14 avril 2016

La saga Marcel Broquet: en conclusion...

Pour la quatrième et dernière fois, intéressons-nous au "scandale" qui entoure l'éditeur Marcel Broquet.

Le 7 avril dernier, j'ai publié sur ce blogue un lien vers un reportage de l'émission Enquêtes de Radio-Canada. Le billet était intitulé "Marcel Broquet est un crosseur". Vous pouvez le consulter en cliquant ici.

Ce reportage de Radio-Can fait les affirmations suivantes:

1- Marcel Broquet a accepté de publier le roman d'une jeune auteure appelée Christine Labrecque, à condition qu'elle en achète "un certain nombre de copies".

2- Mme Labrecque affirme: "C'était mon choix premier de me faire éditer par un éditeur qui allait s'occuper de la distribution et de toutes les paperasses..."

3- Monsieur Broquet a accepté de prendre en charge "tous les coûts de production, révision, mise en pages, impression et distribution." À condition que l'auteure achète 300 exemplaires. Dans le reportage, Broquet nie: "Ça c'est complètement faux, je n'ai jamais demandé un sou à un auteur contre rien." Toutefois, cette déclaration contredit le message qu'il a fait parvenir à l'auteure et qui a été montré à l'écran juste avant, dans lequel il lui demande clairement d'acheter 300 exemplaires. Christine Labrecque accepte finalement d'acheter 400 copies de son roman afin d'être publiée chez Broquet.

4- Broquet explique à la journaliste que ce qu'il dit à ses auteurs, c'est: "Votre livre, il faut que j'en publie 1000 pour faire mes frais." Ces propos sont corroborés par l'auteure qui affirme que c'est effectivement ce que l'éditeur lui a dit. Toutefois, un an plus tard, Mme Labrecque reçoit son bilan. Ce dernier révèle que seules 565 copies de son roman ont été publiées, c'est-à-dire que seules 133 copies de son livre ont été mises en circulation pour le grand réseau des libraires.

5- Selon Richard Prieur, directeur général de l'Association nationale des éditeurs de livres: "Il y a un sérieux problème parce que vous ne pouvez pas couvrir très très large (...) 100 exemplaires, ce n'est pas terrible."

6- Confronté à ces chiffres, Broquet réplique: "Ça me surprendrait, il faudrait voir les chiffres (...) c'est impossible."

7- Mme Labrecque explique que la librairie des Îles "n'a pas reçu deux copies" et qu'ils ne peuvent plus en commander parce que le livre n'était plus disponible. Elle a demandé ce qui se passait à l'éditeur mais affirme ne pas avoir reçu de réponse claire.

8- Une fois que les 133 copies sont vendues, l'auteure se trouve à être la seule à posséder des copies de son livre. Elle affirme que Broquet aurait alors proposé de les lui racheter à une fraction du prix. "On parlait à ce moment-là de 12$ du livre, mais ces livres-là, je les avais achetés à 28$." Ce montant est corroboré par un courriel qui a été envoyé à l'auteure.

9- Devant la caméra, Broquet réplique alors qu'il aimerait bien voir les chiffres. "Je ne peux pas lui avoir demandé deux fois le pris que je lui ai vendu." Il ajoute: "Il faut sortir les chiffres que mon comptable va vous fournir." La journaliste affirme alors qu'après l'entrevue, M. Broquet a refusé de les fournir.

10- Le reportage d'Enquêtes révèle ensuite que M. Broquet a soumis le titre de cette auteure à la SODEC et qu'il a obtenu 22 690$ de subventions cette année-là. Il a également reçu des subventions totalisant 202 667$ du Fonds du livre du Canada.

11- Les deux imprimeurs qui ont été consultés par l'équipe d'Enquêtes ont affirmé qu'ils auraient facturé moins de 4000$ pour l'impression de ce roman.

