5 mars 2016

PAS FÉMINISTE? - Cinquième partie

Ce billet fait partie d'une série. Pour bien en comprendre le contexte, je vous invite à lire:

Première partie - Thériault, Vallée et Bazzo ne sont pas féministes!
Deuxième partie - Réplique à Lise Ravary
Troisième partie - Réplique à Nathalie Petrowski
Quatrième partie - Réplique à Louise Langevin

Examinons maintenant la réaction de Mathieu Charlebois, qui a publié ce texte sur le site de L'actualité:

On a déjà vu un ministre de la Science ne pas croire à l’évolution. 

Le féminisme n'est pas une science, M. Charlebois. C'est une idéologie. Ce n'est pas du tout la même chose. Vous qui semblez tant aimer les définitions de dictionnaires, vous devriez connaître la différence...

C’était à Ottawa, et il avait été nommé par un chef de gouvernement qui ne croyait pas à l’utilité du gouvernement. 

Les conservateurs croient à un gouvernement plus petit et moins interventionniste, pas à l'absence de gouvernement. Il y a mille raisons valides pour critiquer les conservateurs, mais cette affirmation est exagérée et infondée. Ce que vous êtes en train de faire, évidemment, c'est de créer un parallèle entre "la droite" honnie et les deux ministres libérales qui rejettent l'étiquette de féministe. Vous tentez de diaboliser par association. C'est une tactique classique, mais très malhonnête.

Au Québec, on a aussi déjà vu, et on voit encore, des ministres de l’Éducation confier leurs enfants au système privé et des ministres de l’Environnement qui n’éteignent pas les lumières en sortant d’une pièce.

Oui et il y a sûrement eu des ministres des transports qui n'utilisent pas leur clignotant en changeant de voie, venez-en au fait!

Mais une ministre responsable de la Condition féminine qui ne se dit pas féministe, ça, c’est du nouveau. Pourrait-on vérifier la position de Gaétan Barrette sur l’homéopathie, juste au cas? Je commence à être inquiet.

En fait, le féminisme et l'homéopathie ont beaucoup en commun, M. Charlebois. Dans les deux cas, il s'agit de supercheries qui offrent de fausses solutions à de véritables problèmes. Dans les deux cas, les gens qui l'utilisent sont convaincus qu'il guérira tous les maux. Dans les deux cas, les utilisateurs croient posséder "la bonne voie" et perçoivent leurs opposants (les compagnies pharmaceutiques pour les uns, les humanistes pour les autres) comme personnifiant "le mal". Dans les deux cas, les gens qui y croient aveuglément sont si fanatisés que les meilleures statistiques, les meilleures études et la science la plus rigoureuse n'arrive pas à les faire changer d'idée.

Oui, M. Charlebois, votre féminisme est votre petite granule-miracle à vous!

Telle l’acériculteur diabétique ou le camionneur qui ne voit pas l’importance de passer son permis de conduire, Lise Thériault déclare à qui n’en revient pas de l’entendre qu’elle est «beaucoup plus égalitaire que féministe».

Ne vous en déplaise, cette déclaration est tout à fait sensée et tout à fait admirable.

«Beaucoup plus égalitaire que féministe.» Ici, le cordonnier proverbial n’est pas seulement mal chaussé: il ne semble carrément pas saisir le concept de «chaussure». Si on ne le surveille pas, il risque de sortir avec des abat-jour aux pieds.

Bla bla bla... la seule personne qui ne saisit pas les concepts ici, c'est vous, M. Charlebois. C'est pourtant simple. Le féminisme ne s'intéresse qu'aux inégalités qui affectent les femmes. L'humaniste égalitaire, lui, s'intéresse à toutes les inégalités, peu importe le sexe de la personne qui en souffre! Ce n'est pas compliqué, M. Charlebois, faites un petit effort!

Qu’est-ce que le féminisme? Pour le savoir, ouvrons un dictionnaire. Et pour être certain de ne pas avoir un point de vue trop partisan, allons-y avec un dictionnaire au nom masculin, le Robert:

Et ENCORE UNE FOIS, on a la défense classique du dictionnaire. C'est tout simplement hallucinant de voir les féministes systématiquement sortir leur dictionnaire à chaque esti de fois! On croirait des fanatiques religieux qui brandissent leur Bible à tout bout de champ! Une vraie farce!

