6 septembre 2015

L'éducation sexuelle est d'une importance capitale

J'ai du mal à croire qu'en 2015, il faille encore avancer des arguments en faveur de l'éducation sexuelle. Comme si son importance et ses effets bénéfiques n'avaient pas été scientifiquement établis depuis des décennies. Comme si les seuls qui pourraient s'y opposer ne sont pas des fanatiques religieux arriérés qui croient encore que leur petit ami imaginaire trouve que le sexe, c'est "pas bien"... bref, comme s'il y avait encore de bonnes raisons de le remettre en question.

Et pourtant!

L'éducation sexuelle est essentielle. Il a été démontré qu'elle entraîne une baisse des relations sexuelles précoces et des grossesses non-désirées. Elle entraîne également une hausse des comportements sécuritaires et une baisse de la transmission des infections transmises sexuellement. Finalement, elle dissipe le sentiment de honte et les inquiétudes que ressentent beaucoup de jeunes et vient briser le silence et le tabou, ce qui n'est jamais malsain à mon avis. Tout cela est absolument indispensable pour avoir une population éduquée, informée, responsable, épanouie, équilibrée et heureuse.

En ce qui me concerne, programme ou pas et contrairement à la plupart de mes collègues plutôt frileux et prudes, je me suis toujours fait un devoir de donner un cours à mes élèves et de répondre à leurs questions. Évidemment, comme j'enseigne en fin de primaire, je m'en tiens aux infos qui sont pertinentes pour des jeunes de cet âge.

Les effets bénéfiques sautent aux yeux. On voit les angoisses et les malaises se dissiper et être remplacés dans les visages par des sourires de réassurance.

Comme le sujet m'intéresse, je n'ai pas manqué de lire cette entrevue avec la sexologue Mme Marie-Paule Ross:

Ce cours est très très important. C’est comme n’importe quelle matière. Les parents ne sont par formés pour enseigner les mathématiques ou le français. La majorité des parents n’ont pas les connaissances nécessaires pour faire de l’éducation sexuelle.

À mon avis, le problème principal n'est pas que les parents ne sont pas "formés", mais plutôt qu'il y a, dans beaucoup de cas, un immense malaise à aborder le sujet avec leurs jeunes. D'ailleurs, ce malaise est des deux côtés, les jeunes aussi n'osent pas en parler avec leurs parents. C'est un immense tabou. Mais dans une classe, avec un enseignant qu'on apprécie et dont c'est le rôle de nous apprendre des trucs, entourés de jeunes de notre âge qui n'en savent généralement pas vraiment plus que nous et qui en sont à la même étape de leur vie, ça passe généralement beaucoup mieux. Il y a beaucoup de gêne au départ de leur côté, mais lorsque les jeunes voient que je suis très à l'aise et que je parle du sujet comme je le ferais de n'importe quel autre, la gêne fait rapidement place à la grande curiosité et à la soif de savoir. Un peu d'humour permet également de détendre l'atmosphère.

Les enseignants ne sont pas préparés. Ça prend des compétences pour enseigner la sexualité. L’enseignant, c’est quoi sa compétence et sa formation? Il n’en a pas plus que les parents. Ça prend des éducateurs spécialisés, pas n’importe quel enseignant qui n’est pas formé.

C'est certain qu'une formation là-dessus ne ferait certainement pas de tort. Cela étant dit, je n'ai jamais reçu de formation et ça ne m'a pas empêché d'aborder le sujet en classe.

Ce que j'ai fait dans les premières années, c'est observer les infirmières du CLSC qui venaient dans ma classe. Ça m'a permis de voir ce qui constitue une intervention appropriée pour cet âge et quelles sont les balises. Mais j'ai aussi bien vu que ces courtes sessions d'informations n'étaient pas entièrement satisfaisantes pour les jeunes. Ces infirmières étaient des inconnues, leur passage était très bref et le temps consacré aux questions des jeunes était insuffisant. Je me suis donc toujours fait un devoir de répondre à leurs questions. Puis, lorsque les infirmières ont cessé de venir, j'ai pris le relais, tout simplement. En 6e année, pas besoin d'avoir un doctorat en sexologie pour répondre à leurs questions.

À cet âge-là, ce qui les préoccupe plus que tout, c'est de savoir s'ils sont normaux. Alors je les informe, je les rassure et je parle des risques sans tomber dans la campagne de terreur. Je leur demande toujours d'écrire leurs questions sur un bout de papier, sans s'identifier s'ils ne le souhaitent pas. Cela leur permet d'être aussi francs qu'ils le souhaitent. Je ne réponds pas le même jour, afin de prendre le temps de réfléchir et de chercher les réponses exactes si nécessaire. Les seules questions auxquelles je ne réponds pas sont celles qui concernent ma vie privée ou celles de jeunes qui, de toute évidence, sont tombés sur des vidéos pornos sur Internet et qui abordent donc des réalités spécifiques qui sont étrangères à la plupart des autres et qu'il ne serait pas approprié d'aborder dans une classe de 6e année.

La prochaine fois que j'aborderai le sujet avec mes élèves, je partagerai leurs questions avec vous pour vous donner une idée des préoccupations de jeunes de cet âge.

