4 mars 2015

Affection suspecte

Permettez-moi de vous raconter une anecdote entièrement véridique.

L'autre jour, je suis en train de surveiller dans les casiers avec une collègue de 6e année alors que les enfants reviennent de la récréation.

Je suis planté debout, les mains dans les poches comme je le fais toujours depuis la diffamation que j'ai subie. À quelques mètres de moi, ma collègue a un comportement fort différent. Elle joue dans les cheveux des enfants, les câline, flatte une épaule par ci et un bras par là. Quelques élèves lui donnent des câlins qu'elle retourne affectueusement.

À un moment donné, l'une (oui, UNE) de mes élèves arrive devant moi et me serre dans ses bras. Puis, elle lève la tête, me regarde et le sourit. Contrairement à ma collègue, moi je n'ai pas le luxe d'accepter cette innocente marque d'affection. Non, moi je dois prouver à chaque instant que je ne suis pas un pédophile dangereux. Alors, je regarde la petite et je lui dis: "Ok, ça va aller, monte en classe s'il te plaît."

La petite quitte et je croise alors le regard désapprobateur de ma collègue qui me dit avec un ton lourd de sous-entendu: "Elle est plutôt affectueuse celle-là." Je m'empresse de répondre: "Oui et j'espère que tu as remarqué que mes mains n'ont jamais quitté mes poches!"

Elle acquiesce du chef, se retourne, et continue sa ronde de caresses et de câlins, complètement inconsciente qu'elle est en train de poser exactement les mêmes gestes qu'elle n'hésiterait pas une seule fraction de seconde à me reprocher. En fait, à ses yeux, le simple fait pour moi de recevoir une marque d'attention non-sollicitée et non-retournée est déjà problématique!

C'est ça être un homme qui enseigne au primaire.

C'est comme ça à chaque minute de chaque heure de chaque journée...

Et après ça, ils s'étonneront que nous soyons si peu nombreux.



2 commentaires:

Guillaume a dit…

Je ne t'envie pas. Moi j'ai enseigné à des élèves dans une "middle school", je crois qu'ils avaient passé l'âge de donner des calins. Les élèves français à qui j'ai enseigné dans la casse du samedi étaient parfois calins, mais ça ne gênait pas leurs parents.

Prof Solitaire a dit…

Je soupçonne que les Québécois, baignés dans la culture britannique depuis si longtemps, ont perdu un peu de cette chaleur et de cette affection spontanée qui subsiste chez les Français. Nous sommes devenus plus froids et distants, comme les Britanniques. Mais pas complètement, nous sommes un peu à mi-chemin entre les deux, je crois.