10 janvier 2016

Vive l'Arabie saoudite!

L'Arabie saoudite est probablement la plus sanglante théocratie sur la surface de la Terre.

Si Daech réussissait à conserver un territoire et à obtenir une certaine légitimité, leur califat ressemblerait beaucoup à l'Arabie saoudite.

Considérez par vous-même:

L'Arabie saoudite est un pays pratiquant la peine de mort. Selon le site Death Penalty Worldwide, il y a eu en Arabie Saoudite 26 ou 27 exécutions en 2010, au moins 82 en 2011, au moins 76 en 2012, au moins 79 en 2013, au moins 90 en 2014 et au moins 153 exécutions en 2015. Et en 2016 il y a eu au moins 47 exécutions (mise à jour le 3 janvier 2016).

L’homicide, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue, la sorcellerie, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité, le sabotage, et l’apostasie (renoncement à l'islam) y sont punis de mort (deux d'entre eux seulement sont cités par les sources islamiques: le meurtre et le viol).

Les exécutés sont très généralement décapités d'un coup de sabre, ou lapidés pour l'adultère, rarement par d'autres méthodes comme la crucifixion ou l'arme à feu.

L’assistance d'un avocat avant le procès et la représentation légale en salle est régulièrement déniée aux prévenus.

Tout simplement monstrueux, n'est-ce pas?

Sans parler du fait que les femmes de ce pays sont soumises à l'autorité d'un "gardien" mâle, qu'elles sont obligées de cacher leurs cheveux et de s'habiller "modestement", qu'elles n'ont pas le droit de conduire, d'ouvrir un compte de banque, d'obtenir un passeport, de se marier, de travailler ou de subir une intervention chirurgicale sans la permission de leur gardien, qu'elles n'ont pas le droit de se déplacer sans chaperon, d'adresser la parole à des hommes qui ne sont pas des membres de leur famille, de se baigner à la piscine, de participer à des sports de compétition, d'essayer des vêtements dans les salles d'essayage des magasins, de pénétrer dans un cimetière, de lire des magazines féminins qui n'ont pas été préalablement censurés et qu'elles n'occupent que 13% des emplois sur le marché du travail (voir ici, ici et ici)... tout ceci ne devrait-il pas indisposer un tantinet Justin Trudeau le grand féministe?

Ben non! Apparemment, rien de tout ceci ne constitue un obstacle aux liens commerciaux et diplomatiques entre le Canadâ et l'Arabie saoudite:

Le gouvernement canadien de Justin Trudeau, sous le feu des critiques des défenseurs des droits de l'homme, a justifié vendredi un important contrat de vente d'armements à l'Arabie saoudite.

Traduction: On fait de l'argent et c'est tout ce qui compte.

Après l'exécution la semaine dernière de 47 personnes dont le chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, figure de la contestation contre le régime saoudien, le ministre canadien des Affaires étrangères a estimé nécessaire d'entretenir des relations avec le royaume wahhabite pour faire avancer les droits de l'homme.

Traduction: Les libéraux croient que la meilleure façon de faire "avancer les droits de l'homme" dans ce pays c'est... de ne rien faire et... de continuer à avoir des relations économiques normales avec lui. Ils s'en remettent à la pensée magique.

Pas question pour Stéphane Dion, ministre des Affaires étrangères, de remettre en cause un contrat de 13 milliards de dollars américains. Signé en 2014 par le précédent gouvernement conservateur, le contrat porte sur la vente de véhicules blindés légers à l'Arabie saoudite et qui seront fabriqués par la filiale canadienne du groupe américain General Dynamics.

Traduction: On a de beaux et grands principes, mais seulement quand cela ne nous coûte rien.

Pour Stéphane Dion, la signature d'un contrat ne signifie pas pour autant un cautionnement d'un régime politique. Le Canada «a des contrats de vente d'armes à des pays dont on n'aime pas forcément les régimes», a déclaré vendredi M. Dion sur les ondes de Radio-Canada.

Traduction: On est prêt à vendre n'importe quoi à n'importe qui, tant qu'ils nous paient bien. C'est tout ce qui nous intéresse.

Le ministre des Affaires étrangères, qui avait dimanche «réprouvé» les 47 exécutions en Arabie, a voulu dissocier la défense des droits de l'homme et les contrats commerciaux.

Traduction: Les droits de l'homme n'ont absolument rien à voir avec la business! On peut très bien vendre des armes à un gouvernement étranger qui est responsable d'atrocités contre sa propre population. Il n'y a absolument aucun problème là-dedans. Business is business.

«Si le Canada doit cesser de faire affaire avec les pays qui exécutent et qui reconnaissent la peine de mort, la liste risque d'être longue et pas très loin de nous», a-t-il déclaré en référence à certains États du voisin américain, premier partenaire commercial du Canada.

Traduction: Notre merveilleux ministre des affaires étrangères compare l'Arabie saoudite aux ÉTATS-UNIS! Pour lui, une théocratie fanatique qui décapite des apostats ou des "sorciers" et qui lapide des adultères en les privant des services d'un avocat est parfaitement comparable au système judiciaire américain! Non mais, quel pauvre type...

Le ministre des Affaires étrangères, en parlant d'une «entente» avec l'Arabie, a estimé que les véhicules blindés avaient pour but de «protéger le pays» et «pas à tirer sur la population».

Traduction: Nous vendons des tanks à une théocratie totalitaire fanatique sanguinaire qui opprime et exécute ses citoyens pour des raisons religieuses frivoles et qui réprime sévèrement toute opposition, toute critique et toute réforme... MAIS ils ne se serviront pas de nos tanks pour le faire, alors ce n'est pas grave.

Dans ce type de contrat, «il y a une entente» et «si des gouvernements ne respectent pas les ententes» alors le Canada serait en droit de remettre «en cause notre capacité de faire affaire avec eux dans bien des domaines».

Traduction: On a une entente avec l'Arabie saoudite dont on ne vous révélera pas le contenu, mais faites-nous confiance, si éventuellement l'Arabie saoudite ne respecte pas cette entente secrète (ce qui n'est toujours pas le cas malgré les violations évidentes des droits de l'homme les plus élémentaires), le Canada va commencer à peut-être se dire que ce serait une éventuelle possibilité de réfléchir à l'hypothétique éventualité de remettre en question nos ventes d'armes à ce pays. Peut-être. Si on a le temps.

Lors de la campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau avait assuré qu'il n'annulerait pas le contrat tout en affirmant: «ce ne sont pas des armes, ce sont des jeeps». Le quotidien Globe and Mail a souligné vendredi que les véhicules blindés seraient équipés de systèmes de missiles antichars ou de canons.

Traduction: Le premier ministre du Canada est un esti de menteur.

Mais ça, on le savait déjà.



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