10 février 2015

Les candidats à la chefferie du PQ



Permettez-moi tout d'abord de spécifier que ce n'est pas de gaieté de coeur que j'écris ce billet. En fait, c'est plutôt le coeur brisé que je le fais.

J'ai regardé la rencontre avec les candidats à la chefferie qui a eu lieu lors du Conseil national du PQ, le fin de semaine dernière. Je l'ai d'abord essayé de le regarder le lendemain (dimanche). J'étais tellement découragé que j'ai sauté des bouts. Puis, je me suis dit que ça ne pouvait pas être si pire que ça, que je devais être dans un état d'esprit peu réceptif et j'ai décidé d'attendre quelques jours et de le regarder à nouveau.

Malheureusement, c'était encore aussi décourageant.

On est vraiment à des années-lumières des géants qui ont fondé ce mouvement. On est très loin des Lévesque, Godin, Bourgault et Parizeau. Vraiment. C'est pitoyable de voir ça. Complètement décourageant.

Même le format était déprimant: lumières tamisées, candidats qui viennent tour à tour au lutrin sans jamais partager la scène, Léo qui joue au maître de cérémonie avec son habituel charisme de comptable. Ouf...

Évidemment, je me suis dit que je ne devais pas m'arrêter aux apparences, mais plutôt me concentrer sur les propos. Malheureusement, à ce niveau-là, le vide abyssal était souvent consternant.

Cloutier avait au moins l'air d'être heureux d'être là. Il était enthousiaste. C'est déjà ça. Sa proposition de "mettre les citoyens au coeur de la démarche" est intéressante, mais floue. Un registre? C'est supposé enflammer la ferveur populaire, ça? Hum... Quant à son désir de réunir les souverainistes au sein d'un même parti, c'est irréaliste. Je crois qu'à la veille d'un référendum, le PQ, QS et ON feraient sûrement front commun, mais en dehors de ce scénario, il est quasi-impossible d'imaginer ces trois partis collaborer sur d'autres dossiers. Vous imaginez PKP et Françoise David travaillant main dans la main, vous? Il parle ensuite de priorité à l'éducation ce qui, c'est certain, me plaît bien.

Ça a ensuite été le tour de Céré. Il avait plutôt des airs de vieux grincheux pédant, à mon avis. Et son idée de commencer son discours en rendant hommage à Pauline Marois m'a semblé d'un goût douteux. Ce dont ce parti a besoin, c'est d'une révolution. Si ce type idéalise Marois, un chef pitoyable qui n'a même pas été capable de garder le pouvoir dans un contexte de corruption aussi défavorable aux libéraux et qui a renié le référendum pendant les dernières élections, alors il fait clairement fausse route. Désolé, mais on n'a pas besoin d'un autre loser. Pour ce qui est du reste de sa présentation, je crois qu'il a passé plus de temps à se vanter d'avoir obtenu suffisamment de signatures et d'avoir réussi à ramasser son 10 000$ qu'à parler de ce qu'il ferait comme chef. Son discours était une espèce de liste de belles intentions floues qui ne veulent pas dire grand-chose. "Apprendre à bâtir des majorités politiques au-delà des clivages partisans?" "Faire reposer notre travail politique sur des majorités sociales?" Et après il parle de s'exprimer clairement... c'est mal parti!

Ouellet est sympathique et lorsqu'elle s'exprime, ses propos sont plutôt clairs, mais au-delà de ça, rien de très emballant. Elle ouvre en parlant de la nécessité d'unir le mouvement souverainiste ce qui, comme je viens de l'écrire, me semble tout à fait utopique. Elle se vante ensuite d'avoir su réunir des souverainistes des différents partis, des syndicalistes et des artistes. Ça me brise le coeur de lui annoncer ça, mais ça c'est la formule des années 70. Si elle veut m'impressionner, qu'elle recrute du monde des autres sphères de la société que ces alliés traditionnels du PQ! Pour ce qui est de son petit slogan "C'est pas moins d'état, c'est mieux d'état"... calvaire... ce n'est même pas grammaticalement correct. Qu'est-ce que c'est ça? Elle parle ensuite de l'électrification des transports, l'idée est évidemment intéressante... mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Son opposition au pipeline de sable bitumineux me plaît. Elle promet une démarche "claire et sans détour" pour accéder à l'indépendance. C'est certain que ça, c'est de la musique à mes oreilles.

Ce fut ensuite le tour de Drainville. Il a été le moins pire. Il parle de son projet de "Groupe Force Indépendance", un groupe dédié à renouveler le discours souverainiste et à promouvoir la souveraineté... c'est une idée qui pourrait être intéressante. J'ai bien aimé sa proposition d'arrêter d'attendre les conditions gagnantes et de se dédier plutôt à les créer. Il a un plan, c'est déjà ça. Il m'a perdu lorsqu'il a parlé de mettre la souveraineté sur la glace si, aux prochaines élections, il juge que les appuis ne sont pas suffisants. Tu ne peux pas convaincre les gens que ce que tu proposes est nécessaire et urgent si tu es prêt à le mettre sur la glace pour gagner une élection. Quand tu fais ça, tu fais plus de mal que de bien, à mon avis. Il conclut en parlant de laïcité, un sujet qui me tient à coeur évidemment, mais quand je pense à l'ineptie de sa charte, ça m'empêche de ressentir beaucoup d'enthousiasme.

