24 mai 2015

"Toi, le gros!"

Dans les pages du Devoir, Francine Pelletier s'est réjouie d'un texte composé et lu par un homme qui dénonce les agressions contre les femmes.

Évidemment, si on ne réfléchit pas trop, on ne peut qu'être en accord. Personne n'a envie de défendre des gens qui se sont rendus coupables d'actes de violence envers qui que ce soit.

Mais quand on prend le temps de réfléchir un tout petit peu, le problème avec son texte c'est d'abord et avant tout qu'il semble mettre tous les hommes dans le même panier, qu'il sème la crainte des hommes, qu'il véhicule des stéréotypes sexistes à propos des hommes, mais aussi qu'il passe complètement sous silence le fait que les femmes sont aussi capables de violence contre les garçons et les hommes. Voyez par vous-mêmes:

«Toi, le coach de ski qui a trop de pouvoir sur tes athlètes. Toi, l’étudiant en médecine dentaire ou le médecin qui a accès au chloroforme. Toi, le douche qui travaille s’a construction…»

Le mépris est tout de même difficile à ignorer! Lisez ceci en vous mettant dans la peau d'un coach de ski, d'un étudiant en médecine ou d'un travailleur de la construction. Ou mieux, imaginez que ce texte s'adresse aux gens qui pratiquent VOTRE profession. Imaginez ça. Pelletier se permet même d'en ajouter:

On pourrait ajouter ici: toi, l’adolescent qui embarre une fillette de quatre ans dans les toilettes pour l’initier à l’inimaginable…

Parce qu'il ne suffit pas de craindre les coachs de ski, les étudiants en médecine et les travailleurs de la construction! Non! Ils faut avoir peur des adolescents aussi! Et ça continue:

«Ça part d’où ton affaire ? Dans ta tête, dans tes culottes, dans ta main, dans ton oeil ? C’est quoi ? Trop de circulation sanguine ? Carence de cul ? Frustration parce que tu pognes pas ? Internet te fournit pas, t’as besoin de peau?»

Gardez cette phrase en tête, j'y reviendrai plus bas.

«On va se parler entre gars si tu veux bien. Aie pas peur, ce sera pas très poétique.»

Non, il ne faudrait surtout pas que ce soit poétique, évidemment. Comme chacun sait, les hommes sont des grosses brutes épaisses, des idiots musclés qui travaillent dans la construction et qui agressent des fillettes dans les toilettes. Il ne faudrait surtout pas faire dans la dentelle avec ces porcs!

Pelletier est en totale pâmoison:

Tout le génie du texte de Steve Laplante tient au fait qu’il s’adresse directement à l’agresseur, d’homme à homme par-dessus le marché. Une bouffée d’air frais dans un cachot qui pue le moisi.

Oui, c'est du génie! Enfin un homme qui s'adresse aux agressEURS! Enfin un homme qui se décide à dire aux autres Néanderthaliens comme lui qu'agresser des filles et des femmes, ce n'est pas correct! Il était temps que l'un d'entre eux le fasse!

Mme Pelletier a raison sur un point: il y a effectivement une puanteur de moisi, mais elle ne provient pas d'où elle croit. Cette odeur, c'est la haine des hommes qui est exprimée dans ce texte. C'est cette affirmation que tous les agresseurs sont des hommes et seulement des hommes. C'est aussi ces allusions générales qui avancent que TOUS les hommes sont potentiellement des agresseurs. Que n'importe quel homme qui ne baise pas, qui ne pogne pas et qui a une libido est un agresseur potentiel. C'est cette affirmation que la sexualité masculine est quelque chose de dangereuse et d'agressive. Qu'il faut éviter qu'un homme ait trop de pouvoir ou qu'il ait accès à du chloroforme parce qu'il va nécessairement s'en servir pour agresser des femmes. C'est cette allusion aux "douches" de la construction et à la stupidité des hommes qui sont trop cons pour comprendre la poésie. C'est ça, l'odeur de moisi.

Mme Pelletier écrit également ceci, qui mérite d'être décortiqué:

Ce cri dans le désert de l’indignation masculine (vis-à-vis du sort toujours maudit réservé aux femmes) arrive d’ailleurs à point nommé. Parmi tous les thèmes abordés lors de la course à la direction du PQ, 18 en tout, rien qui concerne spécifiquement les femmes et moins que rien sur l’autre éléphant dans la pièce, la violence sexuelle et conjugale. On a davantage parlé des fléaux que vivent les agriculteurs, finalement, que ceux que vit ou vivra un tiers de la population féminine. 

Vous avez bien lu. On vit dans un "désert d'indignation masculine". Ce qu'elle est en train de dire, c'est que les agressions sexuelles dont sont victimes les femmes ne provoquent pas l'indignation des hommes. Non, ça ne nous touche pas du tout. On trouve ça normal. Il ne faut pas trop nous en demander, nous ne sommes que de grosses brutes épaisses après tout. Une femme se fait violer? Des femmes, c'est fait pour ça, non? Pis la poésie c'est pour les fifs. Hey passe-moé une bière, le hockey va r'commencer.

