8 juillet 2015

Enseignement efficace?

J'ai récemment assisté à une conférence de Steve Bissonnette, auteur, professeur et Ph.D. en Éducation. Sa présentation était fort intéressante et j'ai beaucoup apprécié son franc-parler, même si certains de ses propos m'ont laissé perplexe. Le sujet de sa présentation était "l'enseignement efficace". Pour une fois, on avait droit à un chercheur, à quelqu'un qui appuie ses affirmations sur des études et des données. Ça changeait des habituelles conseillères pédagogiques qui disent souvent n'importe quoi.

Il a commencé par dénoncer ce qu'il appelle les "théories fumistes", le genre de trucs dont j'avais déjà entendu parler dans de nombreuses formations, par le passé. Les trois principales qu'il a démenties sont la théorie des styles d'apprentissages (visuel, kinestésique, etc.), la théorie des types d'intelligences d'Howard Gardner et la pédagogie de la découverte. Ces trois théories ne s'appuient sur aucune donnée scientifique, ou dans le cas de la dernière, ne fonctionne pas avec les élèves faibles.

Il a ensuite pris le temps d'expliquer la démarche scientifique en éducation. Il y a d'abord les recherches descriptives, c'est lorsque le chercheur visite une classe et décrit un phénomène. Viennent ensuite les recherches comparatives à petite échelle (la méta-analyse), c'est-à-dire qu'on implante un programme dans une classe et pas dans une autre, puis on observe le résultat. Finalement, on termine avec les recherches comparatives à grande échelle (la méga-analyse), où on observe les effets d'un programme sur une grande population d'élèves.

Bissonnette considère que la plus grande méga-analyse effectuée en éducation est celle du Néo-Zélandais John Hattie, publiée dans son bouquin "Visible Learning". Les conclusions de ce travail s'appuient sur plus de 800 méta-analyses et 50 000 recherches auprès de plus de 200 millions d'élèves. Hattie a dénombré plus de 138 facteurs qui avaient un impact sur la réussite des élèves. Il a regroupé ces derniers en six regroupements: l'enseignant (gestion, lien maître-élève, maîtrise du contenu, etc.), les programmes d'étude, les méthodes d'enseignement, les élèves (QI, connaissances, estime de soi, motivation, etc.), le milieu familial (satisfaction des besoins de base, valorisation de l'éducation, supervision des devoirs, etc.) et l'école.

Bissonnette nous a ensuite demandé de classer ces six regroupements du plus au moins aidant. J'ai mis la famille en première position, suivi de l'élève en deuxième et l'enseignant en troisième. Suivaient les méthodes, l'école et en dernière position, les programmes.

Et j'étais dans le champ complètement.

Selon la méga-analyse de Hattie, c'est l'enseignant qui a le plus d'impact, suivi de près par les programmes, les méthodes d'enseignement et les particularités de l'élève. Viennent enfin le milieu familial et l'école. Je dois vous dire que j'étais vraiment sonné. Toutefois, Bissonnette a dit que la vaste majorité des enseignants sous-estiment leur impact, il semblerait donc que je ne sois pas seul dans mon étonnement. En même temps, Bissonnette semblait dire que l'enseignant est DE LOIN le facteur prédominant, ce qui n'est pas le cas puisque, lorsqu'on regarde de près, on réalise que les facteurs suivants le talonnent de très près. En d'autres termes, un excellent enseignant sera sérieusement handicapé par des programmes d'enseignement rétrogrades, impertinents et ennuyeux. Ou encore par des élèves en difficulté ou qui n'accordent pas de valeur à l'éducation.

Il a alors abordé des approches qui ont été démontrées gagnantes. La première dont il a parlé est de toujours commencer par demander à l'élève ce qu'il comprend. Plutôt que de demander "As-tu compris?" ou "Qu'est-ce que tu ne comprends pas?", il recommande de demander "Qu'est-ce que tu comprends?" Ainsi, l'élève est celui qui doit expliquer ce qu'il a compris. Pour ce faire, il peut l'expliquer verbalement, le dessiner, le mimer, peu importe! Puis, en se basant sur ce qu'il comprend, on peut l'amener plus efficacement à saisir ce qui suit. J'ai trouvé l'idée très intéressante, mais pas toujours applicable en classe puisque les élèves en difficulté ont également du mal à verbaliser ce qu'ils comprennent.