Ce sont les affirmations qui sont contenues dans le vidéo. J'en ai fait un billet et j'ai ajouté le commentaire suivant: "Wow, je suis vraiment heureux de ne pas avoir envoyé mon manuscrit à Broquet! Quel arnaqueur, ce type!"

Sincèrement, je n'avais pas l'intention d'y donner suite. Si j'ai publié ce billet, c'est principalement comme mise en garde à l'égard de potentiels futurs écrivains qui tomberaient peut-être éventuellement dessus. Et comme la fréquentation de mon blogue est généralement plutôt basse ces temps-ci, je ne m'attendais pas à ce que ce billet ait des échos. 

Toutefois, suite à la publication du billet en question, une certaine Rosette Pipar (qui s'avère être une associée de M. Broquet, si j'ai bien compris) a laissé plusieurs commentaires pour défendre la réputation de M. Broquet et pour me demander de retirer le billet. Vous pouvez les consulter, ils sont toujours là. Elle écrit également: "Un droit de réplique dénonçant la véracité de ce reportage a été publié par Le Devoir."

Toujours soucieux de dire la vérité et comme je n'avais aucune envie de calomnier qui que ce soit, je suis donc allé faire une recherche sur le site du Devoir. Je n'ai pas trouvé la réplique en question, mais j'ai trouvé un article à propos de cette controverse qui m'a inspiré ce second billet, intitulé "Marcel Broquet est-il un crosseur?"

Dans celui-ci, j'ai consulté deux sources. La première est un article du Devoir qui révèle que:

1- Suite au reportage de Radio-Can, M. Broquet a retiré sa demande de subvention concernant le livre de Mme Labrecque auprès de la SODEC.

2- La SODEC est en train de réviser ses questionnaires aux éditeurs qui demandent des subventions afin d'être "plus spécifiques" dans les questions concernant les frais perçus par les éditeurs auprès des auteurs.

3- "(...) d’autres auteurs disaient avoir reçu le même genre de demandes de la part de Marcel Broquet, ce que l’éditeur nie vigoureusement."

Comme je souhaitais connaître sa réaction, j'ai également consulté le site web de l'éditeur sur lequel j'ai trouvé un texte intitulé "Toute la lumière sur le livre". Je l'ai cité dans le billet, puis je l'ai commenté, affirmant que ce texte était pitoyable, qu'il ne répondait pas clairement aux allégations et qu'il tentait plutôt de noyer le poisson.

Mme Pipar, celle-là même qui avait publié les commentaires ci-haut mentionnés sur mon blogue, s'est alors désolée de constater que je choisissais "de m'acharner", selon elle. C'est évidemment faux. Je n'aurais d'ailleurs pas reparlé de cette affaire si elle ne m'avait pas reproché d'avoir injustement insulté un honnête homme, ce qui m'a amené à pousser plus loin mes recherches.

Comprenons-nous bien, je ne suis pas impliqué dans ce conflit de quelque façon que ce soit. Je ne connais ni Mme Labrecque, ni M. Broquet, ni les journalistes de l'émission Enquêtes. Je ne suis qu'un spectateur qui commente l'information qui a été rendue publique, c'est tout. Je n'ai aucune envie d'accuser injustement Marcel Broquet ou qui que ce soit d'autre et je n'ai pas non plus envie de retirer un billet d'opinion simplement parce qu'on me le demande.

Mme Pipar semble croire que mes billets représentent une espèce de vendetta. C'est faux. Cette histoire ne m'intéresse pas tant que ça, pour être franc. La seule raison pour laquelle j'ai publié d'autres billets à ce sujet, c'est uniquement pour vérifier si Mme Pipar avait raison ou pas et pour m'assurer que je n'avais pas injustement participé au salissage de la réputation d'un honnête homme.

Mme Pipar m'a alors écrit un nouveau commentaire (également sous ce billet) dans lequel elle dit: "Je vous suggère de correspondre par courriel ou par téléphone pour répondre à toutes les questions que vous voulez poser et faire la lumière sur cette... horreur. D'ailleurs, si vous aviez lu le droit de réplique publié dans Le Devoir, vous n'accuseriez pas Marcel Broquet de noyer le poisson."

