23 février 2015

Les libéraux et la fouille à nu

Avant de planter cette pitoyable bande de ploucs, commençons par les faits:

Soupçonnée de posséder de la drogue, une jeune fille de l’école secondaire de Neufchâtel s’est fait demander de se dévêtir derrière une couverture que tenait une intervenante, en présence de la directrice de l’école, rapportait Le Journal de Québec mardi. La jeune a dit s’être sentie «intimidée», voire «violée».

Comment une personne sensée peut-elle possiblement réagir à une nouvelle pareille?

N'y a-t-il pas qu'une seule et unique réaction raisonnable possible?

Depuis quand les écoles peuvent-elles jouer à la grosse police et procéder à des fouilles à nu sur des élèves? C'est complètement délirant! Quand tu soupçonnes qu'un élève enfreint une loi, tu appelles la police, sacramant! De toute évidence, ces deux bonnes femmes sont des crisse de folles sur un extraordinaire trip autoritaire. Elles représentent une menace au bien-être et à la sécurité des jeunes et il faut les crisser dehors sans attendre! Comment une personne le moindrement sensée pourrait-elle arriver à une conclusion différente?

Ben il semblerait que pour le ministre de l'éducation, cela soit tout à fait acceptable:

Une fouille à nu a-t-elle sa raison d’être dans une école? Oui, si l’on en croit le ministre de l’Éducation Yves Bolduc, pourvu que ce soit fait respectueusement. «Il est permis de faire des fouilles à nu, à une seule condition, il faut que ça soit très respectueux, il y a un cadre qui doit être respecté», a-t-il déclaré mardi. (...) Pour le ministre Bolduc, ces interventions «doivent se faire de façon très encadrée». «Il y a des raisons pour lesquelles on peut être obligé de faire des fouilles, mais l’important, c’est qu’on respecte la loi et qu’on respecte le cadre qui a été émis et que ça se fasse dans le respect de la personne», a-t-il dit.

Ben oui, pour le gros Bolduc, c'est parfaitement correct pour une éducatrice et une administratrice scolaire d'exiger qu'une enfant se dévêtisse complètement afin qu'ils puissent la fouiller! À ses yeux de gros piment épais, il n'y a absolument pas de problème avec ça. Pour lui, ça fait partie de leur définition de tâche!

Et EN PLUS, il considère qu'il est possible de faire une fouille à nu RESPECTUEUSE! Il croit qu'il est possible d'intimider et de forcer une personne à retirer ses vêtements contre son gré SANS LUI MANQUER DE RESPECT!

À ce stade-ci, il faut bien se rendre à l'évidence que Bolduc est un indicible connard. Un indécrottable imbécile. Une tache dont la stupidité atteint des sommets jamais vus. N'importe qui, absolument n'importe qui, qui lit cette histoire se rend immédiatement compte que ça n'a absolument aucun sens. Même un enfant de 5 ans pourrait vous dire que c'est mal. Mais apparemment, pas le ministre de l'éducation.

Pire, même le premier ministre du Québec trouve que c'est correct!

Sur son blogue, Jean-François Lisée raconte comment s'est déroulée la période de questions à l'Assemblée nationale. Après avoir été questionné une première fois par l'opposition péquiste, Couillard a répondu ceci:

M. le Président, bien sûr, comme parent moi-même, bientôt grand-parent, c’est certainement des sujets qui nous interpellent tous personnellement, et l’équilibre à faire ici est entre le besoin de sécurité pour les élèves dans nos écoles, le personnel, mais également les droits fondamentaux des gens. Et il faut s’assurer que, lorsqu’il y a de telles interventions — et je ne parle pas de la fouille à nu, là, je parle de la nécessité de vérifier parfois qui rentre quoi dans les écoles — que ça se fasse en concordance totale avec les politiques approuvées par le gouvernement, par le ministère de la Justice, avec la collaboration des forces policières et en aucun cas, en aucun cas, au mépris et aux dépens de la dignité des gens.

Alors, afin de clarifier cette question… parce que je voudrais quand même qu’on aille aux faits. On a les articles de journaux. En tout respect pour les médias, c’est une partie de l’information. (...) J’ai besoin, on a besoin de connaître les faits exacts, raison pour laquelle on a demandé à une personne indépendante d’aller vérifier les faits, de vérifier la politique qui existe, s’assurer qu’elle est conforme aux deux objectifs que j’ai mentionnés: la sécurité dans nos écoles, mais également la dignité et les droits des gens.

Vous voyez ça? Il ne fait pas du tout une croix sur les fouilles à nu. Il ne dénonce pas une telle pratique. Il dit qu'il veut en savoir plus sur ce qui s'est passé! Comme si un détail quelconque à propos du contexte de cette fouille pourrait possiblement la rendre acceptable! Comme s'il était possible qu'un détail inconnu de l'histoire vienne valider la décision délirante de ces deux folles de jouer à la matricule 728 avec une élève!