Il a ensuite parlé de l'effet Pygmalion de Rosenthal, c'est-à-dire l'effet des attentes. Si l'on croit qu'un élève est capable de réussir, on n'agit pas de la même façon avec lui, ce qui tend à améliorer ses chances de réussite. Ça m,a fait pensé aux nombreuses enseignantes qui se parlent de leurs élèves et combien plusieurs d'entre elles ont une idée préconçue de certains enfants avant même que l'année scolaire débute.

Bissonnette a ensuite expliqué que l'attitude de l'élève face à ses apprentissages est primordiale et l'enseignant joue un rôle pour mettre le "commutateur" à "ON". Cette attitude fait toute la différence lorsqu'un élève s'attaque à un problème complexe. Un élève allumé se demandera comment procéder pour réussir, il essaiera et se dira qu'il n'a rien à perdre. Un élève éteint se dira plutôt qu'il est nul, qu'il n'a aucune chance de réussir et donc qu'il est vain d'essayer. À l'école, ce dialogue interne est toujours la première étape et la plus importante. Dans ce contexte, Bissonnette recommande de ne jamais utiliser la phrase: "C'est facile". Dans le cas d'un élève dont le commutateur est à ON, c'est comme lui enlever tout mérite s'il réussit. Dans le cas d'un élève à OFF, ça revient à lui dire que s'il n'y arrive pas, il est vraiment nul.

Il m'a beaucoup fait réfléchir avec ça parce que j'ai réalisé que c'est une phrase que je disais régulièrement. Évidemment, je le faisais avec les meilleures intention du monde, dans le but de désamorcer l'anxiété face à une nouvelle situation d'apprentissage, mais cette remarque a l'effet contraire.

Bissonnette a ensuite mis l'emphase sur l'importance de récapituler régulièrement. Toutes les 30 ou 40 minutes, il recommande de questionner les élèves à propos de ce qui a été vu jusqu'à maintenant pour consolider les apprentissages.

Le noeud du problème, a-t-il expliqué, c'est qu'il existe d'importantes différences entre ce qui s'apprend à l'école et à l'extérieur de l'école. Dans la vie, on apprend des habiletés primaires, comme marcher et parler. Ce sont des apprentissages naturels qui s'apprennent tout seuls. À l'école, il est plutôt question d'apprendre des habiletés cognitives secondaires qui sont trop complexes pour être apprises seul, sans aide, comme par exemple lire et écrire.

Il est donc important pour l'élève de comprendre que sa réussite dépend de deux conditions. Premièrement, il doit fournir l'effort (ce qui vient directement de lui) et deuxièmement, il doit s'y prendre de la bonne façon (c'est là le rôle de l'enseignant). Le plus beau cadeau qu'on peut faire à nos élèves, dit-il, c'est de leur faire comprendre que le plaisir n'est pas toujours dans la tâche, mais dans la réussite qui suit la tâche. Il est important qu'ils fassent preuve de ténacité et de détermination même quand ils trouvent la tâche déplaisante. Il ne faut donc pas valoriser autant le résultat que l'EFFORT qui est investi par l'élève. Il faut miser sur le renforcement positif et dire clairement et de façon explicite qu'on apprécie cet effort.

Le message que le jeune doit retenir est qu'il PEUT réussir avec des EFFORTS et de bonnes STRATÉGIES.

C'est là le facteur NUMÉRO UN identifié par Hattie: l'anticipation par l'élève de sa capacité à réussir. Il cite Stéphane Allaire qui écrit: "Avant même de commencer à prendre part à une expérience d'apprentissage, les élèves ont une idée assez claire du niveau de réussite qu'ils parviendront à atteindre. Ce niveau correspond, au bout du compte, assez fidèlement à ce qu'ils avaient anticipé. Or, il y a des élèves qui sous-estiment leur potentiel comparativement à ce qu'ils seraient réellement capables de réussir. Cette sous-perception d'eux-mêmes les limite dans ce qu'ils accomplissent. On comprendra donc l'importance de développer des pratiques comme la métacognition et l'autoévaluation."

