27 novembre 2012

Choisissez votre nouvelle!

Les faits ne sont pas importants, tout ce qui compte, c'est l'interprétation qu'en feront les journalistes.

Ainsi, vous voulez savoir si Gilles Duceppe a mal agi ou pas?

Version fédéraliste de La Presse:



Version honnête du Devoir:



À vous de choisir!

26 novembre 2012

La pyramide de l'argumentation



Il faut que je m'inspire de ceci demain et que je garde mon calme.

Trouvé ici.

Et c'est pas fini...

Quel début de semaine prometteur!

J'arrive à l'école ce matin et je jette un coup d'oeil à mes courriels. Il y a un message de ma directrice dans lequel elle me demande d'arracher le carton qui bloque ma fenêtre de classe. Comme j'avais découpé un gros trou avec un volet refermable qui me permettrait de m'entraîner en paix, je me suis demandé si elle l'avait vu, donc je suis descendu à son bureau afin de le lui demander. Je l'ai croisé dans l'entrée du bureau et elle ne m'a pas salué. Je lui ai demandé si je pouvais la déranger quelques minutes, elle a dit oui et m'a demandé de fermer la porte.

Puis, avant que je puisse placer un mot, elle a commencé à me reprocher d'avoir manqué une formation en mathématiques vendredi dernier, pendant la journée pédagogique. Je lui ai expliqué que mon fils aîné avait une terrible gastro et qu'il était vraiment très malade. Elle m'a répondu que j'aurais dû faire un effort pour être là, que c'était une excellente formation et que je suis un bon prof de français, mais que mon enseignement des maths posait problème et que la preuve était le nombre plus élevé d'échecs au bulletin. 

J'étais abasourdi. Le ton a commencé à monter. Je lui ai dit que les mauvais résultats des élèves n'étaient pas nécessairement indicatifs de la compétence d'un prof et que je n'appréciais pas qu'elle insinue que j'étais un incompétent. Je lui ai expliqué que j'aurais beaucoup préféré être présent à cette formation plutôt que d'être à la maison avec un enfant malade, à ramasser du vomi et de la merde. Elle m'a répondu que j'aurais pu m'absenter 3 heures pour venir à la formation. Elle a ajouté qu'elle me demanderait un papier du médecin pour justifier mon absence. 

Là, je capotais, le ton a encore monté d'un cran. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de papier de médecin, que lorsqu'un enfant a la gastro, tu essaies de calmer les pires symptômes, tu veilles sur lui, tu ramasses les dégâts, tu le tiens séparé de son frère, tu essaies d'éviter la déshydratation et tu attends trois jours pour que ça passe. J'ai ajouté que j'avais parfaitement le droit de m'absenter pour prendre soin d'un enfant malade et qu'il y avait une banque de jours qui existait justement pour des urgences de ce genre. Elle a répondu que "mon droit" n'était pas en cause, mais qu'il est de mon devoir professionnel d'assister aux réunions de formation. Excédé, je lui ai demandé si elle allait me couper mon salaire. Elle m'a répondu qu'elle n'avait pas dit ça. "Alors pourquoi tu veux un papier de médecin alors?" ai-je demandé! Elle m'a dit qu'elle allait y réfléchir. J'ai appris plus tard dans la journée qu'elle n'avait pas le droit de l'exiger.

Elle m'a finalement laissé poser ma question à propos de la fenêtre. J'ai baissé le ton de quelques octaves et je lui ai demandé si elle avait vu le trou découpé dans le carton. Elle m'a dit que oui, mais que par souci de transparence, elle voulait que le tout soit enlevé. Je lui ai rappelé que la raison d'être première de ce carton était d'éviter que des élèves me voient m'entraîner et que sur mon vélo d'exercice, je portais des shorts serrés de cycliste et qu'il ne fallait pas venir se plaindre de ma tenue après ça! Elle m'a répondu qu'elle ne voyait pas pourquoi il y aurait une plainte à cause de ça. J'ai répondu qu'après les allégations de la semaine dernière, plus rien ne me surprendrait.

Alors bref, j'ai arraché l'esti de carton.

Mais, ne craignez rien, elle n'avait pas encore dit son dernier mot.

À la fin de la pénultième période, elle a convoqué dans son bureau les trois élèves "coupables" d'affection. Je n'en croyais pas mes oreilles parce que, voyez-vous, elle avait explicitement dit à la fin de la réunion de mercredi que mes réponses aux allégations avaient fait preuve d'une grande transparence et qu'elle ne voyait pas l'intérêt de rencontrer les trois élèves.

Alors quelle est la signification de ceci? À quoi elle joue, là, exactement? 

En revenant, je n'osais pas questionner les élèves, mais elles m'ont confirmé qu'il avait été question des allégations, de la rencontre que j'avais eue avec elles et que la directrice souhaitait les revoir.

Premièrement, je constate que cela a été une erreur d'aller la voir jeudi dernier pour la mettre au courant de ma conversation avec les élèves. Moins j'en dis à cette femme, mieux c'est. Si elle ne savait rien de cette conversation, elle ne serait pas venue mettre ses sales pattes dans cette histoire. Deuxièmement, je ne peux que me questionner sur la justification de cette réunion improvisée. S'agit-il d'une nouvelle plainte de la crisse de mère hystérique?

Je ne suis pas allé voir la directrice parce qu'après la conversation de ce matin, je crois que j'aurais pété les plombs. Ai-je raison de me méfier d'elle après les sempiternels conflits qui caractérisent notre relation depuis août? Ou suis-je en train de devenir paranoïaque?

Cette femme va me rendre complètement fou.


25 novembre 2012

Un baume



En fin de semaine, une de mes anciennes élèves a posté cette photo sur Facebook, que je reproduis ici avec sa permission. Elle a maintenant 20 ans, si mon calcul est exact, et elle étudie pour être infirmière.

Le journal de dialogue est un petit cahier dans lequel mes élèves peuvent m'écrire sur n'importe quel sujet. Ça va de l'anodin aux grandes confidences. Tout ce qui est écrit là-dedans reste entre nous deux. C'est un moyen privilégié de me parler ou de me poser des questions, particulièrement apprécié des élèves plus timides et introvertis qui sont plus à l'aise à écrire qu'à parler. C'est également une des rares fois où l'élève peut faire toutes les fautes qu'il veut sans conséquences, puisque tout ce qui compte dans ce cas-ci, c'est le message.

Comme vous pouvez le voir, il semblerait qu'elle ait précieusement conservé ses journaux de dialogue pendant toutes ces années.

Un beau petit baume sur mes plaies...


