22 avril 2015

Cinq, quatre, trois, deux et... un

J'aimerais vous dire que l'un des candidats à la chefferie du PQ m'emballe, mais depuis le départ de Lisée, ce serait un bien triste mensonge. Jusqu'à date, je procède plutôt par élimination. C'est de cette façon que j'ai déjà éliminé Céré et Cloutier. Puis Drainville vient de s'éliminer lui-même. Aujourd'hui, quelqu'un d'autre s'apprête à les rejoindre dans la corbeille et ça me fait beaucoup de peine parce qu'elle était en voie de devenir ma préférée grâce à sa position claire et audacieuse à propos de la souveraineté.

Extrait de la pitoyable nouvelle:

La députée de Vachon, Martine Ouellet, appelle à chasser le sexisme ordinaire de la colline parlementaire. Elle a invité le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, à se doter d’une politique de tolérance zéro à cet égard. «L’Assemblée nationale devrait être un modèle», a-t-elle insisté. Parmi les élus des partis d’opposition, les femmes font les frais au premier chef de la «très grande arrogance» de «quelques ministres». «Ce serait le fun que ça cesse.» Mme Ouellet s’est plainte de l’attitude «condescendante» du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et du ministre des Transports, Robert Poëti, à l’égard des élus d’opposition, mais tout particulièrement des femmes. «C’est pire lorsqu’ils s’adressent à des femmes», a-t-elle soutenu.


Ouf... par où commencer?

Premièrement, Barrette est méprisant et condescendant avec absolument TOUT LE MONDE! Il est arrogant avec les gens du milieu de la santé, les médecins, les journalistes, l'opposition, les critiques, absolument tout le monde! Pourquoi est-ce que ce serait plus grave lorsqu'il est condescendant avec une femme? C'est également vrai de Poëti, dans une moindre mesure. Ces types-là vomissent sur tout le monde, mais lorsqu'ils s'adressent à une femme, alors là ça devient impardonnable parce que SEXIIIIIIIIISME?

Deuxièmement, Mme Ouellet, quand on veut que de telles accusations soient prises au sérieux, on prend le temps de les étayer et de les documenter (ce qui ne devrait pas être trop difficile à faire dans le cas de politiciens qui sont constamment filmés et enregistrés). Autrement, ce ne sont que des mots vides et sans valeur. Et inévitablement, on perd la face. La réponse des ministres libéraux vous fait d'ailleurs passer pour une crisse de folle:

M. Poëti lui a demandé de citer «un seul exemple» de ce qu’elle lui reproche. «Il faut prendre le commentaire de Madame Ouellet avec un petit grain de sel», a fait valoir quant à elle la ministre responsable de la Condition féminine, Stéphanie Vallée.

Troisièmement, Mme Ouellet, c'est quoi exactement une politique de "tolérance zéro" face au sexisme dans ce contexte? Dès qu'une femme affirme qu'un homme lui parle avec condescendance, ce sera immédiatement jugé sexiste et l'homme sera sanctionné? Les seuls critères valides seront ses émotions et son interprétation personnelle? C'est ça qui vous ferait plaisir? Non mais, c'est vrai, de quoi vous parlez exactement, là? Vous n'êtes même pas foutue de fournir un seul exemple clair de sexisme et vous exigez une politique de tolérance zéro?

Cette sortie que vous venez de faire révèle beaucoup de détails très malheureux à propos de votre caractère, de votre idéologie et de votre personnalité. Vous êtes une personne sexiste qui considère que la condescendance doit seulement être dénoncée quand un homme s'adresse à une femme. Vous souhaitez un traitement de faveur pour les femmes. Vous balancez des affirmations gratuites sans prendre le temps de les asseoir sur des faits solides. Vous faites preuve d'intransigeance et de fanatisme avec votre histoire de "tolérance zéro". Et finalement, vous démontrez que vous êtes incapable de composer avec le mépris dont feront inévitablement preuve vos adversaires politiques. Ce faisant, vous démontrez que vous n'êtes pas qualifiée pour être chef du PQ et encore moins pour être la première ministre de tous les Québécois.

Je songeais très sérieusement à voter pour vous dans la course à la chefferie, mais vous venez de me perdre.