Pelletier parle aussi du "sort toujours maudit réservé aux femmes". Relisez ça, c'est terrible ce qu'elle est en train de dire. Elle dit carrément que seules les femmes sont victimes de viol. C'est quand même ahurissant. Effarant. Seules les femmes sont des victimes! C'est là, noir sur blanc! Les femmes sont des victimes et les hommes, des agresseurs brutaux et stupides. C'est à ça que ressemble le monde à travers les lunettes roses des féministes, mes amis. Et il n'y a qu'un seul mot pour décrire ceci: HAINE.

Mais ce n'est pas encore fini:

«Toi, Ghomeshi. Toi, la main longue qui va reconduire la gardienne. Toi qui étais saoul. Toi, Gab Roy. Toi, Man, Dude, Big. Toi, le gros […] Savais-tu que t’as pas le droit de brûler des pneus ? Pu le droit de fumer dans les avions. Tu peux pas texter en conduisant. Tu peux pas verser ton reste de peinture à l’huile dans le lavabo. On est en 2015. Tu l’as pu l’excuse de l’homme des cavernes. C’pas compliqué ce que je te dis. Pas en train de te lire du Heïner Muller. J’te demande de cesser tes activités, maintenant. Avant que tu brises d’autre monde. Avant que quelqu’un se fâche. […] Bienvenue dans notre époque.»

Et Pelletier de clore avec:

Amen.

Il s'agit d'une fin parfaite lorsqu'on vient de terminer de réciter l'évangile féministe, vous ne trouvez pas? Parce que le féminisme a beaucoup plus en commun avec la religion qu'il ne le croit.

Dans les deux cas, il s'agit de visions du monde manichéennes qui projettent des maux imaginaires dans le vrai monde. Pour les uns, la source du Mal c'est Satan et pour les autres, ce sont les hommes. Et de l'autre côté, on a les "Bons": les croyants pour les uns, les femmes pour les autres.

Dans les deux cas, on diabolise la sexualité.

Dans les deux cas, on prend seulement en considération les faits qui ne viennent pas contredire notre vision du monde. L'objectif n'est pas de décrire et de comprendre la réalité, non! L'objectif est de valider et de prouver à tout prix que notre idéologie est infaillible. Tout ce qui démontre le contraire est passé sous silence. Pour les uns, pas question de parler de l'évolution des espèces, sauf si c'est pour dire que c'est un mensonge. Pour les autres, pas question de parler du fait que de nombreuses victimes de violence conjugales sont des hommes.

Imaginez si j'étais aussi haineux à l'égard des femmes que les féministes le sont à l'égard des hommes. Imaginez si je fouillais l'actualité à la recherche de cas de femmes qui ont agressé des hommes, que j'extrapolais, que je généralisais et que j'appliquais ceci à TOUTES les femmes. Imaginez si j'y saupoudrais un peu de préjugés sexistes contre les femmes. Imaginez que j'en fasse un article. Ça donnerait quelque chose comme ceci:

"Toi, la grosse!"

"Toi, la femme violente qui bat, frappe et séquestre ton conjoint jusqu'à ce que celui-ci saute par la fenêtre pour échapper à tes sévices. Et toi, la grosse conne assise dans la salle, qui écoute ce récit tragique et qui trouve ça hilarant!" C'est arrivé.

"Toi, la profiteuse et la menteuse qui profite de l'ébriété d'un jeune soldat pour le baiser et, ensuite, l'accuser faussement de viol, causant le suicide de ce dernier!" C'est arrivé.

"Toi, la kayakiste qui profite d'une ballade pour noyer ton pauvre fiancé qui ne se doute de rien!" Oui, c'est vraiment arrivé.

"Toi, l'étudiante en droit qui frappe un jeune homme à la tête avec une bouteille de champagne, lui fendant le front jusqu'au crâne et le dévisageant, et qui rigole à sa sortie de la cour où elle vient d'apprendre qu'elle n'ira pas en prison pour sa violente agression." Histoire vraie.

"Vous les enseignantes en position d'autorité qui abusez de votre pouvoir pour agresser sexuellement de jeunes étudiants mineurs!" Évidemment que ça se produit. Et encore. Et encore. Et encore. Et encore. Et encore. Et encore.

"Toi, la directrice d'école qui amène un élève dans ta voiture pour lui faire subir l'inimaginable." C'est arrivé.

"Toi, la misérable petite conjointe dominatrice et violente, petit dictateur spécialiste du chantage qui terrorise ton conjoint, qui l'agresse physiquement et qui le terrorise complètement!" Beaucoup plus fréquent qu'on pense.

"Toi, l'espèce de crisse de folle qui prend plaisir à faire souffrir ton amoureux pendant le sexe et dont l'objectif est de "BRISER" son pénis!" Oui, je suis sérieux.

"Toi, la charogne pédophile qui agresse un petit garçon en public et que personne n'arrête, qui se fait plutôt filmer par les témoins qui assistent à la scène!" J'aimerais tellement que ce ne soit pas vrai.