Qu'à cela ne tienne, l'opposition revient à la charge et augmente la pression. Couillard répond alors ceci:

M. le Président, là, là-dessus, le collègue et moi, on est d’accord. Moi non plus, je ne veux pas voir ce genre de chose là dans nos écoles. Mais je voudrais qu’on aille vérifier les faits, qu’est-ce qui s’est exactement passé dans cette école-là. Moi-même, je n’ai pas le détail des faits et je veux connaître les faits. (...) M. Couillard: Maintenant, absolument d’accord avec notre collègue, il n’est pas question de fouille à nu dans nos écoles, sauf dans les cas extrêmes justifiés par les forces policières et des situations criminelles, protégés par les chartes. M. le Président, c’est comme ça que ça se fait comme il faut. 

Vous avez vu ça? On progresse. Dans sa première réponse, il ne s'oppose pas à la fouille à nu. Cette fois-ci, il commence à flancher. Il dit qu'il ne devrait pas y avoir de fouille à nu "sauf dans des cas extrêmes". Comme quoi? Si on soupçonne un élève de s'être foutu un bazooka dans l'cul?

Mais, tout à son crédit, l'opposition péquiste ne lâche pas le morceau et continue à talonner le pitoyable premier ministre qui, face à sa propre bêtise abyssale, n'a d'autre choix que de capituler:

Maintenant, sur la question de la fouille à nu dans les écoles, la réponse, M. le Président, c’est non, on n’en veut pas.

Enfin, tabarnak! ENFIN! Ça a été difficile, mais ils ont réussi à faire répondre ce sombre crétin. C'est tout de même fascinant de voir l'improvisation dont est capable ce gouvernement et son incapacité totale à se présenter avec une position claire! Non mais c'est vrai, mettez-vous à la place du premier ministre une seule seconde. Vous savez que vous serez interrogé là-dessus devant les médias. Moi, j'aurais répondu dès le départ: "C'est une mesure injustifiable qui n'est pas du ressort du personnel scolaire. C'est le rôle de la police. Nous allons investiguer et si les faits se confirment, ces gens seront congédiés sur-le-champ." Quand tu as une tête sur les épaules et un MINIMUM de gros bon sens, c'est ÇA que tu réponds, calvaire! Non?

Mais ça, c'est beaucoup trop demandé du merveilleux gouvernement libéral de Philippe Couillard.

En terminant, jouons à un petit jeu, voulez-vous?

Imaginez si l'étudiante avait été musulmane. Vous croyez vraiment que la réaction des libéraux aurait été la même? Ou auraient-ils immédiatement dénoncé ce geste "raciste, xénophobe et islamophobe"?

Et maintenant, imaginez si l'élève avait été un gars. Vous croyez vraiment que les médias en auraient parlé autant? Ou s'en seraient-ils complètement crissé?

Vous connaissez ma réponse à ces questions...

D'ailleurs, je ne serais même pas surpris que ça ait eu lieu avec des gars à de multiples reprises sans que quiconque n'y voit le moindre problème.






9 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Je dois être un criss de con.

Prof Solitaire a dit…

Pas du tout, d'ailleurs ton billet est mauditement plus intelligent et recherché que tout ce que j'ai lu et entendu sur le sujet... tu y soulèves des questions très pertinentes.

Sauf que, sauf tout mon respect, cher collègue masqué, tu es dans le champ sur celle-là, à mon humble avis. Une fouille à nu par les autorités scolaires est injustifiable dans n'importe quelle circonstance.

Par exemple, tu cites des arguments de M. Bernard: «Si on dénonce tous les cas à la police, on n’a plus la possibilité de s’asseoir avec l’élève, de lui offrir d’en parler et de lui expliquer les conséquences de son comportement.»

Ben justement, si ces éducatrices avaient fait leur job d'éducation au lieu de jouer aux p'tites matrones de la police, si elles s'étaient assises avec l'élève et lui avaient expliqué les conséquences de son comportement, ben on n'en serait peut-être pas là!

Ce que dit Bernard, c'est qu'il ne faut pas appeler la police pour tout et à tout moment. Je veux bien, mais quand tu es rendu au stade que tu as des preuves incriminantes contre un élève qui justifient à tes yeux une fouille à nu, ben tu appelles la police!! Il y a des lois qui existent pour ça, il y a un système judiciaire qui va s'en occuper, ce n'est pas la job de l'école de fouiller des élèves et de mener des enquêtes criminelles!

Et s'il y a un bout de paragraphe dans le droit scolaire qui pourrait être interprété comme validant une fouille à nu d'un élève, ben qu'on change le droit scolaire au plus crisse! Parce que c'est injustifiable!

