25 août 2015

Le Général Walker

L'un des aspects les plus bizarres de l'assassinat de JFK est sans doute l'histoire du Major Général Edwin A. Walker. Victime d'une tentative de meurtre le 10 avril 1963 (quelqu'un aurait tenté de l'abattre à travers une fenêtre de sa maison), la commission Warren a affirmé 17 mois plus tard que Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé du président, avait également été l'auteur de ce crime. Or, quand on y regarde de plus près, cette conclusion semble très douteuse.

LE GÉNÉRAL WALKER

Tout d'abord, qui était ce Walker? Disons que s'il y a vraiment eu une conspiration de l'extrême-droite pour tuer le président Kennedy, ce bonhomme aurait été un candidat idéal pour en faire partie. Vétéran de la deuxième guerre mondiale et de la guerre de Corée, haut gradé militaire en Allemagne de l'Ouest, il a abusé de son autorité pour endoctriner ses subalternes et leur faisant croire que le gouvernement américain était tombé sous le contrôle "des communistes". Il prêchait pour l'identification des "traîtres", l'organisation de la "résistance" et la défaite des "usurpateurs" pour revenir à un véritable gouvernement constitutionnel. En 1959, le président Eisenhower lui ordonna de respecter son devoir de neutralité, mais Walker préféra remettre sa démission. Eisenhower la refusa. Mais deux ans plus tard, il fut publiquement critiqué par le président Kennedy pour avoir enfreint la loi en tentant d'influencer les votes de ses hommes. Il remit à nouveau sa démission que JFK accepta.

En 1962, il tenta sans succès d'être élu gouverneur du Texas, perdant contre John Connally (l'homme qui était assis devant Kennedy dans la limousine lors de l'assassinat). Il s'opposa ensuite au mouvement des droits civiques des Noirs. Arrêté et trouvé coupable d'avoir fomenté des émeutes à l'université du Mississippi pour protester l'admission d'un étudiant Noir, l'Attorney General Robert Kennedy ordonna qu'il soit gardé pour un temps dans un asile psychiatrique. Si ce séjour fut sans doute humiliant, il fut également de courte durée. De retour à Dallas, Walker se joint à une organisation ultra-conservatrice, la John Birch Society, qui s'opposait haut et fort aux politiques de JFK.

Plusieurs contestataires qui étaient très actifs à Dallas peu avant l'arrivée du Président Kennedy ainsi que le jour de sa visite avaient des liens avec Walker et son entourage. L'auteur de la fameuse publicité intitulée "Welcome Mr. Kennedy to Dallas" (qui attaquait avec virulence les politiques de JFK) était le frère du chauffeur de Walker. L'un de ceux qui financèrent cette publicité était un membre de la John Birch Society. Un aide de Walker nommé Robert Surrey est l'auteur du pamphlet "Wanted for Treason" qui fut distribué à Dallas le matin de l'assassinat. Surrey avoua également jouer régulièrement au bridge avec James Hosty, l'agent du FBI qui a détruit une note écrite par Oswald peu après l'assassinat. Walker avait également des liens avec les Cubains anti-castristes radicaux, dont Carlos Bringuier qui fut arrêté avec Lee Oswald à la Nouvelle-Orléans. Ces liens sont-ils tous de simples coïncidences?

Il existe également plusieurs liens troublants qui ont été établis entre Walker et des personnes soupçonnées d'avoir trempé dans l'assassinat de JFK. En plus des Cubains anti-castristes de la Louisiane, Walker semblait également bien connaître Jack Ruby, l'assassin de Lee Oswald. Selon l'un des ex-employés de Walker, Ruby visita même Walker chez lui à plusieurs reprises entre décembre 1962 et mars 1963, juste avant qu'Oswald ouvre supposément le feu sur lui à travers la fenêtre.

Une chose est certaine, Walker détestait profondément John Kennedy et était en lien avec beaucoup de d'éléments radicaux de droite qui voyaient le jeune président comme un dangereux traître et un ennemi de la nation.

