15 novembre 2014

Conversation à propos du féminisme

Suite à la publication de ce billet, une intéressante conversation s'est engagée entre votre humble serviteur et Marâtre, une lectrice de longue date de ce blogue. Je lui suis très reconnaissant d'avoir pris le temps de m'écrire car cela m'a permis d'être plus clair à propos de mes prises de position critiques face au féminisme. Nous avons eu une conversation polie, civilisée et, je crois, constructive. On est à des années-lumière du genre de niaiseries qui se dit et s'écrit dans les médias ces temps-ci.

Bref, je la remercie et j'espère qu'elle ne verra pas d'objection à ce que j'en fasse un billet. Pour faciliter la lecture, les propos de cette lectrice sont en jaune. Pour donner à l'échange les apparences d'une conversation en direct, je me suis permis d'éditer, de déplacer et de découper certains propos. Si vous préférez lire l'échange dans sa forme originale, il se trouve toujours dans la section des commentaires, à la fin de ce billet.

* * * * *

Je me suis longtemps considérée comme féministe, car je crois que je vaux autant qu'un homme... Maintenant, je me considère plutôt comme humaniste parce que pour certains, dès que je disais être féministe, les hommes à qui je le disais, me démonisaient. J'étais une frigide frustrée qui détestait les hommes... Je crois que tu tombes dans ce même pattern. 

Tu agis exactement comme ces féministes que tu dénonces. 

OK, premièrement, je n'ai jamais dit que les féministes sont "frigides" ou "frustrées". Ce que je dis, c'est que le féminisme est une idéologie qui diabolise les hommes. Je ne m'exprime peut-être pas correctement, mais c'est l'idéologie, ses contractions et sa naïveté que je dénonce! Et je ne vois pas très bien en quoi mes arguments sont exactement ce que je dénonce. Vraiment pas. Explique-moi stp.

Je ne dis pas que tu as dit qu'elles étaient frigides et frustrées. Mais c'est un discours qu'on entend souvent.

Certainement pas de moi. Ne m'associe pas à ces crétins misogynes qui dénigrent les femmes et les considèrent comme des connasses. Ce n'est pas mon cas. Regarde mes propos pour ce qu'ils sont, c'est tout. Ce que je dis n'est pas motivé par une haine des femmes, ils le sont par un mépris de l'injustice et des mensonges. 

Je connais plusieurs femmes violées. Et ce n'est pas une histoire floue. Toutes en parlent du bout des lèvres, ça les a changées. Elles ne dénoncent pas, parce que lors du procès, on fait leur procès à elles. Je connais une femme qui travaillait en centre jeunesse qui en début de carrière incitait les gamines à dénoncer. Plus maintenant. Les filles en ressortent plus détruites...

Mais je ne le nie absolument pas. Je n'ai jamais dit que le viol n'existait pas, au contraire! J'ai même dit que cette vague de confessions sur les médias sociaux était une bonne chose, relis le début de mon billet! Je connais aussi des femmes qui ont été victimes de viol et cela a été pour elles une épreuve abominable dont elles ne se sont jamais remises. Je ne dis absolument pas le contraire! 

En fait, corrige-moi si je me trompe, mais tu es en train d'illustrer un de mes points: quiconque ose critiquer le féminisme est immédiatement assimilé à un misogyne pro-viol. Ça ne marche pas de même, moi j'avance que toute idée peut être analysée, décortiquée, critiquée et débattue. Le féminisme ne fait pas exception, à mon avis.

Tu mets toutes les filles violées dans le panier des féministes. Ce n'est pas le cas. Tu dénigres les filles qui vivent un viol sous prétexte que certaines inventent des viols où il n'y en a pas. 

Trouve-moi la phrase que j'ai écrite qui exprime ça. Je t'en prie, je veux vraiment savoir où j'ai écrit une horreur pareille. Trouve-la moi stp et je m'excuserai immédiatement.

Le fait de dire qu'une allégation de viol doit être investiguée comme n'importe quelle autre crime ne constitue pas un dénigrement des victimes de viol.

