4 décembre 2014

SUPERGIRL (1996)‏


Ceux qui disent qu'aucun comic-book de qualité n'a été publié par Marvel et DC dans les années 90 n'ont certainement jamais lu la série Supergirl de Peter David et Gary Frank!

J'avais eu un plaisir fou à lire cette série à l'époque et je viens de la relire avec un bonheur renouvelé. Elle n'est pas parfaite, mais pas loin. C'est vraiment une très bonne série.

D'abord, un peu de contexte. À cette époque, la Supergirl originale avait perdu la vie et une nouvelle Supergirl avait fait son apparition à Metropolis. Il fut éventuellement établi qu'il s'agissait en fait d'une créature extra-terrestre protoplasmique qui était capable de modifier son apparence à volonté. Elle avait donc usurpé l'identité de l'héroïne déchue. Toutefois, l'expérience humaine lui échappait. Elle n'éprouvait que des émotions limitées et était dénuée d'enfance, d'expérience et de souvenirs significatifs. Elle était vraiment très naïve. D'abord sous l'emprise de Lex Luthor, elle se libéra éventuellement de ce dernier et fit le bien comme elle le pouvait. Mais sans amis, sans famille et sans passé, elle menait une existence plutôt vide.

Le personnage en était donc là à la veille de cette série éponyme.

Peter David est un scénariste incroyablement talentueux et il ne perd pas une seule seconde pour nous projeter dans une histoire abracadabrante et déroutante.

La première page nous offre le plan rapproché du drain d'une douche dans lequel s'écoule de l'eau et... du sang! La narratrice, et également le personnage principal, est une jeune femme couverte d'ecchymoses et de coupures. Elle est accroupie sous le jet d'eau et souffre terriblement. Elle ne sait plus ce qui lui est arrivé exactement, ni même qui elle est. Elle sort de la douche et tombe face à face avec une jeune femme qu'elle reconnaît après une brève hésitation. C'est une amie. Mattie! Cette dernière est folle de joie et lui saute au cou. Elle l'appelle "Linda" et lui explique qu'elle la croyait morte! Notre narratrice découvre alors avec stupéfaction que toutes ses blessures ont subitement disparues. Elle n'arbore même plus la moindre égratignure! Et ses yeux, jadis noisette, sont devenus bleus!

Les souvenirs douloureux reviennent subitement par vagues. Linda se souvient d'un type malfaisant, Buzz, responsable de son enlèvement. Elle sort de l'appartement et prend ses jambes à son cou. Elle court le long du trottoir, accélère encore et encore, si bien qu'elle passe comme un coup de vent et que ses pieds quittent le sol. Au passage, elle rattrape même un homme suicidaire qui vient de sauter et le dépose gentiment au sol. Elle s'arrête plus loin, écorchant l'asphalte sous ses pieds.

Elle se demande comment elle a fait ça. Je ne suis pas humaine, de dit-elle. Oui, je le suis, se répond-elle à elle-même. Mais elle n'est plus tout à fait elle-même, elle est deux personnes à la fois. Et cette autre personne... est Supergirl. Puis, les affreux souvenirs déferlent à nouveau. Buzz et ses sbires fanatiques voulaient sacrifier Linda afin de libérer un démon extra-dimensionnel. Elle a subi des tortures atroces et a été poignardée. Elle était mourante. Mais Supergirl a interrompu le rituel et pour la sauver, a uni son corps protoplasmique au sien. Linda et Supergirl ne sont plus qu'une seule et même personne maintenant. Ce faisant, Linda est sauvée et Supergirl obtient tout ce qu'elle a toujours souhaité: un passé, des souvenirs, une famille, des amis... l'humanité!

Malheureusement, elle découvrira peu à peu que la vie de Linda vient avec son lot de difficultés et d'épreuves. Elle se rendra également compte, avec horreur, que Linda n'avait finalement rien de la petite victime innocente. Certains de ses gestes passés reviennent hanter Supergirl et entachent sérieusement son intégrité et son équilibre mental. Ce côté sombre et tordu de la personnalité de Linda triomphera-t-il de la droiture et de la noblesse de la super-héroïne?

J'ai adoré cette série à l'époque et je dois dire qu'elle a très bien vieilli. Le scénario est complexe et rempli de rebondissements, les personnages sont fascinants et attachants et l'intrigue ne nous lâche presque jamais. Les dessins de Gary Frank sont superbes et font de cette série un véritable petit bijou.

Malheureusement, les éditeurs de DC ont fait l'erreur de forcer la participation de la série à un gros méta-événement appelé Final Night dès le troisième numéro. Il s'agit d'une erreur. La toute jeune série n'était pas prête à diverger si rapidement de sa route pour accommoder un méga-scénario à si grand déploiement. David réussit tant bien que mal à remettre sa série sur les rails après ça et tient le coup jusqu'au numéro 9. C'est là que l'intrigue principale touche à sa conclusion et que Gary Frank quitte le titre, remplacé par un artiste beaucoup moins intéressant. C'est également à ce moment que j'ai perdu intérêt. La série se poursuivra tout de même pendant 80 numéros!

Les premiers numéros de cette série mérite vraiment d'être lus. L'originalité de ce qu'on y découvre est vraiment formidable. Je n'ai jamais rien lu de semblable depuis.



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