29 mars 2016

Le dernier Franco-Américain?

Ce magnifique témoignage d'un cousin franco-américain qui a décidé de venir vivre au Québec mérite vraiment d'être lu:

Bonjour. Mon nom est Rémi Francœur et je suis Québécois. J'habite Montréal depuis quelques semaines.

Je suis né et j'ai grandi à Manchester NH, à peine à quatre heures au sud de Montréal, dans un quartier francophone. Mes amis et ma famille y parlaient français et je n'ai commencé à parler l'anglais qu'à l'âge de cinq ans.

Les gens de ma ville appelaient ce quartier «Le P'tit-Canada». Mais moi, j'étais quelque chose de grand. Un peuple fondateur, d'une culture qui dépasse les frontières et sillonne l'Amérique tout entière. Je ne me suis jamais senti p'tit-canadien. Mon cœur a toujours battu la mesure des sets carrés, des tartes au sucre, des pâtés chinois, des poutines et des tourtières de chez nous.

Pour mes parents l'expression «canadien-français» nous désignait nous tous, ceux qui parlions français en Amérique, sans considération des frontières géographiques. Les autres, c'était les Anglais.

Évidemment, mon père et ma mère, comme tous les francophones qui m'entouraient avaient presque tous quitté le Québec à l'époque où le nom était obligatoirement accolé au qualificatif bien humble de province, bien avant sa Révolution tranquille. Bien avant la montée du nationalisme. Bien avant son émancipation. Passionné de tout ce qui se passait au pays de mes aïeux, j'avais compris tout ce que comportait désormais le sens du mot canadien et j'ai grandi, conscient de mon devoir de mémoire.

Aujourd'hui je parle français avec un accent d'une autre époque, celui de mes grands-parents. Une langue isolée de la France, isolée du Québec, diluée dans l'américanité et qui ne me permet plus que de parler avec les vieux et les vieilles. Pour les plus jeunes, comme moi, le français et nos racines sont devenus un symbole de pauvreté qui nous ancre dans l'isolement. Sans fierté, un peuple s'asphyxie.

Je ne suis pas d'une culture bilingue. Je suis francophone, nord-américain de descendance canadienne-française, et désormais, je serai Québécois.

Cliquez ici pour un autre billet à propos des Franco-Américains.



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