La motivation est donc influencée par plusieurs facteurs (comme la nature de l'activité, les buts recherchés) mais d'abord et avant tout par le sentiment d'efficacité personnelle de l'élève. Ce dernier s'avère même un meilleur prédicateur de réussite que le quotient intellectuel d'un élève!

Il cite Albert Bandura qui a écrit: "La motivation d'une personne, ses états émotifs et ses actions reposent davantage sur sa représentation de soi que sur ce qu'elle peut réellement."

Bissonnette considère que le noeud du problème de la réussite des garçons est là. Il cite Thérèse Bouffard de l'Université de Montréal dont les travaux ont mis en lumière les trois observations suivantes:

1- Les attitudes et perceptions des garçons envers le français pourraient occuper une place importante dans les difficultés qu'ils présentent, surtout au secondaire. En effet, le français est la matière où ils se sentent le moins compétents, en même temps que celle où ils se fixent les objectifs les moins élevés.

2- Les garçons ont une faible capacité à faire des efforts quand une activité paraît peu intéressante ou ennuyeuse, quand la gratification n'est pas immédiate mais diffuse dans le temps. Une des manifestations de cette réalité: filles et garçons évaluent assez négativement leur cours de français, ce qui n'empêche pas les filles de maintenir leur effort dans cette matière.

3- Beaucoup de garçons considèrent que le besoin de faire des efforts est inversement proportionnel à l'intelligence (quand un élève est assez intelligent, il n'a pas à travailler fort pour réussir). En même temps, les garçons ont moins que les filles l'impression d'avoir un contrôle sur leur rendement et attribuent une part importante de ce rendement à la chance.

Sans remettre en doute les conclusions de ces études, je ne peux que me questionner à propos de la raison de cette différence dévastatrice entre les garçons et les filles.

Pourquoi les garçons se sentent-ils moins compétents en français? Est-ce parce que leurs compétences langagières se développent plus tard que celles des filles et qu'ils souffrent de la comparaison défavorable lorsqu'ils sont jeunes? Est-ce parce que ces compétences sont moins valorisées auprès des jeunes garçons?

Pourquoi les garçons s'investissent-ils moins dans une tâche peu intéressante que les filles? Quelle est la cause de cette différence? S'agit-il d'une différence dans notre façon d'élever nos enfants?

Pourquoi les garçons associent-ils davantage la réussite à l'intelligence et à la chance que les filles? C'est tout de même effarant... il doit bien y avoir une raison!

Ces questions sont demeurées sans réponse.

De plus, à la fin de la présentation, j'avais comme l'étrange impression qu'on faisait porter tout le blâme de leurs difficultés aux garçons. Comme si tout était de leur faute.

Ne serait-il pas pertinent de remettre en question nos façons de les élever, ces garçons? De jeter un regard critique sur les messages que la société véhicule à leur égard? De se questionner à propos de la pertinence et de l'intérêt des programmes et des cours? De se demander comment il serait possible de faire des réaménagements pour contrer ce phénomène?



16 commentaires:

PJ a dit…

Il y a abus de nomenclature de la part de monsieur Bissonnette (ou une incompréhension de ta part, Prof Solitaire): une méta-analyse, c'est l'analyse de résultats de multiples études semblables en une seule. Une petite étude, ça reste une étude, et donc une analyse de données, pas une méta-analyse. Une grosse étude, on peut appeler ça une "méga-analyse" si on a beaucoup de données et donc beaucoup de variables à décortiquer sous plusieurs angles, et il n'y a pas de définition formelle de "méga-analyse". En théorie, si elle est bien organisée et tout, elle a plus de valeur qu'une petite étude, parce que plus les échantillons sont grands, mieux on peut comprendre le phénomène étudié.

Ce que John Hattie a fait, si je comprends bien, c'est 800 méta-analyses (sur 800 aspects de l'enseignements, semble-t-il) basés sur 50 000 études, donc, ça fait en moyenne, 62.5 études par méta-analyse. Il a regroupé tout ça dans une "méga-analyse", faisant la synthèse de toutes ces différentes variables en un seul gros bouquin.

Cela dit, si l'étude de départ est mal organisée, ou si les méthodes statistiques d'analyse de données sont inadéquates, ou encore sont tout simplement mal interprétées, les conclusions peuvent être erronées.