Mme Pipar m'envoie également la réplique de M. Broquet publiée dans Le Devoir. Le titre est "Un rendez-vous raté au détriment de la culture québécoise". Je vous invite à le consulter pour voir le point de vue de l'éditeur. En ce qui me concerne, ce texte me laisse encore une fois sur ma faim. Il m'a semblé que M. Broquet évite de répliquer à certaines allégations qui sont pourtant au coeur même du problème.

Il préfère passer à l'offensive et affirmer que le livre de Mme Labrecque "a dû être réécrit, car il n’était pas publiable" et que l'auteure devrait se considérer chanceuse.

L'impression qui se dégage de cet article, à mon humble avis, c'est celle d'un type qui est habitué d'être traité avec tous les honneurs en tant que "pilier" du livre québécois et qui est incapable de se défendre de manière cohérente et de reconnaître ses torts lorsqu'il est mis face à une situation où il a mal agi.

Je ne dis pas que c'est le cas, mais c'est l'impression que ça me donne. Est-ce que je me trompe? C'est possible. Allez lire l'article et faites-vous votre propre idée.

De mon côté, suite à ce commentaire de Mme Pipar, je me suis montré ouvert à l'idée d'une entrevue, je lui ai donné mon adresse de courriel et j'ai ajouté que: "Je m'engage à reproduire fidèlement vos propos sans les éditer."

Dans les jours suivants, j'ai reçu trois courriels de Marcel Broquet. Comme promis, je les ai reproduits intégralement sur ce blogue. Vous les trouverez en cliquant ici.

Avant d'aller plus loin, j'aimerais seulement répliquer à quelques-uns des commentaires que M. Broquet a formulé dans ces courriels. Je ne m'objecte pas à tout ce qu'il écrit, mais je crois que certains passages méritent une réplique.

Il écrit: "Monsieur l’anonyme, (...) Et vous est-ce que je devrais vous poursuivre? (...) Et j’en déduis que vous craignez les poursuites du simple fait que vous vous cachez derrière le nom «anonyme». Vous devriez pourtant savoir qu’il est facile de retrouver quelqu’un qui se cache dans les réseaux sociaux."

Il faut spécifier que ces phrases sont extraites du second courriel qui a un ton beaucoup plus acrimonieux que les deux autres. En fait, le premier et le troisième courriels sont admirablement respectueux, surtout lorsqu'on prend en considération le fait que M. Broquet s'adresse à un parfait inconnu sur Internet qui vient de le traiter de crosseur à deux reprises.

Peu de gens resteraient polis dans de telles circonstances et c'est tout à son honneur.

Cela étant dit, mes lecteurs savent bien, je crois, pourquoi j'écris sous le couvert de l'anonymat. Et ce n'est pas pour avoir la liberté d'écrire n'importe quoi sur n'importe qui. J'appuie mes prises de position sur des faits. On peut être d'accord ou pas avec avec mon interprétation, mais on ne peut pas m'accuser d'inventer des faits. Mes lecteurs savent également que, lorsqu'on me fait clairement la démonstration que j'ai tort, je n'hésite jamais à l'admettre ouvertement. Je n'y vois pas la moindre humiliation. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'avoir raison, c'est de connaître la vérité.

Alors j'ignore si les propos de M. Broquet, cités ci-dessus, à propos de poursuites sont supposés me faire peur ou s'il s'agit simplement d'un peu de colère qui se pointe (ce qui serait tout à fait compréhensible dans les circonstances), mais l'effort est inutile. Je n'aurais eu aucune objection à publier la réplique de M. Broquet de toute façon.

Bref, j'ai décidé de ne pas interpréter ces mots comme des menaces, mais plutôt comme une pointe de colère qui est bien humaine et compréhensible dans ce contexte. Et comme je le dis, le ton des deux autres courriels était si poli qu'il serait bien malhonnête de ma part d'affirmer que les phrases ci-dessus sont représentatives de toute sa correspondance.

