15 octobre 2015

Le grand cornichon de l'éducation

Je vais commencer à croire qu'une malédiction plane sur le ministère de l'éducation du Québec et que nous sommes condamnés à être dirigés par des taches.

Mon plus récent patron, le grand philosophe François Blais, ne fait certes pas exception à la règle.

Oh, il n'en est pas à sa première connerie. Après les coupes sauvages en éducation, les offres patronales ridicules aux enseignants, les menaces proférées à l'égard des étudiants protestataires et le forum sur l'éducation qui est interdit à ceux qui ne paient pas, on pouvait s'attendre au pire.

Voilà maintenant que ce grand homme vient de trouver la solution miracle à tous les problèmes du monde de l'éducation! La voici:

Le ministre de l'Éducation François Blais a l'intention de resserrer les critères d'admission au baccalauréat en enseignement, au primaire et au secondaire. Il pourrait le faire en exigeant une cote R minimale, par exemple.

Et quelle est sa principale considération en faisant cette proposition? La qualité de l'enseignement? L'intérêt des enfants? Ben non, voyons, la première raison qu'il évoque, c'est l'argent:

«Le Québec n'a plus les moyens de prendre des candidats trop faibles. Je veux vous aider à prendre les meilleurs et à laisser de côté les autres. Même si ça fait mal.»

C'est ça. C'est une question d'argent. On n'a plus les MOYENS. C'est clair. Et les raisons bidons ne s'arrêtent pas là:

«Il se dit à l'écoute de la population qui s'attend à un resserrement. Il évoque la réputation des programmes de formation des enseignants qui serait de prendre des étudiants trop faibles.»

La population souhaite un resserrement? Sur quel sondage s'appuie-t-il pour l'affirmer? Et même si c'était vrai, qu'est-ce que le grand public connaît du monde de l'éducation? En quoi l'opinion populaire devrait-elle servir de barème à des décisions semblables? L'opinion des spécialistes et des profs qui travaillent sur le terrain vaut moins que celle de Ti-Jo Connaissant croisé sur la rue? On gouverne officiellement avec des sondages maintenant?

Il en va de même avec la soi-disant "réputation" des programmes... je ne dis pas que ces derniers sont parfaits, loin de là, mais le ministre de l'éducation ne devrait-il pas appuyer ses décisions sur des études et des analyses solides plutôt que sur des "réputations" et des rumeurs?

«Même si certains étudiants avec une cote R plus faible peuvent devenir d'excellents enseignants, la majorité fait naufrage en cours de route. Le filtre doit donc se faire avant l'admission pour éviter ces naufrages.»

Sur quoi s'appuie-t-il pour affirmer que les étudiants qui ont une cote R plus faible sont ceux qui font "naufrage" en route? Y a-t-il une étude qui prouve la corrélation entre la faiblesse d'une cote R et les probabilités accrues de décrochage? Si cette étude existe, pourquoi n'en a-t-on jamais entendu parler?

À moins que, encore une fois, le ministre de l'éducation dise n'importe quoi?

«Le ministre s'interroge sur les façons de mieux accompagner les enseignants plus faibles.»

Oui, leur refuser l'accès aux programmes d'enseignement est une merveilleuse façon de les "accompagner"!

C'est tout à fait ahurissant de voir à quel point le grand cornichon qui trône au sommet de la hiérarchie de l'éducation est complètement, mais alors là complètement déconnecté de la réalité sur le terrain.

Patrick Lagacé nous faisait part, dans cet article, de témoignages de profs décrocheurs. Ils ont évoqué plusieurs raisons pour justifier leur départ: intégrations sans support, classes trop grandes, chèque de paye ridicule qui ne prend pas en considération le temps réel et les efforts, syndicat qui met la barre dans la cave, absence de soutien des parents, de la direction et surtout des pairs, isolement, jamais d’argent pour rien, problème de gérance, édifices vétustes et malsains, obligation de contribuer de sa poche pour récompenser les élèves, etc.

On a là une belle liste de certains des problèmes les plus fondamentaux de l'éducation. Lesquels de ces problèmes seront réglés en resserrant les critères d'admission au bac?

Aucun.

Dans le même article, Lagacé nous révèle que: "On estime que 20 % des profs décrochent dans les cinq premières années de leur pratique, pour un tas de raisons."