PJ a dit…

Suivant quelques vérifications, il semblerait que Hattie lui-même ne soit pas fort en statistiques. Cela donne des gros doutes sur l'interprétation de sa "méga-analyse". Une fois de plus, les recherches en éducation tombent dans le bas de l'échelle de la qualité scientifique.

Prof Solitaire a dit…

Merci PJ... la conférence était il y a quelques mois, alors il est possible que j'aie mal compris, je me suis fier à mes notes pour écrire le billet. Toutefois, je suis pas mal certain que mes notes, en particulier celles à propos de ces termes que je ne connaissais pas, étaient fidèles à ce qu'il a dit. Je te remercie de clarifier les termes.

Dans tes commentaires passés, tu as bien démontré ta compétence en statistiques alors je trouve ton commentaire fort intéressant.

Et un peu décourageant... j'ai l'impression que je me suis fait remplir encore une fois! :-P

As-tu des liens spécifiques qui viennent remettre en question les méthodes de Hattie?

PJ a dit…

J'ai un doctorat (et des années d'expérience) en statistique, alors, je ne veux pas faire un appel à l'autorité mais mon sens du scepticisme est très aiguisé côté chiffres. Le bouquin de Hattie semble être passé inaperçu en dehors du milieu de l'éducation, alors les critiques sérieuses sont relativement difficiles à trouver (parce qu'il est facile de se faire fourrer avec des chiffres). On tombe par contre sur quelques blogues pas pire:

Celui-ci semble bien. Celui-là aussi. Celui-ci, par contre, malgré quelques pistes décentes, déconne royalement. L'appel aux mathématiciens, par exemple, est de la pure bullshit.

Tout ça pour dire que j'ai mis la main sur le livre de Hattie, et plus je le lis, plus je suis convaincu qu'il est dans le champ aussi. Il semble clair qu'il n'a pas consulté de statisticien pour écrire sa méga-analyse. Le principe de base (rassembler plusieurs études sur plusieurs aspects de l'enseignement) n'est pas mauvais, mais l'exécution laisse énormément à désirer, et ça met en doute l'ensemble des conclusions. Et un gars comme Normand Baillargeon, qui se veut sceptique et qui aime les math, avale ce genre de livre comme si c'était scientifiquement solide.

Prof Solitaire a dit…

T'es mon idole...

Merci!

Mme Prof a dit…

Moi, je crois que les garçons ont plus d'aversion et de difficulté face au français par ce qu'ils se sont fait dire depuis toujours que c'est normal de trouver ça dur, c'est plus dur pour les gars...

Mam'Enseignante a dit…

Sur certains points, il a effectivement raison. Dire a quelqu'un, enfant ou adulte, que c'est facile, c'est un drôle de message a envoyer. Je me souviens de mon père qui essaie d'apprendre le fonctionnement de Word ou Excel et qui ne veut plus rien savoir de l'aide de mon frère parce qu'il passe son temps à dire que c'est facile... Mon père qui nous dit: " c'est facile pour lui mais pas pour moi!!! Il veut tout faire trop vite et ne me laisse pas essayer!" Ça m'est resté en tête et ce que je tente d'appliquer le plus possible avec mes cocos.

Les stratégies sont aussi importantes. J'ai travaillé cet hiver avec un jeune de secondaire II. Il était magistralement en échec dans les trois matières de base. Aucune confiance de la part de ses profs qu'il pouvait reussir. On a travaillé ensemble les maths et le français. Pour les maths, on est à parti de ses intérêts, le dessin. On voyait les notions et il les dessinait. Il n'a jamais autant dessiné en faisant des maths! Ses notes ont remonté et la confiance des profs est arrivée! En mai et juin, il a eu droit à de la récupération intensive en maths jusqu'aux examens finaux. Il a passé ses deux matières...

On avait aussi mis au clair qu'il était responsable de ses apprentissages. Il fallait que lui-même y croit. Je pouvais bien y croire, sa mère pouvait bien y croire et mettre 100$ par semaine sur la table pour qu'il ait un prof privé, je pouvais bien faire trois millions de steppettes pour expliquer, si lui-même n'y croyait pas, on n'y arriverait pas. Ses notes étaient si basses que mathématiquement, c'était quasi impossible qu'il passe... Et il a reussi! On a beaucoup utilisé les étoiles pour illustrer: ses premières notes dans les 70% étaient geniales! Mais la motivation a redescendue... Quelques étoiles filantes, mais rien pour impressionner... Il fallait qu'il se remotive pour bombarder ses profs d'étoiles filantes! L'image lui est restée et il a mis les bouchées doubles.