Il écrit également: "Vous écrivez ou vous permettez que l’on écrive sur votre blogue que je ne paie pas mes droits. Alors que personne n’a affirmé cela lors de cette émission."

Vous pouvez consulter tous les billets que j'ai publiés à ce propos et vous constaterez que je n'ai jamais affirmé que M. Broquet ne payait pas ses droits.

Je ne suis pas responsable de ce que les visiteurs sur ce blogue écrivent dans leurs commentaires. Je respecte leur liberté d'expression et je ne retire pas les commentaires, même lorsque je suis moi-même en désaccord avec ces derniers.

Le seul commentaire que j'ai retiré depuis la fondation de ce blogue l'a été à cause de son contenu délirant, misogyne et haineux. Alors pour que je censure quelqu'un, il faut vraiment que ce soit très grave!

M. Broquet écrit également: "En définitive, tout ce que vous me reprochez, c’est d’avoir vendu des livres à un auteur. Est-ce illégal ? Personne n’a affirmé cela dans l’émission ni par la suite. Même chose pour les droits d’auteur. Vous êtes le seul qui avez fait cette affirmation ou qui a permis de la publier sur votre blogue."

J'invite mes lecteurs à relire tout ce que j'ai écrit à ce sujet et d'identifier le passage où j'aurais affirmé que les actions de M. Broquet étaient "illégales". Vous ne le trouverez nulle part. En réalité, je ne suis pas avocat, je n'ai jamais prétendu posséder cette expertise et j'ignore s'il a agi illégalement ou non.

Ce qu'on comprend en regardant le reportage d'Enquêtes, c'est que M. Broquet aurait abusé de la naïveté d'une jeune auteure en la faisant payer pour la publication de son propre livre, en ne le distribuant pas adéquatement et en offrant de lui racheter les copies qu'il lui avait vendues à moitié prix. Si c'est vrai, alors ça me semble être une arnaque immorale, mais cela ne signifie pas que ce soit techniquement "illégal". Après tout, des arnaques légales, il y en a plein.

Dans mon billet, j'ai également déduit qu'il avait mal agi en faisant une demande de subvention à la SODEC puisque, selon l'article du Devoir, il a retiré cette demande peu après la diffusion de l'entrevue. N'importe qui en serait venu à la même conclusion en lisant cela. Si non, comment expliquer ce retrait?

Bref, je n'ai pas apporté de nouvelles allégations, ni de nouvelles accusations contre Marcel Broquet. Je n'invente rien. Je n'ai fait que commenter trois documents publics, c'est-à-dire le reportage d'Enquêtes, l'article du Devoir de Caroline Montpetit publié le 11 mars dernier ainsi que ce texte publié sur le site de Broquet le 18 mars dernier.

C'est tout.

M. Broquet écrit encore: "Mise en vente en librairie. Vous savez certainement, mais vous induisez votre lecteur en erreur, que c’est le libraire qui décide de tenir ou non de tenir votre livre. Même chose pour tous les livres. J’ai vérifié pour votre livre dans 4 librairies. Deux n’en ont jamais entendu parlé, les 2 autres ne l’avait pas et ne m’ont pas proposé de le commander. Ce qui n’est pas le cas pour madame."

Dans le reportage, l'auteure ne blâme pas l'éditeur parce que son livre n'est pas disponible dans la librairie des Îles. Elle le blâme de n'avoir mis que 133 copies sur le marché, ce qui fait qu'en très peu de temps, son livre n'était plus disponible.

À ce que je sache, ce n'est pas le cas du mien. Il est fort possible qu'aucune copie de mon livre ne soit sur les tablettes d'une librairie ou encore qu'un libraire n'en ait jamais entendu parler, mais si les gens demandent au libraire de le commander, il pourra le faire. Personne, jusqu'à maintenant, ne m'a écrit pour m'informer que mon livre n'était plus disponible.