De la drogue, il y en a dans les écoles secondaires depuis des DÉCENNIES! Il y en avait quand j'étais ti-cul et il y en aura toujours. Que l'école fasse sa job d'information et d'éducation et qu'elle laisse le reste à la police.

Comment l'école québécoise peut-elle s'y prendre pour contrer le trafic de drogue qui sévit en ses murs et surtout quels moyens légaux et financiers est-on prêts à lui donner pour y parvenir?

Elle peut collaborer aux enquêtes policières en fournissant des preuves qui peuvent être utilisées contre les pushers. Elle peut aider la police dans son enquête. Mais elle ne peut pas se substituer à la police, à mon humble avis.

Je comprends que ton argument en est un à propos de la légalité de l'action. Je comprends qu'un de ce point de vue-là, on est dans un zone de gris.

Mais d'un point de vue moral, c'est injustifiable. Dis-moi, si ton directeur te demandait demain matin de venir l'assister dans une fouille à nu d'un élève soupçonné de cacher de la drogue sur lui, tu obéirais? Tu n'aurais aucune hésitation à le faire? Tu considérerais que cela fait partie de ton rôle et de ta définition de tâche? Tu ne ressentirais pas le moindre malaise à le faire? Tu serais convaincu que c'est la meilleure option?

Je te lis depuis assez longtemps et je te sais suffisamment intelligent pour être capable de deviner que la réponse est non...

Le professeur masqué a dit…

PS: en tout respect. Je t'avais écrit une longue réponse mais je l'ai effacée. Je me permettrai seulement:

1- L'expression «fouille à nu» est grossièrement exagéré dans le présent cas et tu le sais très bien. C'est de la démagogie. On ne reviendra pas là-dessus. On fait ce genre d'intervention dans les centres jeunesse depuis des années et personne ne dit rien. Pourquoi?

2- Tu ne connais pas les gens qui ont choisi cette forme d'intervention et encore moins le contexte dans laquelle elle a eu lieu. Tu traites de «matronnes» des personnes que tu ne connais pas. C'est excessif. Tu devrais savoir, surtout après ce que tu as connu, que juger les autres est bien facile quand on ne sait pas grand-chose de ce qu'ils vivent réellement.

3- Tu fais des hypothèses: «Si ces éducatrices avaient fait leur job...» De ce qu'on lit, toutes les interventions que tu mentionnes, les ««matrones» les ont déjà faites. Renseigne-toi avant de juger et renseigne-toi aussi sur la jeune fille. Je ne peux pas en dire plus. Au secondaire, il est très difficile de faire quoi que ce soit contre des vendeurs. Dans certains cas, et je ne dis pas que ce soit nécessairement le cas ici, les parents les protègent et leur fournissent même le stock.

J'arrête ici. Mon texte sur mon blogue dit pas mal ce que je pense anyway.

Un dernier point: les moyens actuels pour lutter contre la drogue ne fonctionnent pas. Appeler la police? Encore faut-il qu'elle vienne.

L'école doit assurer un milieu sécuritaire et sain. Je ne blâmerai pas quelqu'un - à qui on ne donne pas tous les moyens - d'essayer d'y parvenir et qui s'est peut-être trompé. Par contre, j'espère que tous ceux qui ont dénoncé ces mêmes personnes vont demander avec la même énergie qu'ils ont condamné ces gens des ressources supplémentaires pour lutter contre la drogue dans nos écoles. Mais ici, je sais très bien que je rêve...

Prof Solitaire a dit…

1- L'expression "fouille à nu" est-elle inappropriée? Peut-être bien. Je suppose qu'elle peut évoquer une fouille directe du corps dénudé d'une personne ce qui ne s'est pas passé ici. Mais qu'on appelle ça d'un autre mot si on veut, ça ne rend pas la décision plus acceptable à mes yeux. Fouiller un casier? Absolument. Fouiller une personne ou ses vêtements qu'on l'a forcé à retirer? Non.

2- Un centre jeunesse n'est pas une école. On parle ici d'enfants qui ont été retirés à la supervision de leurs parents et qui deviennent la responsabilité de l'état. On parle de jeunes qui sont souvent profondément troublés et qui peuvent représenter un réel danger pour les autres ou pour eux-mêmes. C'est un contexte complètement différent. Les centres jeunesses sont appelés à faire plusieurs interventions qui seraient inacceptables pour une école, comme le confinement, l'isolement, etc. École n'égale pas centre jeunesse.

3- Je ne connais pas ces personnes, tu as entièrement raison. Mais ce que je vois de l'intérieur du système depuis des années, ce sont les dérives autoritaires des gens qui travaillent dans le milieu de l'éducation. Ceci en est un exemple extrême. Il y a des gestes qui peuvent être interprétés différemment selon le contexte. Une fouille comme celle-ci par des membres du personnel d'une école est injustifiable à mes yeux dans N'IMPORTE QUEL contexte.