Je ne connais pas ce chercheur ni ce qu'il vaut, mais il n'a pas entièrement tort...

Steve Bissonnette a dit…

Les travaux de Hattie ne sont pas parfaits certes comme aucune étude! Ces travaux sont une source d'informations qui couplée à d'autres, comme les recherches sur les écoles efficaces (écoles performantes dans des quartiers défavorisés) montrent l'influence plus que déterminante de l'enseignant.

À ce sujet, je vous invite à lire une étude expérimentale menée dans les quartiers défavorisés de la Martinique d'une étudiante que j'ai accompagnée qui montre l'impact déterminant de l'enseignant et de l'enseignement explicite.

voir ici : https://drive.google.com/file/d/0B9acqT9DN0pjaDZiTWFBS3ROWlk/view

À classe égale provenant de milieu défavorisé en début d'année, les élèves étant avec une enseignante utilisant l'enseignant explicite finissent nettement en avance de ceux avec une enseignante utilisant un enseignement traditionnel! La différence de performance entre les deux groupes est tout près de 1/2 écart-type (.45) ! Hattie mentionnait 0.49 pour l'effet enseignant dans son classement!!

Regarder également l'étude de Chatherine Turcotte de l'UQAM sur l'enseignement explicite « Les résultats suggèrent que les élèves des classes avec intervention, beaucoup plus faibles en début d’année, rattrapent l’écart qui les sépare des élèves des classes sans intervention en fin d’année».

Voir son étude ici: https://ejournals.library.ualberta.ca/index.php/langandlit/article/viewFile/21803/17862

Je vous invite également à lire une méga-analyse que j'ai moi-même réalisée et publiée ici: http://www.ccl-cca.ca/pdfs/JARL/Jarl-Vol3Article1.pdf

Toutes ces études supplémentaires montrent l'impact déterminant du prof!

Je réitère que l'étude de Hattie n'est pas parfaite mais c'est l'étude la plus importante à ce jour.

En passant pour les garçons une étude suisse montre la même chose!

Voilà

Prof Solitaire a dit…

@ Mme: Merci de ton commentaire. Peut-être que c'est plus dur pour les gars au début de leur carrière scolaire, mais ils devraient normalement rattraper et même dans certains cas, dépasser les filles. Après tout, ce ne sont pas les grands écrivains masculins qui manquent! Je me demande si le problème n'est pas plus large, si au fond on n'apprend pas aux gars qu'ils ne doivent pas communiquer leurs émotions et que leurs opinions sont sans valeur...

@ Mam: Tu mets de l'avant d'excellents points, je suis plutôt d'accord avec toi.

@ M. Bissonnette: Merci de votre commentaire! Et pour les liens que je vais consulter avec beaucoup d'intérêt. Je suis d'accord avec vous, l'enseignement explicite a fait ses preuves et m'apparaît être très efficace. Mais que dire de la situation de garçons, que vous avez vous-même qualifiée "d'urgence nationale" si je me souviens bien. Comment expliquer ce qui se passe avec nos gars? Comment y remédier? Avez-vous des pistes de réflexion à proposer là-dessus? Merci encore d'avoir pris le temps d'écrire!

Steve Bissonnette a dit…

Les gars ont une conception de leur intelligence de type statique tel que Thèse Bouffard de l'UQAM l'a montré et ce depuis, 2004. Pour changer le tout il faut leur faire vivre des défis et que les garçons s'approprient les réussites en intériorisant que la réussite est tributaire des efforts déployés et des stratégies employées ou r = e x s ce, qui amène développement d'une conception dynamique de l'intelligence. Voir à ce sujet les travaux de Carol Dweck que j'ai présentés et aussi John Hattie!