23 novembre 2012

Black Friday

Ivan Illich


«Si les écoles cessaient d'être obligatoires, quels élèves resterait-il au professeur qui fonde tout son enseignement sur l'autorité qu'il exerce?»

Robert Heinlein

Out Ta Get Me ( Guns N' Roses)

J'écoutais ça dans mon char en revenant de l'école, l'autre jour. Ce fut un exutoire très thérapeutique.



Been hidin' out
And layin' low
It's nothin' new ta me
Well you can always find
a place to go
If you can keep your sanity
They break down the doors
And they rape my rights but
They won't touch me
They scream and yell
And fight all night
You can't tell me
I lose my head
I close my eyes
They won't touch me
'Cause I got somethin'
I been buildin' up inside
For so fuckin' long

They're out ta get me
They won't catch me
I'm fuckin' innocent
They won't break me

Sometimes it's easy to forget where you're goin'
Sometimes it's harder to leave
And everytime you think you know just what you're doin'
That's when your troubles exceed
They push me in a corner
Just to get me to fight but
They won't touch me
They preach and yell
And fight all night
You can't tell me
I lose my head
I close my eyes
They won't touch me
'Cause I got somethin'
I been buildin' up inside
I'm already gone

Some people got a chip on their shoulder
An some would say it was me
But I didn't buy that fifth of whisky
That you gave me
So I'd be quick to disagree

They're out to get me
They won't catch me
I'm fuckin' innocent
So you can
Suck me
Take that one to heart

Quand ta pire phobie vient te botter l'cul


Bon, alors, allons-y avec cette nouvelle convocation dont je parlais ici. Je n'ai pas vraiment envie d'en parler parce que franchement, c'est plutôt douloureux, mais je me dis que le fait de l'écrire me permettra peut-être de mettre un peu d'ordre dans mes pensées et mes émotions.

Avant de parler de la rencontre elle-même, il faut que je vous glisse quelques mots à propos de ma philosophie d'enseignement, en guise d'introduction.

Je suis un gars qui adore tout remettre en question, surtout les vieilles idées traditionalistes  préconçues et le supposé "gros bon sens" qui, plus souvent qu'autrement, est fondé sur rien du tout. Pourquoi une discipline de fer est-elle perçue comme l'apanage d'un "bon prof"? Pourquoi un enfant obéissant, soumis, silencieux et passif est-il considéré comme étant l'idéal? Les comportements que l'école condamne sont-ils vraiment condamnables? Un élève qui exprime son désaccord est-il nécessairement impertinent? Le conformisme qu'encourage l'école est-il souhaitable?

Bref, je ne suis vraiment pas un prof qu'on pourrait qualifier de "traditionnel". Mon approche n'est pas basée sur la discipline, sur les punitions/récompenses ou sur une domination quelconque des élèves.

À plusieurs égards, ma façon d'enseigner tranche de façon assez drastique avec celle de la vaste majorité de mes collègues. Mes élèves apprennent à travailler non pas pour éviter d'être punis, mais pour se prouver qu'ils sont capables. Ils apprennent à travailler pour eux-mêmes, pas pour les autres. Dans ma classe, le droit de parole est encouragé, sauf dans des situations très spécifiques où le silence et l'écoute s'imposent. La vie de ma classe est un processus très démocratique, je consulte très souvent les élèves sur une variété de sujets. Leurs idées et suggestions sont accueillies avec respect et je leur donne la considération qu'elles méritent. Les jeunes sont appelés non pas à gober tout ce que je dis et à l'apprendre bêtement par coeur, mais plutôt à remettre en question tout ce qu'ils croient savoir et tout ce qu'ils entendent, y compris mes propos. Les critiques et les idées contraires sont donc encouragées et débattues. Je me présente davantage comme un guide, un superviseur et un collaborateur qu'un "maître" (un terme que j'ai d'ailleurs en horreur). Le résultat de cette approche collaborative est une plus grande proximité avec les élèves. Je ne me limite pas à connaître leurs forces et faiblesses en français et en maths, j'apprends à les connaître, eux: qui ils sont, leurs goûts, leurs espoirs, leurs peurs, les victoires et les épreuves qu'ils vivent, etc. J'adapte mes cours et mes interventions à leur réalité afin de demeurer pertinent et de maintenir leur intérêt. Dans ma classe, c'est dynamique, c'est bruyant, ça brasse et il y a des choses extraordinaires qui se passent et qui sont créées.

Je pourrais vous en parler pendant 25 pages, mais je pense que ceci devrait vous donner une idée générale (mais incomplète et inadéquate) de ce que je fais. Mon système n'est pas parfait. Il est le résultat de 17 ans de métier, 17 ans de questionnements et de remises en question perpétuelles, 17 ans d'essais et d'erreurs, 17 ans à ajuster et à peaufiner. Je n'ai pas la prétention de tout savoir, mais à chaque année, j'essaie de m'adapter aux élèves que j'ai et d'être un peu plus efficace que l'année précédente. C'est ça la beauté de sortir des sentiers battus. Ce n'est pas la voie de la facilité, croyez-moi. C'est déstabilisant de défricher, d'explorer et de se retrouver en terrain inconnu. Mais en même temps, c'est passionnant et quand tu réussis à faire fonctionner tout ça, les résultats sont tout simplement extraordinaires.

Depuis des années, dans les rencontres de parents, la majorité d'entre eux me disent être très satisfaits des changements qu'ils observent chez leurs jeunes. Ces derniers ont davantage hâte de venir à l'école, ils ont plein de choses à raconter à leur retour, ils aiment plus l'école qu'avant, ils apprennent plus, ils retiennent plus, ils lisent plus, ils écrivent plus, ils s'expriment plus, ils sont plus motivés, ils se découvrent des intérêts insoupçonnés, ils apprennent à mieux se connaître, ils s'épanouissent comme jamais, leur estime d'eux-même est renforcée, leurs habiletés sociales s'améliorent, leur réseau social s'agrandit et se solidifie, etc.

Mais bien sûr, comme rien ne fait l'unanimité en ce bas monde, à chaque année il y a aussi une minorité de parents qui n'apprécie pas, c'est certain. Ils voient avec scepticisme ma façon d'enseigner et considèrent qu'une approche plus traditionnelle est plus souhaitable. La plupart du temps, ce sont les parents d'élèves qui, pour toutes sortes de raisons, s'adaptent mal à un environnement comme celui que j'offre. Par exemple, je pense aux parents qui sont beaucoup trop sévères et écrasants avec leurs enfants, alors lorsque ceux-ci se retrouvent dans ma classe, ils sont ivres de la liberté qu'ils y découvrent et en abuse. Ce sont des enfants qui ont toujours fonctionné dans un régime de domination dictatorial, ils n'ont appris qu'à obéir pour éviter les punitions. Enlève ce système-là et l'adaptation n'est pas toujours facile. Ou encore les parents qui s'offusquent de voir leurs enfants faire preuve de pensée critique, surtout envers eux.  Évidemment, ces parents-là ne se remettent jamais en question et me font porter tout le blâme des mauvais comportements et des échecs de leurs jeunes. Mais ils demeurent une minorité.

