10 août 2015

Entrevue avec Fabrice Luchini

Extrait d'une entrevue avec Fabrice Luchini:

C'est un luxe pour temps prospère?

La poésie, c'est une rumination. C'est une exigence dix fois plus difficile qu'un texte de théâtre. La poésie demande vulnérabilité, une capacité d'être fécondée. Le malheur est que le détour, la conversation, la correspondance qui sont les symboles d'une civilisation ont été engloutis dans la frénésie contemporaine. Nietzsche, il y a un siècle, fulminait déjà contre les vertus bourgeoises qui avaient envahi la Vieille Europe. Vous verrez, disait-il, ils déjeuneront l'oeil sur leur montre et ils auront peur de perdre du temps. Imaginez le philosophe allemand devant un portable!

Vous êtes hostile au portable?

J'en ai un comme tout le monde. Mais c'est immense, l'influence du portable sur notre existence. Une promenade, il y a encore vingt ans, dans une rue pouvait être froide, sans intérêt, mais il y avait la passante de Brassens, ces femmes qu'on voit quelques secondes et qui disparaissent. Il pouvait y avoir des échanges de regard, une possibilité virtuelle de séduction, un retour sur soi, une réflexion profonde et persistante. Personne, à part peut-être Alain Finkielkraut, n'a pris la mesure de la barbarie du portable. Il participe jour après jour à la dépossession de l'identité. Je me mets dans le lot.

J'adore.

Mais j'aimerais le corriger sur un point. Moi, je n'ai pas de téléphone portable. Et je n'en veux pas.

Ce n'est donc pas encore tout le monde, il reste quelques rares résistants...



2 commentaires:

PJ a dit…

J'ai un téléphone "intelligent" mais si je marche, je ne m'en sers pas. Et Les passantes sont d'abord un poème d'Antoine Pol, que Brassens a mis en chanson, avec deux versions différentes d'ailleurs. Et une chanson qui vient à l'esprit chaque fois qu'on voit une des ces passantes, surtout en voyage.

Prof Solitaire a dit…

Ah ben... je l'ignorais. Mais j'aime beaucoup cette chanson aussi. Merci!