De plus, mon éditeur ne m'a jamais dit que pour me publier, je devais m'engager à en acheter des centaines de copies. Pas même une seule, en fait.

Alors ce que j'ai vécu chez Perro ne se compare absolument pas avec ce qu'a vécu Mme Labrecque chez Broquet!

M. Broquet écrit également: "Mais dans le cas qui nous occupe, en fait ce n’est qu’une question: avons-nous le droit de vendre des livres à un auteur?"

Je ne suis pas d'accord. Personne ne reproche à M. Broquet d'avoir vendu des livres à Mme Labrecque. Ce qui lui est reproché dans le reportage de Radio-Can, c'est de lui avoir vendu la quasi-totalité des copies et de n'en avoir mis en marché que 133 copies, un nombre inadéquat et risible, alors qu'il aurait dit et répété devant la caméra que 1000 copies sont nécessaires pour faire ses frais.

M. Broquet écrit: "J’ai retrouvé certains échanges de courriels avec la dame en question. Nulle part Monsieur, il est fait menton de pressions que j’aurais faites envers elle. Nulle part, il est écrit qu’elle devait acheter des livres pour que je publie."

Pourtant, le reportage d'Enquêtes montre un courriel, envoyé à Mme Labrecque, dans lequel M. Broquet affirmait qu'il acceptait de publier le roman, à condition qu'elle en achète "un certain nombre de copies". Est-ce à dire que ce courriel n'a jamais été envoyé et qu'il s'agit d'une fabrication de l'auteure ou des journalistes de Radio-Canada? Et si c'est le cas, alors c'est très grave et cela devrait être dénoncé haut et fort! Pourquoi M. Broquet ne l'a-t-il pas fait ni sur son propre site web et ni dans sa réplique publiée dans Le Devoir?

M. Broquet ajoute: "À aucun moment il n’a été mentionné que je lui laissais le marché des Îles et de Québec à sa demande et que j’ai accepté."

M. Broquet se contredit ici.

En effet, dans la réplique qu'il a publiée dans le Devoir, M. Broquet écrit ceci: "D’ailleurs, elle a elle-même posé la condition d’obtenir l’exclusivité des ventes de son livre pour le territoire des Îles, pratique que ni un éditeur ni un distributeur n’acceptent habituellement."

Et dans le texte publié sur son site web, on peut lire ceci: "Quelques faits: Christine Labrecque, l’auteure qui soudainement se sent lésée 4 ans plus tard, demandé, à cette époque, l’exclusivité des ventes pour les Îles et Québec."

Il faudrait se faire une idée! Mme Labrecque a-t-elle demandé et obtenu l'exclusivité du marché des Îles et de Québec, oui ou non? 

M. Broquet écrit: "Et je ne sais même pas pourquoi je vous écris. Je doute que vous publiiez mon message et la réplique qui l’accompagne." (...) "Et je vous mets au défi de publier mon message."

Ben voilà, M. Broquet. C'est fait. Comme promis. Si vous croyiez que je ne le ferais pas, vous m'avez bien mal jugé.

À la fin de son dernier courriel, M. Broquet se montrait ouvert à répondre à mes questions. Je lui ai donc envoyé les dix questions suivantes et je reproduis ici fidèlement ses réponses.

1- M. Broquet, dans le reportage d'Enquêtes, vous affirmez que vous devez vendre 1000 exemplaires d'un livre pour faire vos frais. Toutefois, selon le bilan qui a été envoyé à l'auteur, seulement 565 copies du livre de Mme Labrecque ont été publiées dont seulement 133 ont été distribuées dans les librairies. Comment expliquez-vous cela?

oui, je dois vendre 1000 approximativement pour faire mes frais. Et ces frais sont ceux de la production, révisions (3) graphisme, impression, mise en marché, entreposage, frais généraux, etc. Personne ne travaille pour rien. Ni le graphiste, ni les réviseurs, ni l’imprimeur. Et nous avons produit aussi la version numérique que madame peut récupérer et la vendre elle-même n’importe où dans le monde. Si ce ne sont que 133 qui ont été distribués, c’est que les libraires n’en ont pas commandé davantage. Nous ne pouvions pas le savoir avant de signer un contrat avec l’auteure. Ce 1000 a toujours été un objectif, pas une promesse, un engagement. Et si madame avait voulu que je réimprime comme je lui ai proposé, nous y serions sans doute arrivés. Encore une fois c’est le libraire qui décide de vendre ou non le livre.

