14 février 2016

La vérité à propos de l'immigration

Qu'est-ce que vous diriez d'une conversation intelligente à propos de l'immigration?

Une conversation raisonnable, calme et posée. Sans les cons de droite qui diabolisent les immigrants, et sans les cons de gauche qui hurlent à la xénophobie dès qu'on aborde la question?

Ça serait pas beau, ça?

On va essayer, pour voir.

La question qui mérite d'être posée et qui ne l'est jamais, c'est de savoir si l'immigration est dans l'intérêt du peuple québécois? Voyons voir les différents aspects de cette question.

FIXATION MULTICULTURALISTE

Un des arguments préférés des libéraux s'inscrit dans la logique dogmatique de leur idéologie multiculturaliste. Selon ce dernier, le Québec a "le devoir" de faire preuve "d'ouverture" et d'accueillir un très grand nombre d'immigrants.

Ironiquement, plus le Canada anglais taxe le Québec de société raciste, plus les libéraux veulent accueillir un grand nombre d'immigrants dans le vain espoir de montrer aux Anglos qu'ils ont tort. C'est l'économiste Pierre Fortin qui a récemment souligné ce phénomène:

L’économiste Pierre Fortin juge que le gouvernement Couillard aurait tort de hausser le seuil actuel d’admission des immigrants, fixé à 50 000 par an, comme le souhaitent le premier ministre et les milieux d’affaires. Une augmentation significative serait destructive, a-t-il prévenu.

Pierre Fortin, qui participait à la consultation en commission parlementaire sur le projet de loi 77 qui propose une réforme de la Loi sur l’immigration, a déboulonné quelques certitudes des élus sur le sujet.

«Vous êtes naturellement portés à combattre la perception, répandue dans les autres provinces, selon laquelle les Québécois forment une nation chauvine, xénophobe, voire raciste. En conséquence, vous pouvez être tentés de poser des gestes excessifs à la seule fin de démontrer votre ferme engagement à être ouverts, accueillants et hospitaliers», a-t-il avancé.

En d'autres termes, favoriser l'immigration massive dans l'espoir que cela sera bon pour notre réputation est idiot. Ce n'est pas une raison valide pour justifier ces politiques.

JUSTIFICATIONS ÉCONOMIQUES

À en croire le conseil du patronat et le Conférence board, pour qui la seule considération est l'augmentation inexorable de leurs marges de profits, l'immigration est la meilleure décision pour décupler le dynamisme de l'économie québécoise.

Or, selon Pierre Fortin, c'est encore faux:

La suggestion du Conférence Board et reprise par le patronat de hausser les seuils d’immigration à 65 000 ou même à 90 000 personnes par an va beaucoup trop loin, estime l’universitaire de l’UQAM. « Nul doute qu’elle exposerait le Québec aux dangers d’une déferlante excédant la capacité d’absorption raisonnable de sa population et destructive à terme de sa cohésion sociale », a affirmé Pierre Fortin, qui a repris la recommandation des chercheurs Brahim Boudarbat et Gilles Grenier.

«Les perturbations politiques et sociales qui frappent présentement l’Europe, où le taux d’immigration est même inférieur à celui du Québec, prouvent que ce danger n’est pas imaginaire dans une société qui a mal géré son immigration et sa diversité», a-t-il ajouté.

Il ne faut pas selon lui croire les associations patronales qui brandissent la menace de pénuries généralisées de main-d’oeuvre. La baisse de la population active — depuis deux ans, le Québec a perdu 12 000 personnes en âge de travailler — n’aura pas cet effet. Mais Pierre Fortin a suggéré à la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, de donner à son ministère la souplesse nécessaire pour résoudre les pénuries particulières de main-d’oeuvre, notamment quant à la connaissance du français de ces travailleurs qualifiés, tout en maintenant les exigences linguistiques générales.

Contrairement à la croyance populaire et à celle de la plupart des élus, l’immigration n’apporte pas d’avantages économiques significatifs à la population d’accueil.«L’opinion publique tient rarement compte du coût imposé par l’immigration aux finances publiques», a-t-il rappelé.

Bref, l'immigration n'apporte pas seulement des bénéfices pour les entreprises, elle apporte également des coûts additionnels pour la société.

VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION

L'argument du vieillissement de la population est bien connu. "Les Québécois vieillissent et ne font pas assez d'enfants", dit-on, et il faut pallier à ce manque démographique avec des taux d'immigration élevés.

L'argument peut sembler logique. Mais il n'en est rien:



L'économiste Fortin ajoute:

De même, la population «se leurre en présumant que l’immigration peut résoudre le problème du vieillissement de la population », a-t-il fait observer. Pour contrer ce vieillissement, il faudrait multiplier par cinq le nombre d’immigrants reçus, une chose« inimaginable», a-t-il dit.

OBLIGATION MORALE

Est-ce à dire qu'il serait préférable de n'accepter aucun immigrant? Pierre Fortin répond:

Pierre Fortin estime que les Québécois doivent favoriser l’immigration pour des raisons d’ordre moral et de justice. «Il faut répéter que l’immigration, c’est notre contribution au combat mondial contre les inégalités de revenu et de richesse, que la diversité enrichit notre culture.»

«Cela nous coûte de l’argent, mais l’investissement en vaut la peine. Il faut toutefois bien saisir que le taux global d’immigration et de diversité culturelle qui est souhaitable n’est pas infini et qu’il faut moduler notre hospitalité en fonction de notre capacité d’absorption culturelle, politique et sociale. Il faut ouvrir notre coeur, mais garder notre tête froide», a fait valoir Pierre Fortin.

LA LANGUE

Si les Québécois ont une obligation morale d'accueillir des gens issus de pays moins fortunés, ils ont également l'obligation morale de sauvegarder et d'assurer la pérennité de leur langue et de leur culture.

