4 août 2015

CATHARSIS de Luz

Non, je n'ai pas encore lu cette BD. Je tenais simplement à partager ces quelques planches qui ont été publiées sur le web.

Pour ceux qui ignorent qui est Luz ainsi que le contexte de ce projet, je me permets de citer cet article:

Drôle, même dans la descente aux enfers. Depuis qu’il a survécu à l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier — parce que c’était son anniversaire, parce qu’il a «niaisé» au lit le matin avec sa femme, parce qu’il est arrivé une heure en retard, après le passage fatal des frères Kouachi, à la réunion de rédaction —, le dessinateur Luz a une boule dans le ventre.

Page 20 de son Catharsis (Futuropolis), album-thérapie du petit comique que l’état civil français ne reconnaît que sous le nom de Renald Luzier, il ose et la dessine, en train de lui parler dans un dialogue forcément improbable, loufoque et puissant en même temps: «Tu peux me tutoyer, lui dit la boule. Moi, je vais pas me gêner, crois-moi, car on va vivre ensemble un bon bout de temps. […] Quand je monte dans ton coeur, je suis ta tristesse, ton deuil, impossible parfois. […] Quand je te monte à la tête, je suis la peur, la paranoïa, l’ombre qui te suit et n’est pas la tienne. […] Quand je descends au bout de tes doigts et t’empêche de dessiner, je suis à la fois l’angoisse de l’avenir et celle de la page blanche.»

Ça s’est passé dans l’urgence et la douleur. Entre janvier et mars dernier, Luz a pris ses crayons pour survivre une deuxième fois, en dessinant sa rage, ses angoisses, sa tristesse, son impuissance, sa folie…, mais surtout pour renouer avec une chose importante pour lui qui, tout comme ses potes Charb, Cabu et Oncle Bernard, l’a quitté le 7 janvier dernier: l’envie de dessiner.

«Un jour, le dessin m’a quitté. Le même jour qu’une poignée d’amis chers. À la seule différence qu’il est revenu, lui. Petit à petit. À la fois plus sombre et plus léger », écrit le bédéiste en guise d’introduction de ce bouquin, incursion fascinante dans le cerveau d’un créateur traumatisé, et qui sort mercredi au Québec après un lancement retentissant le 21 mai dernier en France. «Avec ce revenant, j’ai dialogué, pleuré, ri, hurlé, je me suis apaisé à mesure que le trait s’épurait.»

(...) Catharsis donne cette impression d’être en présence d’un album mis au monde par quelqu’un qui aurait cherché de l’air, de manière frénétique, dans des phylactères, avec ses «idées noires», ses psychoses magnifiquement résumées en quelques traits, ses scènes d’amour avec sa femme qui semblent avoir empêché la bête «devenue lycanthrope de nuit comme de jour» de sombrer et qui côtoient d’autres instants sublimes de lucidité et d’humour. Cette balade au cimetière où Luz s’imagine en train de parler à Charb entre certainement dans la liste. «J’te passe les trucs relous, mais ton enterrement, mon pote, c’était du tonnerre […], dit-il à son alter ego bédéesque avec lequel on le confondait souvent. Dans [mon discours], j’ai placé les Simpson, les Dead Kennedy’s… en défonçant Sarko, Le Pen, le pape. Mais rassure-toi, j’ai aussi dit “bite”, “poil” et “chatte”, vu que c’était retransmis en direct à la télé.»