27 novembre 2014

Début de tensions

Après maintenant trois mois, je vous mentirais si je vous disais que ça ne va pas plutôt bien à ma nouvelle école.

Généralement, je dois dire que ça va beaucoup mieux que ce j'ai connu ces dernières années. Bien que j'aie encore du mal à bien cerner la directrice, elle n'a que des bons mots à mon égard et semble être emballée par mon travail. Elle m'a également dit à plusieurs reprises qu'elle apprécie mon sens de l'humour.

Avec mes collègues de 6e année, ça va également très bien. Je crois même que ma présence semble avoir calmé un peu le conflit qui existait entre elles. Elles se parlent de manière beaucoup plus aimable qu'avant. Et les deux m'apprécient beaucoup et c'est réciproque.

Tout baigne également avec les élèves et les parents.

Pour ce qui est des autres enseignantes de l'école, ça se gâte un peu. Bon, ce n'est rien de bien grave pour l'instant, mais disons que des petites tensions semblent commencer à apparaître à mon égard. Évidemment, comme c'est toujours le cas, aucune d'entre elles n'est venue me voir directement pour m'en parler. Je le devine un peu en les voyant agir et l'une de mes collègues de 6e année est venue confirmer mes soupçons l'autre jour.

Le coeur du problème, semble-t-il, c'est encore une fois, une fondamentale différence de vision entre elles et moi.

J'ai toujours considéré que ce qui se passe dans ma classe est de mon ressort. La gestion de la classe, les règles de vie à l'intérieur de la classe et les conventions qui régissent les rapports entre le prof et les élèves, tout ça est, selon moi, la responsabilité du prof. Les règles qui régissent l'ensemble de la vie de l'école doivent être négociées, évidemment. Mais la salle de classe est le domaine exclusif du prof. Je n'ai jamais, jamais, jamais tenté d'imposer mes façons de faire à mes voisines. Ja-mais.

Or, comme c'est toujours le cas, la majorité de mes collègues ne le voient pas ainsi. Pour elles, cette frontière qui m'est si fondamentale n'existe tout simplement pas. Elles considèrent qu'elles peuvent allègrement imposer leurs façons de faire sur les autres et leur dire comment agir dans leur classe respective. Comme d'habitude, tout le monde se plie de bonne grâce à cela.

Sauf moi. Et les thèmes qui ressortent seront bine familiers aux lecteurs de longue date de ce blogue.

Par exemple, au début de l'année, on m'a informé qu'à cette école, il fallait que je me fasse vouvoyer et que je me fasse appeler "Monsieur". Si la directive était venue de la directrice, cela aurait été autre chose et je m'y serais plié temporairement, en attendant l'opportunité de faire valoir mon opinion là-dessus. Mais cette directive plutôt informelle provenait d'une collègue et que je ne l'ai vue nulle part dans les documents officiels, j'ai décidé de l'ignorer allègrement. Évidemment, certaines de mes collègues n'apprécient pas du tout.

Vient ensuite l'obsession du silence le matin. Comme les règlements de l'école exigent que les élèves soient "calmes" le matin, c'est ce que j'exige de mes élèves. Ils ne doivent pas crier ou courir dans la classe en arrivant dans la classe. Or, mes matrones de voisines exigent le silence absolu, évidemment. Et je m'en fiche, elles peuvent bien faire ce qu'elles veulent dans leur classe, ça ne me regarde pas. Mais voilà qu'elles viennent se mettre le nez dans MA classe pour dire aux élèves de se taire!

Je n'en revenais pas. Un matin, j'ai aperçu une collègue de 5e année debout dans ma porte de classe. Je lui ai demandé ce qu'elle faisait là. Elle m'a répondu qu'elle exigeait le silence le matin. Je lui ai répondu que dans ma classe, tout ce qui est exigé, c'est le calme. Façon polie, je crois, de lui dire de se mêler de ses affaires. Elle n'a pas eu l'air d'apprécier.

Évidemment, pour moi, ceci n'est nullement une source de frustration, mais ça l'est clairement pour elles. Ces femmes sont tout simplement incapables de supporter que quelqu'un refuse de se conformer aux règles non-écrites du troupeau, ça les rend complètement folles. Mais elles ne me le disent pas, elles ragent entre elles, en privé. C'est toujours la même chose.

Récemment, j'ai été réassigné à un autre poste de surveillance le matin. Je ne suis plus du tout à proximité de ma classe comme c'était le cas avant. C'est peut-être une coïncidence, mais je soupçonne que mes voisines de classe ont manigancé en coulisses pour s'assurer que je sois placé ailleurs. Depuis ce temps, j'arrive dans ma classe le dernier et à chaque fois, elles sont DEUX plantées dans la porte de la classe à exiger le silence des élèves et à engueuler les récalcitrants.

