3 mars 2016

Le Canada en guerre contre le français

J'ai abondamment parlé des excuses offertes par le gouvernement ontarien pour avoir banni le français de ses écoles (ici, ici, ici et ici).

Mais si vous croyez qu'il s'agit là d'un événement isolé dans l'histoire canadienne, vous vous trompez.

Extraits de cet excellent site hébergé par l'Université Laval:

La Nouvelle-Écosse

Déjà, en 1864, la Nouvelle-Écosse avait adopté une loi sur les écoles publiques, l'Education Act, dite loi Tupper, qui faisait de l'anglais la seule langue d'enseignement. En effet, la loi instaurait un enseignement unilingue anglais et non confessionnel, tout en supprimant toute subvention aux écoles catholiques et francophones. Pour les Acadiens, cette loi équivalait à leur assimilation culturelle, religieuse et linguistique. (...) Durant presque un siècle, la plupart des enfants francophones durent fréquenter l'école anglaise. (...) Mais tous les manuels demeurèrent en anglais, de même que les examens provinciaux. (...)

Le Nouveau-Brunswick

En mai 1871, le gouvernement provincial du premier ministre George Edwin King décida de faire disparaître les «écoles de paroisse» où l'on enseignait le français et la religion catholique. (...) Les parents francophones furent tenus de payer une double taxe scolaire pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées ou accepter, à l'encontre des recommandations de leur clergé, de les acheminer dans les écoles publiques gratuites en anglais. Cette mesure discriminatoire souleva même une émeute dans la petite ville de Caraquet. Les élites acadiennes en appelèrent aux tribunaux et au Parlement fédéral pour désavouer cette loi, mais ce fut sans succès.

L'Île-du-Prince-Édouard

Dès 1873, les autorités provinciales pratiquèrent une politique d'assimilation qui eut pour effet de mener les Acadiens à la quasi-disparition des acquis, notamment en matière scolaire: les écoles française furent interdites. Des historiens soutiennent qu'en 1876 la province de l'Île-du-Prince-Édouard aurait adopté une Official Language Act (...). Celle-ci aurait fait de l'anglais la seule langue des registres, de la publication des journaux et lois de la Législature, ainsi que dans les tribunaux. (...) Plusieurs lois scolaires, restrictives pour le français, auraient existé: 1830, 1834, 1837, 1841, 1847, 1861, 1880. Cependant, les registres provinciaux ne contiennent plus les textes des lois.

L'Ontario

Quant à la province de l'Ontario, elle se rendit célèbre par son Règlement 17 qui interdisait l'enseignement en français au-delà des deux premières années du niveau primaire dans les écoles de la province. (...) l'interprétation qu'en fit en 1916 le comité judiciaire du Conseil privé de Londres apparaît aujourd'hui restrictif: «Les droits linguistiques ne jouissent d'aucune protection au plan constitutionnel, à l'exception de l'usage du français devant les tribunaux et aux parlements d'Ottawa et de Québec.» 

Le Manitoba

La loi de 1870 créant la province du Manitoba, c'est-à-dire la Loi sur le Manitoba, accordait une protection aux écoles séparées francophones (article 22) et établissait le bilinguisme officiel au sein du Parlement (article 23), tout comme pour le Québec. Cependant, tout bascula en 1890 avec l'adoption de la fameuse Official Language Act (...), qui fit de l'anglais la seule langue des registres, des procès-verbaux et des lois du gouvernement manitobain. L'anglais devenait aussi la seule langue permise dans toutes les activités judiciaires. (...) de nouveaux règlements annulèrent cette disposition en 1896 et firent de l'anglais la seule langue d'enseignement dans toutes les écoles publiques du Manitoba. 

La Saskatchewan et l'Alberta

En 1905, lors de la création des provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta formées à même les Territoires du Nord-Ouest, aucune garantie constitutionnelle ne fut accordée aux minorités franco-catholiques (...) La loi scolaire de l'Alberta, l'Alberta School Act adoptée en 1905, imposa l'anglais comme seule langue d'enseignement, tout en autorisant un certain usage du français dans les classes primaires. En Saskatchewan, la School Act de 1909 fit de l'anglais la seule langue d'enseignement, mais permit usage limité du français dans les classes primaires. En 1927, le Ku Ku Klan de cette province mena une campagne contre l’enseignement en français, le port de l’habit religieux et la présence de crucifix dans les écoles.

En 1929, une troisième loi de la Saskatchewan abolissait encore le français dans les écoles; cette loi reprenait et explicitait celle de 1918. En 1931, une modification à la Loi scolaire imposait l'anglais comme unique langue d'enseignement dans les écoles publiques de la province. Le français étant interdit durant les heures normales de classes, mais il était permis d'offrir des cours de français après la classe. Malgré la pénurie d'enseignants, le gouvernement interdit l'embauche d’enseignants formés au Québec et détenant un brevet d'enseignement obtenu dans cette province; il rendit illégal tout brevet d’enseignement non obtenu en Saskatchewan.

Les Territoires du Nord-Ouest

(...) le 22 janvier 1890, le député conservateur D'Alton McCarthy présenta un projet de loi à la Chambre des communes pour modifier la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest et abolir le caractère bilingue de ce territoire canadienne. Il précisait ainsi son objectif: «Mon seul désir est de travailler au bien général et l'on verra, je crois, que notre intérêt le plus véritable est de travailler à établir dans ce pays l'unité de race avec l'unité de la vie nationale et l'unité de langage.» Une ordonnance de 1892 fit de l'anglais la seule langue possible dans les écoles et les tribunaux. Le Conseil des Territoires du Nord-Ouest abolit ensuite les écoles séparées, c'est-à-dire catholiques et françaises.



2 commentaires:

André Pratte a dit…

Comment est-ce possible?
Le Canada est un foyer de diversité depuis ses origines!
Ce n'est sûrement que des cas isolé.

Prof Solitaire a dit…

Hahaha, bienvenue dans la réalité, "M. Pratte" ;-)