Cette année, j'ai un groupe qui fonctionne bien. La majorité des élèves s'épanouit de façon remarquable dans ma classe. À tous les jours, je me retrouve devant plein de sourires et de regards allumés et attentifs. Ils apprécient beaucoup ce qu'ils vivent dans ma classe et comme ils sont très expressifs, ils ne se gênent pas pour me le faire savoir. Je suis régulièrement applaudi, ce que j'ai vu assez rarement dans ma carrière. Ils me font savoir sans détour qu'ils m'apprécient et qu'ils aiment mes cours, mes projets et l'atmosphère de la classe en général. Et, phénomène particulièrement marqué cette année, certains élèves sont très affectueux.

Malheureusement, cela est problématique. Ça ne devrait pas l'être, mais ça l'est. Quand tu es un homme dans ce métier, ta pire phobie, celle qui te glace le sang juste à y penser, c'est d'être faussement accusé de contact inapproprié ou indécent avec des élèves. C'est ton cauchemar ultime parce que tu sais qu'on ne se relève jamais d'une allégation pareille, parce que même quand tu es innocenté, les soupçons persistent. Et parce ça peut carrément détruire ta vie. Cette terreur est toujours là, elle te suit toute la journée. C'est probablement encore plus palpable avec les enfants du primaire. Dans notre société, on considère parfaitement normal qu'une femme aime les enfants, qu'elle les cajole et qu'elle soit affectueuse avec eux. Un homme, dans la même situation et posant les mêmes gestes, est plutôt perçu comme un déviant potentiellement dangereux.

C'est dégueulasse, c'est sexiste, c'est horriblement injuste, mais c'est comme ça.

Alors cette affection que je reçois des élèves cette année est très flatteuse, oui, mais stressante. Pourtant, la situation elle-même est tout ce qu'il y a de plus normal. Chez l'être humain, le toucher et le contact physique sont naturellement très importants. Les adultes, dans nos sociétés occidentales plutôt individualistes, froides et distantes, apprennent à limiter les marques d'affection dans la vie de tous les jours et l'associent souvent systématiquement à la sexualité. Mais pour des enfants et des jeunes de l'âge de mes élèves, cette affection physique est encore présente dans sa forme la plus pure, la plus innocente et la plus spontanée. Je ne veux pas l'interdire complètement parce que je sais qu'il n'y a rien de mal là-dedans, mais en même temps, je dois mettre des limites pour ne pas qu'il y ait de dérapages, évidemment, mais surtout pour  éviter que des gens extérieurs à tout ça se fassent de fausses idées.

Bon, voilà pour l'interminable intro. J'arrive donc à ma convocation de mercredi dernier, dans le bureau de ma directrice et en présence d'une représentante de la commission scolaire et de mon représentant syndical.

Pour ceux qui sont nouveaux ici, ma directrice me déteste, en passant. Depuis août, son mépris est à couper au couteau. Elle ne manque jamais une opportunité de me couvrir de reproches et de me faire chier. Tout ce que je fais est examiné à la loupe afin de trouver des défauts ou de révéler une quelconque procédure bureaucratique que je n'aurais pas respectée.

Cette fois-ci, le prétexte lui est offert sur un plateau d'argent: des parents se sont plaints de moi. D'où la convocation, d'où la présence de la bonne femme de la CS, d'où l'atmosphère de tribunal. Évidemment, avec mon représentant syndical qui est là et qui veille, elle prend son ton le plus mielleux et insiste sur le fait qu'elle ne m'accuse de rien, mais qu'elle souhaite me rapporter les plaintes qu'elle a reçues afin que je puisse les infirmer ou les confirmer. Vous devinez que, malgré ses propos, l'atmosphère n'a rien d'informel et d'amical. Mme CS est là et elle prend assidûment des notes. Les mots semblent me donner le bénéfice du doute, les circonstances beaucoup moins. De plus, je soupçonne fortement la directrice d'avoir ajouté quelques-unes de ses propres remontrances à la liste en les faisant passer pour des plaintes de parents.

Moi, je suis assis là, hyper-stressé, horriblement mal à l'aise, humilié, mais comme je n'ai absolument rien à cacher, je réponds du tac au tac, sans hésiter, avec la franchise la plus désarmante (que même Mme CS n'a pu faire autrement que de souligner, à la fin).

Voici donc la liste des reproches, ou du moins ce que je me souviens. Remarquez comment les reproches sont formulés, toujours en supposant une intention malveillante de ma part.

1: Pendant que la directrice et son adjoint s'adressaient aux élèves des 2e et 3e cycles au gymnase, j'aurais bougé les doigts de ma main droite pour imiter une tête qui parle, en voulant dire que je trouvais le discours ennuyeux, ce qui constitue une atteinte à son autorité. Réponse: je ne me souviens pas d'avoir fait ce geste, mais je l'utilise habituellement pour signaler à un élève qu'il est trop bavard et qu'il doit se taire. De toute évidence, c'est ce qui a dû se passer ici. Mais la directrice m'a sans doute aperçu, a immédiatement imaginé le pire et elle me sort ça de son chapeau maintenant en faisant passer ça pour une plainte de parents (bien qu'aucun parent n'ait assisté à cette réunion).

2: Je laisse des élèves s'asseoir sur mes genoux. Réponse: Je ne "laisse" pas des élèves s'asseoir sur mes genoux. Il est arrivé à quelques reprises que des élèves se soient assis sur mes genoux. J'interviens de façon humoristique pour ne pas qu'ils le fassent, sans en faire un drame. Je leur dis habituellement, en riant: "Hé! Est-ce que j'ai l'air du Père Noël?" en les relevant doucement. Les quelques fois que c'est arrivé, les élèves ont bien ri, se sont relevés de bonne grâce en me répondant un truc du genre: "Oui parce que tu es vieux." On se bidonne bien et c'est tout. Bref, je ne *laisse* pas les enfants s'asseoir sur mes genoux et je n'initie pas de contacts physiques avec eux, à part pour des "high five" ou des trucs de ce genre.