2- Avez-vous, oui ou non, offert à Mme Labrecque de lui racheter les exemplaires de son livre pour 12$ chacun, c'est-à-dire à moins de la moitié du prix auquel vous les lui aviez vous-même vendus (28$)? Si vous l'avez fait, pourquoi l'avoir nié dans l'entrevue?

Oui j’ai offert de racheter les livres. Après discussions je le reconnais. Et c’était au prix où elle les avait payés. J’ai compris qu’elle ne voulait pas tout simplement parce qu’elle les avait vendus. Et j’en ai la preuve écrite, du moins pour 300 exemplaires quelques mois seulement après la parution. Que nous soyons partis d’un autre prix c’est aussi possible, car lorsque cela arrive, je ne peux pas toujours racheter à un autre prix que ce que paierais le distributeur. Et je vous précise que cette situation est très rare. En fait je ne me souviens que de 2 cas et de très petites quantités, 20 au plus.

3- Le reportage d'Enquêtes affirme que, suite à l'entrevue qu'ils vous ont accordée, vous avez refusé de fournir vos documents comptables. C'est vrai? Pourquoi?

Oui, j’ai refusé de fournir les documents à l’enquête avec la réponse suivante: Madame, je ne suis pas obligé de vous autoriser à fouiller dans mes comptes. Seule une autorité gouvernementale peut me le demander, comme Revenu Québec. D’ailleurs elle le fait. C’est cela ma réponse, réponse coupée.

4- Pourquoi avoir soumis le titre de Mme Labrecque à la SODEC alors que vous n'avez rendu que 133 copies disponibles aux libraires du Québec? Considérez-vous acceptable qu'un éditeur reçoive une subvention pour une publication aussi limitée?

5- Si vous n'aviez rien à vous reprocher, pourquoi avez-vous retiré votre demande de subvention à la SODEC suite à la diffusion du reportage de Radio-Can?

À ma connaissance ce titre a été retiré, avec quelques autres comme cela arrive chaque année du fait qu’il n’est pas éligible à une subvention. Cela n’a rien à voir avec l’enquête. Il a été retiré, si c’est le cas, bien avant.

Il arrive dans ce contexte difficile que des ouvrages bénéficient d’une subvention pour autant qu’ils soient admissibles bien entendu même si les ventes sont faibles.

6- Mettez-vous à la place de cette auteure. Selon les documents cités dans le reportage d'Enquêtes, vous vous étiez engagés à prendre en charge "tous les coûts de production, révision, mise en pages, impression et distribution." En bout de ligne, c'est elle-même qui a acheté la vaste majorité des copies et seules 133 copies du roman ont été mises en marché. Elle vous a acheté 80% des copies de son livre pour la somme de 11 745$, alors que l'impression de ces livres aurait coûté seulement 4000$. Expliquez-moi en quoi cette auteure n'a pas été flouée?

Oui, je me mets à la place des auteurs. Mais des ventes faibles en librairie sont aussi frustrantes pour les éditeurs.

