16 janvier 2016

La peur

Je suis envahi par la peur, ce matin.

Sincèrement, si le contrat n'était pas déjà signé avec la maison d'édition, je crois que je reculerais et que je changerais d'idée à propos de la publication de mon livre.

Je sais que c'est de la pure couardise et que je suis juste un maudit gros chicken, mais j'ai vraiment peur tout à coup.

Je n'ai tellement rien à gagner personnellement avec la publication de ce livre que j'en suis à me dire que je suis vraiment masochiste de m'être lancé dans cette aventure.

Après le cauchemar indescriptible que j'ai vécu, après des mois de harcèlement, de cruauté, de trahisons, de torture psychologique... après une dépression que j'aurai passé plusieurs autres mois à traverser et à survivre de peine et de misère... après tout ça, me voilà enfin peinard, loin de mes bourreaux, à l'emploi d'une nouvelle commission scolaire, entouré de collègues infiniment plus amicaux et respectueux que tout ce que j'ai pu connaître dans le passé... entouré de gens qui ignorent tout de ma réputation diffamée et qui semblent m'apprécier... et au lieu de simplement tourner la page et de passer à autre chose, voilà que j'écris un bouquin qui lève publiquement le voile sur tout ce que j'ai subi?

Je n'ai strictement rien à gagner et tout à perdre en publiant ce livre.

Qu'est-ce que j'espérais exactement en écrivant ça? Que le monde de l'enseignement primaire accepterait de se remettre en question et de voir sa misandrie et son inflexibilité en face? Que mes anciennes collègues, soudainement envahies de remords et dégoûtées par leurs propres agissements, s'excuseraient et remettraient en question leurs préjugés sexistes? Que d'autres hommes qui travaillent dans nos écoles primaires briseraient le silence pour joindre leur voix à la mienne pour dénoncer publiquement la discrimination dont ils sont systématiquement la cible?

Ça n'a absolument aucune chance de se produire.

Je repense à la cruauté froide, calculée et impitoyable de mon abominable ancienne directrice, à l'indifférence ou à l'animosité hypocrite de mes anciennes collègues et je ne peux pas m'empêcher de craindre la réaction de ces gens. Jamais elles n'admettront leurs torts. Si je suis chanceux, elles ne liront pas le livre. Et si elles le lisent, soulagées de constater que je ne les nomme pas, peut-être se satisferont-elles de simplement le rejeter du revers de la main. Mais si elles passent à l'offensive, je n'ose imaginer les insinuations et les faussetés qu'elles seraient prêtes à vomir à mon sujet. Si leur diffamation atteint le même niveau que leur mépris, ce sera épique...

Même des gens qui n'étaient pas directement impliqués dans mon histoire seront écorchés au vif par mon livre. Les commissions scolaires lanceront-elles une chasse au délateur pour tenter de m'identifier, de me faire taire et de me punir? Les journalistes que je critique se vengeront-ils dans leurs chroniques et leur tribunes? Les groupes féministes déformeront-ils mes propos afin de me diaboliser? Les syndicats d'enseignement me cloueront-ils au pilori? Mes nouvelles collègues me reconnaîtront-elles? Comment réagiront-elles?

Ce matin, je me dis vraiment que je suis un esti d'épais complètement dénué de l'instinct de survie le plus élémentaire.

J'essaie de me répéter que ce que je raconte dans ce livre doit être lu et su. Que cette discrimination systémique doit être dénoncée. J'essaie de me rappeler que c'est plus grand et plus important que moi. J'essaie de me dire que je n'ai pas écrit ça pour moi, mais plutôt pour mes fils, pour mes élèves présents et futurs, pour les hommes qui ont subi et ceux qui subiront les mêmes injustices que moi. J'essaie de me rappeler que ce livre, je l'ai écrit avec les plus nobles intentions.

Mais ça ne m'empêche pas d'être terrorisé ce matin. Et d'avoir juste le goût de fuir.

Qui sait? Peut-être que ce livre sera bien reçu. Peut-être qu'il réussira à ouvrir des yeux et à éveiller des consciences. Peut-être qu'il engendrera des remises en questions?

Qui sait?

Je vais me répéter ça en attendant que s'apaise la peur que j'ai au ventre...



9 commentaires:

fylouz a dit…

Je ne sais pas trop comment apaiser tes doutes, sinon ainsi :
- en ce qui concerne ton ancienne directrice et tes anciennes collègues, pour t'attaquer, il faudrait qu'elles se découvrent, ce qui reviendrait à attirer l'attention sur elles, une attention que dans les circonstances elles ne rechercheront probablement pas. Car si les harceleurs aiment être le centre de l'attention, c'est selon leurs propres règles et leurs propres conditions.

- en ce qui concerne les commissions scolaires, les journalistes, les syndicats, etc., vu d'ici il me semble que tu es en train de paniquer un peu vite. Prends toi un sac en papier et respire. Je sais bien que dans ton beau pays où il ne se passe pas grand chose, les journaux ont tendance à faire leur une avec ça :

http://img.kiosko.net/2010/01/11/ca/ca_journal_montreal.750.jpg

ou encore ça :

http://embruns.net/images/2014-07-28-journal-de-quebec.jpg

Là, tu es comme quelqu'un qui sortirait par grand beau temps et qui ferait une crise de panique parce qu'il a oublié son parapluie. Si une de tes têtes de turc réagissent, il sera toujours temps d'y penser, mais on en est pas encore là. Le Québec n'est pas l'Union Soviétique ou la Corée du Nord. Je gage que les chances que tu te fasses lyncher par une horde de femelles hystériques en sortant de chez toi sont infinitésimales.