Et finalement, Péladeau. Je crois qu'il a été le pire. Il n'était pas préparé, il disait n'importe quoi, certains de ses propos étaient décousus et n'avaient aucun sens. Je ne vous niaise pas, allez l'écouter. La vacuité que cache mal ses petits slogans est sidérante. Je ne sais même pas quoi dire...

J'ai beaucoup de mal à ressentir un peu d'optimisme et d'enthousiasme après tout ça. J'ai comme un bien mauvais pressentiment.



5 commentaires:

Guillaume a dit…

Je suis souvent sévère envers Pauline Marois, mais je trouve que tu es néanmoins un peu dur avec elle: si elle a mené une très mauvaise campagne, elle n'aurait jamais pu la gagner en parlant de référendum. En fait, l'utilisation du mot a servi d'épouvantail aux libéraux. L'attitude jusqu'au boutiste de certains péquistes alors que la souveraineté bat de l'aile risque de détruire toute possibilité d'en tenir un un jour (et donc de le gagner). C'est plate, mais c'est comme ça et Marois n'y pouvait rien. Ceux qui le promettent avec ardeur font de l'aveuglement volontaire complet.

Quant au reste, j'avoue que oui, ça me déçoit beaucoup. PKP sera sans doute le leader, jusqu'ici il n'impressionne personne.

Prof Solitaire a dit…

Ne crois-tu pas que la conviction en une cause est quelque chose de contagieux? Que lorsqu'on défend ses idées avec conviction, fougue et passion, le message passe? As-tu déjà vu un discours de Bourgault? C'est pas mêlant, je regarde ça et à la fin, je suis debout sur ma chaise!

Marois a l'effet contraire. Loin de convaincre qui que ce soit, le message qu'elle a envoyé c'est que le référendum n'a rien de prioritaire ou pire, que ses adversaires ont raison et qu'il n'est pas souhaitable. Elle a fait plus de tort à la souveraineté que n'importe quel fédéraliste, à mon humble avis.

Tu crois à ce que tu dis ou non.

J'aimerais mieux voir des souverainistes convaincus passer 20 ans dans l'opposition que de voir des mauviettes provincialistes se faire élire de temps en temps en reniant leur propre programme pour pas trop faire peur au monde...

Guillaume a dit…

Pas du tout, la conviction n'est pas contagieuse en soi, sinon ça se saurait. Je n'ai par ailleurs jamais douté des convictions souverainistes de Madame Marois. Pas plus que de Bernard Landry, André Boisclair, même pas Lucien Bouchard, du temps qu'il était premier ministre. S'Il avait pu faire la souveraineté, il l'aurait faite. Bourgault était très convaincu, c'était un grand intellectuel, il n'aurait pas pu faire gagner le référendum en 1995, s'il avait mettons été à la place de Lucien Bouchard.

Mais le problème de Madame Marois, et avant elle de Bernard Landry et d'André Boisclair, c'est d'avoir été incapable de savoir parler aux Québécois. Ce que Bouchard et Lévesque savaient faire, ce que Duceppe dans ses belles années savait faire aussi, à un moindre degré. Sauf que ça n'a rien à voir avec sa conviction souveraniste. Elle n'aurait pas pu promettre un référendum sans perdre les élections et même si elle avait pu en faire un, elle l'aurait perdu. C'est plate, mais c'est ça. Un référendum n'est souhaitable que lorsqu'on a une chance raisonnable de le gagner. Passer 20 ans dans l'opposition parce que l'on ne veut pas voir cette réalité-là, ça ne rapproche pas plus du but, au contraire.

Prof Solitaire a dit…

Tu avances des arguments intéressants. Sauf que ça fait 20 ans qu'on fait ça et ça ne marche pas.

Et si on avait un parti qui se dédiait uniquement à la souveraineté et qui investissait tout son temps, toutes ses ressources et toute son énergie? Tu ne crois pas que ça pourrait convaincre plus de monde qu'un parti de gauche qui se dit souverainiste mais qui, à part les déclarations occasionnelles, ne fait rien de concret pour convaincre qui que ce soit?

Guillaume a dit…

Ah, parce que le PQ ne se dédie pas uniquement à la souveraineté? C'est quand même l'article 1 de son programme. Ils investissent déjà leur temps, leurs ressources et leurs énergies à ça, mais comme on ne peut pas faire la souveraineté sans consultation populaire préalable et pour ce faire être le gouvernement, d'une part, et parce qu'indépendamment de son statut politique le Québec comme toute société est confronté à d'autres problèmes et débats que celui de son statut politique, d'autre part... Il faut aussi savoir parler d'autre chose et savoir quand le moment est opportun pour faire un référendum.