9 novembre 2015

L'équité selon Trudeau

Tout d'abord, voici les faits.

Notre merveilleux nouveau premier ministre, le formidable, jeune et très sexy Justin "Juju" Trudeau vient de prendre le pouvoir.

Aux dernières élections, Juju a fait élire 184 députés. De ce nombre, 50 sont des femmes. C'est-à-dire que 27% des députés libéraux sont des femmes.

Malgré cela, Juju a décidé de nommer un nombre égal d'hommes et de femmes aux postes de ministres: 15 hommes et 15 femmes. Lorsqu'on lui a demandé ce qui motivait cette décision, Juju a répondu, avec sa grande profondeur intellectuelle habituelle: "Parce que nous sommes en 2015."

Nos merveilleux journalistes objectifs et impartiaux ont souri et applaudi, évidemment. Par exemple, la journaliste féministe Rima Elkouri, de La Presse, a qualifié cette décision d'AUDACIEUSE dans son titre, pour ensuite dire qu'elle relevait de l'évidence:

Le bien-fondé de la parité relève en effet de l’évidence en 2015. Les femmes constituent la moitié de la population. Dans une société qui croit à l’égalité hommes-femmes, il est normal qu’elles occupent la moitié des sièges au Conseil des ministres. C’est une question de démocratie.

Ben oui, c'est audacieux tout en étant l'évidence même! Apparemment, il n'y a aucune contradiction là-dedans. De nos jours, le simple fait de reconnaître des évidences est apparemment très audacieux. Il faudrait être un véritable taré fini pour ne pas s'en rendre compte! C'est une question de démocratie!

Justement, parlons-en de la démocratie, vous le voulez bien?

N'en déplaise aux féministes comme Mme Elkouri, les gens qui sont choisis par le premier ministre pour occuper des postes au Conseil des ministres ne sont pas pris directement dans le bassin général de la population canadienne qui est composé à moitié de femmes. Si c'était le cas, alors oui, ce serait tout à fait équitable.

Mais ce n'est pas comme cela que le système fonctionne. La démocratie s'est exprimée lors des élections générales. À cette occasion, la population a choisi d'élire un gouvernement composé de 134 hommes et de 50 femmes. Ce sont parmi ces élus-là que le premier ministre choisit ses ministres.

Dans ce contexte, la parité hommes-femmes au Conseil des ministres est une décision dogmatique, discriminatoire et profondément sexiste, c'est ça qui saute aux yeux! C'est ça l'évidence! Les maths ne trompent pas! Voyez par vous-mêmes...

Malgré le fait qu'elles ne représentent que 27% des élus, les femmes occuperont 50% des postes de ministres. Les hommes, eux, qui constituent pourtant 73% des élus, ne pourront pas occuper plus de la moitié des postes. Cette situation est clairement discriminatoire.

Transposons cette situation dans mon petit monde de l'éducation primaire où les hommes, comme moi, ne représentent même pas 10% du personnel enseignant. Imaginez que certains enseignants aient droit à des promotions de "co-direction" pour souligner leur haut niveau de compétence (je sais, c'est de l'utopie, mais faisons comme si c'était vrai). Ces promotions donneraient droit à plus de pouvoir, un meilleur salaire et beaucoup de prestige. Or, pour être "équitable", "juste" et "paritaire", on pourrait argumenter qu'il faudrait absolument que 50% des gens qui obtiennent cette promotion soient des hommes et 50% des femmes! Après tout, c'est l'évidence même, pas vrai? Les hommes représentent la moitié de la population! Il est donc normal qu'ils obtiennent la moitié de ces promotions! Nous sommes en 2015, ne l'oubliez pas!

Évidemment, on voit immédiatement que cela serait profondément discriminatoire. Il serait tout simplement injustifiable que les hommes enseignants, qui ne représentent même pas 10% des profs, obtiennent 50% des promotions! La véritable équité, ce serait qu'ils obtiennent environ 10% des promotions, ce qui signifierait alors qu'ils n'ont ni plus ni moins de chances d'en obtenir que leurs collègues féminines.

L'équité, c'est l'équité. C'est mathématique, c'est clair et c'est impitoyable. Dans le cas des ministres de Juju, on voit bien que l'équité, la vraie, aurait été atteinte si le quart des ministres avait été des femmes puisque le quart des députés sont des femmes. Le fait de choisir 50% de femmes est profondément discriminatoire pour les élus masculins.

Sur 50 femmes, 15 sont choisies comme ministres, cela signifie que les femmes ont 30% de chance de devenir ministre. C'est-à-dire qu'une femme élue sur trois devient ministre.

