16 septembre 2015

Récompenses, encouragements et compliments

La plupart des gens (parents et enseignants) n'hésiteraient pas à affirmer sans détour que le fait de récompenser, d'encourager et de complimenter des enfants ne peut avoir que des conséquences positives. Or, de récentes études viennent démontrer que ce n'est pas le cas:

Récompenses

Mark Lepper, psychologue à Stanford, a proposé à des écoliers de faire des dessins. Avant cela, il a promis à certains d’entre eux qu’ils recevraient une médaille. Ainsi fut fait.

Quelques semaines plus tard, l’expérience se réitéra. On invita de nouveau les enfants à dessiner.

Bilan: les enfants qui avaient reçu une médaille passèrent beaucoup moins de temps à dessiner que les autres.

Selon Mark Lepper, les enfants se sont dit: «quand on me donne une récompense, c’est que je ne suis pas censé aimer ce que je fais. Or, j’ai reçu une médaille donc je n’aime pas dessiner.»

En gros, les récompenses diminuent le plaisir et la motivation pour la réalisation de tâches initialement plaisantes.

Quid des tâches déplaisantes? La promesse d’une récompense est-elle motivante?

Richard Wiseman a mené l’enquête en proposant à deux groupes de volontaires de passer une après-midi à ramasser des détritus dans un jardin public. Un des groupes a reçu une rémunération importante pour cela tandis que l’autre ne recevait que quelques centimes.

Au bout d’une heure de travail, les volontaires ont été interrogés sur la qualité de leur après-midi. Quelle note attribueraient-ils à leur activité de nettoyage.

Etonnamment, ceux qui avait perçu une rémunération conséquente ont décerné une note de 2/10 tandis que les autres ont noté leur expérience 8,5/10!

Le raisonnement psychologique est donc le même que pour le dessin: si j’ai été payé cher, c’est que je ne dois pas aimer ce que je fais car je n’ai pas besoin d’une grosse rémunération pour faire quelque choses qui me plait.

Alors quelle est la meilleure façon d’encourager un enfant si ce n’est pas par des récompenses? Peut-être en le complimentant? Voyons cela.

Encouragements et compliments

Claudia Miller et Carol Dweck, de l’Université de Columbia, ont réalisé des expériences auprès de 400 enfants de 10 à 12 ans, tous milieux sociaux confondus. Ils devaient passer un test d’intelligence où il fallait compléter des séries de formes géométriques.

Les copies ont été ramassées et les expérimentateurs ont fait croire aux enfants qu’ils avaient tous résolu 80% des exercices. A certains enfants, ils ont dit que c’était la preuve de leur intelligence exceptionnelle. Aux autres, aucun commentaire n’a été donné.

Ensuite, il a été proposé deux exercices présentés ainsi aux enfants  :

– un exercice difficile avec un fort risque d’échec mais pour lequel ils apprendraient des choses

– un exercice très simple mais qui ne leur apprendrait rien

65% des enfants félicités pour leur intelligence ont choisi l’exercice simple contre 45% des enfants à qui rien n’avait été dit.

Dans la troisième partie de l’expérience, on proposa des énigmes compliquées aux enfants et on leur demanda s’ils les avaient aimées et s’ils continueraient à essayer de les résoudre chez eux. La réponse des enfants complimentés fut unanime: ils n’ont pas du tout apprécié les énigmes et n’avaient aucune envie de continuer à la maison

Dans la dernière partie de l’expérience, on revint à des exercices simples. Les scores des enfants complimentés furent très inférieurs à ceux des enfants non-complimentés alors que les enfants avaient obtenu des scores très proches à la première série de tests faciles.

Claudia Miller et Carol Dweck interprète ces expériences ainsi : les compliments sont contre-productifs car les enfants qui les reçoivent ont peur de l’échec et ne veulent pas se remettre en question. De plus, la motivation ne sera pas là car les enfants s’imaginent qu’ils n’ont pas besoin de consentir beaucoup d’efforts pour réussir et s’écrouleront au premier échec. Notons une dernière conséquence des compliments: une propension à mentir. 40% des enfants complimentés ont exagéré leur note obtenue à l’exercice facile en se confiant à leurs camarades.

Penchons-nous maintenant sur un troisième groupe d’enfants. A l’issue des premiers exercices, ils n’ont pas été complimentés pour leur talent ou leur intelligence mais pour leurs efforts. Et cela fit toute la différence!

Quand ils ont dû choisir entre l’exercice facile et difficile, 10% seulement ont choisi le facile. De plus, ils ont aimé les énigmes compliquées et avaient envie de poursuivre la résolution chez eux. Enfin, ils ont dépassé le score de tous les autres enfants à l’exercice final.

«Quand on félicite un enfant pour ses efforts, on l’encourage à faire de son mieux, sans se soucier des résultats et sans craindre l’échec. Ainsi, le désir d’apprendre dépasse la peur d’avoir une mauvaise note et ils n’évitent pas les difficultés. Ces enfants ont plus de chance de réussir. Ils interprètent les échecs comme un manque d’effort et non un manque d’intelligence « 

Ces études menées sur des collégiens ont été complétées par d’autres avec des enfants et des adolescents de tout âge. Les psychologues sont arrivés à la même conclusion.



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