7 mai 2015

Le Prof Balloté

La semaine dernière, mes élèves étaient en anglais et je distribuais des feuilles sur les bureaux de ma classe vide quand la directrice a fait irruption en déclarant: "Tu es seul? C'est mieux comme ça, j'ai quelque chose à te dire qui ne te plaira pas."

Avec tout ce qui m'est arrivé ces dernières années, je craignais évidemment le pire et des scénarios catastrophes se sont mis à me traverser l'esprit. 

Puis, elle a dit: "Nous fermons une classe l'an prochain et comme tu es l'enseignant qui a le moins d'ancienneté, tu dois quitter."

J'étais si soulagé de voir que le ciel ne me tombait pas sur la tête que la directrice s'est étonnée de ma réaction. Elle s'attendait à ce que je sois très attristé ou au moins aussi surpris qu'elle. Elle m'a expliqué qu'elle n'avait pas réalisé que j'avais perdu toute mon ancienneté en changeant de commission scolaire. Elle a ajouté être très déçue parce qu'elle apprécie mon travail et que j'étais une belle addition à l'équipe. Elle m'a également dit que mon départ décevrait beaucoup de monde parce qu'elle avait reçu plusieurs demandes de parents qui souhaitaient que leurs enfants soient dans ma classe l'an prochain.

Flatté, je l'ai remerciée. Je lui ai dit que je n'étais pas étonné, mais déçu.

Et c'est vrai, je le suis.

Cette école où je travaille depuis bientôt 10 mois n'est pas parfaite, loin de là, mais c'est le lieu de travail où je me suis senti le mieux depuis très, très longtemps. L'an dernier n'avait pas été facile. J'ai dû composer avec l'animosité hypocrite de plusieurs collègues qui passaient tellement de temps à se plaindre de moi auprès du directeur que ce dernier est progressivement devenu de plus en plus pénible avec le temps, me demandant presque carrément de partir à un moment donné. Et l'année précédente, ça a été le cauchemar total, pas envie de revenir là-dessus. 

Mais à ma présente école, en général, ça va bien. Bon, ça ne paraît probablement pas quand on lit mes billets des derniers mois, mais c'est parce que lorsque j'écris ici, c'est généralement parce que j'ai une frustration à évacuer. Quand je vais bien et que tout baigne, je n'écris pas, je fais autre chose.

Et cette école me plaisait bien. La direction a ses défauts, mais elle semble m'apprécier sincèrement et c'est vraiment agréable. C'est un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. Mes deux collègues de 6e sont bien correctes. Elles se mêlent généralement de leurs affaires et me laissent toute la liberté d'agir à ma guise avec mes élèves, ce que j'apprécie grandement. Et comme elles se détestent l'une l'autre, j'ai le beau jeu d'être apprécié des deux. Des petites ombres de tensions commençaient possiblement à poindre, mais généralement, ça roulait super bien.

Je m'entendais également bien avec le reste du staff, à part pour deux personnes, dont une en particulier, pourtant une technicienne en éducation spécialisée avec qui je n'avais absolument rien à faire, qui m'était ouvertement hostile pour des raisons qu'elle seule connaît. Pour les autres, ça allait. Ce n'était pas l'amour fou, mais tout de même une bonne camaraderie amicale et sympa. Même ma voisine d'en face, assez distante et froide au début, est devenue beaucoup plus amicale avec le temps et on rigole bien ensemble.

De plus, cette école a l'avantage d'être située près de chez moi (à moins de 10 kilomètres) tout en étant suffisamment éloignée pour éviter que je croise sans cesse les élèves et leurs parents la fin de semaine. Que voulez-vous, je suis un sauvage asocial, je n'y peux rien, je suis ainsi fait.

C'est donc avec une certaine tristesse que je quitterai cette école où je me voyais bien passer plusieurs années. 

Mais bon, je savais que c'est ce qui était dans les cartes quand j'ai changé de commission scolaire, alors je ne me plains pas. Et je savais que mon départ de cette école était probable, surtout quand j'ai appris, il y a quelques mois, que la doyenne repoussait sa retraite jusqu'en décembre 2015, assurant mon départ en cas de fermeture de classe. 

Bref, pas surpris et pas geignard... mais déçu. C'est le coeur serré que je vais la quitter celle-là.

C'est peut-être bon signe. Après tout, les deux précédentes, ça a été une véritable libération de les fuir en courant. 

Je me croise les doigts pour la suite des choses. Je ne peux rien faire d'autre.



7 commentaires:

Sébastien a dit…

Désolé pour toi prof.

Par contre, j'ai une question pour toi. C'est quoi cette idée de prendre sa retraite en milieu d'année?

Elle n'a aucun respect pour ses élèves? Il me semble qu'une retraite de professeur, ça se prend en juin!

Ça me rappelle l'enseignante de 1ere année de mon garçon qui était revenu d'un congé de maladie à moins de 2 mois de la fin d'année. Elle avait tassé celle qui était là depuis le début de l'année. En plus, elle est reparti quelques semaines après, ce qui fait qu'il y a eu 3 profs pour la même année scolaire et 5 en 2 ans à cause dun congé de maternité durant la maternelle.

Ça avait très difficile pour mon garçon qui adorait son enseignante qui avait été là pour les premiers 7-8 mois

Prof Solitaire a dit…

Entièrement d'accord avec toi, je trouve ça totalement sauvage.

C'est un gros doigt d'honneur aux enfants, aux collègues, à tout le monde. C'est égoïste en esti.

Guillaume a dit…

Je ne sais pas si je dois dire désolé ou un mal pour un bien. J'avais l'impression que la situation s'envenimait, mais c'est vrai que c'est de la petite bière comparé à ce que tu as subi par le passé. Et puis prends ça comme ça: il y a trois ans tu étais dans une école de m*rde avec une directrice charognarde, l'année dernière la situation s'est améliorée sensiblement, mais le directeur a fini par te prendre en grippe (sans le dire), là sans être idéal c'était une assez bonne situation. On dirait que ça s'améliore petit à petit.

Je ne veux pas comparer ta situation à la mienne, mais j'ai trouvé que ma deuxième école ici en Angleterre était meilleure que la première. Parce que mes collègues n'étaient pas aussi salopards, mais aussi parce que j'avais appris à mieux gérer avec la contrariété. Je n'ai quand même pas regretté la fin de mon contrat.

Je me trompe ou tu es un peu le Serpico de l'enseignement? Tu as vu le film? Sinon tu devrais.

Prof Solitaire a dit…

Wow, Serpico? Bien sûr que je connais, c'est un de mes héros ce type-là, tu me flattes, là!

Tu sais que ce n'est pas seulement un (très bon) film? C'est une histoire vraie! Il existe vraiment!

Guillaume a dit…

Oui je sais que c'est une histoire vraie. Il était lui aussi balloté entre un lieu de travail et un autre et il avait le milieu à dos.

fylouz a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=IrDKeBBN-HA

Prof Solitaire a dit…

Hahaha... large d'épaule, c'est tout moi ça! ;-)