27 août 2015

THE IMMORTALS de Tracy Hickman

J'aime bien lire des vieux romans de SF qui décrivent un avenir qui semblait probable à l'époque mais qui, avec le recul, prennent plutôt des allures d'uchronies. C'est le cas de ce roman écrit en 1996 et dont l'action se déroule en 2010. L'auteur décrit l'avenir, mais pour le lecteur que je suis, il s'agit du passé... suis-je le seul à trouver ça tripant? ;-)

Difficile de résumer ce roman sans en vendre les nombreux rebondissements. Au début, le lecteur est plongé dans ce monde cauchemardesque sans explications et petit à petit, au cour de sa lecture, il commencera à lentement comprendre le contexte général. Il découvre donc que, pour mettre fin à l'épidémie de sida, le gouvernement américain a créé un virus extrêmement contagieux qui s'attaque et anéanti le VIH. Toutefois, pour des raisons que je n'expliquerai pas ici, ce nouveau virus s'avère encore plus ravageur que le premier. Le public ignore quelle est la véritable origine de cette nouvelle épidémie dévastatrice et blâme la communauté homosexuelle. Les personnes qui sont atteintes sont dépouillées de leurs droits, sont déclarées "pré-décédées" et sont envoyées de force dans des camps d'internement situés dans le désert de l'Utah et de l'Arizona.

Le personnage principal du roman, Michael Barris, travaille pour le média gouvernemental I-Net, un mariage de la télé et de l'Internet et seul média qui soit permis dans cette Amérique qui a aboli les libertés et les droits civils. Lorsque son fils unique est capturé et interné, Barris trouve le moyen de s'immiscer dans le camp, bien qu'il ne soit pas lui-même atteint de la maladie. Son plan de retrouver son fils et de l'aider à s'évader ne se déroulera pas comme prévu.

Cette lecture m'a fasciné. J'ai beaucoup aimé la capacité de l'auteur de décrire la vie dans le camp et la psychologie des prisonniers et des geôliers. Loin de l'habituel récit américain dans lequel le protagoniste est victorieux de toutes les embûches, Barris devra éventuellement faire face à la réalité et accepter le fait que son plan initial est voué à l'échec. Mais plutôt que de s'écrouler et de se laisser crever, il élaborera un second plan encore plus ambitieux qui, sans constituer une évasion à proprement parler, garantira aux prisonniers l'immortalité, en quelque sorte.

Bon roman, bien écrit et touchant. Il est également intéressant de découvrir cette dystopie homophobe qui est, somme toute, assez plausible, surtout dans le contexte américain de la fin du XXe siècle... et d'éprouver un grand soulagement en refermant le livre et en se retrouvant dans le vrai monde, celui où les Américains homosexuels sont plus acceptés que jamais, au point d'avoir acquis depuis peu le droit de se marier. On s'en sort peut-être pas si mal, finalement...

Si l'auteur fait parfois fausse route dans ses prédictions (comme la technologie de l'anti-gravité qui permet aux véhicules dépourvus de roues de survoler le sol), il est étonnamment clairvoyant lorsqu'il s'agit des médias.

Par exemple, lorsqu'il écrit:

"We had five hundred digital television channels that needed programming to fill twenty-four hours a day. (...) We had to simplify it for them. Each channel began to specialize - reflecting a certain viewpoint. That way, you could program your television to just show you what you wanted to see... just tell you what you wanted to hear. No more cognitive dissonance. No more having to hear those 'darn liberals' or those 'darn conservatives' or anyone else you disagreed with or who might actually change your mind." (p.244)

Si ceci n'est pas une bonne description de l'état actuel des médias sociaux, alors je ne sais pas ce que c'est! Et que dire de Fox News aux USA et de nos médias fédéralistes, multiculturalistes et féministes qui sont davantage intéressé par la promotion d'une idéologie que par la réalité et l'information...

Afin d'illustrer la tragédie de cette situation, Hickman écrit encore:

"We forgot two things (...) we forgot, first, that people only make decisions based on what they know. You can have everyone in the country vote freely and democratically and still come up with the wrong answer - if the information they base that decision on is wrong. People don't want the truth (...) They want it homogenized, sanitized and, above all, simplified into terms they can understand. (...) We told them (...) in our broadcasts for nearly half a century that any problem - no matter how complex - could be stated clearly in a five-minute news segment; that any discussion of issues could be made clear in a ten-second sound bite. (...) We gave them the tools to give their voices power - then took away their ability to make free choices that gave that power meaningful responsability." (p.245)

Il conclue ensuite:

"The I-Net was created to allow people to make their voices and decisions known instantly. Governments are often criticized for moving slowly but that deliberateness, it turns out, is their strenght. They take time to think through complex problems before they act. People, however, are different. People react first from the gut and then from the head. (...) See white cops beating up a black man - start a race riot! A terrorist attacks the Olympics - nuke their country! We see these predigested problems on television and in a reflex rush to try, judge, convict and sentence all in the space of a breath." (p.246)

Il est en plein dans le mille...



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