Or, dans notre contexte actuel de province, l'immigration représente malheureusement une menace à cet objectif et cela se vérifie régulièrement:

Plus de 200 000 Néo-Québécois, soit 20% de la population immigrée au Québec, ne parlent pas français. La plupart de ces immigrants, soit 160 000, parlent anglais. (...) l’immigration continue de contribuer au déclin du français, surtout dans la région de Montréal.

(...) «On dirait que par négligence, le gouvernement du Québec refuse de voir l’impact de l’immigration sur le français à Montréal», a affirmé Jean Ferretti au Devoir. «La politique migratoire menée depuis 1991 ne permet pas d’atteindre l’objectif du [ministère] de pérenniser le français. Les efforts de sélection ont permis de hausser la part d’immigrants connaissant le français, mais ne sont pas suffisants pour endiguer le déclin du français», écrit Jean Ferretti.

(...) Si le gouvernement du Québec poursuit la même politique en matière d’immigration qu’à l’heure actuelle, le poids démographique des francophones continuera de diminuer. Reprenant les projections des démographes Guillaume Marois et Marc Termotte, les francophones ne représenteraient plus que 75% de la population du Québec dans 40 ans, contre 82% en 2006. Si le seuil d’immigration de 50 000 à l’heure actuelle était porté à 65 000 — Philippe Couillard a déjà indiqué son intention d’augmenter le nombre d’immigrants reçus au Québec —, le poids des francophones s’élèverait à 73%.

De son côté, Marc Termotte évalue qu’avec un seuil de 60 000 immigrants par an, la proportion de francophones sur l’île de Montréal passerait de 52,4% [donnée de 2011] à 42,3% en 2056.

(...) Après des progrès considérables à la suite de l’application de la loi 101 à compter de la fin des années 70, la part des travailleurs dans la région de Montréal qui parlent principalement le français au travail n’a cessé de diminuer depuis 1989, passant de 85 % à 80 %. Sur l’île de Montréal, ce sont 66 % des travailleurs qui utilisent le français au travail la majorité du temps.

Bref, dans le contexte politique actuel, les immigrants contribuent au déclin du français au Québec. C'est un fait.

Cela est bien compréhensible et on ne peut pas leur en vouloir. Le Québec n'est pas un pays et ces gens immigrent au Canada.

Si vous décidiez d'aller vivre en Espagne, apprendriez-vous l'espagnol qui est parlé par tout le monde, ou investirez-vous des années à apprendre le catalan, qui n'est parlé que dans une partie du pays? Le choix est évident.

Toutefois, si vous immigrez au Portugal, la question ne se pose pas. Vous apprendrez le portugais. Vous n'étudierez pas l'espagnol sous prétexte que le pays voisin, plus peuplé, utilise cette langue ou encore sous prétexte que l'espagnol est parlé dans un plus grand nombre de pays que le portugais. Ces arguments sont complètement idiots. Vous avez choisi d'aller vivre au Portugal, parmi les Portugais et vous apprendrez donc leur langue. C'est l'évidence même. C'est ce qui se passerait ici également, si le Québec était un pays.

Lorsqu'on regarde la réalité en face, la véritable solution aux problèmes que pose l'immigration à la survie de notre langue, c'est donc la souveraineté du Québec.

D'ici là, les taux d'immigration doivent être maintenus assez bas et il faut prioriser d'abord et avant tout les candidats qui ont une bonne connaissance du français. Et qui, j'ajouterais, n'expriment pas une aversion pour nos valeurs communes.

Non pas par xénophobie, mais tout simplement à la lumière des arguments parfaitement raisonnables comme ceux qui sont énumérés dans ce billet.

D'ailleurs, je suis d'avis que l'immigration apporte une diversité qui, dans une certaine mesure, est très positive socialement. Mais pas au prix de notre prospérité ou de la perte de notre identité collective.

Si la question vous intéresse, voici un autre article à propos des arguments de Pierre Fortin.



4 commentaires:

Prof Solitaire a dit…

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/461808/immigrants-economiques-priorite-aux-candidats-bilingues-dit-la-ccmm

Alors que 20 % de la population immigrée au Québec ne parle pas français et que la majorité des immigrants qui ne connaissent pas le français à leur arrivée refusent de suivre les cours offerts par l’État pour l’apprendre, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) suggère au gouvernement d’accorder une plus grande importance à la connaissance de l’anglais dans le processus de sélection des nouveaux arrivants dits « économiques ».

Ishang1991 a dit…

That was quite interesting to read. And something for me to reflect. Mes parents m'ont toujours dit que ceux qui sont "contre" l'immigration sont des racistes and shit. You're either with them or against them. Si seulement ils etaient plus ouverts. Even if I told them about this they'd go "well then we'll just move to another province". Which is what they'll do if ever Quebec becomes a country. They swore on it. Sucks. There's more to it than they know. :/

Hénèm a dit…

Pourquoi pas une alliance Catalogne-Écosse-Québec ? Ya déjà des traités entre le Canada et l'UE mais on pourrait ouvrir des corridors privilégiés de commerce, d'éducation, de recherche, etc.

C'est sûr qu'en ce moment l'option vivote pas mal plus ici mais je pense qu'on est plus forts en s'entraidant. Cela dit, c'est pas Couillard qui va appuyer ça.

Prof Solitaire a dit…

@ Ishang: J'applaudis ton ouverture d'esprit ma chère! Pour ce qui est de tes parents, il ne faut pas trop leur en vouloir, ils sont très mal informés par les médias anglophones. Ces derniers sont complètement incapables de la moindre objectivité lorsqu'il est question des souverainistes. Ils les voient presque comme des nazis!

@ Hénèm: En effet, certainement pas avec Couillard...