22 septembre 2012

L'agenda "xénophobe" de Lisée

Mme Marois a décidé de nommer un interlocuteur désigné pour parler avec la communauté anglophone.

Certains y voient un beau geste d'ouverture. Personnellement, je ne suis pas certain de comprendre quel en est l'intérêt. Ce n'est pas comme si les anglophones étaient menacés d'extinction en Amérique du nord!

Mais bon... je me suis d'abord dit que les Anglos seraient contents et qu'ils se calmeraient peut-être un peu le poil des jambes.

Grave erreur. Quel naïf je suis.

Le journaliste Don Macpherson (The Gazette) crache sur cette nomination en balançant son mépris à la gueule de Lisée dans cet article intitulé "Lisée building bridges? Is this a joke?" et avec le sous-titre "Ex-journalist has a long history of spearheading and supporting xenophobic campaigns against linguistic minorities":

Après une intro pareille, on peut s'attendre au pire:

(...) Then came Lisée’s hatchet job on anglos in L’actualité magazine in April while he was doing double duty as a “journalist,” two months after it was announced he had joined a PQ sovereignty-strategy committee. That was the “dossier” in which he criticized us for not embracing Bill 101, not defending French in Montreal against ourselves and, in the privacy of our own homes, not listening to the pop music of Marie-Mai.

Plusieurs accusations précèdent celle-ci, mais comme je ne trouve pas les commentaires originaux de Lisée afin de voir à quel point ils ont été déformés, je ne suis pas en mesure de les commenter.

Mais ici, par contre, je ne vais pas me gêner.

Tout d'abord, j'attire votre attention sur l'utilisation des guillemets autour du mot "journaliste". Comme s'il s'agissait d'un titre non-mérité, une fausse prétention de Lisée. On sous-entend ici qu'il est une espèce de charlatan qui se fait passer pour un journaliste. Évidemment, le but ici est de s'assurer que le lecteur ait un préjugé défavorable face à Lisée.

Pour ce qui est de la soi-disant critique de Lisée à l'égard des Anglos, quand on la regarde pour ce qu'elle est, on voit bien qu'il n'y a là rien de bien choquant. C'est la réalité, que ça plaise aux Anglos ou non: ils se crissent de toute la production culturelle québécoise. Ils ne veulent rien savoir. Ils ne connaissent pas le cinéma québécois, la musique québécoise, etc.

Ils sont trop occupés à nous mépriser pour s'intéresser à ce qui se fait ici. Plutôt que de célébrer cette francitude qui fait du Québec un endroit unique en Amérique du nord, ils préfèrent rêver de l'Ontario et consommer tout ce qui vient des USA. C'est ça la réalité, que ça leur plaise ou non. Évidemment, ça ne colle pas très bien à leurs fausses prétentions de "gens ouverts, tolérants, inclusifs et bilingues". Mais la réalité est ce qu'elle est, qu'on la nie ou non n'y change rien.

Le choix des mots de Macpherson est également très révélateur. Pourquoi, écrit-il, devrions-nous défendre le français à Montréal "contre nous-mêmes". Comme si la solidité du français signifiait automatiquement la faiblesse de l'anglais. C'est ridicule. Et franchement, pour croire que l'anglais est en position de faiblesse sur ce continent, il faut être malhonnête en esti. Mais c'est très instructif à propos de la mentalité des Anglos. Ils se disent bilingues et ouverts, tant que l'hégémonie de l'anglais semble inévitable. Mais dès que tu prends des mesures pour défendre le français, les masques tombent et le vrai visage apparaît.

Puis, il y a cette phrase qui laisse entendre que Lisée souhaite imposer Marie-Mai dans tous les salons anglophones. Là, on tombe carrément dans la paranoïa.

Once he became a PQ candidate for the Sept. 4 election, Lisée became the party’s leading spokesman in its xenophobic campaign against linguistic minorities. In a PQ communiqué titled “With a Parti Québécois government, Montreal will remain predominantly French-speaking,” Lisée, now the minister in Marois’s government responsible for the city, said: “We refuse to be the generation that will see Montreal marginalize French! We shall not accept that francophones soon are in the minority on the island and we shall not let French lose its critical mass in Quebec’s metropolis.”

Bon... nous voici rendus à la campagne "xénophobe" contre les minorités linguistiques.

Encore une fois, il faut connaître le contexte montréalais pour être capable de lire entre les lignes.