Évidemment, quand on est un homme dans ce foutu métier, on est bien conscient de notre propre vulnérabilité et que ceci représente un risque. Mais je l'ai toujours fait quand même. Après tout, je suis là d'abord et avant tout pour le bien-être de ces enfants-là et si je refuse d'endosser cette responsabilité, alors je ne suis pas à ma place. En presque 20 ans, je n'ai jamais été l'objet d'un plainte à ce propos, même si j'ai souvent eu des jeunes issus de familles très religieuses, alors je ne dois pas m'y prendre trop mal.

Si vous êtes enseignantes ou enseignants, je vous encourage fortement à ne pas avoir peur. Une intervention bien préparée peut faire une grande différence dans la vie de vos élèves.

Et si vous êtes parents, je ne peux pas vous encourager suffisamment à lire sur le sujet et à engager le dialogue avec votre jeune. Et si vous êtes mal à l'aise ou que vos tentatives échouent, n'hésitez pas à suggérer à son prof d'aborder le sujet en classe. Si la demande vient de parents, l'enseignant se sentira sans doute plus à l'aise.

Normalement, à partir de trois ans, on devrait faire de l’éducation sexuelle. Mais à la maternelle, l’enfant devrait davantage la recevoir de la part de ses parents. Moi, ce que je ferais comme école, ce serait de rendre le parent plus compétent, afin qu’il lui donne des bases solides pour que l’école construise davantage par la suite.

Je ne suis pas d'accord. À mon avis, en maternelle, on devrait aborder le sujet afin de faire de la prévention d'abus sexuels. Un truc du genre "mon corps c'est mon corps", vous voyez ce que je veux dire? Si l'enfant subit des sévices à la maison, il est capital que l'école vienne à son secours le plus tôt possible, à mon avis.

Le ministère de l’Éducation a indiqué qu’aucune exemption ne serait accordée.

Même dans les écoles religieuses? Ha! Je veux le voir pour le croire...

Voyons voir les sujets qui seront abordés en fonction de l'âge:

Maternelle : Nommer et reconnaître les parties du corps. Développer des connaissances de base sur la grossesse et la naissance.

Comme je le disais, il me semble qu'il serait bénéfique d'introduire la notion de "parties privées" qu'on ne montre pas à tout le monde et que les gens ne devraient pas toucher, à moins que ce soit papa et maman pour nous laver... non?

Primaire : Savoir dénoncer une situation d’agression sexuelle. Respecter les différences, comprendre les impacts du sexisme et de l’homophobie.

C'est toujours une erreur de parler du primaire comme un bloc. Un univers sépare des enfants de première année et ceux de 6e année. Je crois qu'en 6e année, il est temps de parler de puberté, de menstruations, d'éjaculation et de comment on fait des bébés. Ils sont rendus là. Et sans aborder ouvertement la question de la masturbation, la notion de "ton corps t'appartient et tu as le droit de le découvrir en privé" est primordiale, il me semble.

Secondaire : Réfléchir à l’importance d’établir des relations amoureuses où chacun se soucie de soi et de l’autre. Comment se protéger des infections transmises sexuellement et de la grossesse.

Au début du secondaire? Je suis d'accord. Vers la fin, alors qu'ils ont 17 ans, je crois qu'ils devraient aller plus loin. Ne pourraient-ils pas aborder l'évolution et l'histoire de la sexualité humaine? L'orgasme et la mécanique du sexe? La réalité de l'accouchement, l'infertilité, l'impuissance, le sex addiction, ce genre de trucs? Sans oublier des aspects psychologiques d'une vie sexuelle, les problématiques que rencontrent les couples, les craintes face à l'intimité, la communication, les rejets et peines d'amour, les angoisses à propos de la performance, l'acceptation de soi? Parler de la porno et des mythes qu'elle véhicule me semble important aussi.

Il me semble que si on s'entend sur le fait que le sujet est important et que le fait de l'aborder à l'école est primordial, ben qu'on arrête de danser autour du pot et qu'on en parle honnêtement et sérieusement! Non?



2 commentaires:

JFC a dit…

Le sujet est important, mais le programme semble être sous une influence féministe et LGBT, pour eux parler des genres et de stéréotype est plus important que de parler de biologie et de sexualité. Donc, si ont regarde bien le document on s’aperçoit vite que le gender studie, qui n'est qu'un champs d'étude avec divers hypothèse, est poussé comme une réalité dans nos écoles, comme si les jeunes avaient besoin de ca pour être encore plus mélanger.

Prof Solitaire a dit…

Bien que je ne vois pas d'indication claire qui va en ce sens dans ce texte-ci, tu as raison d'être sur tes gardes. Les pitreries véhiculées par le mouvement féministe vont inévitablement tenter de s'immiscer dans le programme, si ce n'est déjà fait. Je n'ai pas de problème à ce qu'on enseigne la tolérance face aux LGBT, mais si on tombe dans les délires comme la théorie des genres ou l'abolition des pronoms sexués et des identités sexuelles, alors il faut le dénoncer avec véhémence. J'en ai déjà parlé ici:

http://profsolitaire.blogspot.ca/2015/06/syndicat-feministe.html