3: J'ai bloqué la fenêtre de ma classe avec des cartons. Réponse: c'est tout à fait vrai. La raison est simple et les lecteurs assidus de ce blogue la connaissent. J'ai amené mon vélo d'exercice dans ma classe afin de m'entraîner pendant certaines de mes pauses de dîner. Comme je ne souhaite pas que les élèves qui passent dans le corridor me voient pédaler en shorts, j'ai mis des cartons dans la fenêtre.  Les élèves le savent et les parents n'auraient pu l'apprendre que d'eux, ce qui me fait croire qu'il s'agit encore une fois d'une critique de la directrice et pas du tout d'une plainte de parents.

4: Je garde des p'tites filles avec moi pour regarder des films pendant le dîner en fermant la porte. Réponse: Faux. Un événement semblable à ce qui est décrit dans ce reproche est arrivé une fois. Deux élèves sont venues me voir et m'ont demandé si je prévoyais m'entraîner pendant le dîner. Je leur ai dit que non. Elles m'ont demandé si elles pouvaient dîner dans la classe. Je leur ai dit que ça ne me dérangeais pas (je ne garde jamais un élève seul avec moi, mais comme elles étaient deux et qu'après tout, c'est vrai qu'à l'école, les jeunes ont rarement la chance de passer du temps tranquilles avec un(e) ami(e) sans qu'il y ait plein d'autre monde autour, j'ai accepté), mais je leur ai expliqué qu'il s'agissait de ma pause, que j'avais l'intention de relaxer en regardant un épisode d'une émission que j'aime sur DVD (Frasier, en l'occurrence) et que je ne voulais pas être dérangé. Elles m'ont promis et se sont très bien comportées. Elles étaient assises dans un coin de la classe et ont mangé, jasé et dessiné calmement. Moi, j'étais à l'autre bout de la classe à bouffer mon sandwich et à regarder mon émission. J'ai fermé la porte puisque je ne voulais pas que le son de l'émission dérange les élèves de la classe voisine qui faisaient de la récupération à ce moment-là.

5: Je fais monter des élèves sur mes pieds et je marche avec eux dans cette position. Réponse: Encore une fois, je n'initie pas cela, mais il arrive à l'occasion qu'à la récréation, quand je surveille dehors, un élève me monte sur les pieds et me tienne les mains. Je fais donc quelques pas comme ça, moi qui avance et l'élève qui recule. Ça dure quelques secondes et ils trouvent ça très drôle. Ça se fait en pleine cour d'école, avec 500 enfants autour et plein d'adultes qui surveillent, pas de cachette là-dedans et, à mon sens, rien de bien terrible. Merde, je ne peux tout de même pas prendre la poudre d'escampette à chaque fois qu'un enfant m'approche!

6: Je transporte des élèves sur mon dos. Réponse: Oui, c'est arrivé à quelques reprises mais j'y ai déjà mis un stop parce qu'une élève en particulier avait commencé à me sauter sur le dos sans demander la permission et que j'avais peur qu'elle me blesse.

7: En classe, je crée des couples avec les élèves. Réponse: Je ne crée pas de couples, je fais des fausses rumeurs à propos de certains élèves. Tout le monde sait très bien que les rumeurs sont fausses et ils se bidonnent bien avec ça. Ce sont des niaiseries du genre: "Écoutez ça! Mary a corrigé le devoir de Cédric et elle lui a donné 5 sur 5!" ce qui est accueilli avec des "Oooooooh!" généralisés. Les principaux intéressés se tordent de rire, évidemment. Je fais ce genre de blagues en classe pour plusieurs raisons. Premièrement, ces taquineries créent un sentiment de camaraderie entre les élèves et contribuent à l'atmosphère confortable et décontractée de la classe. Deuxièmement, ces taquineries brisent l'isolement de certains élèves en les mettant "dans le coup". Troisièmement, c'est une façon efficace et positive d'aller chercher l'attention de tout le monde d'un seul coup. J'ai ainsi l'assurance que les consignes qui suivront seront reçus par des oreilles attentives et des cerveaux allumés. Quatrièmement, rire est une bonne façon de faire baisser le niveau de stress avant un examen ou une évaluation.  Cinquièmement, et c'est un phénomène étrange que je ne m'explique pas très bien mais qui est pourtant bien réel, ce genre de fausses rumeurs loufoques a pour effet de rendre les jeunes plus à l'aise dans leurs interactions avec les élèves du sexe opposé. C'est comme si c'était un exutoire, que ça crevait un tabou ou quelque chose du genre. Je ne le comprends pas complètement, mais le résultat est bien palpable: les gars interagissent plus avec les filles et vice-versa. Ça brise la glace. Bref, encore une fois, rien de déplacé ou d'inapproprié ici.

8: Les élèves passent leur temps à rire et à niaiser dans ma classe et ils ne travaillent pas assez. Réponse: Absolument faux. On s'amuse en travaillant. Mon approche est différente de l'approche traditionnelle, mais elle fonctionne et elle donne des résultats.

Il y avait d'autres reproches du même genre, mais je les ai oubliés.

À la fin de tout ça, la directrice et Mme CS avaient l'air plutôt désarmées face à ma candeur, à ma transparence et à mes réponses spontanées et franches. La directrice a dit un truc du genre: "Tu as plusieurs défauts mais tu es franc dans tes réponses." Mon représentant syndical s'est empressé de dire: "Il n'a pas que des défauts, il doit bien avoir quelques qualités tout de même!" Ce à quoi elle a répondu, un peu mal à l'aise: "Oui, oui, c'est ce que j'ai dit." Il n'a pas laissé ce déni passer et a dit: "Non, vous avez bien dit qu'il avait plusieurs défauts." Elle ne savait plus trop quoi dire, elle avait vraiment l'air tarte. J'ai alors dit: "Je n'ai pas de raison de manquer de franchise puisque je n'ai rien à cacher."

Pour conclure, elle a dit que, bien que mes bonnes intentions ne puissent être remises en doute et que je ne faisais l'objet d'aucune accusation et d'aucun blâme, il y a tout de même un problème de perception et les situations qui peuvent potentiellement mener à des fausses accusations doivent cesser. Elle a demandé que je fasse en sorte que les marques d'affection à mon égard, du genre s'asseoir sur mes genoux ou me grimper sur les pieds, s'arrêtent et elle m'a demandé de retirer le carton de ma fenêtre de classe. Je lui ai dit que j'y verrais.

En terminant, la directrice a dit qu'il y avait eu d'autres plaintes à propos de ma façon d'enseigner et de gérer le groupe, mais qu'elle souhaitait les adresser dans un cadre moins formel, seule avec moi, lors d'une prochaine réunion. Elle a dit qu'il faudrait que je me comporte de façon plus "professionnelle", ce à quoi j'ai rétorqué que ma façon de travailler était différente mais efficace et qu'elle n'était pas moins professionnelle qu'une autre. C'est à suivre. Comme vous le voyez, le party n'est apparemment pas encore terminé. Le contraire m'aurait surpris.