Sur 134 hommes, 15 sont choisis comme ministres, cela signifie que les hommes ont 11% de chances de devenir ministre. C'est-à-dire qu'UN HOMME ÉLU SUR DIX devient ministre.

Les maths ne mentent pas. Elle est où l'équité là-dedans? Elle est où la justice? Elle est où l'égalité des chances?

Nulle part.

On est face à une situation profondément discriminatoire et sexiste. Car à moins d'essayer de nous faire croire que les femmes qui ont été élues sont extraordinairement plus qualifiées, plus compétentes et plus brillantes que leurs collègues masculins, alors on ne peut que conclure que des hommes parfaitement compétents ont été mis de côté pour faire place à des femmes qui le sont moins.

Pour notre bon premier ministre Juju, le fait qu'une personne soit née avec un utérus est beaucoup plus important, beaucoup plus significatif et beaucoup plus prioritaire que des peccadilles comme les qualifications, l'expérience ou la compétence.

Nous sommes en 2015, après tout!

Et après ça, les féministes s'indigneront lorsque des gens OSERONT remettre en question la compétence des femmes ministres! Ils crieront à la misogynie et au sexisme! Alors que, dans les faits, ces critiques seront parfaitement justifiées.

D'ici là, vous croyez que les féministes sont enfin satisfaites devant cette belle "parité" hommes-femmes au Conseil des ministres? Vous croyez qu'elle vont être enfin contentes?

C'est bien mal les connaître:

Les cinq femmes qui ont été assermentées comme ministres d'État sont considérées comme des ministres «en bonne et due forme», et leur salaire sera ajusté en conséquence, assure-t-on au Parti libéral du Canada (PLC).

D'après les décrets qui ont été publiés jeudi sur le site du Bureau du conseil privé, la ministre québécoise Marie-Claude Bibeau et ses collègues Patricia Hajdu, Carla Qualtrough, Bardish Chagger et Kirsty Duncan sont officiellement des ministres d'État.

(...) les ministres d'État ont un salaire inférieur de 20 000 $ à celui des ministres. Cette situation ne durera pas, a assuré vendredi une source libérale, insistant sur le fait que ces cinq femmes ministres le sont au même titre que leurs collègues et que leur salaire sera ajusté de façon rétroactive pour le refléter.

«Ce sont des choses qui ne se font pas du jour au lendemain», mais «nous allons nous assurer que tous les ministres aient le même salaire», a indiqué cette même source, qui a requis l'anonymat.

Le site officiel du parlement canadien nous explique que le titre de ministre d'État fut établi en vertu de la Loi sur les départements et ministres d'État, le 10 juin 1971 et promulguée le 11 juin 1971. Le ministre d'État est habituellement chargé par le gouverneur en conseil d'aider un ou plusieurs ministres auxquels incombe la responsabilité générale d'un ministère ou d'un autre secteur de la fonction publique du Canada.

Voilà, le ministre d'état doit aider un ministre. Et, logiquement, comme il occupe un poste moins élevé dans la hiérarchie, il reçoit un salaire moindre. C'est parfaitement logique et cela n'a jamais causé la moindre controverse en presque 50 ans.

Mais maintenant, nous sommes en 2015! Comment osez-vous dire qu'une femme est SUBORDONNÉE à un homme???? Comment osez-vous offrir un salaire MOINDRE à une femme qu'à un homme???? SEXIIIIIIIIIIIISME! MISOGYNIIIIIIIIIIIIE! DISCRIMINATIOOOOOOOOOOON!!! PATRIARCAAAAAAAAT! ARGH!!!!!

Alors que fait Juju? Ben, il plie, évidemment. C'est ça le courage et l'audace! Et même si ces femmes continueront vraisemblablement à s'occuper de dossiers de moindre importance que leurs collègues ministres, elles toucheront maintenant le même salaire qu'eux. 

Parce que... euh... PARITÉ, pardi!

Et parce que... euh... nous sommes en 2015!

On nage en plein délire.

Mais non, pardonnez-moi, qu'est-ce que je dis là... j'avais oublié que nous sommes en 2015! Excusez-moi, il faut sourire et applaudir le grand leader, Juju le juste, Juju le jeune, Juju le sexy qui a enfin offert l'équité et la parité aux pauvres miséreux sexistes que nous sommes! Il nous trace la voie de l'avenir! Quel homme audacieux qui pose une geste qui relève de la plus pure des évidences! Tous les journalistes le disent! Ils ne peuvent tout de même pas tous se tromper! Si on ne peut plus se fier aux médias, alors à qui se fier? Je vous le demande!

Gloire à Juju!

Longue vie au leader!

Vive la parité!

Hourra!




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