4- Tu as raison, je me suis mal exprimé en affirmant sans preuve que les éducatrices ne se sont pas assises avec l'élève pour lui expliquer les conséquences de ses gestes. Là, tu as entièrement raison, je m'en excuse et je me rétracte. Je me suis mal exprimé, ce que j'essayais de faire, c'est de démontrer que les propos de Bernard, que tu cites dans ton billet, parlent d'une intervention pédagogique, pas d'une intervention policière.

Prof Solitaire a dit…

5- Tu as également raison lorsque tu dis que je ne connais pas l'élève. Toutefois, je ne vois pas très bien comment le fait d'en savoir plus sur elle apportera un contexte qui rendrait justifiable une fouille par les autorités de l'école. Si elle est si terrible, alors ça ne fait que démontrer encore plus clairement qu'il s'agit d'un cas pour la police et le système de justice.

6- Un manque de ressources ou d'intérêt de la police ne justifie pas qu'on se substitue à elle. S'il manque de flics dans mon quartier, je ne vais pas me mettre à menotter et à fouiller les gens que je trouvent louches sur les trottoirs.

7- L'école doit assurer un milieu sécuritaire, bien sûr. Mais la drogue, on ne l'éradiquera jamais. Alors comme éducateur, tu t'assures que les jeunes ont à leur disposition des informations fiables et scientifiquement exactes à propos de la drogue, de ses possibles effets et des organisations qui profitent de sa vente. C'est sa ta job. Après ça, tu signales et tu collabores avec la police. Ça s'arrête là.

De la dope, il y en a depuis des décennies dans les écoles secondaires. Je dirais depuis un demi-siècle. Il y en avait quand j'étais ti-cul. Je n'y ai jamais touché, certains de mes amis, oui. Et personne n'a jamais été forcé de se déshabiller pour qu'on fouille ses vêtements. Malgré toutes les nombreuses critiques que je formulerais à propos de mon école secondaire, et crois-moi il y en a des tonnes, je ne peux pas affirmer en toute honnêteté qu'il s'agissait d'un endroit peu sécuritaire. La dope, je n'en ai jamais voulu et je n'ai pas été harcelé avec ça. Ceux qui en voulaient en avaient, ceux qui n'en voulaient pas étaient laissés tranquilles. Il n'y a pas de menace à la sécurité là-dedans. La sécurité des enfants n'est pas compromise.

Ça ne justifie pas du tout des fouilles d'élèves. Le rôle de l'école c'est d'éduquer, pas de s'improviser policière. À chacun son rôle dans la société.

Et je ne ne vois rien dans tes arguments qui le justifie. Et je persiste à dire que si ton directeur t'avait demandé de participer à une fouille comme celle-là, je soupçonne que tu aurais refusé. Et que si tu avais accepté, ça aurait été avec le plus grand des malaises.

Ça prouve à mes yeux que c'est moralement injustifiable.

Guillaume a dit…

Mes deux cents à ce sujet:

1)L'école n'est pas équipée ou qualifiée pour faire le travail de la police. La fouille corporelle, à nu, en partie ou non, c'est hors de leur ressort. Que je sache, c'est ouvrir la porte à pleins de dérapages, à des bavures et à la judiciarisation des rapports professeurs-élèves.

2)Ca n'a peut-être aucun rapport, mais peut-être si, ce gouvernement, qui ne veut pas interdire le port de signes religieux ostentatoires sous prétexte de droits et libertés individuelles ne semble avoir aucun souci à considérer des adolescents comme des suspects et de les traiter comme tels. Je trouve ça contradictoire, mettons. Même si mettons l'adolescente avait vraiment de la drogue et même en prenant en compte que les ados ne sont pas des anges (je sais, j'ai travaillé dans une école secondaire), c'est aller un peu loin.

Prof Solitaire a dit…

Tu mets de l'avant de très bons points...

D'ailleurs, c'est vrai que c'est un peu n'importe quoi cette histoire de fouille partielle. Il aurait été facile pour l'élève de retirer un sachet de drogue de ses poches et de le dissimuler sur elle derrière le rideau pendant que ses vêtements étaient fouillés. Donc en plus d'être inapproprié, c'est inefficace...

Henem a dit…

Yves Bolduc a démissionné ce matin, va t il se faire redonner 215 000$ comme "incitatif" à prendre des patients?? Dommage que les profs soient moins bien vus que les médecins, pas sûr que vous avez des bonus à la quantité d'élèves.

Prof Solitaire a dit…

Dans l'enseignement, la tâche augmente sans cesse.

Le salaire? Jamais.