LES PHOTOS

Vous conviendrez sûrement qu'il est pour le moins étonnant d'affirmer que le même homme pourrait avoir tenter s'assassiner le président ET l'un des hommes qui le détestait le plus. Pourtant, la commission Warren conclua qu'Oswald est celui qui a tiré sur Walker le 10 avril.

Sur quoi se base-t-elle pour l'affirmer? Essentiellement, sur trois photos de la maison de Walker trouvées dans les effets personnels d'Oswald. Selon la commission, Oswald aurait pris ces photos en préparant son coup. Sur l'une d'elle, on aperçoit une Chevrolet 1957 stationnée dans l'entrée de la maison. Étrangement, la plaque d'immatriculation a été découpée de la photo, laissant un trou béant. Le FBI affirma que la photo avait été retrouvée chez Oswald dans cet état. Marina, la veuve d'Oswald, affirma toutefois que la photo était intacte lorsque le FBI la lui avait montrée. Quelqu'un ment, mais qui?

La réponse fut découverte en 1969 lors de la publication du livre de Jesse Curry, ancien chef de police de Dallas. Il y publia l'une des photos prises des objets saisis chez Oswald après l’assassinat et sur l'une des photos, on voit clairement celle de la maison de Walker sur laquelle la plaque d'immatriculation est... intacte! Marina disait donc vrai et les autorités ont menti. Ce sont elles qui ont mutilé la photo et qui se sont parjurées devant la commission Warren. Mais pourquoi?

LA CHEVROLET 1957

Qu'est-ce que le FBI tentait-il de cacher? On sait que l'un des exilés anti-castristes cubains qui fréquentait Walker, Filipe Vidal Santiago, conduisait une Chevrolet 1957. On sait également qu'environ une heure après le meurtre du policier Tippit, la police de Dallas diffusa à ses agents l'ordre de retrouver une Chevrolet 1957, les avertissant que le chauffeur était armé. Le numéro de plaque qui fut donné par le dispatcher était enregistrée au nom d'un citoyen de Dallas qui affirma se l'être fait voler quelques temps plus tôt. L'un des membres de la commission Warren soupçonnait que la voiture appartenait à Charles Khlir, un volontaire qui travaillait pour Walker. Il lui écrivit pour le lui demander, mais ne reçut jamais de réponse. Bref, plus de 50 ans plus tard, on ignore toujours qui était le propriétaire de la voiture qui figure sur la photo.

PREUVES

En plus des photos, d'autres preuves ont été mises de l'avant par la commission Warren pour affirmer que Oswald était celui qui avait tenté de tuer Walker. Mais lorsqu'on les regarde de plus près, on est en droit de se questionner sur leur validité.

L’une des preuves les plus incriminantes est le fait que les policiers ont retrouvé le numéro de téléphone de Walker dans le livret d’Oswald. Avait-il besoin de ce numéro de téléphone pour s’assurer que sa cible était chez elle avant de passer à l’action? C'est possible, mais insuffisant pour établir sa culpabilité.

MARINA

Un témoignage de Marina Oswald a également permis d’incriminer Lee Oswald. Étrangement, une semaine après qu’un journal allemand ait affirmé qu’il y avait des liens entre l’ex-général et l’assassinat, Marina raconta que son mari avait tenté d’assassiner Walker. Il faut savoir qu’à l’époque, Marina Oswald parlait à peine anglais, était seule et isolée dans un pays qui lui était étranger et était complètement terrorisée par toute l’attention policière et médiatique qu’elle recevait. Elle a affirmé par la suite que les autorités lui ont fait dire n’importe quoi.

LA NOTE

Une note manuscrite fut également trouvée dans l'un des livres des Oswald a été citée comme preuve de la culpabilité d'Oswald. Dans cette note, qui n’est pas datée, Oswald explique à Marina que si les journaux parlent de lui, elle doit contacter l’ambassade soviétique et leur envoyer les articles de journaux relatifs qui le mentionnent. Il lui explique aussi comment se rendre à la prison dans l'éventualité où il serait toujours vivant et fait prisonnier. Si cette note est authentique, ce qui n’est pas certain, cela signifie qu’Oswald aurait participé à une opération probablement illégale à laquelle il n’était pas certain de survivre. Mais de quoi s’agit-il? La commission Warren affirme que c’est la tentative d’assassinat de Walker, mais rien dans la note ne vient corroborer cette conclusion.