Selon cette logique, faudrait-il croire sur parole toutes les personnes qui prétendent avoir été volées sans vérifier si c'est vrai? Et lorsque la police enquête sur une allégation de vol pour en découvrir la véracité, est-elle en train de dénigrer les victimes de vols? Ça n'a pas de sens.

Oui il y a des femmes qui sont victimes de viol. Oui c'est un crime abominable. Mais il y a aussi des femmes qui accusent faussement pour toutes sortes de raisons. C'est un FAIT. Et comme pour n'importe quel autre crime, je crois que la personne qui est la cible d'une accusation devrait être considérée innocente jusqu'à preuve du contraire. Explique-moi en quoi ceci constitue un dénigrement des victimes stp.

Au Québec, on n'est pas au USA... Certaines filles vont dénoncer quand il n'y a rien et c'est déplorable pour celui qui est faussement accusé... Rien ne pourra réparer ce qu'il aura vécu. Mais il ne faut pas oublier toutes les filles qui ont la vie détruite mais ne dénoncent pas, celles qui dénoncent et se font dire que c'est leur faute en cour, etc.

La vie n'est pas blanc ou noir. C'est une succession de gris. Oui, il y a des folles. Mais oui, il y a des violeurs et peu sont dénoncés. Et oui, les femmes sont plus souvent victimes. Ça n'exclue pas que les hommes soient aussi victimes, mais c'est moins fréquent...

C'est plus fréquent que ce que tu crois...

L'idéologie féministe est ce qui a permis aux femmes de voter, de CHOISIR avec qui elles couchent ou leur emploi... Ce n'est pas le démon. Ce n'est pas non plus ce que certaines femmes en font : une arme de destruction des hommes. Je suis féministe. Mais dès que je le dis, on me met dans le même paquet que ces folles... 

Historiquement, l'idéologie féministe a été nécessaire, absolument d'accord avec toi là-dessus. Les femmes qui sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote sont de véritables héroïnes, ce n'est pas moi qui dirai le contraire. Les premières qui ont bravé les tabous et qui sont allées à l'université le sont également. Ce n'est pas avec ces gens-là que j'ai un problème.

C'est au féminisme moderne que je m'objecte. Celui qui existe en 2014, dans une société comme la nôtre où les femmes ne sont plus des citoyens de seconde zone comme c'était le cas avant. Bien sûr, des inégalités persistent et doivent être dénoncées, mais elles ne sont pas l'apanage des femmes. Dans de nombreux cas, ce sont les hommes qui souffrent de ces inégalités, comme je l'ai illustré dans plusieurs billets.

Notre société est un ensemble diversifié et complexe et les stéréotypes naïfs véhiculés dans le discours féministe actuel ne décrivent tout simplement pas adéquatement cette réalité. Il s'agit d'une vision manichéenne qui ne rate jamais une occasion de nous répéter combien les femmes sont des éternelles victimes et les hommes des abominables oppresseurs. Je considère que ce type de discours ne reflète pas (ou plus, si tu préfères) adéquatement la réalité et je suis franchement écoeuré de voir les médias le répéter ad nauseam comme un mantra. 

Ce que je souhaite, c'est qu'on cesse de répéter que les femmes sont des petits chaperons rouges et que les hommes sont des gros méchants loups. 

Dénonçons TOUS les viols et les cas de harcèlement sexuel, pas seulement ceux que subissent les femmes. Dénonçons TOUTE forme de violence conjugale, pas seulement celle perpétrée par des hommes. Dénonçons TOUS les cas de détournement de mineurs, pas seulement quand le mineur est de sexe féminin. Dénonçons TOUTE discrimination, pas seulement celle qui vise les femmes! C'est ça que je dis. Qu'y a-t-il de déraisonnable là-dedans?

Mais ce n'est pas du tout ce que véhicule le discours féministe. Ce dernier ne s'intéresse pas aux situations où des femmes s'en prennent à des garçons ou des hommes. Pire, il prétend que ces cas sont marginaux ou n'existent carrément pas. Ce déni de la réalité n'est pas constructif. C'est du sexisme. 