Après Lise Payette, Lise Ravary et Nathalie Petrowski, voici Mathieu Charlebois, Mesdames et Messieurs!

J'ai comme un sentiment de déjà vu. Si ceci n'est pas un parfait exemple de pensée unique, je ne sais pas ce que c'est.

Je me répète donc, tout en m'excusant auprès de mes lectrices et de mes lecteurs qui doivent en avoir plein le cul de relire toujours la même chose.

Vous savez ce qui a plus d'importance qu'une définition de dictionnaire, M. Charlebois? Les PROPOS des membres de ce mouvement!

Écoutez-les, M. Charlebois. Enlevez vos lunettes roses pour quelques instants et examinez sérieusement leurs propos. Commencez par ici. Ensuite, essayez ceci.

«FÉMINISME [feminism] n.m. — 1837 ; du latin femina — Attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes.» Quelle partie de cette définition met mal à l’aise Lise Thériault? Le fait que Féminisme soit un nom masculin? C’est plus ironique qu’autre chose.

Le fait que le terme date de 1837, que la société a bien évolué depuis et que le concept n'est peut-être plus vraiment pertinent ne traverse même pas l'esprit de M. Charlebois, apparemment.

Pour une ministre responsable de la Condition féminine, la question «Êtes-vous féministe?», c’est la case «FREE» au milieu de la carte de bingo. Tu n’as pas besoin de penser, tu réponds «oui, évidemment», et tu mets ta pinouche sur la carte.

Relisez ça: TU N'AS PAS BESOIN DE PENSER!

TU N'AS PAS BESOIN DE PENSER!

TU N'AS PAS BESOIN DE PENSER!

C'est la meilleure phrase féministe du millénaire, mes amis!

TU N'AS PAS BESOIN DE PENSER ET TU RÉPONDS: «OUI, ÉVIDEMMENT!»

C'est parfait. Tout est là. Tout le fanatisme épais est là, comme dans les meilleurs dogmes religieux. Ne réfléchis pas, arrête de penser! Ne te pose pas de questions! Suis-nous, obéis-nous, on va te dire quoi penser, on va te dire à quoi il faut croire et on va t'apprendre à répondre ce qu'on veut que tu répondes! La dissention ne sera pas tolérée! Peuple à genooooooooux! Atteeeeeeeeends ta délivraaaaaaaaaaance!

C'est très exactement ça le coeur du problème, M. Charlebois!


Pour une politicienne qui a été récemment victime d’un double standard après avoir pleuré en public et qui est régulièrement la seule femme assise à une table où se prend des décisions importantes, pour une femme d’affaires qui a dû affronter pendant des années le regard et les commentaires de centaines de croûtons en vestons, son refus de l’étiquette de féministe a des allures de syndrome de Stockholm.

Mme Thériault a VÉCU sa vie. C'est à ELLE que c'est arrivé! Mais ça n'a aucune importance! M. Chalebois va lui EXPLIQUER ce qu'elle a vécu. Il COMPREND MIEUX QU'ELLE ce qu'elle a vécu dans sa vie à elle! Il a vu la lumière féministe, lui, et cela lui donne le droit D'INTERPRÉTER CORRECTEMENT l'expérience et le vécu de Mme Thériault! En se servant de sa propre vie et de ses propres expériences À ELLE, il va expliquer à Mme Thériault quelle interprétation elle doit tirer de SA PROPRE VIE!

Et si elle donne une interprétation différente aux événements qui sont survenus dans SA PROPRE VIE, alors ça veut dire qu'elle souffre du SYNDRÔME DE STOCKHOLM! Pour ceux qui l'ignorent, ce terme sert à identifier: "un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d'empathie, voire une sorte de sympathie ou de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d'identification et de survie."

À travers le regard féministe de M. Charlebois, Mme Thériault n'est pas un être humain accompli qui a connu le succès dans ce qu'elle a entrepris. NON! Elle est "une otage" et les hommes avec qui elle travaille sont ses "geôliers". Et plutôt que de les détester et de leur en vouloir, ce qui serait la manière féministe de réagir, il dénonce la sympathie qu'elle OSE éprouver à leur égard!