LA BALLE

La preuve finale est la balle qui a été retrouvée dans la maison de Walker. Au moment du crime, les médias ont rapporté qu’il s’agissait d’une balle 30.06, et non pas d'une balle de 6,5 millimètres comme celles qui sont utilisées avec la carabine Mannlicher-Carcano comme celle d’Oswald. En 1975, un chercheur examina les analyses spectrographiques du FBI et des fragments de balles de l’assassinat de Kennedy et affirma qu’il ne s’agissait pas du tout du même type de projectile.

Walker lui-même affirma que la balle qui figure dans le rapport Warren n’est pas celle qui a été retrouvée chez lui en 1963. Il expliqua que la balle qui fut récupérée dans sa cuisine était si endommagée qu’elle ne ressemblait même plus à une balle.

LES TÉMOINS

Le dernier clou dans le cercueil de la théorie de la commission Warren se trouve dans les témoignages oculaires.

Un petit garçon de 14 ans, voisin de Walker, a affirmé avoir entendu le coup de feu et avoir immédiatement regardé par-dessus une clôture. Il a alors aperçu des hommes qui fuyaient à toute vitesse à bord d’une Ford bleue. Il a également vu une seconde voiture, une Chevrolet noire découpée de blanc, garée dans un stationnement tout près de la maison de Walker. La porte de la voiture était ouverte et un homme était penché pour déposer quelque chose sur le plancher de l’auto, derrière les sièges. Ce témoignage semble indiquer que plusieurs personnes auraient pris part au crime. De plus, Oswald ne possédait pas de voiture. Pourtant, la commission Warren ne demanda pas au jeune garçon de venir témoigner devant elle. Ce dernier affirma même que les autorités lui ordonnèrent de ne pas parler de ce qu’il avait vu.

Peu avant le crime, deux aides de Walker aperçurent des activités suspectes autour de sa maison. Le 6 avril, Robert Surrey vit deux hommes qui contournaient la maison en regardant par les fenêtres. Il ajouta que les deux hommes avaient quitté les lieux à bord d’une Ford brune dénuée de plaques d’immatriculation. Max Claunch affirma avoir vu, quelques nuits avant le crime, un homme d’apparence cubaine qui conduisait une Chevrolet 1957 et qui passa devant la maison à de nombreuses reprises. Ces témoignages viennent invalider l’affirmation de la commission selon laquelle Oswald est l’auteur du crime et qu’il a agi seul. Pourtant, aucune de ces pistes ne fit l’objet d’une enquête policière.

"RAPPELEZ-VOUS QUE VOUS M'AVEZ VU!"

Qu'il ait trempé ou non dans le complot contre Kennedy, Walker semblait croire lui-même qu'il pourrait être l'objet de soupçons. Au moment de l'assassinat, il était sur un vol vers Dallas en provenance de la Nouvelle-Orléans. Lorsque la mort du président fut annoncée à l'intercom de l'appareil, on raconte qu'il devint très agité et qu'il se promena dans l'avion en demandant aux autres passagers de se rappeler qu'ils l'avaient vu dans l'appareil. Tentait-il de solidifier son alibi? Selon un livre écrit par des anciens espions français, Walker se réfugia ensuite au Mexique avec le magnat du pétrole H.L. Hunt où ils demeurèrent pendant un mois, protégés par des gardes armés privés, sous le regard impassible du FBI qui n'y vit apparemment rien de suspect.



10 commentaires:

fylouz a dit…

Ce type me fait follement penser au Général Jack D. Ripper dans "Dr. Strangelove".

fylouz a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Prof Solitaire a dit…

Tu me donnes envie de revoir ce film dont je me souviens à peine...

fylouz a dit…

Tu sais que parfois tu me désespère ? D'un autre côté, c'est une excellente idée de le revoir en double programme avec... STARSHIP TROOPERS !!!

