23 avril 2016

Le pouvoir des matrones

J'ai déjà parlé, sur ce blogue et dans mon livre, de cette espèce de jouissance du pouvoir qui anime tant d'enseignantes au primaire. Voici un nouvel exemple tout frais survenu cette semaine.

À l'école où je travaille, même après la cloche qui marque la fin de la journée, les enseignantes ont mis en place des règlements stricts qui perpétuent la portée de leur contrôle.

Les enfants doivent d'abord se mettre en rang près de l'école. Les enseignantes ADORENT les rangs! Les rangs dans un ordre pré-établi, c'est encore mieux!

Ensuite, en deux vagues distinctes et prédéterminées selon les numéros des autobus, l'une d'elle prend la tête de la procession. D'un pas lent digne d'un asthmatique cul-de-jatte, l'élue fait traverser la cour aux enfants jusqu'aux autobus qui les attendent de l'autre côté du terrain. Et gare à celui ou à celle qui osera dépasser l'enseignante! Les remontrances seront épiques!

Pourquoi ne laisse-t-on pas les enfants se rendre eux-mêmes aux autobus à la fin des classes? Pourquoi doivent-ils attendre qu'une enseignante les précède? Pourquoi doivent-ils partir en deux vagues successives? Pourquoi les faire avancer à une cadence aussi ridiculement lente?

Je travaille dans cette école depuis deux ans et je n'ai toujours pas entendu la moindre justification valide. Lorsque je pose la question, on me regarde comme si j'étais un demeuré.

Évidemment, quand mon tour vient pour faire cette surveillance, je suis incapable de me plier à un cirque aussi absurde. Alors je regarde les enfants et je leur demande s'ils souhaitent traverser la cour en sautillant ou en gambadant. Vous devriez voir les frimousses lorsque je leur pose la question. Au début, ils me regardaient, interloqués, incrédules. Puis, en réalisant que j'étais sérieux, les regards pétillants s'allument et les sourires envahissent les visages.

Ça ne prend pas grand-chose pour semer un peu de bonheur dans la journée d'un enfant.

Et alors, nous traversons tous la cour parfois en sautillant, parfois en gambadant et les élèves adorent.

Après une journée de soumission, de conformisme et parfois d'humiliation, un peu de fantaisie est bénéfique et salvatrice. Je ne vois pas où est le mal, bien au contraire.

Évidemment, vous devinerez facilement que ceci déplaît au plus haut point à certaines de mes collègues. Et c'est finalement l'une d'elle qui, en pleine réunion du personnel de cette semaine, a exposé l'irritant à la directrice. Il s'agit de "Anouk", dont j'ai déjà parlé ici.

Elle s'est plaint que des enfants avaient OSÉ lui demander: "Est-ce qu'on peut gambader avec vous, Mme Anouk?" HORREUR! OUTRAGE! INDIGNATION! Elle s'est empressée de leur répondre qu'il n'en était absolument pas question! Elle dénonçait avec véhémence le fait que "certaines personnes" laissaient les enfants "courir"!

Sans hésiter, j'ai levé la main, je lui ai coupé la parole et j'ai déclaré bien fort: "C'est moi!"

La directrice m'a regardé et m'a dit: "J'aime les gens qui avouent."

Il ne s'agit pas d'un aveu, ai-je dit, défiant, puisque je n'ai rien à me reprocher. Je laisse les enfants sortir un peu de leur fou et dépenser de l'énergie en fin de journée, c'est tout. Personne n'est tombé, personne ne s'est blessé et ça ne fait de mal à personne.

La directrice a rétorqué: "Je comprends que ce sont tes valeurs, mais lorsqu'une décision est prise, tu as le devoir de t'y conformer."

"Dites-moi d'arrêter et je le ferai", ai-je répondu.

Elle ne l'a pas fait et la conversation a dévié.

Alors vous devinez que, lors de ma prochaine surveillance de cette semaine, je vais refaire exactement la même chose.

Anouk va chier à terre.

Si vous ne travaillez pas dans le milieu de l'éducation primaire, ceci peut sembler insignifiant... parce que ça l'est. Mais dans l'esprit des petites matrones qui enseignent à nos enfants, ceci est un crime terrible, une transgression impardonnable et un geste complètement irresponsable! Dans toutes les écoles où j'ai travaillé, ça commence toujours comme ça, avec des petits événements en apparence insignifiants. Et ça finit en guerre ouverte.