La journaliste a interwievé un avocat qui a affirmé que la production d’un tel livre coûte moins de 4 $ !! Il ne faut vraiment pas connaître le processus de publication pour faire une telle affirmation. Le livre de l’auteure fait plus de 600 pages. Pensez-vous que même pour 1000 , il aurait coûté 4 $. Voyons, il n’y a pas que l’impression, ce qu’il s’est bien gardé de dire. La distribution, et tout le reste déjà expliqué. Je vous signale que le prix devait être de 49.95 $ (50 $). À la demande de l’auteure, je l’ai mis à 40 $ (39.95). En tenant compte de son achat. Et si nous avions  pu en vendre 600 de notre côté, c’est vrai qu’elle aurait alors touché 2'400 $ de plus en droit, à rajouter à ses ventes. Mais voilà, il s’est peu vendu. Combien d’exemplaires allez-vous vendre de votre livre? Le savez-vous? 300, 1000, 10'000 ? personne ne le sait, cela reste assez mystérieux. Alors, votre logique serait-elle : si un livre se vend bien, c’est grâce à l’auteur, s’il se vend mal c’est la faute à l’éditeur ?

7- Ce type d'entente est-il fréquent chez vous? Vous arrive-t-il souvent de publier des auteurs à la condition qu'ils achètent eux-même la majorité des copies de leur ouvrage? Ou le cas de Mme Labrecque est-il un cas isolé? Ou une erreur?

Non pas fréquent. Dans cette nouvelle maison d’édition, fondée il y a 8 ans, j’ai publié environ 150 titres. Il n’y a que quelques cas où les auteurs ont acheté des livres et, je le répète, jamais ils ne sont obligés. (Ne pas confondre Marcel Broquet éditeur avec Broquet Inc. (mon fils à qui j’ai cédé cette maison il y a 13 ans – nous ne publions pas le même genre d’ouvrages).

8- Éprouvez-vous un quelconque regret face au traitement qui a été réservé à Mme Labrecque? Avec le recul, considérez-vous qu'elle a été traitée équitablement par votre maison d'édition?

Regret ? Certainement. Et je me souviens fort bien d’avoir parlé à l’auteure d’attendre avant de se faire publier. Ou de tenter sa chance avec d’autres éditeurs.

Oui, j’aurais dû vraiment m’écouter et ne pas publier son livre. Mais ce qui est fait est fait. Vous me demandez si elle a été traitée équitablement. OUI. Mais ni elle ni moi ne pouvions savoir que les ventes ne seraient pas au rendez-vous. Cela ne change rien. J’ai été très patient avec l’auteure, je lui ai expliqué le contrat point par point et répondu à toutes ses questions. Et j’ajoute que j’ai eu des appels, entre autres d’une auteure connue qui m’a recommandé fortement d’accepter de publier ce livre et qui en connaissait les conditions.

9- Dans un des courriels que vous m'avez adressés, vous affirmez: "J’ai retrouvé certains échanges de courriels avec la dame en question. Nulle part Monsieur, il est fait menton de pressions que j’aurais faites envers elle. Nulle part, il est écrit qu’elle devait acheter des livres pour que je publie." Pourtant, le reportage d'Enquêtes montre un courriel, envoyé à Mme Labrecque, dans lequel vous affirmez que vous acceptez de publier le roman de Mme Labrecque, à condition qu'elle en achète "un certain nombre de copies". Est-ce à dire que ce courriel n'a jamais été envoyé et qu'il s'agit d'une fabrication de l'auteure ou des journalistes de Radio-Canada? Et si c'est le cas, alors c'est très grave et cela devrait être dénoncé haut et fort! Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ni sur votre propre site web et ni dans votre réplique publiée dans Le Devoir?