Mon représentant syndical, habitué à des situation beaucoup plus catastrophiques, m'a dit qu'il était satisfait de la réunion. Il dit que la directrice a bien agi et a fait preuve de bonne foi en m'informant des plaintes reçues. Moi, je suis sorti de là complètement sonné, comme un zombie.

Mes émotions se bousculent encore face à tout ça.

D'une part, je suis blessé qu'on puisse me soupçonner de quoi que ce soit et qu'on puisse remettre mes agissements en doute de cette façon, après 17 ans de métier dont quatre à cette école. C'est jamais l'fun de te faire balancer des allégations pareilles par la gueule. Et c'est frustrant de voir que je me fends en dix pour mes élèves et que certains parents, plutôt que d'être reconnaissants, préfèrent me soupçonner de la sorte. C'est également pénible de constater que la directrice n'a pas suffisamment confiance en moi pour juger un tel interrogatoire inutile. Jadis, tu sentais que les directions étaient des alliés et qu'ils étaient dans ton camp, surtout quand ils voyaient que tu étais un prof dévoué. Cette époque est visiblement révolue...

D'un autre côté, je me dis que ces parents-là ne me connaissent pas et qu'ils n'ont donc aucune raison de me faire confiance ou de me donner le bénéfice du doute. Je suis un papa aussi, je ne suis pas étranger à l'instinct de protection. Et moi qui chiâle toujours contre les parents qui câlissent leurs enfants à l'école, qui se désinvestissent et qui ne leur donnent plus aucune attention, me voilà face à des gens à qui on ne peut pas reprocher ça.

Depuis cette pénible convocation, deux événements dignes de mention sont survenus.


Premièrement, j'ai décidé de rencontrer les trois élèves concernées hier. Il s'agit de celles qui sont coupables "d'affection". J'ai pris une trentaine de minutes, on s'est assis et on a discuté. J'ai décidé de ne pas les sous-estimer et de ne pas insulter leur intelligence, on s'est dit les vraies affaires. On a parlé de la bonne relation qu'on a et qui ne faisait de mal à personne. On a parlé des perceptions que peuvent avoir des gens extérieurs qui me connaissent mal. On a parlé de la perception des hommes dans l'enseignement primaire. On a parlé du fait que des prédateurs, ça existe vraiment et qu'il faut se méfier. Je ne vous mentirai pas, ça n'a pas été facile pour moi, mais je pense que j'ai réussi à injecter de l'humour là-dedans pour dédramatiser. Ça s'est bien passé et je suis satisfait du déroulement de cette conversation. Les élèves sont déçues, elles ont dit "on ne pourra plus avoir du fun avec toi." Je leur ai répondu qu'on aurait encore du fun, mais autrement. Deux m'ont dit, sans même que j'en parle, que leurs mères avaient parlé de ça à la directrice.

Alors c'était ça les "nombreuses" plaintes dont parlait la directrice: deux mères. Ces dernières sont d'ailleurs venues à la rencontre de parents d'hier. L'une est clairement une maman hyper-inquiète et angoissée de nature. L'autre est une espèce de folle belliqueuse, accusatrice et control-freak qui a décidé que je suis un dangereux incompétent parce que sa fille se comporte mal dans ma classe. Trop épaisse pour se rendre compte que si sa fille vire sur le top face la la liberté qu'elle découvre dans ma classe, c'est parce qu'elle étouffe à la maison.

Anyways, après avoir parlé aux élèves, je suis allé expliquer ma démarche à la directrice qui m'a accueilli avec froideur et incrédulité. Elle m'a dit que je n'avais pas "poussé la réflexion assez loin" et a ajouté avec cynisme qu'on verrait ce que ça allait donner dans les prochaines semaines.

Je crains le pire à la prochaine rencontre qui est prévue, si je me souviens bien, pour mercredi.

Alors j'en suis là. C'est malheureusement à suivre.


*profond soupir de découragement*



19 novembre 2012

Here we go again...

J'avais une belle enveloppe dans mon pigeonnier aujourd'hui. Ça devait arriver tôt ou tard, l'épée de Damoclès s'abat enfin: ma truculente et misérable directrice me convoque à nouveau dans son bureau ce mercredi, en présence d'une responsable de la commissions scolaire en relations de travail. La raison? Aucune tabarnak d'idée. La lettre est ridiculement vague. Ça pourrait être n'importe quoi.

Alors je vais me présenter là avec mon délégué syndical, encore une fois.

Et d'ici là, je vais essayer de ne pas me rendre complètement fou à chercher quelle peut bien être la raison de cette convocation.

J'ai été obligé d'annuler une rencontre avec la mère d'une élève. Les réunions de parents sont jeudi soir, mais elle se fait opérer ce jour-là et souhaitait me parler avant, alors j'avais accepté de l'accommoder en la rencontrant mercredi, évidemment. Mais j'ai dû annuler ce matin. Pensez-y, je ne pourrai pas faire ma job et consacrer du temps à cette mère parce que je vais être trop occupé à me faire donner un camion-citerne de marde par ma patronne qui est incapable de contenir son éternel petit power trip.

Celle-là même qui m'a déjà sauté dans la face au début de l'année, qui m'a accusé d'insubordination parce que j'ai fait une sortie à la bibliothèque municipale avec mes élèves, qui a coupé mon salaire parce que j'étais coincé dans un bouchon de circulation dément, qui m'interrompt pendant que j'enseigne pour me faire chier avec son esti de paperasse inutile, qui a crissé aux vidanges un divan qui m'appartenait en inventant une justification bidon, et j'en passe.

Qu'est-ce que ce sera cette fois-ci? Le suspense est complet. Madame la marquise sera prête, elle. Moi, j'arrive là sans même savoir de quoi on va parler.

C'est à suivre...


The Robots (Kraftwerk)


Mes p'tits gars ont chanté ça toute la fin de semaine! Je vais avoir cette maudite toune-là pognée dans la tête pendant des jours! ;-) 

18 novembre 2012

Le Canada maintient son soutien indéfectible et inconditionnel

Alors que la situation dégénère rapidement en Palestine:


Dans la nuit, la marine israélienne a bombardé intensivement la ville de Gaza, selon des journalistes de l'AFP, tandis que l'aviation poursuivait ses raids. Vingt-trois Palestiniens, dont une majorité de femmes et d'enfants, ont été tués dans des raids aériens israéliens dimanche, selon les services de santé du territoire palestinien gouverné par le Hamas.