Quelle est donc la réalité de ces "minorités linguistiques"? Elle est fort simple. Les immigrants peuvent conserver leur langue d'origine dans la famille et lorsqu'ils sont parmi des gens de la même origine ethnique qu'eux, mais tôt ou tard ils sont confrontés à un choix: si tu veux sortir de ton ghetto, te trouver une job et interagir avec les autres, tu dois parler anglais ou français.

Le PQ souhaite faire en sorte qu'un plus grand nombre d'entre eux choisisse le français, ce qui fait de toute évidence chier royalement les Anglos. Alors que faire? Simple: diaboliser le PQ et les francophones, une bande de racistes et de xénophobes. Nous sommes donc face à une campagne de salissage et de désinformation qui poursuit un but stratégique très clair.

“While we should be glad at the progress of French as a second language in Montreal, the decline in the proportion of Montrealers for whom French is the language mostly spoken is very worrying.” That is, it was good that anglos and other linguistic minorities had learned French — but not good enough.

On déforme complètement les propos de Lisée, ici. Il dénonce simplement le fait que les gens qui parlent surtout le français soient minoritaires à Montréal. C'est une inquiétude fort légitime. À lire Macpherson, on croirait que Lisée à des desseins sinistres. "Il est content qu'on ait appris le français, mais ça ne lui suffit pas!" Il veut aller plus loin... comprendre: s'attaquer à nos droits fondamentaux.

In a radio interview during the campaign, Lisée said the PQ would favour a prospective immigrant from France over one from China, because the one from France “lives in French with their family.”

Est-ce que c'est sur cette déclaration que Macpherson appuie son accusation de xénophobie? Parce qu'une fois de plus, il n'y a rien de bien choquant là-dedans. Évidemment, le lecteur anglo, déjà pompé à bloc par ce qui précède, arrive à ce paragraphe et comprend que Lisée déteste les Chinois et ne veut plus qu'ils immigrent ici. Or, ce n'est pas du tout ce qu'il dit. Il veut simplement favoriser l'immigration de francophones. C'est un choix tout à fait légitime.

But even living in French at home wasn’t good enough. In a communiqué earlier in the campaign, the PQ had expressed concern over declines in the proportion of both Quebecers and Montrealers with French as their mother tongue. And in another interview that surfaced during the campaign, Lisée said: “From the moment where there isn’t a majority of people whose first language is French, it means there is no majority to defend it.” So the only Quebecers who are good enough for Lisée are the ones with French as their mother tongue — which excludes the anglos to whom Marois now would have him build bridges.

Comme malhonnêteté intellectuelle, il est difficile d'imaginer pire. Tout ce que Lisée dit, c'est que seuls les locuteurs natifs du français sont prêts à se battre pour que leur langue soit respectée. C'est un fait, Macpherson a lui-même déclaré plus haut que pour les Anglos, défendre le français est contre leurs intérêts. Il en découle donc que, logiquement, la seule façon d'avoir une majorité de Montréalais qui est prête à défendre le français est d'avoir une majorité de francophones sur l'île. Parfaitement logique.

Mais Macpherson dévie complètement du sujet en déclarant que "les seuls Québécois qui sont assez bons pour Lisée sont les locuteurs natifs du français." C'est vraiment n'importe quoi. Il n'est même pas subtil ici, sa malhonnête gymnastique intellectuelle crève les yeux. Ce serait comme critiquer la réforme de la santé de Barack Obama en disant que seuls les Américains malades sont assez bons pour lui.

N'im-por-te quoi.

Voilà ce qui arrive quand le PQ fait preuve d'ouverture. Vite! Vite! Ridiculisons le geste et détruisons la crédibilité de la personne choisie! Il ne faut surtout pas que le PQ ait bonne presse! Après tout, en dire du bien serait un acte de trahison! Dépêchons-nous avant que nos lecteurs n'entendent la moindre note discordante dans le discours anti-PQ que nous leur enfonçons dans la gorge depuis des années! S'il fallait qu'ils se mettent à penser par eux-même, ce serait catastrophique!

Pauvre taré...

La réalité, bien sûr, est que Lisée n'a rien d'un xénophobe. Il se décrit lui-même comme un anglophile. 

Amusant de voir un Anglo étroit d'esprit traiter de xénophobe un Franco bilingue passionné de culture anglophone.



1 commentaire:

Anonyme a dit...

Ce qu'il faut comprendre, c'est que le "anything franco" bashing est une manière pour certains anglos de se créer une identitée. Ils se définissent en nous ridiculisant. Heureusement, ils ne sont pas tous ainsi.