10 juillet 2015

La vision de Valeria

Je me suis récemment retrouvé à débattre à plusieurs reprises avec une collègue enseignante d'anglais dont j'ai parlé ici et que j'appelle Valeria pour les besoins de la cause.

Non, il n'y a pas que l'opinion de Valeria à propos des hommes qui est choquante, disons qu'il y a aussi ses opinions politiques qui me font capoter. Et comme nous sommes maintenant "amis" sur Facebook, on s'est accrochés à quelques reprises. Toujours dans une atmosphère de respect, je dois bien le spécifier. Et elle m'a toujours dit qu'elle appréciait débattre avec moi et que j'étais un "challenge" pour elle.

Je n'écris donc pas ceci dans le but de l'attaquer ou de la ridiculiser, mais simplement pour partager avec vous le contenu de nos discussions et essayer de décortiquer ses points de vue qui sont partagés par beaucoup (trop) de monde. L'idéologie multiculturaliste fédéraliste est bien implantée dans l'esprit de beaucoup de monde et elle fait parfois dire des absurdités incommensurables.

Notre premier débat a eu lieu lorsque j'ai posté un lien vers cet article intitulé "De quoi le franglais est-il le symptôme?" et dans lequel on pouvait lire ceci:

«Les églises ont beau être vides, on n’a jamais vu autant de gens à genoux devant la langue anglaise, vénérée comme une madone», écrit Jean Delisle, professeur émérite de l’Université d’Ottawa (...) Son collègue André Braën ne dit pas autre chose. «Au Québec, note-t-il, dans les écoles françaises, l’anglais est maintenant enseigné dès la première année du primaire, mais pour plusieurs, ce n’est pas encore assez. Ah! si les bébés pouvaient naître bilingues, quelle joie ce serait alors pour les parents!»

(...) Le cas de Lisa LeBlanc et celui des Dead Obies sont différents. Ces artistes ont bien sûr le droit de s’exprimer en franglais, mais ce qu’ils affirment, ce faisant, c’est la nécessité, pour eux, en tant qu’artistes, de passer par l’anglais pour dire leur vérité. (...) ce choix, reconduit par bien des citoyens québécois, est critiquable. Il laisse croire, en effet, comme l’explique André Braën, «que le français a nécessairement besoin de l’anglais pour exprimer ce qu’il a à exprimer, y compris la modernité ». Il y a là un symptôme inquiétant quant à l’état de notre psychologie collective (...)

La langue évolue, bien sûr, mais, lorsqu’elle le fait en recourant massivement à des emprunts inutiles, toujours à l’anglais, langue dominante, elle s’appauvrit, (...) «le multiculturalisme canadien s’exprime en anglais», au Québec aussi. Le franglais, c’est la conclusion qui s’impose, (...) est le symptôme effrayant de notre fatigue de nous-mêmes, de notre aliénation en marche.

Valeria a réagi à cet article en ces mots:

"Quelle drame! Ce n'est qu'au québec qu'on se sent toujours victime ou parano de perdre la langue. Moi j'apelle plutôt ça l'évolution, notre devoir de suivre la globalization. Faut-il perdre notre identité francophone pour s' avancer vers la réalité du marché d'emploi? Non pas du tout. It's called reality."

Avouez que vous connaissez tous des gens qui diraient exactement la même chose. Des tonnes de gens seraient d'accord avec elle. Et malheureusement, ces gens font fausse route de très nombreuses façons.

Soulignons d'abord que le franglais n'est pas le bilinguisme. Je n'ai rien contre le fait de parler deux, trois ou dix langues, mais dans le cas du franglais, ce qui se produit c'est que les mots anglais pénètrent la langue française et remplacent les mots d'origine, ce qui constitue clairement un appauvrissement du vocabulaire des francophones.

Il est vrai que les langues évoluent et que de tout temps, elles ont fait des emprunts à d'autres langues. De nombreux mots utilisés en français proviennent de plusieurs langues étrangères, mais ces derniers servaient traditionnellement à nommer des réalités pour lesquelles il n'existait aucun terme français, comme par exemple "banane" qui a été emprunté du portugais, qui l'avait lui-même emprunté au bantou.

