4 mars 2016

PAS FÉMINISTE? - Deuxième partie

Ce billet fait partie d'une série. Pour bien en comprendre le contexte, je vous invite à lire:

Première partie - Thériault, Vallée et Bazzo ne sont pas féministes!

Examinons tout d'abord la réaction de Lise Ravary du Journal de Montréal:

Je déteste me faire poser cette question: Êtes-vous féministe? 

Il s'agit pourtant d'une question extrêmement importante. Il est très pertinent de savoir si les propos des journalistes sont objectifs ou s'ils sont plutôt tordus et faussés par ses propres préjugés biaisés. Lorsqu'un journaliste s'avoue féministe, on sait automatiquement que son discours ne vise pas à décrire la réalité, mais plutôt à vendre son idéologie, comme les témoins de Jéhovah qui cognent à nos portes. La question est donc très pertinente, n'en déplaise à Mme Ravary.

La réponse c’est oui, des poussières de non et beaucoup de «oui, mais». Tout dépend de la définition utilisée et de l’usage fait de ce mot chargé dont nous avons oublié le noble sens. C’est un oui enthousiaste si je me réfère à la définition du Larousse 

Ah! La définition du dictionnaire! Les féministes la ressortent à chaque fois, celle-là. Comme si nous étions dans un débat étymologique!

Je l'ai déjà écrit dans ce billet en réplique à Lise Payette et je le répète ici, ce qui devrait avoir plus de poids qu'une définition de dictionnaire, ce sont les PROPOS qui sont tenus par les défenseures de cette idéologie.

Comme je l'ai également déjà écrit dans ce billet en réplique à Marc Cassivi, il faut véritablement écouter et lire ce que les féministes proposent pour comprendre leurs motivations. C'est votre devoir de vous tenir informer et de ne pas dire des âneries. C'est votre devoir de journaliste, Mme Ravary!

Je ne vous demande pas la lune! Écoutez-les, c'est tout! Vous verrez que l'égalité entre les hommes et les femmes n'intéresse absolument pas le mouvement féministe.

Par contre, l’égalitarisme prôné par Lise Thériault, bienveillant en apparence, me laisse sur la faim. Comme si l’ambition personnelle pouvait à elle seule corriger des injustices qui reposent sur des millénaires d’enseignements religieux et des cultures misogynes qu’ils ont engendrées.

Êtes-vous en train de dire que la culture québécoise est une culture misogyne, Mme Ravary? Si c'est le cas, avez-vous des preuves de cette haine culturelle et de ces injustices?

C’est comme dire aux homosexuels vas-y/let’s go pour être respectés comme des personnes à part entière par les autorités iraniennes, par exemple. Ou ougandaises.

Êtes-vous vraiment en train de comparer la réalité des femmes québécoises à celle des homosexuels iraniens et ougandais, Mme Ravary?

Wikipédia nous explique qu'en Iran: La sodomie est un crime pour lequel les deux partenaires sont punis. La peine peut être la mort si les participants sont adultes, sains d'esprit et consentants; la méthode d'exécution est à l'appréciation du juge. Un mineur qui commet la sodomie consensuelle est sujet à une peine de 74 coups de fouet. (...) Le Tafhiz (« caresse des fesses ou des cuisses ») et actes du même type commis par deux hommes est puni de 100 coups de fouet. À la quatrième occasion, la peine est la mort.

Le même site nous dit ceci à propos de l'Ouganda: les homosexuels "font face à une discrimination et à des restrictions légales généralisées". Il est illégal pour des homosexuels d'avoir des relations sexuelles; la sentence maximale pour avoir eu de telles relations est la prison à vie. Les gays et les lesbiennes sont discriminés et harcelés par les médias, la police, les enseignants. Un journal ougandais, The Red Pepper, a publié en septembre 2007 la liste d'hommes supposés être homosexuels, plusieurs d'entre eux ayant subi des harcèlements de ce fait. 

Et vous voyez des ressemblances entre ceci et le traitement réservé aux femmes au Québec?

Ne soyez pas ridicule!