Parce que du pouvoir et du contrôle, ces femmes-là en veulent toujours plus, jamais moins.

Et elles ne rigolent pas avec ça.

Les irritants commencent à s'accumuler comme ça. Je n'exige pas que les enfants m'appellent "Monsieur"? Je les laisse sautiller et gambader jusqu'à l'autobus? Je ne leur hurle pas de se fermer la gueule dès qu'ils mettent les pieds dans l'école le matin? Ce genre de choses les rend complètement folles. Elles ragent et avant longtemps, la solution devient évidente à leurs yeux: il faut se débarrasser de ce type-là par tous les moyens.

Moi, je ne leur impose rien à ces femmes. Elles agissent comme elles le souhaitent et jamais je ne les critique. Qu'elles fassent ce qu'elles veulent et qu'elles me laissent agir comme je l'entends, c'est tout ce que je demande. Mais évidemment, c'est beaucoup trop demandé à des tarées ivres de pouvoir, obsédées par le contrôle absolu et incapables de concevoir que des approches différentes des leurs puissent posséder la moindre validité.

J'ai travaillé dans quatre écoles dans ma vie et à chaque fois, ça a été exactement la même chose. Et encore une fois, on dirait bien que ça recommence.

Anouk n'est pas la seule, évidemment. Mais dans ma présente école, elle est la pire.

Cette femme m'étourdit et m'horripile, vous ne pouvez même pas vous imaginer. Elle parle constamment, sans arrêt, à une vitesse ahurissante. Il m'arrive de me demander si elle ressent le besoin de respirer. C'est comme si tout ce qui lui passe par la tête doit automatiquement être verbalisé. Et malheureusement pour elle, ce qui lui passe par la tête est rarement pertinent ou réfléchi. C'est habituellement stupide, obsessif et mesquin.

Il y a quelques semaines, je suis assis dans la salle du personnel (une de mes rares visites) et je bouffe tranquillement mon sandwich. La directrice est également assise là. Sans même me regarder, Anouk me demande quelles notions je suis en train de travailler en maths. Dès que je lui réponds, elle s'esclaffe, regarde la directrice et s'exclame: "Pouah! Tu es en retard!"

Au début de la semaine, nous sommes assis dans une réunion de formation absolument abominable. Imaginez, je suis assis avec une dizaine d'enseignantes du même genre qu'Anouk et elles se racontent comment elles travaillent la lecture avec leurs élèves. Il ne s'agit que d'une longue et interminable litanie de "Moi, je...", "Moi, je...", "Moi, je..."

Et vous devriez voir les livres qu'elles forcent leurs élèves à lire. C'est épouvantable! Juste des livres de filles! Rien qui pourrait intéresser un gars! Pas d'action, pas d'aventure héroïque, pas de fantaisie, pas de science-fiction, pas de super-héros et surtout pas de BD!

Je suis assis là et je ne dis pas un mot, évidemment. Ouvrir la gueule avec ces gens-là équivaut à se peindre soi-même une grosse cible sur la poitrine. Avaler du cyanure serait une méthode moins souffrante de signer son arrêt de mort.

À un moment donné, l'une des enseignantes d'une autre école annonce qu'elle utilise un livre sur les Patriotes de 1837-38 avec ses élèves. Je prends alors la parole pour la seule et unique fois de cette réunion pour dire: "C'est un beau sujet! On n'en parle pas assez." Anouk n'hésite pas une seconde et me regarde en rigolant, ce qui semble faire croire aux autres que je suis en train de me moquer de l'enseignante en question. Or, c'est faux, je suis vraiment en train de dire que c'est une belle idée. Anouk ajoute ensuite: "On en parle en 5e année." Ce qui, en langage de maîtresses d'école, signifie: "Tu ne connais pas le programme."

En quelques mots, cette tarte a réussi à me faire passer pour un con qui se moque des autres et qui ne connaît pas le programme.

Et encore là, je ne vous parle pas de la fois où elle m'a croisé dans les escaliers que je gravissais en discutant avec une élève. Elle a regardé la petite et a dit: "Si jamais il te touche, tu sais que tu peux venir me voir!" La petite l'a regardée comme si elle était complètement folle (parce qu'elle l'est). Cette fois-là, je suis allée la voir après pour lui demander des explications. Elle m'a dit que ce n'était qu'une "blague". Je lui ai dit qu'elle n'était pas drôle et que je ne voulais pas que cela se reproduise.