"Toi, la petite pétasse malhonnête qui accuse faussement son père de viol et qui le fait incarcérer injustement pendant NEUF ANS! Et qui, malgré son aveu d'avoir menti, ne sera accusée de rien!" Histoire vraie.

"Toi, la connasse hystérique qui se rue sur une célébrité pour lui faire des attouchements sexuels ou pour l'embrasser contre son gré sans subir la moindre conséquence!" Ça arrive souvent.

"Vous, les voleuses de sperme qui agressez sexuellement des hommes en les menaçant avec des armes à feu, qui les droguez, qui les faites éjaculer dans des sacs de plastique et qui fichez le camp sans la moindre considération pour les séquelles subies par vos victimes!" C'est arrivé à plusieurs reprises.

"Toi la petite menteuse détraquée qui fait subir l'enfer à des garçons en les accusant faussement de viol et qui, malgré l'absence de preuves et la frivolité des accusations, est tout de même prise au sérieux par la police et ne subit aucune réprimande pour ses fausses accusations!" Encore vrai.

"Toi, la femme plus âgée et expérimentée, en position d'autorité, qui viole un petit garçon!" Ça arrive plus souvent qu'on pense. Beaucoup plus souvent. Trop souvent. Certains vont même jusqu'à affirmer que la plupart des adultes qui agressent des enfants sont des femmes.

"Toi la juriste canadienne qui affirme que les femmes devraient se charger de tuer elles-mêmes les hommes soupçonnés de crimes sexuels, ce qui ferait économiser des millions de dollars à la société!" Absolument vrai.

"Toi, la folle agressive qui tue un homme innocent à coups de bâton de baseball parce que tu as cru qu'il avait agressé un enfant (il n'a rien fait)." Oui, c'est arrivé. Semer la haine, c'est à ça que ça mène.

"Toi, la féministe misandre qui ne s'intéresse qu'aux fillettes victimes de trafic sexuel et qui se balance totalement des petits garçons qui subissent le même horrible traitement!" C'est documenté.

"Toi, la misandre haineuse qui déteste tellement les hommes qu'elle se fait avorter lorsqu'elle découvre qu'elle est enceinte d'un petit garçon!" Monstrueuse histoire vraie.

"Ça part d’où ton affaire? Dans ta tête, dans tes culottes, dans ton soutien-gorge, dans ton oeil? C’est quoi ? Ton syndrome pré-menstruel te fait perdre la tête? Tes fluctuations d'hormones te font perdre le contrôle? Carence de cul? Frustration parce que tu pognes pas? Internet te fournit pas, t’as besoin de peau?"

...

Vous avez ressenti un malaise en lisant ceci, pas vrai? Et vous avez parfaitement raison de l'avoir ressenti. Ces propos sont misogynes et sexistes. Je m'appuie sur des faits réels, choisis avec soin, mais j'accuse injustement toutes les femmes d'être des prédatrices. J'affirme que seuls les hommes sont des victimes. Je véhicule des stéréotypes haineux, insultants et faux à propos des femmes. Je sème la crainte et la peur des femmes. Je fais planer le doute sur les enseignantes, les directrices d'école, les étudiantes en droit, les kayakistes, etc. C'est une vision du monde qui est fausse, paranoïaque et haineuse.

Personne n'accepterait de publier ça. Personne n'applaudirait. Personne n'affirmerait qu'il s'agit d'un texte admirable. Personne ne qualifierait ce texte de "cri dans le désert de l’indignation féminine". Personne ne sanctifierait en disant: "Amen."

Alors pourquoi est-ce acceptable quand on procède de la même façon pour démolir les hommes? Pourquoi le malaise est-il absent dans ces cas-là? Pourquoi ces articles-là sont-ils publiés? Pourquoi ne provoquent-ils aucune réaction négative? Pourquoi est-ce que vomir sur les hommes tient du "génie", et que diffamer les femmes est inacceptable?

Pourquoi?



2 commentaires:

fylouz a dit…

Dans ce cas précis, il s'agit d'un homme qui vomit les hommes (ou du moins certains).

En même temps, ce qui est ironique, ce que Mme Pelletier ne voit pas, et que d'autres qu'elle ne manqueraient pas de dénoncer, c'est que Steve Laplante se pose finalement comme le mâle héros, le prince charmant sur son blanc destrier qui vient sauver la pure et innocente jeune princesse des griffes du vilain dragon.

Comme quoi, un mâle plein de testostérone a encore son utilité en ce bas monde, du moins en attendant que "le jour de la castration" ne devienne une réalité universelle.

Et en passant, imagine le gars qui vient chatouiller un ouvrier du bâtiment (douche ou pas) en lui disant "On va se parler entre gars si tu veux bien", le nez probablement à pas plus de dix centimètres de celui de son interlocuteur. Comment penses tu que ça va se terminer ?

Mais bon, en même temps, ce sont des animaux, des bêtes sauvages, alors faut pas s'étonner n'est-ce pas ?

Prof Solitaire a dit…

Ouais, on peut être un homme et croire à cette idéologie, il y en a plein d'ailleurs et j'ai longtemps été l'un d'eux... beaucoup trop longtemps...