec un enfant malade, à ramasser du vomi et de la merde. Elle m'a répondu que j'aurais pu m'absenter 3 heures pour venir à la formation. Elle a ajouté qu'elle me demanderait un papier du médecin pour justifier mon absence. 

Là, je capotais, le ton a encore monté d'un cran. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de papier de médecin, que lorsqu'un enfant a la gastro, tu essaies de calmer les pires symptômes, tu veilles sur lui, tu ramasses les dégâts, tu le tiens séparé de son frère, tu essaies d'éviter la déshydratation et tu attends trois jours pour que ça passe. J'ai ajouté que j'avais parfaitement le droit de m'absenter pour prendre soin d'un enfant malade et qu'il y avait une banque de jours qui existait justement pour des urgences de ce genre. Elle a répondu que "mon droit" n'était pas en cause, mais qu'il est de mon devoir professionnel d'assister aux réunions de formation. Excédé, je lui ai demandé si elle allait me couper mon salaire. Elle m'a répondu qu'elle n'avait pas dit ça. "Alors pourquoi tu veux un papier de médecin alors?" ai-je demandé! Elle m'a dit qu'elle allait y réfléchir. J'ai appris plus tard dans la journée qu'elle n'avait pas le droit de l'exiger.

Elle m'a finalement laissé poser ma question à propos de la fenêtre. J'ai baissé le ton de quelques octaves et je lui ai demandé si elle avait vu le trou découpé dans le carton. Elle m'a dit que oui, mais que par souci de transparence, elle voulait que le tout soit enlevé. Je lui ai rappelé que la raison d'être première de ce carton était d'éviter que des élèves me voient m'entraîner et que sur mon vélo d'exercice, je portais des shorts serrés de cycliste et qu'il ne fallait pas venir se plaindre de ma tenue après ça! Elle m'a répondu qu'elle ne voyait pas pourquoi il y aurait une plainte à cause de ça. J'ai répondu qu'après les allégations de la semaine dernière, plus rien ne me surprendrait.

Alors bref, j'ai arraché l'esti de carton.

Mais, ne craignez rien, elle n'avait pas encore dit son dernier mot.

À la fin de la pénultième période, elle a convoqué dans son bureau les trois élèves "coupables" d'affection. Je n'en croyais pas mes oreilles parce que, voyez-vous, elle avait explicitement dit à la fin de la réunion de mercredi que mes réponses aux allégations avaient fait preuve d'une grande transparence et qu'elle ne voyait pas l'intérêt de rencontrer les trois élèves.

Alors quelle est la signification de ceci? À quoi elle joue, là, exactement? 

En revenant, je n'osais pas questionner les élèves, mais elles m'ont confirmé qu'il avait été question des allégations, de la rencontre que j'avais eue avec elles et que la directrice souhaitait les revoir.

Premièrement, je constate que cela a été une erreur d'aller la voir jeudi dernier pour la mettre au courant de ma conversation avec les élèves. Moins j'en dis à cette femme, mieux c'est. Si elle ne savait rien de cette conversation, elle ne serait pas venue mettre ses sales pattes dans cette histoire. Deuxièmement, je ne peux que me questionner sur la justification de cette réunion improvisée. S'agit-il d'une nouvelle plainte de la crisse de mère hystérique?

Je ne suis pas allé voir la directrice parce qu'après la conversation de ce matin, je crois que j'aurais pété les plombs. Ai-je raison de me méfier d'elle après les sempiternels conflits qui caractérisent notre relation depuis août? Ou suis-je en train de devenir paranoïaque?

Cette femme va me rendre complètement fou.


25 novembre 2012

Un baume



En fin de semaine, une de mes anciennes élèves a posté cette photo sur Facebook, que je reproduis ici avec sa permission. Elle a maintenant 20 ans, si mon calcul est exact, et elle étudie pour être infirmière.

Le journal de dialogue est un petit cahier dans lequel mes élèves peuvent m'écrire sur n'importe quel sujet. Ça va de l'anodin aux grandes confidences. Tout ce qui est écrit là-dedans reste entre nous deux. C'est un moyen privilégié de me parler ou de me poser des questions, particulièrement apprécié des élèves plus timides et introvertis qui sont plus à l'aise à écrire qu'à parler. C'est également une des rares fois où l'élève peut faire toutes les fautes qu'il veut sans conséquences, puisque tout ce qui compte dans ce cas-ci, c'est le message.

Comme vous pouvez le voir, il semblerait qu'elle ait précieusement conservé ses journaux de dialogue pendant toutes ces années.

Un beau petit baume sur mes plaies...