3 mars 2016

THE TROUBLE WITH GIRLS (1993)


Je ne parle pas de la série originale publiée par Malibu Comics, mais plutôt de la dernière, publiée chez Epic. Je n'ai jamais lu la série originale, malheureusement, mais si elle est comparable à celle-ci, elle doit vraiment en valoir la peine.

Cette mini-série de quatre comics raconte les aventures d'une espèce d'anti-James Bond. Lester Girls est un super-espion quasi-indestructible, maître de tous les arts martiaux et doté d'une force surhumaine. Bref, il est l'ultime agent secret. Le problème, c'est que cette vie l'ennuie à mourir. Son rêve le plus cher serait de se marier à une femme pas trop jolie et de mener une vie domestique sans histoire dans un petit bungalow banal où il pourrait enfin s'asseoir et terminer sa lecture du roman Tom Sawyer.

Et c'est là que réside le génie de cette série. Le lecteur moyen rêve d'une vie d'aventure et de danger et nous voilà face à un héros qui a tout ça, mais qui n'aimerait rien de mieux qu'une vie banale et tranquille comme celle du lecteur.


L'autre aspect hilarant de cette série c'est le malin plaisir qu'elle prend à transgresser les tabous sociaux. L'avertissement qui apparaît sur la couverture du troisième numéro l'explique mieux que tout: "Surgeon General's Warning: Reading this material may cause sever laughter in politically correct minded individuals, in spite of themselves." Et c'est très, très réussi.

Le premier numéro s'ouvre sur une scène qui est un clin d'oeil évident à Goldfinger: Lester Girls sort de l'océan et escalade une falaise jusqu'à un luxueux manoir. Il retire son habit de plongée sous lequel se trouve un tuxedo. En passant, il fait ceci à de multiples reprises pendant la série et la tenue souhaitée se trouve toujours sous celle qu'il porte, comme par enchantement.

Lester fait son entrée dans cette soirée exclusive pour gens riches et célèbres. Tous les hommes veulent s'associer à lui et toutes les femmes veulent le baiser. Lester, lui, s'en balance éperdument. Il complète sa mission sans le moindre enthousiasme, prononçant à peine quelques mots, et s'empresse de retourner dans sa base secrète, tout heureux d'avoir enfin un peu de temps pour lire Tom Sawyer.

Mais comme d'habitude, ceci est un rêve impossible dans la vie trépidante de Lester Girls. Une magnifique agente secrète en sous-vêtements l'attend. "Peut-être que lorsque j'étais jeune et naïf, pense Lester, j'aurais essayé de la jeter dehors. Mais j'ai appris à la dure que c'est plus facile de leur donner ce qu'elles veulent et après, les mettre à la porte." Lester détache le soutien-gorge de la jolie blonde et, dans la case suivante, on la voit, évanouie dans son lit. Lester enfile son pantalon de pyjama en pensant: "Trois heures plus tard, j'y mets un terme. Un quickie est tout ce que j'étais enclin à lui accorder."

Ceci devrait vous donner une idée de l'humour de cette BD. On est dans la parodie la plus absurde où tous les stéréotypes habituels des histoires d'agents secrets à la James Bond sont soit poussés à l'extrême ridicule, soit virés à l'envers. Et le résultat est vraiment très drôle.


En fait, tous les personnages sont aussi amusants les uns que les autres. Dans le courant de l'histoire, le lecteur fera connaissance avec Chester Girls (le père de Lester, tout aussi apathique que lui), Maxi Scoops (la petite amie de Lester qui est complètement exaspérée par l'aspect platonique de leur relation puisqu'il refuse de coucher avec elle afin de la "respecter"), Gott Damerung (l'archétype du gros tough guy de films d'action qui a des répliques "one-liners" pour toutes les situations), Apache Dick (le libidineux sidekick amérindien de Lester) et bien sûr la "ultramammarian" Lizard Lady (la pire ennemie de Lester qui trouve toujours un moyen de le baiser contre son gré). C'est cave, mais hilarant.

Bien que le sexe soit omniprésent, la série demeure très prude. Les scènes de sexe sont souvent éclipsées et jamais explicites. La nudité n'est jamais totale. L'objectif est vraiment de faire rire, pas de titiller.

Les auteurs de cette série ont visiblement eu un plaisir fou à l'écrire. J'imagine facilement une hilarante complicité à la Uderzo et Goscinny. Et leur fun est contagieux.

Les dessins sont de Bret Blevins, un artiste que j'aimais beaucoup à l'époque. J'ignore d'ailleurs ce qu'il est devenu, je n'ai pas vu de ses trucs depuis fort longtemps. Je me souviens qu'il avait dessiné quelques comics de Batman à l'époque et qu'il avait fait du très bon travail.

Bref, si vous avez envie de rire, vous ne vous tromperez pas avec Lester Girls.




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