Hallucinant.

Si c’est le patriarcat qui vous empêche de parler, Madame Thériault, clignez des yeux trois fois rapidement, on va vous envoyer de l’aide.

Je vais donner le bénéfice du doute à Charlebois. Je vais faire semblant que ceci est une simple joke et qu'il ne croit pas vraiment à de pareilles stupidités.

Autre réponse surréaliste à une question simple: y a-t-il une des grandes figures du mouvement féministe qui a été pour elle un modèle à suivre? Après un moment de réflexion, la ministre y est allée de cette perle: «S’il y en a une qui m’inspire plus que les autres? À première vue, je vous dirais non». Misère… Même «Lisa Simpson» aurait été un meilleur choix de réponse que cette variante de «J’aimerais bien vous dire, mais je n’en connais aucune. Mettons… la première députée? Jehanne… Benoit… c’est ça?»

Si je comprends bien, toutes les femmes doivent OBLIGATOIREMENT avoir un modèle féministe, c'est bien ça? Il est absolument ESSENTIEL que chaque Québécoise se choisisse une féministe à admirer. Au moins une! C'est CAPITAL! C'est bien ça?

Et si tu OSES dire que tu ne trouves aucune féministe particulièrement inspirante, alors cela fait de toi la dernière des connes. Une ignare qui ne connait rien. Une tache qui n'arrive pas à la cheville de... Lisa Simpson.

En passant, il est très amusant de constater que M. Charlebois ne semble pas réaliser que Les Simpson, sous ses extérieurs de petite animation amusante et légère, est une émission qui a souvent été très critique de la rhétorique féministe. C'était probablement trop subtil pour lui!



Lise Thériault semble être de celles et ceux qui considèrent le féminisme comme une lutte du passé. Et mettons que c’était vrai (ce ne l’est pas!), qu’est-ce que ça changerait? L’esclavage, c’est pas mal terminé en Amérique du Nord. Je n’hésiterais quand même pas à me qualifier d’antiesclavagiste si on me posait la question. Je ne niaiserais pas autour du pot en me prétendant «beaucoup plus pro-liberté qu’anti-esclavage».

Soit M. Charlebois est profondément confus, soit il choisit minutieusement ses mots pour semer la confusion. Tentons de débroussailler tout ça.

Les gens qui combattaient l'esclavagisme au XIXe siècle étaient des "abolitionnistes" parce qu'ils souhaitaient "abolir" l'esclavage. Pour eux, ils s'agissait d'une pratique monstrueuse et inhumaine qui devait cesser. Et ils avaient parfaitement raison. Ils ont d'ailleurs gagné leur combat, l'esclavage légal et institutionnalisé n'existe plus en Occident. C'est pour cette raison que plus personne ne se dit "abolitionniste". Ce serait plutôt bizarre et anachronique d'affirmer qu'on est "abolitionniste" de nos jours.

De la même façon, et je reprends ici la définition que privilégie M. Charlebois lui-même, les gens qui souhaitaient que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes au XIXe siècle étaient des "féministes". Pour eux, il était important que les femmes bénéficient des mêmes droits et des mêmes opportunités que les hommes, que toutes les carrières leur soient accessibles, qu'elles aient le droit de voter et de se présenter aux élections, etc. Et ils avaient parfaitement raison. Ils ont d'ailleurs gagné leur combat. Aujourd'hui, les femmes ont exactement les mêmes droits que les hommes (et même plus dans certains cas), ont accès aux mêmes carrières (et bénéficient même d'avantages dans certains cas), aux mêmes études (elles sont même majoritaires dans plusieurs facultés), elles ont le droit de voter et de se lancer en politique (où elles ont de meilleures chances que leurs collègues masculins de devenir ministres), etc. Alors pourquoi n'est-il pas considéré bizarre et anachronique de se dire "féministe" de nos jours?