(...) Depuis le déclenchement de l'offensive militaire israélienne «Pilier de défense» avec l'assassinat mercredi à Gaza d'Ahmad Jaabari, chef des opérations militaires du Hamas, 72 personnes ont été tuées, 69 Palestiniens et trois Israéliens et 660 Palestiniens et 41 Israéliens été blessés.

(...) Près de la moitié des Palestiniens tués sont des non-combattants, selon des sources médicales et des organisations de défense des droits de l'Homme. Les trois Israéliens, des civils, ont péri jeudi dans un tir de roquette sur leur immeuble dans le sud d'Israël.

(...) «Pilier de défense» est l'opération israélienne la plus importante contre la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, depuis l'offensive dévastatrice de décembre 2008-janvier 2009, qui avait tué environ 1000 Palestiniens sans parvenir à faire cesser durablement les tirs de roquettes en direction d'Israël.


Le Canada, sans surprise, maintient son support indéfectible à Israël:


«Nous croyons fondamentalement qu'Israël a le droit de se défendre et de défendre ses citoyens contre les menaces terroristes», a déclaré le Ministre des Affaires étrangères, John Baird, dans un communiqué. «Trop souvent, le peuple juif se retrouve en première ligne dans la lutte contre le terrorisme, qui constitue le grand défi de notre génération», a souligné le ministre. «Le Canada condamne le groupe terroriste Hamas et appuie les efforts d'Israël pour contrer les menaces régionales à la paix et à la sécurité», a conclu M. Baird.

Oui, chers amis. Peu importe le nombre de morts, peu importe que la majorité soient des civils, des femmes et des enfants, peu importe les moyens qu'utilisera Israël, le caniche canadien continuera de japper son soutien.

La lutte contre le terrorisme est le défi de notre génération?

Vraiment?

Il faut être complètement fou pour croire que la lutte au "terrorisme" est plus prioritaire que la crise climatique, plus importante que la lutte à la pauvreté, que l'éducation ou que la santé des citoyens.

Pas croyable, câlisse...



SCIENCE TALES de Darryl Cunningham

Cette BD, divisée en huit sections, vise à faire la lumière sur certaines des plus grandes controverses scientifiques et de faire ressortir les faits.

La première section aborde la question de l'électroconvulsivothérapie (ECT) et j'ai été absolument fasciné par ma lecture puisqu'ils s'agit d'une intervention dont je ne connaissais à peu près rien. Sincèrement, j'ai été étonné d'apprendre que cette méthode est encore utilisée de nos jours. Je croyais que l'idée d'électrocuter des patients avait été remisée dans les annales de la médecine, aux côtés des sangsues et des lobotomies. Or, c'est justement ce préjugé apparemment très répandu dans la population que Cunningham s'emploie à démonter. Il parle de son ancien boulot d'employé d'un hôpital psychiatrique qui lui a permis d'assister à plusieurs séances d'ECT. Il raconte avoir constaté les effets extraordinaires que ces traitements ont eu sur certains patients qui souffraient de dépression sévère. Il raconte également que, sur d'autres patients, aucune amélioration notable n'était détectée. Il y est également question d'effets secondaires indésirables sur la mémoire à court terme des patients. Pour ce qui est de la perception négative de la population qui considère que ce traitement est barbare et désuet, l'auteur nous offre son propre point de vue qui est très balancé et intéressant.

La deuxième section s'évertue à déboulonner l'homéopathie et à mettre en évidence les dangers de cette pratique lorsqu'elle prétend pouvoir remplacer la vraie médecine. Certaines cliniques homéopathes londoniennes vont jusqu'à prétendre qu'elles peuvent guérir la malaria! Il y est également question de Penelope Dingle, une Australienne qui a tenté d'éliminer son cancer avec l'homéopathie et des suppléments alimentaires. Est-il nécessaire de dire qu'elle en est morte? 

Dans la troisième section, il est question de l'infâme docteur Wakefield et de son étude ridicule qui a prétendu établir un lien entre la vaccination et l'autisme. Je suis déjà très familier avec les détails de ce scandale, mais j'ai tout de même aimé ma lecture parce que Cunningham prend le temps de passer en revue tous les détails de l'affaire, y compris les études subséquentes qui ont démontré clairement que Wakefield était plein de marde. 

La quatrième section attaque systématiquement tous les pseudo-arguments des zigotos qui prétendent que les missions lunaires sont fausses et qu'elles ont été mises en scènes dans des studios sur Terre pour tromper la population. Très divertissant.

La cinquième section parle du réchauffement climatique. Je suis déjà très familier avec les recherches dans ce domaine, mais j'ai tout de même bien aimé, en particulier le passage où Cunngham expose les intérêts financiers des industries du pétrole et du charbon qui se cachent derrière les organisations qui nient le réchauffement climatique, comme par exmple Exxonmobil ou Koch Industries. Cette section mériterait d'être reproduite, traduite et diffusée partout.

J'ai absolument adoré la sixième section qui parle de l'évolution. Évidemment, les lecteurs de ce blogue devineront facilement que je n'ai personnellement pas besoin de preuves supplémentaires pour me convaincre, mais j'ai tout de même apprécié. La BD prend la forme d'un dialogue entre un personnage qui remet en question l'évolution et un autre qui lui explique la solidité des preuves. J'ai beaucoup aimé cette façon d'expliquer l'évolution, particulièrement le passage où le personnage incrédule avance qu'il ne s'agit que d'une théorie après tout, ce à quoi le personnage scientifique rétorque qu'une théorie véridique est capable de formuler des prédictions quant à ce que nous trouverons dans la nature. Il nous offre ensuite une liste de "prédictions" qui prennent la forme d'affirmations du genre "Si l'évolution est vrai, nous devrions trouver x." À chaque fois, évidemment, il explique que la prédiction s'est réalisé et que des preuves ont été découvertes pour la supporter. J'ai beaucoup aimé cette façon d'aborder la question. Trop souvent, je me retrouve face à des gens qui ne croient pas à l'évolution et devant leur abyssale ignorance, je ne sais pas trop par où commencer pour leur faire comprendre qu'il s'agit bien d'une réalité prouvée et documentée. La route qu'emprunte Cunningham est très intéressante, il faudra que je m'en souvienne.