Mais ce n'est pas ce qui se passe dans le cas du franglais. On assiste plutôt à l'adoption de mots anglais qui viennent se substituer à des mots français qui existent et qui sont parfaitement aptes à décrire les réalités auxquelles ils font référence. De plus, ces mots proviennent toujours et exclusivement de l'anglais. C'est donc un peu comme si le français devenait de l'anglais petit à petit, un mot à la fois. On a raison de le décrier et de le dénoncer. Parlez français ou parlez anglais, mais pas les deux en même temps, merde!

Mais revenons au commentaire de Valeria. Elle prétend que c'est seulement au Québec qu'on est "paranos de perdre la langue." Comme pour le reste, elle a tout faux. En fait, la situation au Québec n,a rien d'exceptionnel puisque de très nombreuses langues minoritaires sont en danger à travers le monde et il n'y a pas qu'ici qu'on tire la sonnette d'alarme. Prenez par exemple cet article:

LANGUAGES ARE DYING

Our past is embedded in the words we speak, and the stories we tell and sometimes write down. Yet UNESCO estimates that, if nothing changes, half of the 6,000 tongues spoken on the planet today will be gone by the end of this century, and with them, embedded history.

(...) While extinction is a natural phenomenon, just as it is in nature, colonization, globalization and urbanization have significantly sped up the process. “Of course it’s all right that we don’t speak Latin in the streets of Rome anymore, but before it disappeared, Latin had a chance to leave descendants,” explains Wade Davis, a cultural anthropologist and explorer-in-residence at the National Geographic Society, who says today’s rate of language loss is unprecedented.

Ou encore celui-ci:

LANGUAGES: WHY WE MUST SAVE DYING TONGUES

(...) Over the past century alone, around 400 languages – about one every three months – have gone extinct, and most linguists estimate that 50% of the world’s remaining 6,500 languages will be gone by the end of this century (some put that figure as high as 90%, however).

(...) Languages usually reach the point of crisis after being displaced by a socially, politically and economically dominant one, as linguists put it. In this scenario, the majority speaks another language – English, Mandarin, Swahili – so speaking that language is key to accessing jobs, education and opportunities.

(...) For these reasons and others, languages are dying all over the world. Unesco’s Atlas of the World’s Languages in Danger lists 576 as critically endangered, with thousands more categorised as endangered or threatened. The highest numbers occur in the Americas. “I would say that virtually all the [minority] languages in the US and Canada are endangered,” says Peter Austin, a professor of field linguistics at the University of London.

(...) Some people argue that language loss, like species loss, is simply a fact of life on an ever-evolving planet. But counter arguments are abundant. (...) “we spend huge amounts of money protecting species and biodiversity, so why should it be that the one thing that makes us singularly human shouldn’t be similarly nourished and protected?”

What’s more, languages are conduits of human heritage. (...) Languages also convey unique cultures. (...) Without the language, the culture itself might teeter, or even disappear. “If we are to survive, to continue on and to exist as a people with a distinct and unique culture,” he continues, “then we have to have a language.”

(...) languages, too, are ripe with possibility. They contain an accumulated body of knowledge, including about geography, zoology, mathematics, navigation, astronomy, pharmacology, botany, meteorology and more. (...) “No culture has a monopoly on human genius, and we never know where the next brilliant idea may come from,” Harrison says. “We lose ancient knowledge if we lose languages.”

Finally, languages are ways of interpreting the world, and no two are the same. As such, they can provide insight into neurology, psychology and the linguistic capacities of our species. “Different languages provide distinct pathways of thought and frameworks for thinking and solving problems,”

Ou encore celui-ci:

LANGUAGES ARE BEING WIPED OUT BY ECONOMIC GROWTH

The world's roughly 7000 known languages are disappearing faster than species, with a different tongue dying approximately every 2 weeks. Now, by borrowing methods used in ecology to track endangered species, researchers have identified the primary threat to linguistic diversity: economic development. Though such growth has been shown to wipe out language in the past on a case-by-case basis, this is the first study to demonstrate that it is a global phenomenon, researchers say.

(...) It’s well known that economic growth or the desire to achieve it can drive language loss, he notes—dominant languages such as Mandarin Chinese and English are often required for upward mobility in education and business, and economic assistance often encourages recipients to speak dominant languages. Whereas specific case studies demonstrate such forces at work, such as the transition from Cornish to English in the United Kingdom and from Horom to English in Nigeria, this is the first study to examine losses worldwide and rank economic growth alongside other possible influences, he says.