C'est ça être un homme dans une école primaire.

Si seulement Anouk était un cas isolé... si seulement...



36 commentaires:

fylouz a dit…

Sérieusement, parlant de l'incident de l'escalier, tu aurais dû aller voir la directrice immédiatement. C'est de la diffamation pure et simple.

Prof Solitaire a dit…

La connaissant, elle n'y aurait rien vu de grave... la plupart des femmes ne comprennent tout simplement pas...

Prof Solitaire a dit…

Ce qu'il y a de bien, c'est que j'ai un collègue masculin cette année. Et je lui ai révélé mon "identité secrète"... nous venons d'avoir cet échange à propos de ce billet:

Lui: Très bien écrit !

Moi: Et comme témoin privilégié, assez conforme à la réalité ou pas? Honnêtement?

Lui: C est ce qui s est passé intégralement

Moi: Esti que c'est cool de plus être tout seul... tu peux pas savoir...

Guillaume a dit…

Oui, c'est ce que j'allais dire sur l'incident de l'escalier. C'est de la diffamation et c'est criminel.

Pour le reste, j'ai connu des collègues chiantes, mais pas à ce point-là. En fait les miennes étaient plus commères et gammicks qu'autre chose.

Prof Solitaire a dit…

C'est un bon conseil... si elle remet ça, je vais aller me plaindre à la directrice. Je doute que ça donne quoi que ce soit, mais ce sera probablement la chose à faire...

J'ai horreur de me plaindre de mes collègues auprès des directions, mais dans le cas de cette tarte, c'est probablement la chose à faire...

Hénèm a dit…

Je n'ose pas imaginer quels mots seraient sortis de ma bouche quand je l'aurais recroisée hors la présence d'enfants. Non seulement c'est inapproprié, c'est méprisant et tellement pas professionnel.

C'était tout sauf une blague. Et même si ça en était une elle devrait en subir les conséquences.

Olivier Kaestlé a dit…

Franchement, je trouve que mon expérience professionnelle auprès de patients psychiayrisés est presque plus reposante. Au moins, contrairement a ces imbéciles, ces malades sont diagnostiqués...

Guillaume a dit…

En fait je me plaindrais maintenant à la directrice. La meilleure défense, c'est l'attaque, dans ce cas-là.

Anonyme a dit…

Cher R.S. Capé,
Ton essai dans ma propre vie d'enseignante est tombée à point. C'est ce même essai qui m'a ancré "solide" dans mes propres valeurs et convictions. J'ai été témoin et je soutiens présentement une collègue qui a subi plusieurs gestes d'intimidation de la part d'une autre collègue. Nous avons une directrice qui ne sait absolument pas comment gérer une telle situation..... Un syndicat qui trouve les évènements tellement gros qu'il a demandé à ma collègue si elle ne préférerait pas changer d'école plutôt que de porter plainte.... (Il lui reste 3 ans avant sa retraite) une aberration ! On nous rappelle l'importance d'éduquer nos élèves et nos propres enfants en leur disant qu'il faut dénoncer l'intimidation.... Quand il s'agit de nous, les enseignants, la commission scolaire, le syndicat et la direction ou nos collègues semblent banaliser ces situations d'harcèlement.... Plutôt contradictoire, n'est-ce pas?....

Bref, cette fois-ci, je t'encourage à rapporter ces gestes à conduites vexatoires (Harcèlement.ca) et de prendre les devants avant qu'il y ait une nouvelle escalade. Prends en note tous ces incidents qui comme tu l'as dit peuvent sembler banals pour les personnes qui ne sont pas dans notre milieu. Notre directrice nous a reproché d'avoir trop attendu et qu'elle avait les mains liées parce qu'elle n'avait aucune note des événements passés. Sache que tu as 90 jours à partir du dernier événement pour porter plainte. Il est plus que temps que ce genre de comportements cessent dans nos écoles, lieux où nous avons comme mission de préparer les jeunes pour leur futur...

Continue ton excellent travail! Il aura un impact dans la vie de tes élèves c'est plus qu'évident.