La septième section parle de l'histoire de la chiropratique et cette fois, j'ai vraiment beaucoup appris. Tout comme pour l'ECT, je ne connaissais à peu près rien de cette procédure. Je connais des gens qui ont vu des chiropraticiens, mais c'est tout. Or, Cunningham est vraiment formidable et exhaustif dans cette section. Il parle d'abord des origines de la chiro et de son fondateur, Daniel David Palmer, une espèce de gourou mystique qui croyait pouvoir guérir à peu près tous les problèmes de santé en craquant le dos de ses clients. Il parle ensuite de son fils et de son "neurocalomètre", une patenta à gosse qui devait servir à calculer les désalignements de la colonne vertébrale (ce qui n'est pas sans rappeler le E-meter de la scientologie). Finalement, il parle du schisme de la chiropratique en trois groupes; les "straights" qui continuent à croire aux théories délirantes de Palmer, les "mixers" qui acceptent les conclusions de la médecine moderne, qui se spécialisent surtout dans le traitement des maux de dos mais qui, étrangement, continuent de promouvoir des méthodes bizarres comme l'acupuncture, l'homéopathie ou le toucher thérapeutique, et finalement les "reformers" qui tentent de bannir tout le mumbo-jumbo qui accompagne trop souvent la chiropratique, mais ils demeurent une minorité dans leur profession. Cette section m'a vraiment beaucoup appris et j'ai adoré.

Finalement, la dernière section s'attaque plus généralement au déni de la science dans la société et aux conséquences désastreuses que cela peut engendrer. Comme par exemple le refus du président sud-africain Thabo Mbeki de voir le lien entre le VIH et le sida qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes. Il critique également le rôle des médias qui, au nom de l'objectivité, accordent beaucoup trop d'importance et de crédibilité aux zigotos qui nient des évidences scientifiques ou qui échafaudent des théories de complot pour tout et pour rien. 

Bref, tout ça pour dire que j'ai absolument adoré cette BD. Ma seule critique serait que parfois, les dessins des cases semblent n'avoir aucun écho dans le texte. Mais ce n'est qu'une critique très mineure.

Richard Feynman

Guardians of the Galaxy



Marvel a récemment annoncé officiellement que 2014 verra le lancement d'un film à propos des Guardians of the Galaxy.

Le film sera basé sur la version contemporaine de cette équipe de super-héros dont je ne connais à peu près rien. Mais je suis plus que familier avec la version originale de l'équipe dont j'ai assidûment lu les aventures pendant des années.

À l'origine, les Guardians of the Galaxy étaient l'équivalent des Avengers du 31e siècle. Mille ans dans le futur, l'humanité avait réussi à établir des colonies sur plusieurs planètes du système solaire et même au-delà. Pour survivre à ces environnements souvent hostiles, les colons avaient été génétiquement modifiés en conséquence, donnant naissance à des nouvelles races humaines. Mais cet âge d'or de l'humanité connait une fin horrible lorsque les Badoons, une puissante race reptilienne très belliqueuse, envahit notre système solaire et anéantit colonie après colonie jusqu'à la Terre qui tombe à son tour. C'est dans ce contexte tragique que sont formés les Guardians of the Galaxy. Voici les membres classiques de l'équipe.

Le capitaine Charlie-27 est le dernier survivant de la colonie de Jupiter. Comme ses défunts congénères, il a été génétiquement modifié pour survivre à l'écrasante gravité de sa planète. Il est donc très massif et doté d'une force et d'une endurance surhumaines. C'est un ancien militaire et un maître stratège. Il était en mission d'exploration lorsque les Badoons ont attaqué les cités flottantes de Jupiter et à son retour, il est déjà trop tard.

Martinex est un scientifique et le dernier Pluvien, originaire de la colonie de Pluton. Pour survivre au froid extrême de cette planète, il possède une peau cristalline qui lui permet d'être à l'aise dans un environnement glacial. Il peut également projeter de la glace de sa main gauche et du feu de sa main droite. Il est le leader des Guardians, mais est plus ou moins à l'aise dans ce rôle. Il est certes très intelligent, mais est davantage un intellectuel qu'un combattant.

Nikki est la dernière Mercurienne. Comme ses ex-compatriotes, cette jeune femme est habiletée à survivre à des températures extrêmes. En fait, son corps émet une chaleur si intense que des flammes jaillissent en permanence de son crâne et sa peau est brûlante au toucher. Elle est vibrante de vie et sa haine pour les Badoons et toutes les races reptilienne est sans limite. Elle est également une tireuse d'élite redoutable.



Yondu Udonta, de loin mon personnage préféré, est le seul membre fondateur de l'équipe dont les ancêtres ne sont pas d'origine terrienne. Il est un Centaurien originaire de la quatrième planète qui orbite l'étoile Alpha du Centaure. Ce farouche guerrier est issu d'une culture tribale qui n'est pas sans rappeler les Amérindiens. Sa peau est bleue et sur sa tête s'élève une imposante crête rouge. Il tire des flèches fabriquées dans un étrange métal appelé "yaka" qui possède la propriété surprenante de réagir au son, ce qui lui permet de contrôler leur trajectoire en sifflant. Yondu possède une culture complexe axée sur la méditation et la communion avec la nature. Lorsque les Terriens ont établi une première colonie extra-solaire sur leur planète, les Centauriens ont fui dans les profondeurs de la jungle pour éviter tout contact. Mais lorsque les Badoons attaquent, ils massacrent humains et Centauriens sans discrimination. Yondu croit être le dernier survivant de sa race, mais il se trompe.

Le major Vance Astro est un astronaute du 21e siècle qui s'est porté volontaire pour une mission des plus périlleuses. En effet, il accepte d'être placé en état d'hibernation à bord d'une capsule spatiale qui doit effectuer le long voyage vers l'étoile Alpha du Centaure, un périple qui prendra 1000 ans. Le prix à payer est élevé, puisque son corps est condamné à être perpétuellement enfermé à l'intérieur d'une combinaison qui le recouvre de la tête au pied, sans laquelle son corps se mettrait à vieillir en accéléré, le réduisant en poussières en quelques minutes. Pire, à son arrivée sur Alpha Centauri IV, il est accueilli par les humains de la colonie locale. En effet, pendant son long sommeil, l'humanité a découvert une façon plus efficace de voyager dans l'espace, rendant sa mission et son sacrifice totalement obsolètes et inutiles. Il est dévasté par cette révélation. Toutefois, sa vie reprend tout son sens lorsque les Badoons attaquent la planète et qu'il se découvre des pouvoirs télékinésiques dont il ignorait l'existence. Inspiré par le héros de son enfance, Captain America, il décide de consacrer sa vie à la défense de la liberté et de la justice dans la galaxie.

