12 août 2015

Jean Alfred

Ce que je vais vous dire me fait mal, mais c'est la vérité.

Je comprends que la majorité des immigrants soient fédéralistes. Ça m'attriste, mais je trouve ça compréhensible.

Premièrement, de par le fait qu'il est immigrant, le nouvel arrivant n'a pas une bonne connaissance du contexte historique de la nouvelle société dans laquelle il se trouve. Il ignore souvent tout de son histoire.

Deuxièmement, l'immigrant conserve habituellement un fort sentiment d'appartenance à son pays d'origine. La plupart des immigrants de première génération s'identifient d'abord et avant tout au pays de leur naissance ou à leur groupe ethnique d'origine. Ils voient donc ce nouveau peuple chez lequel ils choisissent de vivre comme étant un groupe étranger auquel ils n'appartiennent pas.

Troisièmement, l'immigrant a, dans la plupart des cas, quitté un pays où ça ne va pas bien. Il fuit souvent la guerre, l'instabilité politique et la pauvreté et recherche d'abord et avant tout la paix, la stabilité politique et la richesse. Il verra donc le projet souverainiste d'un mauvais oeil parce que ce dernier lui semblera être une source d'instabilité.

Quatrièmement, le Québec n'est pas un pays et la plupart des immigrants qui arrivent ici souhaitent venir vivre au CANADA. Ils ont donc une opinion positive du pays et voteront contre toute tentative de quitter cette fédération.

Cinquièmement, la politique de multiculturalisme du gouvernement fédéral fait en sorte de créer des ghettos culturels qui sont des freins majeurs à l'intégration des immigrants. Ces derniers peuvent continuer à vivre dans ces petites bulles où ils ne fréquentent que des gens comme eux, qui parlent leur langue d'origine et qui pratiquent la même religion qu'eux, ce qui les rend imperméables aux enjeux qui touchent les autres Québécois et qui perpétue leur ignorance à propos de leur société d'accueil.

Sixièmement, la plupart d'entre eux, s'ils choisissent une des langues officielles, choisissent l'anglais. C'est bien normal dans un pays majoritairement anglophone. Les gens qui immigrent en Espagne apprennent l'espagnol, pas le basque. Or, cette ignorance de la langue française ne les expose qu'aux médias anglophones qui n'offrent pas une vision objective et neutre des questions québécoises. Le biais fédéraliste, anti-souverainiste et parfois même anti-francophone y est omniprésent et l'immigrant qui est incapable de lire les médias francophones afin de voir l'autre côté de la médaille adoptera cette animosité à l'égard des Québécois et du projet souverainiste. C'est tout ce qu'il voit, qu'il entend et qu'il lit!

Pour toutes ces raisons, il est triste, mais compréhensible, que la majorité des immigrants qui viennent vivre ici deviennent des adversaires du projet souverainiste.

Et c'est également pour cette raison que les rares immigrants qui adoptent la cause souverainiste sont si exceptionnels. Il s'agit habituellement de gens dotés d'une féroce intelligence, d'un esprit critique redoutable et d'un puissant amour de la liberté et de la justice.

C'est certainement le cas de Jean Alfred, notre premier député québécois d'origine haïtienne, qui vient malheureusement de nous quitter:

L'ancien député péquiste d'origine haïtienne Jean Alfred est décédé le 20 juillet dernier à l'âge de 75 ans. Élu en 1976, il restera dans les annales comme le premier député noir de l'Assemblée nationale.

(...) Jean Alfred est né à Ouanaminthe, en Haïti, le 10 mars 1940. Professeur de français, il a enseigné en Haïti pendant cinq ans, puis est devenu professeur à la Commission scolaire de l'Outaouais de 1969 à 1976. De 1975 à 1976, il a été conseiller municipal à Gatineau.

Le 15 novembre 1976, il a été élu sous la bannière péquiste dans la circonscription de Papineau, dans l'Outaouais. Il a siégé comme indépendant du 29 août 1980 au 10 mars 1981 avant de réintégrer le caucus du Parti québécois.

Il a été défait aux élections de 1981 et de 1989 dans la circonscription de Chapleau. Il a de nouveau été défait lors de l'investiture du Parti québécois dans Sauvé en 1994 et à celle du Bloc québécois dans la circonscription fédérale de Repentigny en 1997.

M. Alfred est alors retourné à l'enseignement. Selon ses proches, Jean Alfred a écrit son autobiographie, mais elle n'a pas été publiée avant sa mort.



2 commentaires:

Anonyme a dit…

n’étant pas bilingue, je ne sais des média anglophone que ce que les médias francophones en rapporte. Donc je ne nie pas le "anti-souverainiste et parfois même anti-francophone" Mais pourquoi un média devrait-il être souverainiste?

Cependant, "n'offrent pas une vision objective et neutre des questions québécoises" sous entend que c'est le cas dans les media francophone. Laisse-moi rire. La majorité des journalistes ne présentent que les faits qui appui que leur point. quoique, c'est probablement le cas partout, malheureusement.

On accuse souvent le ROC de faire du Québec Bashing. Mais on fait quoi au Québec? Beaucoup de Canada Bashing d’après moi. Présentement, on fait partie du Canada, alors au lieu de l’écrasé et d'amener nos querelles internes à l'international comme ça déjà été le cas, est-ce qu'on peut l'aider à s'améliorer en attendant d'avoir un plan précis? Parce que ce qu'on entend c'est seulement "On veut l'indépendance" Ok, mais après? personne ne le sait.

Anoukette

Prof Solitaire a dit…

Salut Anoukette, merci de ton commentaire.

Je vais tenter de répondre intelligemment.

Pour ce qui est des médias, je ne souhaite pas qu'ils soient souverainistes, je souhaite qu'ils soient objectifs et qu'ils nous donnent TOUTE l'information, pas seulement celle qui est en accord avec l'option qu'ils préfèrent. Tu as raison de dire que les médias francos ont un énorme biais pro-fédéraliste, à part pour Le Devoir et le JdeM. Mais même La Presse est parfois obligée de publier des nouvelles qui sont favorables à l'indépendance. Pas toujours, mais parfois. Les médias anglos, eux, vont complètement et systématiquement passer sous silence ces nouvelles. Ils choisissent simplement de ne pas en parler.

Prends la mort de Jean Alfred. Aucun médias anglo n'y fait même allusion. Pourtant, c'est le premier député Noir de l'histoire du Québec. Pas un mot dans la Gazette, ni chez CBC. Pourtant, ces médias pro-multiculturalisme font toujours grand cas de ce genre d'événement, ils ont tous parler de la mort du premier député Noir au fédéral, Linoln Alexander, il y a 3 ans. Mais pour Alfred, rien. Il était souverainiste alors il devient toxique.

Le résultat, c'est que pour les anglos qui ne regardent pas les médias francophones, la question de la souveraineté est complètement impensable, inimaginable, débile. Il ne la comprennent pas et voient les souverainistes comme des espèces d'extra-terrestres nazis. Et ils votent à 97% libéral et NON. Quand tu as toutes les informations pertinentes et que tu comprends les deux côtés d'un débat, tu ne vois pas des pourcentages pareils.

Pour ce qui est du Canada bashing... sincèrement, je ne le vois pas. Certainement pas à La Presse ou à Radio-Canada qui ont des mandats fédéralistes. Alors tu parles du Devoir et du JdeM? As-tu des exemples?

Pour ce qui est de "on veut l'indépendance, mais quoi après?" je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire. Qu'est-ce que tu souhaiterais savoir exactement? Qu'est-ce que tu voudrais que les souverainistes nous disent à ce sujet?