Le féminisme ce n’est pas seulement se forger une brillante carrière dans un monde d’hommes à partir de rien en scandant l’incantation individualiste let’s go/vas-y. L’égalitarisme ne se préoccupe pas d’accès à l’avortement et à la santé reproductive – les hommes n’en n’ont pas besoin. 

Ce n'est pas parce que les hommes ne subissent pas d'avortements qu'ils n'en ont rien à foutre. Cette intervention a des impacts non pas seulement dans la vie des femmes, mais dans celle de leurs conjoints également.

De plus, est-il nécessaire de rappeler que le plus important militant pro-avortement de l'histoire du pays a été le docteur Henry Morgentaler? Un HOMME!

Est-il également nécessaire de rappeler que les juges de la Cour suprême du Canada qui ont décriminaliser l'avortement en 1988 étaient majoritairement des HOMMES?

Mais pourtant, je croyais que les hommes se foutaient de l'avortement parce qu'ils n'en ont pas besoin? Comme c'est étrange!

L’égalitarisme est impuissant devant le plafond de verre. 

Il n'y a pas de plafond de verre. Des femmes ont occupé les postes de première ministre du Québec et de première ministre du Canada. Une femme, qui refuse l'étiquette de féministe, occupe présentement le poste de vice-première ministre du Québec. De nombreuses femmes ont occupé des postes de ministres, de mairesses, de juges et de PDG. Le plafond de verre n'existe pas.

Une fille a beau être déterminée à accéder à un conseil d’administration, la décision ne lui appartient pas à elle seule. 

Et vous croyez que n'importe quel homme qui est déterminé à accéder à un conseil d'administration réussira facilement? Vous croyez que la décision lui appartient à lui seul?

Au lieu de let’s go/vas-y, tasse-toi mononc’ serait plus approprié mais tout aussi inutile. Les dinosaures, et il en reste, ne comprennent pas cette expression du terroir.

Et qui sont ces "mononcs", Mme Ravary? Qui sont ces "dinosaures" sexistes et misogynes qui s'opposent à l'accession des femmes à des postes prestigieux et qui ont le pouvoir de leur bloquer le chemin? Qui sont-ils?

Vous voyez, moi, lorsque je dénonce la misandrie des féministes, je donne des noms et des citations précises. Alors pourquoi ne pas faire de même, Mme Ravary? Nommez les gens dont vous parlez et expliquez-nous en quoi ils ont l'intention et le pouvoir d'empêcher des femmes méritantes d'être promues. Allez-y, nous aimerions tous les connaître!

Une femme seule peut rarement faire changer les lois, même si elle met du super sans plomb let’s go/vas-y dans son moteur.

Et un homme seul peut faire changer les lois sans difficultés, c'est ça?

J'aimerais aussi que vous nous expliquiez quelle loi québécoise vous aimeriez faire changer, Mme Ravary. Quelles sont ces lois abominables qui oppriment les femmes? Vous en avez sûrement une liste en poche! Non? Ah...

Et puis je préfère féministe à égalitariste parce que 1- je suis une femme 

Donc, parce que vous êtes une femme, vous préférez un mouvement sexiste qui ne s'intéresse qu'aux injustices dont sont victimes les femmes, plutôt qu'un autre qui dénonce toutes les inégalités, peu importe le sexe de la personne qui en souffre?

Vous voyez, Mme Ravary, c'est justement et précisément pour cette raison que les déclarations de Mesdames Thériault et Vallée font d'elles des femmes exceptionnelles qui s'intéressent à la justice pour TOUS.

Une capacité d'empathie dont vous n'êtes manifestement pas dotée.

J’y tiens même s’il s’agit d’une des pires hérésies pour les féministes pures et dures. J’y tiens, surtout quand des tordus (es) essaient de nous faire avaler que l’identité sexuelle n’est qu’une construction sociale, qu’on ne vient pas au monde garçon ou fille. Tout est question de choix, disent certaines.

Si c'était la seule connerie qu'ils disent, Mme Ravary, ce serait merveilleux.