M. Charlebois utilise le terme "antiesclavagiste", mais ce mot n'est pas l'équivalent du mot "féministe". Il est l'équivalent d'un mot tel que, par exemple, "anti-inégalité" ou "anti-discrimination". Évidemment qu'on peut encore utiliser ces termes sans problème. Évidemment qu'on peut affirmer qu'on est contre l'esclavage, contre l'inégalité et contre la discrimination. Je le suis moi-même!

Mais dire qu'on est "féministe" n'est pas la même chose. La définition que met de l'avant M. Charlebois dans ce même article le confirme! M. Charlebois aimerait que le mot "féministe" soit un synonyme de "anti-inégalité", mais il ne l'est pas. Être "féministe", c'est exactement comme être "abolitionniste" en 2016: un anachronisme.

Peut-être n’aime-t-elle pas l’attitude de certaines personnes rattachées au mouvement féministe. Mais encore une fois: et alors? Il y a dans le mouvement fédéraliste des gens idiots, des crinqués qui dépassent les bornes, des Sam Hamad, et, elle le montre bien, des ministres qui ne savent pas de quoi elles parlent. Leur existence ne change rien au fédéralisme en tant que concept.

Le "concept" théorique de fédéralisme a beaucoup moins d'importance que l'idéologie vivante qui est véhiculée par les gens qui le défendent. D'ailleurs, lorsqu'on attaque un fédéraliste, il ne nous sort pas la définition du dictionnaire pour se justifier comme le font constamment les féministes!

Il n'y a rien de mal à juger de la validité d'une idéologie en écoutant les arguments des gens qui la défendent et la promeuvent.

Non, les féministes ne sont pas toutes aussi haineuses et déjantées les unes que les autres. Oui, certaines utilisent des arguments plus intéressants et d'autres, des idioties déjantées. Mais la vaste majorité des féministes qu'on entend et qu'on lit dans les médias acceptent les cinq prémisses suivantes:

1- Nous vivons dans un patriarcat, une société contrôlée par les hommes dans laquelle ces derniers ont tout le pouvoir et résistent à l'idée de le partager.

2- Les femmes forment une caste désavantagée de notre société. Elles sont exploitées, opprimées et sont les éternelles victimes des hommes. Leur libération et leur émancipation ne sont pas encore atteintes.

3- Les femmes sont en tous points supérieures aux hommes: elles ont de plus belles qualités, de plus belles valeurs, elles sont plus honnêtes, plus empathiques, plus douces, plus dévouées, plus maternelles, plus compréhensives, plus pacifiques, plus intelligentes, plus éthiques, plus qualifiées pour gouverner, etc.

4- Les hommes sont la source de tous les problèmes sociaux, de toutes les injustices et de tous les crimes. Il y a quelque chose de sinistre et de dangereux dans leur nature. Dès qu'un homme est accusé de viol, il doit immédiatement être considéré coupable. La présomption d'innocence ne s'applique plus. Il est important de leur enseigner, préférablement dès la plus tendre enfance, à ne pas agresser et à respecter les filles et les femmes.

5- Les hommes ne peuvent pas être victimes de discrimination. Ou s'ils le sont, on s'en fout.

Voilà l'idéologie féministe qui est véhiculée dans le discours des féministes modernes. Voilà ce à quoi il faut souscrire afin d'être en accord avec le discours féministe dominant. C'est ça la réalité.

Quiconque est épris de justice sociale devrait rejeter cette idéologie toxique sans la moindre hésitation.

J'ai longtemps été comme vous, M. Charlebois. Vous pouvez vous en sortir. Écoutez les féministes lorsqu'elles s'expriment. Enlevez vos lunettes roses et réfléchissez un petit peu. C'est correct de penser par soi-même et de regarder la réalité en face. Si moi j'ai été capable de m'en sortir, vous le pouvez vous aussi. Apostasiez du féminisme, libérez-vous.

À suivre...



4 commentaires:

Olivier Kaestlé a dit…

Étonnant qu'un homme qui n'a pas besoin de penser se mêle - de plus d'une façon - de faire réfléchir Lise Theriault sur des enjeux dont elle comprend mieux que lui les ressorts. Ah, ces néo quétaines qui s'ignorent...

Olivier Kaestlé a dit…
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Olivier Kaestlé a dit…
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Olivier Kaestlé a dit…
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