Maintenant, sois gentil et dis nous comment on peut précommander ton livre (et y'aurait intérêt accepte les commandes de França, sinon c'est moi que tu risque de voir traîner en bas de chez toi).

https://www.youtube.com/watch?v=dgV6wXcet50

Guy a dit…

On est à fond derrière toi. Comme ancien relationniste au pire, je suis près à te venir en aide. J'ai hâte à ton nouveau livre. Mes seules doutes sont pour ton blog, je t'en ai déjà parlé.
Le système scolaire a besoin de gens comme toi qui dénonce.

J. Viau a dit…

Je souhaite sincèrement que ton livre connaisse un grand succès.

En passant,je lis ton blogue depuis au moins cinq ans, lequel est toujours aussi intéressant à lire.

Avancer malgré ses peurs, c'est ça le vrai courage. Certainement un exemple à suivre.

Prof Solitaire a dit…

@ fylouz: Merci mon vieux, tu es un thérapeute redoutable. Tu as raison lorsque tu dis qu'elles ne voudraient probablement s'exposer. SAUF si beaucoup de monde nous reconnait. Je suis d'ailleurs tenté de retirer quelques détails à propos d'elles lors de la dernière révision... une autre façon plus subtile de se venger serait d'entrer en contact avec ma nouvelle CS et salir ma réputation en catimini... Cela étanjt dit, merci pour les unes de journaux, tu m'as bien fait rire... et le vidéo s'est avéré fort efficace également! Merci padawan! Et pour ce qui est du livre, envoie-moi un courriel et on s'en reparle.

@ Guy: Je suis très flatté de ton offre... j'avais envie de dire que c'est vraiment chic de ta part d'offrir ainsi d'aider un inconnu, sauf que comme tu lis le blogue depuis des années, en réalité tu me connais beaucoup mieux que la vaste majorité des gens que je croise à tous les jours! Merci encore. Et ton conseil à propos du blogue n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Comme j'utiliserai un pseudo différent pour le livre, j'imagine que beaucoup de gens ne feront même pas le lien. Je nomme le blogue une fois dans le livre, mais je suis tenté de l'effacer en dernière révision.

@ J. Viau: Merci pour les bons mots. C'est très, très apprécié.

Anonyme a dit…

@ Prof solitaire,

Il me semble que vous réagissez comme le petit enfant qui fait un reproche à ses parents et qui a peur de perde leur amour, donc se culpabilise.

Pensez aux jeunes qui ont dénoncé les agressions de leurs professeurs représentant de "djeu"
sur la terre et des hésitations durant des années avant de dénoncer ces "parents" pervers probablement eux-mêmes d'anciens abusés.

Vous vous attaquez au plus ancien tabou et au plus dévastateur comportement des mères : la pédagogie noire et blanche cause immémoriale du chaos sur la terre dans toutes les sociétés et que l'on peut observer quotidiennement grâce à l'Internet.

"J'essaie de me répéter que ce que je raconte dans ce livre doit être lu et su. Que cette discrimination systémique doit être dénoncée. J'essaie de me rappeler que c'est plus grand et plus important que moi. J'essaie de me dire que je n'ai pas écrit ça pour moi, mais plutôt pour mes fils, pour mes élèves présents et futurs, pour les hommes qui ont subi et ceux qui subiront les mêmes injustices que moi. J'essaie de me rappeler que ce livre, je l'ai écrit avec les plus nobles intentions."

La prochaine étape consistera en l'élaboration d'un cour spécial à donner aux élèves sur l'arnaque qui les attend, sur la toile d'araignée qui leur est tendue pour les piéger dans l'esclavage du désir de l'illusion du bonheur dans le mariage et les enfants.

Revoyez "Dead Poets Society" avec Robin Williams :http://www.bbc.com/news/magazine-28756375

Salutations

Le Gaïagénaire

Anonyme a dit…

http://sylvieshene.blogspot.ca/2015/11/risking-safety-for-cause-bigger-than-me.html

Fred a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=urzSKs-TmBc

Anonyme a dit…

Je serais tentée de dire que même si votre ancienne directrice se retrouve dans votre description, ce n'est pas une femme comme cela qui va se remettre en question. Par contre, il y a aussi des gens intelligents qui vont peut-être réfléchir aussi sur leurs idées reçues ou comportements. Dénoncer, c'est aussi se tenir debout! En plus, vous êtes de l'intérieur! C'est normal de douter! Je pense à un monsieur qui en ce moment fait la grève de la faim. Il veut que les "autorités" reconnaissent que sa fille s'est suicidée suite à du harcèlement de la part du personnel enseignant. Lorsque vous allez sur son blog, d'autres élèves témoignent sur les harceleurs; ils sont toujours en place.
Pensez aussi aux parents qui luttent pour leurs enfants. Je sais que vous êtes professeur (et papa également)... Pour moi, c'est une évidence, une enseignante/directrice qui s'en prend à ses professeurs/collègues masculins, elles s'en prendront aux garçons. Pensez à ces enfants! Une école qui est un calvaire pour les garçons, c'est une honte! Nous sommes des milliers à en subir les conséquences.

Prof Solitaire a dit…

J'y pense, croyez-moi, j'y pense... c'est pour cette raison que j'ai décidé de publier. Merci de me botter l'cul, ça fait du bien des fois! ;-)