Toutes ces infos étaient dans ma conférence

Prof Solitaire a dit…

Oui, c'est tout à fait vrai, vous l'avez bel et bien mentionné et de manière très claire d'ailleurs. J'espère que vous ne percevez pas d'animosité à votre égard dans mon billet, je suis vraiment au niveau des idées ici. Comme je l'ai écrit, j'ai trouvé votre conférence très intéressante. Je vous remercie de réitérer ici votre piste de solution à propos des succès que les garçons doivent vivre pour comprendre la corrélation entre leurs efforts et leurs réussites. Cela rejoint d'ailleurs parfaitement ma philosophie.

Vous dites que les garçons ont une conception de leur intelligence de type statique et qu'ils ne s'approprient pas leurs réussites. D'accord, j'accepte volontiers cette constatation. Mais je ne peux m'empêcher de me demander ce qui l'explique.

Ma théorie, c'est que ce n'est pas la nature des garçons qui est en cause ici. Je propose que le problème, c'est le système d'éducation. Je fais peut-être fausse route, ce ne serait d'ailleurs pas la première fois, mais c'est de ce côté-là que je cherche. Je me demande si le système d'éducation, ou la société en général, ne véhicule pas un message qui amène les petits garçons à se dévaloriser. Je me demande si le système d'éducation tel qu'il fonctionne actuellement, n'est pas une gigantesque machine à éteindre la motivation des garçons, à anéantir leur plaisir d'apprendre, à éviscérer leur identité même.

Le fait que vous soyez dans l'obligation d'expliquer à des enseignants que les garçons DOIVENT VIVRE DES RÉUSSITES et se les approprier me semble être une preuve supplémentaire de la dérive de notre système. En effet, cela ne devrait-il pas être une évidence? Tous les enfants ne devraient-ils pas vivre et prendre le crédit de leurs réussites à tous les jours? Et pourtant, dans la situation actuelle, voilà qu'une conférence comme la vôtre est non seulement une nécessité, mais une véritable RÉVÉLATION pour beaucoup d'enseignantes.

Quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire...

Et le problème, ce n'est pas la nature même des garçons. Ça, je ne le crois pas un seul instant.

Quoi qu'il en soit, je vous remercie encore une fois de votre réponse. La qualité de la conversation n'en est que rehaussée.

PJ a dit…

Je ne sais pas si ce commentaire va être aperçu, mais j'ai décortiqué un peu plus profondément le travail de Hattie et la méthodologie est défaillante au point d'être de la pure pseudo-science, sans compter les nombreuses erreurs flagrantes et l'incompréhension totale de la statistique et des probabilités de base. Il est clair que l'ensemble des chercheurs en éducation (sauf pour une poignée de Norvégiens) n'ont pas vérifié la validité de la méthodologie. Si Hattie a raison sur certains points (e.g. que le constructivisme ne marche pas, ou que les professeurs ont un impact, mais il a presque sûrement tort sur l'importance relative de l'impact des professeurs), c'est dans le sens qu'une horloge brisée a l'heure exacte deux fois par jour.

Prof Solitaire a dit…

Je te remercie d'avoir pris le temps de décortiquer tout ça. Si tu as envie de me pondre un petit texte là-dessus, j'aimerais bien en faire un billet sur le blogue. Il va sans dire que j'indiquerai clairement que tu es l'auteur. Pense-y!

PJ a dit…

Merci pour l'invitation, mais je travaille déjà sur quelque chose que j'essayerai de publier quelque part lorsque l'organisation du texte sera suffisamment potable (et il y aura des maths que je devrai probablement mettre en appendice pour les mathophobes, mais contrairement à Hattie, je montre mes calculs). Mais l'essentiel revient à dire que, l'une des choses qu'on doit apprendre en statistique est de ne pas faire de mauvaises moyennes. L'exemple classique de mauvaise moyenne est de dire que si j'ai la tête dans le four et les pieds au congélateur, en moyenne, je suis très confortable. Tout le livre de Hattie n'est qu'un ramassis de telles mauvaises moyennes (en plus d'erreurs de calculs et d'interprétation flagrantes).

PJ a dit…

Je mets ce commentaire sur le vieux billet, mais, pour les intéressés:
La version française
La version anglaise
de ma critique des travaux de Hattie.

Prof Solitaire a dit…

Merci pour les liens! Je vais en parler dans un billet!