Le plus bizarre, c'est que dès qu'elles me voient arriver, elles retournent prestement dans leur classe respective sans me dire un mot. Les élèves me disent qu'elles leur crient après et qu'elles sont complètement intransigeantes.

J'étais d'abord plutôt agacé de ce que je considère être une violation de mon espace. Mais j'ai décidé de fermer ma gueule. Je n'ai pas envie de partir en guerre contre elles. De toute façon, le seul moyen de les affronter sur cette question serait d'opposer ma vision des choses à la leur et dans ma carrière, à chaque fois que j'ai fait ça, le résultat a été pire que le problème initial. Alors j'ai décidé de continuer ma stratégie de résistance passive. Je fais ce que je veux dans ma classe et si ça les amuse de jouer aux officiers nazi quand je suis occupé ailleurs, grand bien leur fasse.

Mais j'ai la conviction que pour elles, les frustrations ne font que s'amplifier. Il y en a déjà une, celle de la classe d'en face, qui ne me salue plus le matin. Et l'autre jour, l'une de mes deux collègues de 6e avec qui j'ai une excellente relation m'a dit que "certaines personnes étaient fâchées lorsque tu m'as appelée par mon surnom devant les élèves."

Parce que, oui, les ayatollahs voudraient que les adultes se vouvoient et s'appellent "Monsieur" et "Madame" lorsque les élèves sont présents. Complètement débile.

Alors voilà où j'en suis. Je peux me tromper et peut-être que tout ceci est sans importance, mais mon expérience me pousse à croire le contraire. Pour l'instant, je vais continuer ma résistance passive. Mais je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir l'estomac noué aujourd'hui et de craindre le pire. Je sens à nouveau l'animosité s'éveiller et je crains que tout cela ne se termine encore en campagne d'intimidation et de salissage...

On verra bien la suite des choses...



6 commentaires:

Guillaume a dit…

Je ne m'ennuie pas d,avoir quitté l'enseignement à te lire. Mais ne t'en fais pas trop: il semblerait (touchons du bois) que le problème soit plus circonscrit cette fois-ci. Et je crois que la résistance passive pourrait fonctionner. Je me rappelle que dans ma deuxième école ici, même si l'expérience était décevante (j'étais mal payé), j'étais mieux parce que j'avais de meilleurs collègues.

Mam'Enseignante a dit…

Bonjour M. Solitaire! ;)

Tout est toujours délicat lorsqu'on arrive dans un nouveau milieu, je pense que vous le savez :)

Honnêtement, pour être passée par là, il n'y a pas si longtemps (début de carrière et nombreux remplacements et je suis totalement allergique aux classes régulières traditionnelles: j'enseigne maintenant a l'alternative!), je vous suggèrerais de vous plier aux règles non-écrites devant vos collègues (le vouvoiement dans les espaces communs) et d'enseigner à vos élèves a s'y plier en votre absence (retard temporaire ou possible consigne d'un suppléant). Je pense que ça serait facilitant pour vous....

Peut-être le présenter sous la forme d'un conseil de coopération à vos élèves?

Bonne chance, ce n'est pas facile d'être le mouton noir dans une équipe...

Henem a dit…

Lâche pas Prof, tu vas passer à travers :)

Je sais pas si c'est une bonne idée d'en jaser avec la directrice, au moins du cas des "nazies" parce que c'est à mon point de vue inacceptable qu'elles crient après des élèves. Voyons donc, c'est même pas leurs élèves ! Pi même si ça l'était... C'est aux adultes d'agir en adultes !

Je comprend que tu ne veuilles pas partir de guerre ouverte. Demande à la directrice d'observer leur comportement de loin et de se faire sa propre opinion. Je pense qu'on peut même presque parler d'intimidation ici... ça doit pas être bon pour l'estime de soi des enfants de se faire crier après jour après jour.

Encore là, le microcosme d'une école primaire me semble particulièrement inadéquat si on ne prend pas en considération le fait que de travailler avec des enfants, c'est pas faire du 9 à 5 dans un bureau. C'est plein d'énergie un enfant, c'est normal qu'ils testent les limites imposées par des adultes. Ya moyen d'être ferme sans crier.

En tous les cas, bonne chance avec les marâtres et souviens toi que le plus important c'est les élèves. Et que les éloges des parents que tu as reçu valent à mes yeux 1000 fois plus que les comportements enfantins d'une couple de chipies.

Have a nice day :)

Prof Solitaire a dit…

Merci pour les conseils et les bons mots, tout le monde...

Vous nourrissez ma réflexion et c'est fort apprécié.

fylouz a dit…

Et pourquoi ne pas planquer une caméra dans la classe ? Ça te fera une démonstration en direct de leur bêtise que tu pourras montrer à ta directrice.

Prof Solitaire a dit…

Le problème, c'est que la personne que j'ai vue hurler le plus fort après les enfants dans l'école, c'est la directrice... tu vois?