6 janvier 2016

Discrimination féministe



7 commentaires:

PJ a dit…

Encore là, la notion d'excellence est fort simple dans un concours de vitesse pure. Dans un système complexe, la réduction à "les meilleurs obtiennent les postes peu importe le sexe/l'origine ethnique/l'orientation sexuelle/le niveau socio-économique" est une pure fiction qui ne tient pas compte d'une auto-sélection basée sur un ensemble de critères plus ou moins arbitraires. Chaque organisation/domaine a ses propres biais qui font justement que des processus supposément objectifs sont sujets à des biais systématiques. Même dans les publications scientifiques revues par des pairs, l'institution d'origine des auteurs, si elle n'est pas cachée dans le processus d'évaluation, fait qu'un même article sera plus facilement accepté si les auteurs viennent d'Harvard que de l'U de M, mettons. Ici, un CV avec un nom maghrébin dessus sera moins bien évalué que le même CV avec un nom québécois. Les articles (de journalisme régulier ou scientifiques) à ce sujet ne sont pas difficiles à trouver.

Prof Solitaire a dit…

Je suis d'accord avec toi, c'est vrai que ça fonctionne ainsi... mais ne devrait-on pas tenter de rendre ces processus plus objectifs et justes plutôt que d'y ajouter des nouveaux critères encore plus discriminatoires et impertinents comme le sexe?

Est-il donc impossible de mettre sur pied un système qui met toute l'emphase sur ce que les gens FONT plutôt que sur ce qu'ils SONT?

PJ a dit…

Malheureusement, non. Il faudrait au départ rendre les processus "aveugles" le plus possible, c'est-à-dire, cacher les informations causant des biais (conscients ou inconscients) qui ne sont pas utiles au processus de sélection. Déjà, ce n'est pas possible (faire des entrevues sans voir/entendre les candidats directement, en brouillant l'image et modifiant le son pour enlever un paquet de facteurs identifiant le sexe, l'âge, l'origine ethnique, etc.). Ensuite, les systèmes de décisions objectifs sont tout aussi exploitables. Les grosses compagnies et institutions utilisent déjà des programmes informatiques pour lire automatiquement les CVs et font une sélection initiale des candidats de cette façon (exemple, x années d'expérience avec Excel, connaissance de ci, éducation en ça, etc.), n'importe qui n'a qu'à savoir comment optimiser l'information fournie pour passer cette étape, alors que de très bons candidats réels, qui n'ont pas l'astuce ou la patience de réécrire leur CV pour passer la sélection informatique, vont passer inaperçus. Ensuite, il reste un paquet de qualités subjectives qui font que même un excellent candidat sur papier peut ne pas être à sa place dans un certain environnement, ou, à l'inverse, un candidat plus faible sur papier pourrait mieux fonctionner dans un milieu à cause de "l'écosystème" (la personnalité des collègues, par exemple). Un critère objectif mais inapproprié peut donner l'illusion de fonctionnement quand on n'a pas une vue d'ensemble. Une petite illustration humoristique et une autre, inspirée d'une citation d'Einstein (supposément) à ce sujet.

Finalement, l'imposition de certaines règles pour encourager la diversité permettent justement de sortir des biais de sélection systématiques. L'afflux de diversité de culture et de points de vue rend l'écosystème normalement plus robuste. Dans plusieurs milieus, cela veut dire plus de femmes, entre autres. Mais dans certains, comme l'enseignement, surtout au primaire, il faudrait aussi plus d'hommes. Peu importe le système, le danger est vraiment d'avoir un système de pensée unique, qui est encouragé par un manque de diversité du milieu. Les quotas et les règles de sélections basés sur une discrimination "positive" (règles contournables dans plusieurs cas, deux candidats n'étant jamais parfaitement égaux), sont une solution imparfaite au problème, mais il est difficile de trouver mieux. Je connais même un exemple où l'utilisation d'une politique favorisant l'embauche de femmes a permis à un employeur d'embaucher trois personnes (dont deux hommes) alors qu'en théorie il n'y avait qu'un seul poste. Pour le département en question, c'était vraiment une situation win-win. Sans cette politique, un seul candidat aurait été embauché.

Prof Solitaire a dit…

Wow... fascinant... décourageant... déroutant... je vais avoir besoin de temps pour digérer ça... mais merci de partager! J'adore la BD.

Anonyme a dit…

Wow, j'adore!!! Merci!!!

fylouz a dit…

En ce moment, je lis la biographie de Francis Ford Coppola par Michael Schumacher (la Formule 1 conduit vraiment à tout). Il y a un passage qui m'a frappé : le film "The godfather II" a remporté plusieurs Oscars dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleure Musique. Toutefois, Talia Shire, sœur de Francis, nominée pour l'Oscar du Meilleur Second Rôle Féminin, ne remporta pas le trophée, suscitant le dépit d'Italia, leur mère. Extrait : "Francis is jumping up in the air saying, 'This was the best night in our lives'" she (Italia) recalled. "Well, Tallie lost that night, and she said, 'I'm a girl, so you forgot about me'. Then Carmine (le père de Coppola et compositeur de la musique du film) gave his speech about how if it wasn't for him Francis wouldn't be here. I said to him afterward, "Gee, Carmine, you did a great job, I hope the labour pains weren't too bad."

According to Talia Shire, Italia was looking for a little recognition herself. "When Francis was giving his acceptance speech, my mother wanted him to say, '...and to my mother, Italia Pennino Coppola." (Page 188)

Je ne sais pas pourquoi, ça m'a fait tomber de ma chaise...

PJ a dit…

Un autre exemple de biais systématique dans le monde académique.