(...) Of all the variables tested, economic growth was most strongly linked to language loss, Amano says. Two types of language loss hotspots emerged from the study, published online today in the Proceedings of the Royal Society B. One was in economically well developed regions such as northwestern North America and northern Australia; a second was in economically developing regions such as the tropics and the Himalayas. 

On le voit bien, loin d'être une "paranoïa québécoise" comme le prétend Valeria, le destin fragile des langues minoritaires est un phénomène mondial. En fait, on serait complètement fous de ne pas s'en préoccuper.

Pour le reste, les arguments de Valeria me jettent à terre. Selon elle, nous aurions "le devoir de suivre la globalisation"? Le DEVOIR? Vraiment? Le citoyen n'est plus qu'un vil serviteur de la Sainte Globalisation? Ben voyons...

Ne lui en déplaise, c'est la globalisation qui doit être bénéfique aux citoyens, pas le contraire!

Mais au-delà de sa manière douteuse de s'exprimer, je crois comprendre que ce qu'elle veut dire, c'est que pour s'ouvrir sur le monde, il faut apprendre l'anglais qui est, pour l'instant, la langue internationale par excellence. J'en conviens, je ne me mets pas la tête dans le sable. Je suis moi-même bilingue et un avide consommateur de sites anglophones sur lesquels sont diffusés, entre autres choses, les nouvelles découvertes scientifiques. Je ne dis pas qu'il faut éviter de parler anglais.

Mais ce que Valeria ne semble pas comprendre, c'est qu'on ne peut pas faire abstraction du contexte politique général. Le Québec n'est malheureusement pas encore un pays et sa langue est une langue MINORITAIRE. Dans notre contexte, l'anglais est la langue dominante et le français est la langue minoritaire dominée. Le rapport de force politique, culturel et social est inégal et ce n'est pas parce que la qualité intrinsèque de l'anglais est supérieure à celle du français, mais tout simplement parce que l'anglais est parlé par un plus grand nombre de locuteurs, que ses productions culturelles bénéficient de plus d'argent et, surtout, parce que l'anglais est privilégié par les élites économiques, ce qui lui confère un immense prestige. Les francophones adoptent beaucoup de termes anglais, mais le contraire ne se produit presque jamais. Dans ce contexte, le français est menacé de disparaître et ce n'est pas de la paranoïa que de l'affirmer.

Moi, je dis oui au bilinguisme et même au multilinguisme, mais pas au prix de ma langue maternelle. Et je ne vois absolument aucune contradiction là-dedans. Ça me semble même très simple à saisir.

Après une conversation cordiale, Valeria a semblé comprendre, preuve de son intelligence et de son ouverture d'esprit. Elle écrit: "Tu as raison pour le remplacement des mots. Crois moi pour une fille qui a etudie en traduction cest horrible. Ce que je veux plutôt dire cest que nous sommes pas obligés de perdre notre identité pour devenir riche en langues. Le franglais nest paa une langue. Cest un dialect pour les paresseux!"

Très bien. Mais son idéologie multiculturaliste fédéraliste anglophone allait revenir à l'assaut et provoquer d'autres déclarations ahurissantes, comme celle qu'elle a écrite lorsque j'ai publié un lien vers cette nouvelle:

Pratt & Whitney met de côté l'anglais au Québec

Pratt & Whitney prend un virage francophone au Québec. La compagnie d'aéronautique dont le siège social canadien est à Longueuil, vient d'annoncer à ses fournisseurs québécois qu'elle communiquera dorénavant avec eux en français seulement. Une décision loin d'être facile.

Dans une lettre adressée à ses fournisseurs «dont l'adresse de facturation est au Québec», Pratt & Whitney annonce ses nouvelles intentions linguistiques: «Par la présente, nous affirmons notre volonté de privilégier la langue française dans nos communications verbales et écrites quotidiennes avec vous».

Le document daté du 17 juin 2015, dont Radio-Canada a obtenu copie, indique que les contrats, les bons de commande et les demandes d'approvisionnement seront modifiés. 

(...) Pratt & Whitney encourage même ses fournisseurs à agir dorénavant de la même façon quand ils s'adressent à l'entreprise, verbalement ou par écrit.