Starhawk est le plus intriguant des Guardians. Il se joint à leurs rangs plus tard et son origine n'est donc pas liée à l'invasion des Badoons, bien qu'on apprendra par la suite qu'il est secrètement intervenu pour que les fondateurs de l'équipe se rencontrent, jouant ainsi un rôle invisible dans l'établissement de l'équipe. Originaire de la planète Arcturus, il est surnommé "One-Who-Knows" car il semble posséder une étrange connaissance des événements avant même que ceux-ci se produisent. Cela est dû au fait que Starhawk est condamné à revivre sa vie en boucle. À sa mort, il réintègre son corps de nourrisson et tout le manège se répète inlassablement. Prisonnier de sa propre existence qu'il a déjà vécu tant de fois, Starhawk est froid et distant, ce qui lui vaut la méfiance de ses coéquipiers. Plus étrange encore, il partage littéralement sa vie avec son ex-femme, Aleta. Ils occupent le même espace, mais jamais en même temps. Lorsque l'un d'eux est présent, l'autre n'est rien de plus qu'une présence fantomatique dans le subconscient du premier. Les deux personnages seront finalement séparés plus tard.

Plusieurs autres personnages se sont ajoutés à l'équipe au cour des années, mais ceux que j'ai nommés ici demeurent les principaux. J'ose espérer qu'au moins un d'entre eux sera du film! Toutefois, j'en doute. L'incarnation actuelle de l'équipe semble n'avoir aucun lien avec ces héros futuristes dont j'ai jadis tant aimé les péripéties.


Livres de science gratos!



Trois livres scientifiques gratuits, en version intégrale et numérique, ça vous dirait?

Cliquez sur le titre et dans le menu de gauche, cliquez sur "File" et "Download" pour obtenir votre copie gratuite.


Cosmos de Carl Sagan

The Hidden Reality de Brian Greene

Physics of the Impossible de Michio Kaku



Bonne lecture!


La main prosthétique la plus sophistiquée

Il est conscient!

J'ai lu cet article avec un mélange de fascination, d'émerveillement et d'horreur:


Un Ontarien qui se trouve dans un état qualifié de neurovégétatif depuis plus d'une décennie a été en mesure de communiquer avec ses médecins et de leur dire qu'il ne souffrait d'aucune douleur physique.

Scott Routley, 39 ans, a subi un grave accident de voiture il y a 12 ans. À ce jour, les techniques d'évaluation traditionnelles ne permettaient pas de montrer qu'il était conscient ou capable de communiquer.

En fait, la médecine considère habituellement que les personnes dans un état végétatif n'ont aucune perception d'elles-mêmes ni du monde extérieur.

Des scientifiques de l'Université Western Ontario affirment aujourd'hui que l'homme répond aux questions qui lui sont posées. «Scott nous a prouvé qu'il est conscient. Nous avons analysé plusieurs fois son activité cérébrale et nous pensons qu'il choisit clairement de répondre à nos questions. Nous croyons qu'il sait qui il est et où il se trouve.» — Dr Adrian Owen

Le Dr Adrian Owen et ses collègues ont enregistré l'activité cérébrale du patient pendant qu'on lui posait des questions. L'équipe de recherche affirme que l'analyse de son activité cérébrale numérisée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle permet de saisir sa réponse à certaines questions. Ce type d'imagerie mesure en temps réel l'activité cérébrale en suivant la circulation sanguine. Le Dr Owen explique que certaines tendances sont perceptibles lorsque le patient est interrogé. Selon le chercheur, cette activité montre un état de conscience.

C'est la première fois qu'un patient incapable de communiquer à la suite de lésions graves au cerveau donne des réponses cliniquement pertinentes à ses soins. «Scott nous a prouvé qu'il est conscient. Nous avons analysé plusieurs fois son activité cérébrale et nous pensons qu'il choisit clairement de répondre à nos questions. Nous croyons qu'il sait qui il est et où il se trouve.» — Dr Adrian Owen

Les parents de Scott Routley ont toujours pensé qu'il était conscient et ils ont toujours affirmé qu'il pouvait communiquer en bougeant un doigt ou un oeil. Leur conviction n'avait toutefois jamais trouvé une oreille attentive auprès du personnel médical.

Un autre Canadien, Steven Graham, a aussi montré qu'il était capable de former de nouveaux souvenirs depuis sa blessure. Il répond oui quand on lui demande si sa soeur a une fille. Sa nièce est née après sa blessure, il y a cinq ans.

Cette nouvelle est extraordinaire et horrible à la fois. En effet, difficile d'imaginer un état pire qu'être conscient tout en étant dans un état végétatif pendant des années. Toutefois, peut-être que cette découverte permettra de briser l'abominable isolement dans lequel ces patients doivent être plongés.


miR-941

Voilà une découverte des plus prometteuses pour la compréhension de l'évolution humaine:


Researchers have discovered a new gene which they say helps explain how humans evolved from chimpanzees. The gene, called miR-941, is carried only by humans and it appeared after humans evolved from apes and played a crucial role in human brain development and could shed light on how we learned to use tools and language.

(...) Scientists led by Dr Martin Taylor at the Institute of Genetics and Molecular Medicine showed that miR-941 had an important part in the development of the human brain and can even help explain how we acquire language and learn to use tools. This new gene is the first known gene to be found in humans and not in apes.

(...) The gene is especially operative in 2 parts of the brain in charge of language skills and decision making. The research implies that it may play an important part in the higher brain functions responsible for making humans unique.


"What are you lookin' at, BUTTHEAD?"



Ce dessin est l'oeuvre de Jeff Victor.

Trouvé ici.

Viva la Evolucion!

Tristan fou

Une immense toile de Salvador Dali exposée à Montréal

Extrait de la nouvelle:


Les Montréalais auront la chance, (...) à la Place des Arts, de découvrir gratuitement Tristan fou, une immense toile inédite de Salvador Dalí, l'artiste espagnol décédé en 1989. 

(...) L'immense toile de 8,76 m x 14,75 m a été peinte à New York en 1944 pour être utilisée comme rideau de scène à l'ouverture du ballet Mad Tristan présenté le 15 décembre 1944 par les Ballets russes au Metropolitan Opera.

Le surréaliste espagnol avait alors collaboré avec le chorégraphe russe Léonide Massine, créant les costumes et écrivant le livret de Mad Tristan, «premier ballet paranoïaque», inspiré de l'opéra wagnérien Tristan et Yseult.

La toile représente la scène finale de l'oeuvre: le spectre de Tristan avec sa cape bleue qui se fissure comme un rocher et ses bandelettes d'embaumement sur le visage, peint sans ombre, face à Yseult (avec sa tête de pissenlit) venue le retrouver et qui mourra à son tour.

On retrouve dans Tristan fou les béquilles chères à Dalí de même que ses célèbres fourmis, et la fleur de pissenlit, une référence à la femme des premiers dictionnaires Larousse qui soufflait sur la connaissance.


Bassi David

Lucas Soriano

gotgituey