Par contre, et c’est ici que les choses se compliquent, le mot féminisme, le brand féministe a été vidé de sa substance par des groupes d’intérêts qui ont instrumentalisé le féminisme pour rendre leurs revendications marginales plus digestibles. Je pense aux trans. Je n’ai rien contre les trans. Je suis 100% dans le camp du vivre et laisser vivre et je battrais pour leur épanouissement et leur sécurité mais je ne comprends pas pourquoi la transformation d’une femme en un homme, et l’inverse, est devenu un enjeu féministe que la Fédération des femmes du Québec, par exemple, porte à bout de bras.

C'est très simple, Mme Ravary. La Fédération des femmes du Québec doit continuer de justifier son existence pour recevoir ses subventions. Alors, évidemment, comme toutes bonnes féministes, elles cherchent désespérément du "sexisme" partout pour y parvenir. Et comme nous vivons dans une société déjà largement égalitaire, elles sont obligées d'aller chercher très, très loin pour y arriver. Ou pire, d'inventer des faussetés.

Sans compter cette relation exclusive que le féminisme organisé entretient avec la gauche. Des féministes de droite, ça existe. Elles voient les problèmes comme tout le monde mais proposent des avenues différentes pour les régler. Comme si seul le socialisme avait la clé de l’émancipation des femmes.

La soi-disant "droite" est largement honnie au Québec depuis Duplessis. Il n'y a pas que dans le cas du féminisme que cela se vérifie.

Le nom de Lise Payette revient souvent pour expliquer que certaines femmes, dont je suis, se tiennent loin de l’église du féminisme victimaire et «catastrophiste» dont elle est la papesse. À l’entendre, aucun gain durable n’a été accompli depuis 50 ans. Les femmes du Québec seraient perpétuellement en péril, croient-elle, face à des hommes, pardon des imbéciles, qui n’ont toujours pas compris qu’elles sont leurs égales et qui n’attendraient que le bon moment pour nous retirer nos droits collectifs et individuels.

Heureux de voir que vous êtes suffisamment lucide pour voir le discours de Lise Payette pour ce qu'il est: une collection de vomissures misandres qui diffament les hommes et caricaturent la réalité. Je vous invite maintenant à faire preuve de la même circonspection lorsque vous lisez et écoutez les autres leaders féministes. Vous y retrouverez la même misandrie et la même malhonnêteté, bien qu'habituellement sous une forme un peu plus subtile.

Et puis, il y a cette méprise sur la soi-disant supériorité des femmes invoquée par Lise Thériault. À ce chapitre, elle a raison : les femmes ne font pas de meilleurs employeurs ou de meilleurs politiciens. À part faire pipi assises, accoucher et allaiter, il n’y a pas grand’chose que les femmes font mieux que les hommes seulement parce qu’elles sont des femmes.

Heureux de vous l'entendre dire, Mme Ravary. Vous progressez lentement, mais sûrement. Cela signifie que vous n'êtes pas une féministe. Assumez donc votre propre humanisme!

Même si je ressens toujours un léger malaise et un fort désir de m’expliquer quand je m’affiche comme féministe – de quel féminisme parle-t-on ? – un argument, loin au-dessus de tous les autres, m’empêche de tourner le dos au mouvement. Et c’est la situation des femmes dans le monde. L'univers des femmes ne se limite pas au Québec où il fait bon vivre en tant que femme.

Je suis très heureux de vous entendre dire que les femmes sont bien au Québec. Vous avez parfaitement raison, bien que ce commentaire semble contredire certaines de vos précédentes remarques. Vous me semblez être un peu confuse.

Et vous avez également raison d'affirmer que les femmes qui vivent ailleurs n'ont souvent pas cette chance. Si vous souhaitez dénoncer le sexisme de ces sociétés, ne vous gênez surtout pas! Ce n'est certainement pas moi qui vous contredirai! Mais évitez de faire comme les féministes et ne généralisez pas les attitudes misogynes à tous les hommes de la planète.

Let’s go/vas-y n’est d’aucun secours pour une fillette que sa grand-mère s’apprête à exciser avec une lame rouillée. 

Le commentaire de Mme Thériault s'adressait aux Québécoises, pas aux filles qui subissent des excisions en Afrique.