Et comme si ce n'était pas déjà assez, Mme Ouellet en rajoute:

Selon Mme Ouellet, le Parlement demeure un «boys club», 75 ans après l’octroi du droit de vote aux femmes, et 53 ans après l’élection de la première femme à l’Assemblée nationale, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, en décembre 1961. «Il y a un pas mal gros boys club [ici]», a-t-elle déploré lors d’un impromptu de presse dans les couloirs de l’hôtel du Parlement. L’ex-ministre des Ressources naturelles souhaite voir un nombre accru de femmes dans des «postes stratégiques» de l’État québécois.

On devine ici l'éternelle victimisation féministe qui se pointe. Oui, il y a plus d'hommes que de femmes en politique, c'est un fait. Mais qu'est-ce qui empêche les femmes de se lancer en politique? Rien. Quel est l'obstacle spécifique aux femmes et pas aux hommes? Aucun. Ce n'est pas du sexisme ça, Mme Ouellet, c'est un choix personnel.

Lorsqu'un plus grand nombre de femmes se lanceront en politique, alors évidemment, il y aura également plus de femmes dans des postes stratégiques, ça va de soi. Alors qu'on encourage des femmes qualifiées, intelligentes et compétentes à faire le saut en politique, je n'y vois évidemment aucune objection, mais qu'on ne vienne pas me dire que la politique est un "boys' club" qui est fermé et hermétique aux femmes parce que ça, Mme Ouellet, c'est un grossier mensonge.

Si seulement Mme Ouellet était la seule à promouvoir ces idées saugrenues:

Le Parlement québécois a été «façonné […] par les hommes qui étaient aux commandes» au fil du dernier siècle et demi, a souligné la députée de Joliette, Véronique Hivon. «On se rend compte chaque jour à quel point il y a des règles qui sont archaïques. Il y a des manières de faire dans lesquelles les femmes se retrouvent moins facilement.» L’horaire des travaux parlementaires — incluant l’étude de projet de loi ou de crédits en soirée — rend difficile la conciliation travail-famille, a-t-elle spécifié. Par ricochet, il freine le «mélange des genres [souhaité] en politique», selon elle.

Alors si je comprends bien, le fait que l'étude des projets de loi soit en soirée constitue un obstacle, mais seulement pour les femmes, c'est bien ça? Parce que les hommes se câlissent de leurs enfants, c'est bien connu, alors ils ne sont pas du tout intéressés à les voir le soir.

Vous voulez trouver du sexisme à l'Assemblée nationale? Alors ne cherchez pas plus loin. Les heures de travail qu'implique un job de député ne sont pas un obstacle à quiconque a des jeunes enfants, nooooooooooon! C'est seulement un obstacle pour les femmes! Elles sont les seules qui aiment vraiment leurs enfants et qui souhaitent passer du temps avec eux, c'est l'évidence même! Les hommes s'en contre-câlissent, pas vrai?

On n'a qu'à regarder le profil des élus à l'Assemblée nationale pour se rendre rapidement compte que ceci est de la foutaise. La plupart des hommes qui se lancent en politique sont d'un âge plus avancé et leurs enfants sont plus âgés ou carrément adultes. Les heures de travail et les longues absences ne sont donc pas seulement un obstacle pour les femmes, mais bien pour quiconque a des jeunes enfants. D'ailleurs, ce serait certainement vrai dans mon cas. Si on m'offrait de me lancer en politique à ce stade-ci de ma vie, la réponse serait un NON catégorique. Mes enfants sont ma priorité absolue présentement.

Pourtant, ces évidences demeurent complètement invisibles aux yeux de nos braves élues de l'Assemblée nationale. Je laisse le mot de la fin à l'une de mes préférées, la grande amie des intégristes islamistes, Mme Weil:

La ministre Kathleen Weil a abondé dans le même sens. La mère de quatre enfants s’est longtemps refusée à sauter dans l’arène politique. «Beaucoup de femmes, lorsqu’elles ont des enfants, veulent coucher à la maison. Et c’est normal», a-t-elle dit.«Il faut comprendre la situation des femmes», a-t-elle ajouté.