La journaliste avait fait son jugement avant de commencer l’entrevue. J’ai été piégé. Pourquoi cette journaliste est-elle venue me voir à mon kiosque et me dire en se présentant : j’aimerais vous parler des problèmes du livre au Québec. Je pense en connaître un bout et ce sujet aurait été fort intéressant. Quelques minutes plus tard, elle me dit suite à ma demande d’explications plus précises : nous parlerons aussi du droit d’auteur. Or, nous n’avons ni parlé des droits d’auteur ni de problèmes de l’édition. Je me suis fait piéger tout simplement alors que je n’y étais pas préparé. Et on me questionne, c’était en fait du harcèlement sans que je sois prêt, et on coupe la plupart de mes interventions. Pourquoi. Vous me suggérez de poursuivre R.C. Cher Monsieur on ne poursuit pas R.C. À moins d’en avoir les moyens financiers et d’être très patient. Je vous suggère d’aller sur le site de l’ombudsman de R.Canada. Vous y constaterez que le plaignant n’a jamais raison, je n’ai vu aucun cas ou un journaliste avait été blâmé, encore moins condamné. Et je ne suis pas le premier à faire l’objet d’un lynchage médiatique. Savez-vous ce que cela représente pour moi ? En avez-vous une petite idée ? C’est infernal, inhumain !

10- Dans un des courriels que vous m'avez envoyés, vous écrivez: "À aucun moment il n’a été mentionné que je lui laissais le marché des Îles et de Québec à sa demande et que j’ai accepté." Pourtant, dans votre réplique publiée dans le Devoir, vous écrivez ceci: "D’ailleurs, elle a elle-même posé la condition d’obtenir l’exclusivité des ventes de son livre pour le territoire des Îles, pratique que ni un éditeur ni un distributeur n’acceptent habituellement." Et dans le texte publié sur votre site web, on peut lire ceci: "Quelques faits: Christine Labrecque, l’auteure qui soudainement se sent lésée 4 ans plus tard, demandé, à cette époque, l’exclusivité des ventes pour les Îles et Québec." Ne s'agit-il pas d'une contradiction? Mme Labrecque a-t-elle obtenu l'exclusivité du marché des Îles et de Québec, oui ou non?

Oui, elle a vendu ses livres dans ces endroits et avec mon accord. Verbalement ou par écrit, je ne m’en souviens plus. Mais quand bien même elle en aurait vendu partout en Province, cela change quoi. Tant mieux pour elle. Et si elle réédite ou publie un autre livre, elle fera sans doute la même chose. Et si elle veut faire des conférences, des séances de signature, l’éditeur la soutient de plusieurs façons. Elle pourrait encore le faire.

Voilà donc les réponses de Marcel Broquet à mes questions. Je le remercie de s'être prêté à l'exercice et d'avoir répondu si rapidement malgré ses nombreux engagements.

Maintenant, je vous laisse, chères lectrices et chers lecteurs, tirer vos propres conclusions de tout ceci.

Avais-je raison de traiter Marcel Broquet de crosseur? Ai-je plutôt manqué de jugement? Mme Labrecque a-t-elle été flouée dans cette histoire ou non? Le reportage d'Enquêtes est-il solide ou sensationnaliste? Les arguments mis de l'avant par Marcel Broquet pour se défendre sont-ils légitimes ou frivoles?  Ses explications vous satisfont-elles? Répond-il adéquatement ou tente-t-il de noyer le poisson? Aux propos de quel intervenant accordez-vous le plus de crédibilité dans tout ça?

Vos commentaires sont les bienvenus, comme d'habitude, et je suis curieux de voir ce que vous en pensez.

En ce qui me concerne, je considère le sujet clos. J'ai dit ce que j'avais à dire à propos de tout ça et j'ai publié dans leur intégralité les courriels et les réponses de Marcel Broquet à mes questions. Il a eu le droit de réplique qu'il souhaitait.

J'ai également ajouté un lien dans mes anciens billets afin de rediriger les lecteurs vers celui-ci, plus complet, qui leur permettra de se faire une meilleure idée de la situation. Quiconque trouvera mes précédents billets sera donc en mesure de lire celui que vous terminez à l'instant, d'être exposé à la version de l'éditeur et d'évaluer par lui-même la validité des arguments de Marcel Broquet.

Si M. Broquet souhaite réagir à ce billet final, je me ferai un plaisir de reproduire ses courriels dans la section des commentaires sous ce billet. S'il le souhaite, bien entendu. Mais en ce qui me concerne, cette affaire est close.

Je n'ai aucune intention de revenir là-dessus.



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