11 juillet 2015

La censure du désir masculin

J'ai parlé de cette controverse ici et maintenant, Bock-Côté s'en mêle. Je suis soulagé de voir que je ne suis pas le seul qui arrive à des conclusions similaires:

J’ai pourtant hésité avant d’écrire sur ce sujet. (...) surtout, je dois bien l’admettre, parce que je savais qu’en m’en mêlant, je m’attirerais probablement les foudres des militantes féministes les plus radicales qui patrouillent le web à la recherche de propos à monter en épingle, avec un esprit de sérieux redoutable et une imperméabilité fascinante à l’humour. Elles s’indigneront, elles désigneront à la vindicte publique le quidam du jour, elles engrangeront les likes puis elles passeront le jour ou la semaine suivante à la prochaine cible. Et bien franchement, même si je me fiche de mal paraître devant les petits flics de la rectitude politique, il n’est jamais agréable d’avoir après soi une armée virtuelle d’insulteurs.

Et pourtant, il faut s’en mêler, et cela justement parce qu’il est de moins en moins possible de discuter publiquement des enjeux féministes sans commencer par confesser son propre féminisme, sans quoi, on passera pour un macho rétrograde se mêlant de ce qui ne le regarde pas. Voilà une question qui devient la chasse-gardée de militants et de militantes qui croient avec le monopole de la vertu et qui imposent leur définition de la situation des femmes dans les pays occidentaux avec une facilité désarmante. Quiconque croit que pour l’essentiel, la révolution de l’égalité entre les sexes a eu lieu dans les pays occidentaux (ce qui ne veut évidemment pas dire qu’ils soient paradisiaques et sans aspérités) n’est pas le bienvenu dans l’espace public. C’est justement parce que ces enjeux sont en train de devenir interdits aux non-croyants qu’il faut transgresser cet interdit.

Reprenons pourtant les faits. (...) Il a simplement dit: elle se déhanche et elle s’est habillée sexy dans un club qui est un lieu consacré à la séduction, alors pourquoi est-elle surprise que je la regarde avec un désir avoué? Même ça, c’est de trop? Même là, on se rapproche de l’inacceptable, de l’inadmissible, de l’indéfendable?

Il y a quelque chose de profond qui joue ici: c’est la censure du désir masculin, qu’il faudrait évacuer de la vie sociale et que les hommes devraient désormais refouler pour ne plus que les femmes en soient témoins. En fait, on assimile de plus en plus systématiquement le désir masculin à l’agression et à la tentation du viol, qui serait son véritable révélateur. Le désir masculin ne serait plus socialement admissible. C'est malheureux. En me désolant de cette censure du désir masculin, de sa criminalisation, je ne légitime pas un seul instant le harcèlement, l’agression ou le viol, absolument détestables, faut-il prendre la peine de le dire. Mais je refuse justement de définir le désir masculin par ces comportements odieux. En fait, je refuse de voir dans le désir masculin la part maudite de la sexualité qu’il faudrait désormais inhiber le plus possible, la refouler, l’interdire ou l'édulcorer de telle manière qu’il deviendra insignifiant.

(...) on ne devrait pas pour autant voir dans l’expression du désir la première étape vers l’agression. Et on ne devrait pas non plus célébrer une forme de puritanisme féministe qui impose aux hommes et aux femmes la morale des vieilles filles et des curés. On ne devrait pas crier au scandale quand un homme envoie un regard ardent à une femme sexy qui danse devant lui. En un mot, il ne s'agit pas du premier pas vers l'agression.

Le féminisme radical connait aussi ses dérives.



4 commentaires:

Fred a dit…

Je suis pas toujours d'accord avec Bock-Coté mais cette fois-ci c'est difficile de ne pas être sur la même page.

Guillaume a dit…

Il parle de puritanisme. Je crois que c'est bien le mot à utiliser dans sa controverse.

Prof Solitaire a dit…

De plus seuls les hommes se comportent mal dans les bars, pas vrai?

Oups:

Groping women force barmen to give up kilts

Bar staff at a popular Inverness pub and music venue have stopped wearing their kilts after complaining of constant harassment by women attempting to check whether they are "true Scotsmen"(...) But they are swapping to trousers, claiming sexual harassment mainly from groups of women revellers who lift up their kilts to check if they are wearing anything underneath.

http://www.inverness-courier.co.uk/News/Groping-women-force-barmen-to-give-up-kilts-10072015.htm

Anonyme a dit…

Il a tout à fait raison.

Pour vous rassurer, les gars, j'ai plusieurs amies qui pensent comme moi.

Je suis une fille et j'étais parfois mal à l'aise de voir comment se comportaient certaines filles dans les bars. Je ne dis pas que les gars sont mieux. Mais ils ne sont pas nécessairement pires. On remarque tout simplement plus leurs comportements inappropriés parce qu'on entend plus souvent des histoires de viol faits par des hommes que par des femmes. La peur se réveille si un homme a un regard trop insistant ou des gestes déplacés. Pourtant, j'ai vu des femmes faire pareil et on n'a aucune crainte. Les hommes sont victimes des statistiques, de leur carrure et des commérages.

Je suis pour l'égalité. La vraie. On dirait que certaines femmes veulent que ça revienne « comme dans le temps de nos grands-mères », mais cette fois-ci à leur unique avantage...

Pas étonnant qu'on entende parfois les gars dire : « ce sont toutes des ***** de folles! ».

Ce n'est pas toujours faux. :)

Mais attention de ne pas tomber dans les généralités!!!

A.