Prof Solitaire a dit…

Dis-moi que tu ne considères pas vraiment Starship Trooper comme étant de la même trempe? Dis-moi que tu blagues, je t'en supplie! ;-)

fylouz a dit…

"(...)Probablement blessé par une industrie qui compte encore sur lui pour faire du chiffre mais voudrait bien lui rabattre son caquet de roquet hollandais, il (Verhoeven) déclare une guerre ouverte à la machine hollywoodienne. Starship Troopers (1997) est un film de guerre en partie tiré du roman de Robert Heinlein, Etoiles, garde-à-vous !, qu'il détourne complètement, en adoptant un ton ironique antipatriotique qui, au pays de l'oncle Sam, tient de l'attitude provocatrice quasiment suicidaire. "(...)Mais ici la guerre est montrée dans toute son horreur, et l'idéologie qui mène à la boucherie cette chair à canons constituée par l'infanterie est clairement désignée par les uniformes identiques à ceux de la Gestapo. (...)Mais le traitement infligé à la fin du film à la reine des insectes montre sans ambiguïté que la barbarie est aussi du coté des humains. Contrairement à Heinlein, Verhoeven ne défend pas l'idéologie américaine. Il la critique violemment au travers, notamment, des démonstrations du Net (...)d'une manière qui renvoie à CNN pendant la Guerre du Golfe, mais aussi dans l'utilisation d'acteurs qui jouent volontairement mal et du style de mise-en-scène parodiée des sitcoms. (...)Ce film est de la même veine que les grands films de guerre pacifistes, comme Les sentiers de la gloire (1957) et Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick." (...)Si nous citons si largement Alain Pelosato, c'est bien évidemment parce-que nous partageons amplement son analyse. Le film adopte un second degré outrancier où cohabitent, dans un mélange sidérant de grammaires visuelles, sous-textes politiques, mises en abyme esthétiques, irrévérences graphiques, et hommages cinématographiques. La profondeur dramatique et critique côtoie en permanence la dérision et l'humour noir. (...)Film de guerre anti-fasciste éminemment politique, Starship Troopers, (...)a renoué avec le discours syncrétique pessimiste de Robocop sur la déshumanisation, en le hissant à un niveau plus transcendant, (...)dans la mesure où il interroge l'Etat de droit à partir de sa substance première : la question du droit de vote. Si Verhoeven joue abusivement la carte du conditionnement idéologique, de l'héroïsme exagéré et du sacrifice patriotique, s'il réduit la notion de citoyenneté au seul engagement militaire, tout en défendant ardemment la mixité des droits, s'il repousse la dialectique du droit et du devoir dans des retranchements totalitaristes qui impliquent la négation de l'individu, c'est pour nous rappeler que le droit de vote, que nous prenons à tort pour un acquis, a été obtenu par la violence, et qu'en tant que forme de pouvoir, il demeure une forme de violence. (...)Le malentendu et l'opprobre que suscite le film lors de sa sortie peuvent trouver diverses explications : malentendu égaré, stupidité directe, erreur de lecture et d'analyse, mauvaise foi hypocrite. Dans tous les cas, ces censures mentales ou morales, selon les individus, traduisent le traumatisme latent que ce film a infligé à la sensibilité politique des spectateurs."

Paul Verhoeven
Goor, vous avez dit goor ?
par Fred BAU
Darkness Fanzine numéro 15, décembre 2014, pages 85-94.

Prof Solitaire a dit…

"malentendu égaré, stupidité directe, erreur de lecture et d'analyse, mauvaise foi hypocrite"

Hum... choix difficile...

Je vais y aller avec erreur de lecture d'analyse ;-)

Sérieusement, je dois avouer que tu affaiblis mes défenses, là. Je suis en train de me dire que je devrais peut-être lui donner une seconde chance.

fylouz a dit…

Je prends note. Et sache que je n'ai donné là que des extraits de l'article. Eh oui, mon cher, après la bombe A, y'a le Bombé.

https://www.youtube.com/watch?v=vIbfB-PVCn0

Prof Solitaire a dit…

T'es sans pitié mon vieux! ;-D

raybanoutlet001 a dit…

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