Pour être l'équivalent de ces gens-là, il faudrait que je dise que SEULS les hommes sont TOUJOURS des victimes et que les femmes sont TOUTES soit des agresseuses, soit des prédatrices potentielles. Or, ce n'est pas ce que je fais. Pas du tout. Je dis simplement que les victimes masculines ne doivent pas être oubliées et que les agresseuses féminines existent. C'est tout! Et le simple fait de l'affirmer fait de moi une espèce d'extrémiste? Pourquoi? Tu vois ce que je veux dire?

Arrête-moi si je déduis mal, mais tu sembles reprocher aux féministes de mettre tous les hommes dans le même paquet. Tu fais de même avec toutes les féministes. Pour moi, féminisme veut dire choix, possibilités et égalité. Je ne vois pas en quoi cela pourrait être négatif, pour l'homme ou la femme.

Sauf tout mon respect, ta définition n'est pas une définition qui décrit adéquatement le mouvement féministe actuel. Un mouvement qui s'intéresserait véritablement à l'égalité entre tous les humains dénoncerait toutes les inégalités, peu importe que ces dernières visent des hommes ou des femmes. Tu crois vraiment que c'est ce que fait le féminisme?

Beaucoup plus d'hommes que de femmes meurent ou sont blessés en travaillant. Où sont les féministes avec leurs pancartes? Le nombre de jeunes hommes dans nos universités est en chute libre. Où est l'indignation des féministes? Il y a beaucoup plus de sans-abris hommes que de femmes, où sont les ténors féministes pour le dénoncer? Plus de femmes que d'hommes obtiennent la garde des enfants après un divorce, où sont les demandes égalitaires des féministes?

Trouve n'importe quelle situation où les hommes sont désavantagés par rapport aux femmes et trouve-moi des féministes qui protestent cette situation. Tu n'en trouveras pas.

Parce que ce qui intéresse le féminisme, ce n'est pas l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est uniquement les cas où les femmes sont victimes de cette inégalité. C'est l'évidence même! Pour elles, ce sont les seules situations discriminatoires qui existent! Regarde ce qui se passe présentement dans les médias, c'est exactement ça!

C'est inacceptable à mes yeux. Pour moi, toute discrimination est répugnante, je me fiche que la victime ait un vagin ou pas. Or, pour le féminisme, cette distinction est absolument essentielle. Pourquoi?

Je ne parle pas uniquement de ce billet... J'ai l'impression, et j'extrapole, j'en conviens, que tu en veux aux féministes et que tu t'acharnes à trouver tout ce qui touche au sujet afin de pouvoir étayer ton point. 

Pour être honnête avec toi, je cherche désespérément un contre-exemple qui me prouvera que le féminisme est crédible et utile. Mais je n'en trouve pas. Les arguments féministes que je trouve dénoncent des inégalités imaginaires, ou encore ils dénoncent une vraie inégalité, mais refusent de voir que ce ne sont pas seulement les femmes qui en souffrent. Bref, c'est au mieux incomplet, au pire de la foutaise. Ma recherche se poursuit... si tu veux m'aider à trouver l'exception, n'hésite pas!

Malheureusement, ce dont on entend parler sont celles qui sont problématiques. 

Mme Blanchette du Devoir n'est pas une débile hystérique. Je l'ai expressément choisie pour cette raison. C'est facile de démolir les arguments des harpies haineuses, mais je voulais m'attaquer aux arguments qui s'approchent plus des propos de Madame Tout-le-Monde. 

On n'entend jamais parler de celles qui font le bien, qui explique aux petits garçons et aux petites filles qu'ils sont égaux, que les couleurs de gars ou de filles n'existent pas, ni les jouets, que tous ont une valeur, des forces et des faiblesses qu'on peut compenser avec les forces des autres..

C'est de cette façon que j'élève mes enfants et je ne suis pas féministe. Mon fils cadet aime le rose et joue parfois avec des Barbie que je lui ai moi-même achetées (à sa demande) et je ne suis pas un féministe. Ce que tu décris n'est pas l'apanage du féminisme. C'est comme un chrétien qui me dit qu'il inculque sa religion à ses enfants pour qu'ils soient moraux, généreux et vertueux. Mes enfants le sont et ils ne sont pas élevés dans la religion chrétienne! C'est exactement la même chose.