Let’s go/vas-y n’est d’aucun secours pour les femmes d’Arabie saoudite. 

Le commentaire de Mme Thériault s'adressait aux Québécoises, pas aux femmes qui n'ont pas le droit de conduire en Arabie saoudite.

Let’s go/vas-y est parfaitement inutile pour une adolescente sous l’emprise d’un proxénète. 

Le féminisme est tout aussi inutile dans cette situation. Ce qu'il faut pour régler le problème, ce sont des enquêtes policières, des arrestations et des peines de prison sévères.

Let’s go/vas-y ne sert à rien pour améliorer la vie des femmes autochtones du Canada ou pour découvrir ce qui est arrivé à toutes ces filles et femmes tuées ou disparues au fil des ans. 

Le féminisme est tout aussi inutile dans cette situation. Ce qu'il faut pour régler le problème, ce sont des enquêtes policières et des arrestations. Et surtout, ce que ne fera jamais le féminisme, il faut rappeler que les femmes ne sont pas les seules victimes dans ces communautés:

Aboriginal men account for approximately 71 per cent of aboriginal homicide victims in Canada, but rates of violence against indigenous men don't seem to mobilize the same kind of support or interest — and haven't been studied to the same extent. 'I think it gets at some very deep stereotypes in our culture — of the vulnerable, helpless woman and child. There's some deeper cultural biases that need to be reckoned there.' He recently wrote an op-ed that highlights the fact that aboriginal men are murdered more often than aboriginal women, and proposes that an inquiry include an investigation of violence against both genders. 

C'est ça, la vraie égalité, Mme Ravary.

Let’s go/vas-y est impuissant face à des monstres comme le meurtrier en série Robert Pickton ou Mohammed Shafia. 

Le féminisme est tout aussi inutile dans cette situation. Ce qu'il faut pour régler le problème, ce sont des enquêtes policières, des arrestations et des peines de prison sévères.

Ou les barbares qui violent en toute impunité dans la plupart des pays du monde.

Le commentaire de Mme Thériault s'adressait aux Québécoises, pas aux femmes qui habitent les pays "barbares" auxquels vous faites allusion. De plus, vous exagérez en parlant de "la plupart" des pays du monde.

Let's go/vas-y n'aurait pas protégé les femmes autochtones de Val d'Or dont le sort a fait pleurer Lise Thériault.

En fait, autant la récente déclaration de Mme Thériault à propos du féminisme est admirable, autant sa réaction aux allégations de Val d'Or est détestable. Olivier Kaestlé explique bien la situation ici. Elle a décidé de traiter les policiers comme des coupables et les plaintes comme fondées avant même qu'il y ait enquête et procès. Dans des cas comme celui-là, les féministes condamnent toujours trop vite et ce faisant, leur hystérie est l'ennemie de la justice.

Le féminisme n’est pas qu’une affaire d’accès au marché du travail ni même de femmes québécoises : c’est une question de dignité et de solidarité avec la moitié de la race humaine. Il faudrait arrêter de se regarder le nombril.

Se regarder le nombril? Mais les féministes ne font que ça! Pourquoi ne serions-nous pas solidaires de LA TOTALITÉ de la race humaine? Pourquoi se limiter seulement à une moitié?

Tant qu’il restera une femme ou une fille qui souffre quelque part dans le monde parce qu’elle est née avec le «mauvais» arrangement de chromosomes, je répondrai présente quand on me demandera si je suis féministe.

Un humaniste se soucie du bien-être de tous, pas seulement de ceux qui naissent avec un vagin, Mme Ravary.

À suivre!



3 commentaires:

Olivier Kaestlé a dit…

Bravo pour ce plaidoyer, Prof solitaire. Un boulot digne d'un procureur de la couronne. ;-)

Olivier Kaestlé a dit…

J' espère que vous enverrez votre billet a Mme Ravary.

Prof Solitaire a dit…

Merci Olivier. Je n'envoie plus mes billets aux journalistes auxquels je réponds... je l'ai déjà fait jadis, mais je n'ai jamais eu de réaction. Ces gens-là ne sont pas intéressés à débattre, je crois.