21 décembre 2014

Miracle sur la 34e rue

Est-ce que vous avez des films que vous aimez malgré vous?

Moi, j'en ai quelques-uns et l'un de ceux-là est un film que je me tape à chaque Noël: Miracle on 34th Street. Et comme à chaque année, ce film-là vient me prendre direct au cœur et je pleure essentiellement du début à la fin.

Le problème, c'est que je ne comprends pas pourquoi j'aime ce film à ce point. C'est rempli de clichés, les personnages qui y sont représentés sont des stéréotypes idéalisés ambulants, les acteurs sont bons mais pas particulièrement extraordinaires, l'aspect "légal" de l'histoire ne tient pas debout…

Pire que tout ça, il y a une espèce de message anti-raison et pro-foi qui est véhiculé dans ce film-là avec très peu de subtilité et qui devrait venir profondément heurter mes convictions personnelles. Les non-croyants y sont dépeints comme des gens vides, malheureux, distants et incapables de s'émerveiller. À l'opposé, les croyants sont des personnages souriants, chaleureux, positifs et rayonnant de bonheur. On y encense également les vertus de la foi aveugle et c'est seulement en s'y abandonnant que les personnages atteignent le bonheur à la fin.

Tout ça est complètement à l'opposé de toutes mes valeurs et mes convictions les plus profondes. Bon, je ne suis tout de même pas un zélote et je ne m'empêche pas de voir des films qui véhiculent des messages qui bousculent mes opinions, mais je vous mentirais si je vous disais que cela ne m'agace pas d'habitude au moins un peu.

Mais lorsque je regarde ce damné film, c'est comme si ma capacité de raisonner est immédiatement suspendue. Je deviens un gros épais sanglotant qui fixe l'écran avec émerveillement et fascination. Et je ne comprends pas pourquoi.

Bien sûr, j'aime Noël. Pourtant, mes souvenirs des Noëls de mon enfance ne sont pas particulièrement agréables. Dans ma famille, la fête était habituellement gâchée par mes parents qui s'engueulaient ou par ma mère qui piquait une crise parce qu'elle n'aimait pas le cadeau que mon père lui avait offert. Les partys dans la famille élargie étaient cauchemardesques. En chemin, dans l'auto, on avait droit aux interminables consignes de ma mère, obsédée par l'opinion d'autrui, qui ne voulait pas qu'on lui fasse honte (excellent pour l'estime de soi d'un enfant). Une fois arrivé, j'étais confronté à mes oncles et mes tantes qui se balançaient éperdument de moi et qui m'adressaient à peine la parole. Laissez-moi vous dire que je trouvais le temps long en esti.

Et malgré tout ça, j'aime Noël. Il faut dire que l'intérêt s'était un peu dissipé en vieillissant mais d'autant que je me souvienne, j'ai toujours construit ne serait-ce qu'un petit sapin dans le salon de mes apparts, même les plus exigus. Toutefois, c'est vraiment en devenant papa que la fête a retrouvé toute sa magie à mes yeux.

Mais cet amour de la fête de Noël est insuffisant pour expliquer mon amour démesuré pour ce film. Après tout, je considère la vaste majorité des films de Noël comme étant des navets insupportables. Alors qu'est-ce que celui-ci a de spécial? Mes propres souvenirs ne sont pas en cause, alors quoi?

Peut-être, qu'au fond, ce n'est pas parce qu'il me rappelle mes Noëls d'enfance mais plutôt parce qu'il me montre ce que je n'ai pas connu? Peut-être qu'il vient jouer sur cette corde si sensible chez moi, celle qui résonne si fort lorsqu'il est question d'enfants qui sont malheureux ou qui ont besoin de réconfort? Peut-être que je m'identifie à ces personnages masculins positifs dans un contexte où ils doivent veiller au bien-être d'un enfant, rôle que l'on voit rarement des hommes occuper au cinéma?

Peu importe ce qui l'explique, tout ce que je sais avec certitude, c'est le résultat final. Ce film joue du violon et mes tripes servent de cordes. La scène où le Père Noël communique par signe avec la petite fille sourde me fait brailler comme une Madeleine au point où je ne vois même plus l'écran. La scène où le salopard d'ex-Père Noël alcolo insinue que le Père Noël n'est qu'un vieux pédo me fait bouillir le sang, serrer les dents et pleurer de rage. Le verdict du juge et la réaction des New Yorkais me font pleurer de joie. Et à la fin, lorsque la petite Susan se lève et réalise que son souhait le plus cher a été exaucé, je suis complètement émerveillé. Et je pleure encore.

C'est fou. Et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je crois même qu'une partie de moi refuse de me laisser entrevoir les véritables raisons de cette réaction. Peut-être par crainte que ça vienne briser la magie. Ou peut-être pour me protéger de la souffrance qui est associée à de vieilles émotions primaires qui reviennent à la surface lorsque je regarde ce film.

Vous en avez des films comme ça, vous aussi?



4 commentaires:

Guillaume a dit…

Je crois que c'est le cas de beaucoup de films et de bouquins, mais surtout des films, surtout encore une fois lorsque les films se rapportent à et sont associés avec des souvenirs d'enfance. N'oublions pas non plus que tu parles de films qui manufacturent l'émotion. C'est le cas de Jesus of Nazareth pour moi (mais je me console en me disant que son scénariste était athée). Je crois qu'avec le temps on se vaccine, du moins partiellement: The Polar Express m'a laissé de glace, mais alors totalement. Jesus of Nazareth, je l'aime autant, mais je remarque plus ses personnages cyniques et ses saints à dimensions humaines. A Charlie Brown Christmas me fait toujours le même effet, mais c'est surtout que son message dépasse son aspect chrétien. Miracle sur la 34e, je ne l'ai pas vu beaucoup, mais si je me rappelle bien son message dépasse justement son aspect chrétien.

Prof Solitaire a dit…

Jésus de Nazareth... j'ai vu ce film tellement de fois, à chaque Pâques quand j'étais petit pendant des années... je ne pense pas que j'aimerais le revoir. Je soupçonne que je serais juste en tabarnak devant ce magnifique outil de propagande qui a si grandement contribué à mon propre endoctrinement...

Guillaume a dit…

Anthony Burgess était un grand écrivain (mon préféré) et le film n'est pas un outil de propagande, enfin il va au delà de ça. Le film a quand même le mérite d'être le film sur Jésus le plus pro-juif, donc dénué complètement d'antisémitisme et d'avoir fait des vrais personnages aux motivations compréhensibles et défendables (y compris Judas, Barabbas, les deux Hérode, etc.) Mais va voir son Moses the Lawgiver, qui est une déconstruction complète des récits bibliques.

Prof Solitaire a dit…

J'imagine que tu as raison, en ce sens qu'on ne peut pas blâmer le film lui-même d'être propagandiste. C'est plutôt la façon dont ça m'a été présenté par mon entourage.

Si mes parents m'avaient montré un film sur Hercules en me disant que c'est un documentaire historique, j'aurais alors été l'objet d'une propagande mensongère sans que cela soit l'objectif du film.

Cela étant dit, je n'ai vraiment pas le goût de me retaper Jésus de Nazareth...