Oui, il faut comprendre et accommoder les femmes. Pas les hommes, seulement les femmes. Qu'un homme ne voit jamais sa famille, ça ce n'est pas grave. Qui a besoin d'un père après tout? Mais pour une femme, pour une MÈRE, alors là, ça change tout! Il faut faire en sorte qu'une femme qui se lance en politique et qui vise à participer à la gérance de l'état soit en mesure d'être à la maison pour 17 heures pour souper avec la famille et coucher les enfants. Après tout, gérer un état, ce n'est pas très important. Ce devrait être comme pour les vendeurs de chaussures ou de voitures usagées, un job de 40 heures par semaine.

Évidemment, ce que Mme Weil et ses collègues sont incapables de voir, c'est que si des gens ne sont pas prêts à véritablement s'engager et à s'impliquer en politique, peut-être que ce n'est pas leur place? S'ils ont d'autres obligations ou d'autres priorités qui les empêcheront de faire leur travail adéquatement, peut-être que ce n'est pas le job pour eux? Peut-être qu'ils devraient faire des choix de carrière éclairés et attendre que leurs enfants soient plus âgés? C'est certainement le cas pour moi. Ça a été vrai de Lucien Bouchard et de Jean-Martin Aussant qui ont quitté la politique à cause de raisons familiales, pour ne nommer que ces deux-là. Alors pourquoi les femmes (et seulement celles-ci) devraient-elles être exemptées de ce choix?

Oui, on a vraiment besoin de plus de femmes comme Ouellet, Hivon et Weil! Avec plus de femmes comme elles, le sexisme n'existerait plus!

Misère...



3 commentaires:

fylouz a dit…

C'est vrai que, pour une députée et candidate à la "chefferie", il est étrange de tenir des propos aussi clivant. Les propos de Mme Ouellet sont incontestablement maladroits. Je pense que la représentation populaire à l'Assemblée Nationale est traditionnellement plus conservatrice (mais est-ce un préjugé de ma part) que l'opinion générale. On peut, peut-être, parler de "boys' club" dans la mesure où les représentants en question seraient encore issus d'un modèle de société ancré dans les années 60 - 70. Celui d'une société où papa travaille et maman s'occupe de la maison. Un modèle que les principaux partis auraient tendance à perdurer dans le choix de leurs candidats.

La question de la parité est une patate chaude depuis maintenant plusieurs décennies en France. On a tenté de le résoudre en imposant celle-ci dans l'élaboration des listes électorales sous peine de sanctions financières. Cette législation a permis de faire progresser la représentativité des femmes dans les conseils municipaux notamment, mais seulement faiblement l'élection de femmes aux postes de maire ou de député. Il faut dire que, même si une liste se constitue à 50% d'homme et 50 % de femmes, il suffit de reléguer ces dernières à des rangs où l'élection deviendra difficile voire impossible. Aux dernières élections départementales, le principe du binôme homme/femme a d'ailleurs été imposé. Mais les discriminations au niveau politique touchent d'autres couches de la société, notamment les minorités visibles, encore un autre problème. Il faut également tenir compte du cumul des mandats qui permet à un même individu de tenir à la fois les rênes d'une région, d'un département, d'une mairie, etc. Si l'individu en question est un homme, l'idée d'un "boys'club" s'en trouve renforcée.

Les femmes sont encore aujourd'hui les victimes de nombreux préjugés sexistes (comme par exemple d'être trop émotives et gouvernées par leurs hormones). Il est par là dommage que des députées donnent le flanc à de telles critiques en tenant des propos peu étayés, et infiniment regrettable que ces propos tendent à échanger les arguments sexistes machistes par des arguments sexistes féministes.

Prof Solitaire a dit…

L'expérience française est très pertinente et intéressante, merci d'y faire référence.

Tu as raison lorsque tu soulignes que les femmes sont la cible de nombreux préjugés, bien sûr. L'émotivité en est un excellent exemple.

Et ta dernière phrase est en plein dans le mille.

fylouz a dit…

Quand je te parlais du sexisme des politiques français :

http://www.liberation.fr/politiques/2015/05/04/nous-femmes-journalistes-en-politique_1289357

http://www.liberation.fr/politiques/2015/05/05/sexisme-en-politique-faut-il-donner-les-noms_1292176