Pratt & Whitney est présente depuis 1928 au Québec. Sur ses 9000 employés dans le monde, 5000 travaillent dans la Belle Province. La compagnie est le principal employeur de Longueuil où elle compte son siège social, sa principale usine de fabrication et un centre de révision et de formation. Un centre aéronautique est aussi localisé à Mirabel.

«Nous sommes fiers de notre appartenance à la société québécoise dont la langue officielle est le français et nous reconnaissons que cette diversité linguistique fait notre richesse.»

Quelle extraordinaire nouvelle. Sans blague, quelle nouvelle incroyable! Voici une multinationale américaine qui choisit de faire preuve de respect envers le peuple québécois (avec un peu de pression le l'Office québécois de la langue française, il faut bien le dire) en communiquant exclusivement en français avec ses partenaires québécois. C'est formidable.

Dans quel univers ceci pourrait-il possiblement être vu comme une mauvaise nouvelle, me demanderez-vous?

Commentaire de ma collègue Valeria, cette grande chevalière qui sent avoir un DEVOIR de parler anglais face à la globalisation:

"J'espere qu'ils ont gardés quelques employes bilingues pour leur affaires internationaux mais bon."

Calvaire... vous voyez comment fonctionne l'esprit colonisé fédéraliste? Pour eux, le fait de promouvoir le français de quelque façon que ce soit est automatiquement synonyme de congédiements et de pertes d'emplois. Fuck les intérêts nationaux, fuck notre langue et fuck notre identité, tout ce qui compte, ce sont les intérêts des multinationales! Il faut s'agenouiller et faire preuve de la soumission la plus abjecte devant les grandes entreprises étrangères afin qu'elles daignent nous donner des jobs à nous, misérables petits vermisseaux indignes que nous sommes. Et lorsqu'elles s'abaissent à s'adresser à nous, il ne faut surtout pas demander qu'elles le fassent dans notre langue nationale afin d'éviter de les importuner!

Alors, après avoir expliqué à Valeria que personne n'avait été congédié et que ce n'était pas du tout de quoi il était question dans cet article et après lui avoir également expliqué qu'il s'agissait d'une compagnie américaine qui continuerait à utiliser l'anglais dans ses communications avec ses partenaires et ses clients qui sont situés à l'extérieur du Québec, je lui ai demandé comment elle pouvait possiblement voir quoi que ce soit de négatif dans cette nouvelle.

Pas de réponse.

C'est peut-être sa nouvelle stratégie. Quand tu es incapable d'argumenter, tu bouches tes oreilles et tu prétends que rien n'est arrivé? Après tout, ça marche pour les libéraux depuis des décennies!



10 commentaires:

Fred a dit…

Le franglais nest paa une langue. Cest un dialect pour les paresseux!

Tout à fais! Je suis victime du franglais et de la paresse haha!! Vivant dans une région ou l'anglais est parlé par la majorité mon français s'en ressent beaucoup. Un français parlé plein de mot anglais parsemé d'anglicisme... Déjà qu'à l'écrit ce n'est pas fort...

Il y aune couple d'année j'ai décidé de toujours lire les versions française des romans... ça aide.

fylouz a dit…

Valeria ?

https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/736x/67/b2/d6/67b2d6bacf260263b3a4602385189f77.jpg

On fait comment pour s'inscrire à ton école ?

http://www.netbootic.com/boutique/images_produits/74216_1.jpg

Prof Solitaire a dit…

Hahahaha... j'ai bien peur que tu ne pourrais pas possiblement être plus loin de la réalité, mon vieux! ;-) De la couleur des cheveux, à la taille... bref, tout! ;-) Pense moins à la déesse nordique et plus à la Mama italienne! ;-)

fylouz a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=P9ZKCEN-NAA

Effectivement, ça ne ressemble pas à la vision que tu décris.

Prof Solitaire a dit…

Enfin une référence à un BON film! ;-)

fylouz a dit…

"Enfin" ?

Prof Solitaire a dit…

Tu m'as bien lu: ENFIN! Voilà, je l'ai dit, vis avec! ;-)

fylouz a dit…

Par le marteau de Grabthar, j'aurais ma vengeance !

https://www.youtube.com/watch?v=r7bo_A6XnUU

Prof Solitaire a dit…

Dit-il en montrant un extrait d'un autre film pourri! ;-)

Prof Solitaire a dit…

Merde, j'espérais presque que tu ne vois pas ça! ;-)