UN ENSEIGNANT SUR CINQ décroche dans les CINQ premières années! Cela ne constitue-t-il pas une démonstration aveuglante et sans équivoque que les conditions de travail des profs sont exécrables?

Lagacé nous transmet ce témoignage d'un enseignant qui a quitté le métier pour s'enrôler dans l'armée: «Quand j’ai quitté, j’ai fait l’armée, entraînement à Shilo, Manitoba. Nuits de trois, quatre heures de sommeil; journées à 35 degrés, avec un équipement antiradiation sur le dos. Après trois ans en classe, c’était le paradis. Je niaise même pas.»

Le ministre prend-il des mesures pour améliorer le soutien aux enseignants? Pour améliorer leurs conditions de travail? Pour les payer adéquatement? Pour reconnaître et récompenser le dévouement et l'innovation? Pour rendre le milieu de travail plus sain et plus stimulant? Pour s'assurer que l'argent qui est investi en éducation se rende jusqu'aux enfants sans être gobé en chemin par les fonctionnaires, les bureaucrates et les commissions scolaires?

Non! Il choisit plutôt de resserrer les critères d'admission au bac en enseignement.

C'est parfaitement logique! Qu'est-ce que tu fais quand tu es face à 20% des recrues qui préfèrent quitter le métier plutôt que de subir une job de merde à un salaire risible? Ben tu contingentes le programme, pardi! C'est l'évidence même!

Vous croyez qu'au privé, les entreprises qui perdent leurs nouveaux employés en si grand nombre vont préférer rendre les critères d'embauche encore plus sévères plutôt que de tenter de rendre les postes qu'ils offrent plus attrayants? Ben voyons!

Pourtant, dans le merveilleux monde de l'éducation, le grand cornichon en chef trouve cette mesure tout à fait appropriée! On nage dans la débilité la plus totale.

Et après ça, ce même ministre a le culot d'affirmer ceci:

Le ministère de l'Éducation est «vieillot», lent, s'appuie sur peu de données fiables, et des fonctionnaires pourraient être invités à «relever de nouveaux défis ailleurs». C'est le ministre François Blais lui-même qui le dit, selon un document obtenu par La Presse.

Oui, oui, vous avez bien lu. Il trouve que son ministère S'APPUIE SUR PEU DE DONNÉES FIABLES!

Si c'est vrai, alors je retire ce que j'ai dit tantôt. François Blais est l'homme idéal pour ce ministère. Lui et ses fonctionnaires auront des heures et des heures de plaisir à jaser de leurs théories fumistes, de leurs analyses farfelues et de leurs solutions bidons en jouant au cribbage dans leurs beaux bureaux luxueux de la rue De La Chevrotière...

Le cornichon en chef et sa joyeuse bande de pickles!



5 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans mon bac, celles qui ne sont pas devenues prof sont celles qui avaient la meilleure cote R et les meilleurs résulta en classe. Elles se sont recyclées,quand elles n'ont pas tout simplement changé de domaine, genre pharmacie,.. Les notes n'ont aucun rapport avec les compétences d'enseignement.

Prof Solitaire a dit…

Pourquoi ne suis-je pas surpris?

Le professeur masqué a dit…

Quand elles ont vu ce qu'était l'enseignement, elles ont eu l'intelligence de fuir et elles avaient les notes pour le faire.

Prof Solitaire a dit…

Ça en dit long sur les gnochons comme nous qui sommes restés...

Anonyme a dit…

Wow, tu ne pouvais pas trouver une meilleure image!

Tu te demande ce que le grand public connaît du monde de l'éducation... Ben voyons! Ils sont déjà allés à l'école, ils connaissent ça!

J'adore cette phrase : « Pourtant, dans le merveilleux monde de l'éducation, le grand cornichon en chef trouve cette mesure tout à fait appropriée! On nage dans la débilité la plus totale. » Ça dit tout...

(Ce serait intéressant de connaître les statistiques cote R/abandon... Personnellement, je n'ai jamais vraiment compris pourquoi on utilisait cette fameuse cote et peu importe ce qu'on en dit, je continue de croire que ce calcul n'est pas juste. C'est un autre débat.)

J'adore encore plus celle-ci : « Ça en dit long sur les gnochons comme nous qui sommes restés... »

Misère...

A.