Annie
Enseignante de premiere année

Pierre-Luc a dit…

Belle découverte ce matin d'un blog qui dit enfin ce que l'on pense. Je suis présentement étudiant en enseignement secondaire et parfois j'en viens à me demander si l'enfant est celui qui enseigne ou bien qui est assis en face de nous. Mon enseignante attitrée avait une feuille d'on elle ma laisser une copie avec tout les élèves qu'elle considérait comme étant ''tannant''. Quand viens le temps de lui demander la façon d'ont elle à créé cette fiche, elle me dit que ce son tous les enseignants du département qui ce sont rencontrés avant le début des classes pour parler de cette liste. Certains élèves arrivent déjà fichés '' ptit criss'' avant même qu'ils ne posent leur fessier sur une chaise!

Durant un stage j'ai cherché à faire une nouvelle activité qui sortait un peu du cadre que le programme nous obliges. Mon activité c'est rendu jusqu'au conseil d'école parce qu'elle ne transmettait pas de connaissances directement. Forcé de constater que si l'enseignant ne fait pas que transmettre des connaissances, il est le pire des profs. l'enseignement c'est avant tout de transmettre la passion de la découverte, chercher à montrer au enfant comment apprendre les maths, pourquoi le français est important, même le FAMEUX cour d'éthique et culture religieuse( mon domaine d'étude) à une vocation, c'elle d'ouvrir les yeux sur d'autre culture et d'ouvrir la pensé critique, chose que malheureusement, bien des profs qui '' pitch'' de la matière au tableaux avec comme concept '' ferme toi et apprend par coeur'' oublie de faire, ouvrir les yeux des enfants. Platon lui-même disait que le rôle de l'enseignant n'est pas de transmettre des connaissances, mais bien de montré la voie qui mènerons à ces connaissances.

Petit déception d'un futur prof plein de belles intentions

Prof Solitaire a dit…

Wow... merci pour les beaux commentaires! Je suis touché et ému de savoir que mes humbles écrits ont des impacts dans vos vies. Je lis les obstacles et épreuves que vous subissez avec un mélange de tristesse (parce que je sais trop bien ce que c'est) et de soulagement de constater que je ne suis pas aussi seul que j'ai souvent l'impression de l'être... merci de partager.

Annie a dit…

Oh que non!Tu es loin d'être seul et le fait que tu sois un homme amplifie le pouvoir de ces matrones. Elles sont en minorité, mais ont un grand Pouvoir.... La majorité d'entre nous sommes munis d'un seuil de tolérance beaucoup trop élevé, d'une compréhension sans borne.... C'est ce qui donne ce pouvoir à ces enseignantes qui n'ont ni tolérance, ni compréhension... Ni respect. Nous sommes les seuls à pouvoir faire en sorte que ce contrôle malsain cesse.... Pour cela, il faut arrêter d'attendre 😉

Prof Solitaire a dit…

J'aimerais tellement travailler avec toi!!!!

Anonyme a dit…

1-Je trouve inacceptable le commentaire de cette enseignante devant un enfant. En effet, s'il y a récidive la direction doit être mise au courant et intervenir. Il est essentiel d'envoyer un message à l'effet que de tels commentaires ne peuvent se dire.
2-la presse plus, cahier débat page 7, dimanche le 24 avril....un homme au CPE...;-) à lire !!
3-je partage souvent votre opinion mais tout de même permettez moi de reprendre vos paroles " je ne les critique jamais" laissez moi en douter un brin ...vous y consacrez des textes complets...les critiquer!

Anonyme a dit…

Pierre-Luc: si tu es vraiment un étudiant en enseignement, le minimum serait de te corriger avant de publier sur Internet. Ça renforce l'opinion de ceux qui considèrent que les nouveaux enseignants maitrisent mal le français.

PM

Prof Solitaire a dit…

@ Ano: Ce que je veux dire par là, c'est que je ne critique pas leurs pratiques à l'école. Je ne demande jamais qu'elles les modifient. Je ne les remets pas en question ouvertement. Je les tolère. Par exemple, je n'interviendrais pas dans une réunion du personnel pour critiquer ce qu'une enseignante fait, contrairement à Anouk. Je ne vais pas me plaindre de mes collègues à la direction, sauf si c'est grave. C'est ça que je veux dire lorsque j'écris que je ne les critique pas. Ici, c'est différent, je peux exprimer le fond de ma pensée, c'est la beauté du blogue anonyme. En passant, avez-vous l'hyperlien de cet article dont vous parlez?

@ PM: Je comprends ton argument, mais je ne voudrais pas que Pierre-Luc ou que n'importe quel autre lecteur évite de s'exprimer à cause d'une quelconque honte des fautes d'orthographe. Gardons le focus sur l'essentiel ici: le contenu. Ce que dit Pierre-Luc est très intéressant et mérite d'être su et j'espère lire plusieurs autres de ses commentaires.