Je précise que tu n'as pas écrit noir sur blanc que tu croyais que le viol ne devait pas être puni. 

Merci de le reconnaître.

C'est simplement que tes propos me dérangent par ce qu'ils impliquent pour les filles qui veulent dénoncer. Je m'explique. 

Je t'en prie.

Une fille se fait violer par son prof de philo, par exemple. Elle dénonce. Si on part du principe que tous sont innocents et qu'on ne retire pas la personne de ses fonctions, le choix qu'il demeure pour la supposée victime, c'est A) abandonner son cours B) avoir son violeur dans la face pendant le reste de la session...

OK. Je répondrais trois choses à ceci.

1- Ce que j'ai dit, c'est que dans certains cas, je peux comprendre que la suspension soit de mise. Comme dans le cas de cet animateur de radio anglo-canadien. Alors oui, tu suspends, mais temporairement et avec salaire. Si ce n'est pas possible, alors tu tentes d'accommoder la plaignante en lui permettant de transférer dans un autre cours de philo. Il y a moyen de trouver une solution temporaire sans se substituer à la justice. 

2- Si le prof est trouvé coupable, tu le crisses dehors. Pas avant. Parce que des fausses accusations, ça existe. C'est pas beau, il n'y a pas de quoi être fier et on préférerait tous que ça n'existe pas, mais ça existe. Je sais de quoi je parle, j'ai été cloué au pilori par des débiles à cause d'allégations frivoles et stupides. Personne ne devrait subir ce que j'ai subi. Ce sont les coupables qu'il faut punir, pas les innocents. 

3- La présomption d'innocence est primordiale dans notre société. Imagine si elle était abolie. N'importe quel fafouin pourrait t'accuser de n'importe quel crime et tu serais immédiatement punie sans procès! Je t'accuse de meurtre et même si je ne fournis aucune preuve valable, tu es immédiatement congédiée de ton emploi et ta réputation est anéantie sur la place publique? Ça n'a aucun sens!

La seule chose avec laquelle j'ai de la difficulté, c'est la façon que les médias ont de se mêler de tout ça. Mais suspendre quelqu'un sous des supposition est la chose à faire.

Pas toujours. Dans le cas des députés libéraux, par exemple, on ne parle même pas d'accusations, mais de RUMEURS! Personne n'a porté plainte! Alors à moins que ces deux types-là aient avoué leur culpabilité, cette suspension est complètement injustifiée, à mon humble avis.

En fait, je trouve simplement que dernièrement, tu sembles en croisade contre les féministes et que tu mets les folles des USA dans le même panier que même celles qui sont simplement pour l'égalité.

L'idéologie est la même, que la féministe soit québécoise ou américaine ou allemande. Le féminisme est basé sur trois assomptions: 

1- Nous vivons dans une société patriarcale qui avantage systématiquement les hommes aux détriment des femmes.

2- Les femmes sont victimes de discrimination à tous les jours et de multiples façons.

3- Les hommes sont responsables de cette discrimination, qu'ils en soient conscients ou non.

Que tu sois dans le pays que tu veux, c'est toujours avec ces lunettes-là que les féministes voient le monde.

Je dis lunettes, mais je devrais dire ornières.

La réalité, c'est que:

1- Nous vivons dans une société imparfaite où existent des situations discriminatoires dont souffrent toute sorte de monde.

2- Aucun groupe n'a l'exclusivité quant à ces discriminations, tout le monde est victime de sexisme, de racisme ou de discrimination à un moment donné dans sa vie.

3- TOUTES les situations discriminatoires doivent être dénoncées peu importe le sexe, la couleur de peau, l'orientation sexuelle ou l'origine ethnique de la victime. 

4- PERSONNE ne devrait être décrit comme un prédateur ou un danger à cause de son sexe ou d'un sous-groupe auquel il appartient.

C'est tout ce que je veux.

Et ça ne me semble pas extrémiste du tout...

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