22 décembre 2014

Le droit de critiquer la religion



Extrait de cet article de Bock-Côté:

Théoriquement, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse est parée de toutes les vertus. Dans les faits, elle dérape très souvent.

Le 2 décembre, elle a proposé une modification à la Charte des droits limitant pratiquement le droit de critiquer les religions. Officiellement, il s’agit de lutter contre la haine et les discours qui l’alimentent. Qui s’y opposera? Mais dans les faits, on risque progressivement d’interdire la critique des religions.

Il ne s’agit pas d’une question spéculative. Posons la question clairement: est-il permis de critiquer ou de caricaturer l’islam? Je précise: pas seulement l’islamisme, mais l’islam. Ou faut-il y voir immédiatement un appel à la haine? Est-il permis de critiquer non seulement les dérives extrémistes qui s’en réclament, mais le cœur philosophique et spirituel de cette religion, sans tomber sous le coup de la loi? 

(...) Une proposition progresse dans nos sociétés: celle de la criminalisation du blasphème. On veut interdire juridiquement le dénigrement des religions, comme si chacune était en droit d’inscrire ses tabous et ses dogmes dans le droit et d’obliger ceux qui n’y croient pas à s’agenouiller devant eux. On devine la conséquence: les plus fanatiques dans chaque religion auront le droit de décider si la critique qu’ils viennent d’entendre est respectueuse ou non de ses dogmes. Et qui décidera si une critique est légitime ou si elle est blasphématoire? Les théologiens feront-ils le droit et seront-ils les gardiens d’une nouvelle censure?

(...) Une des grandes vertus de la modernité, c’est qu’aucune croyance n’est à l’abri de la critique et de la dérision. Aucun dogme n’est au-delà de la liberté de l’inspecter, de le critiquer et de le renverser. C’est ainsi, d’ailleurs, que les religions s’acclimatent à la vie démocrati­que. Elles n’ont pas le monopole de l’espace public. La rencontre des religions les oblige à modérer leur prétention à l’absolu. C’est-à-dire qu’aucune n’est en droit de faire valider ses dogmes par l’État. Sans quoi, nous entrons en théocratie.

Et que fait-on du droit des athées? Un athée conséquent, qui ne se dissimule pas derrière la rectitude médiatique, est fondamentalement convaincu que les religions sont néfastes et qu’elles minent le destin de l’humanité en l’amenant à scruter le ciel dans l’espoir d’un monde idéal plutôt que d’en construire un meilleur ici-bas. Naturellement, s’il le dit, il vexera les croyants sincères, qu’ils soient doux ou radicaux. Aura-t-il le droit de le dire?