Anonyme a dit…

Voici le texte de la presse


Peut on apprendre à se relever sans tomber?
Jean Sébastien Drouin éducateur

Les enfants du groupe dont je suis responsable pendant les quelques heures qu’ils passent au service de garde de l’école me regardent les yeux grands ouverts, comme si je venais de dire une absurdité profonde.
— On peut aller jouer sur la butte de neige ?, me répète l’un d’entre eux.
— Oui, mais faites attention ! Ça glisse.
Sans perdre un instant, les jeunes s’élancent en courant sur le petit monticule de neige d’environ deux mètres de haut et y grimpent avec une aisance variable.
Dans la cour d’école, je subis
les regards amers de certains éducateurs, qui ne permettent
pas à leur groupe d’aller jouer sur les buttes de neige, considérant que c’est trop dangereux.
J’ai quelques doutes. Suis-je allé trop loin ?
Je ne suis là que pour un remplacement après tout. Je devrais peut-être la jouer
plus serré. Mais, en entendant les rires
des enfants qui grimpent et glissent sur
la surface gelée de la butte, mes doutes s’effacent immédiatement.
Pendant un instant, je m’étais laissé emporter, bien malgré moi, par la surprotection omniprésente de notre ère.
À l’époque où j’étais celui qui enfilait
son habit de neige pour aller jouer dehors,
on ne m’interdisait pas l’accès aux buttes et, croyez-le ou non, je suis toujours en vie.
Et voilà que l’inévitable se produit ! L’un
des garçons perd pied et son genou heurte
la glace. Il lève immédiatement un regard vers moi, les yeux mouillés. Les prochaines secondes sont cruciales. Avec l’expérience, je sais que ma réaction déterminera la sienne.
« Méchante débarque ça, mon bonhomme ! », dis-je, en affichant un large sourire. « T’es un vrai dur ! Veux-tu prendre une pause, ou tu veux continuer à jouer ? »
J’ai visé juste. Fier de m’avoir impressionné par sa résistance farouche à la douleur,
le garçon se lève, bombe le torse et reprend
son ascension.
La pause du midi terminée, les jeunes retournent en classe et je reviens dans
mon local du service de garde, pour faire
le ménage. Satisfait de mon midi, j’éprouve
une certaine fierté d’avoir fait passer
du bon temps à mon groupe.
C’est à ce moment que je suis interpellé
par une éducatrice qui vient me voir pour courtoisement me reprocher d’avoir laissé mes jeunes jouer sur la butte de neige. Les enfants dont elle est responsable ont vu cela et veulent désormais faire la même chose. Elle me rappelle que les buttes de neige sont interdites d’accès, de même que les batailles de boules de neige.
OÙ PLACER LA LIMITE ?
Ce genre de discours n’est pas nouveau
pour moi. Je me suis déjà fait reprocher
à quelques occasions d’être plus permissif
que la moyenne. Certains collègues voient dans mes permissions de la perte de contrôle, alors qu’en réalité, je suis parfaitement en contrôle de mes groupes. Mes limites ne sont tout simplement pas
les mêmes. Au service de garde, les jeunes doivent s’amuser et dépenser leur énergie emmagasinée par des heures assises
en classe.
Ceci ne reste qu’un exemple parmi d’autres et, ne généralisons pas, la plupart des éducateurs savent brillamment comment gérer un groupe de service de garde. Moi,
qui ne suis qu’un remplaçant, j’échappe
à la pression exercée par certains parents
et par le système. C’est peut-être pour
cette raison que je me permets la réflexion suivante : « Avons-nous peur à ce point des blessures ou des accidents que nous sommes prêts à brimer la liberté des enfants ? »
Les enfants sont des personnes influençables, en plein développement,
qui cherchent constamment à tester leurs limites. Peut-être devrions-nous un peu
plus chercher à les appuyer dans leur cheminement, au lieu de constamment
les empêcher de progresser, même au prix
de quelques blessures formatrices.

Voilà, j'ai tout de suite pensé à vous

Anonyme a dit…

PS: je suis désolé mais si quelqu'un ne peut pas marcher et mâcher de la gomme en même temps, il lui faut faire des choix. Le gars veut être prof et fait plus d'erreurs que mes élèves de première secondaire. Si on veut que notre profession soit respectée, on se doit de respecter celle-ci. Écrire correctement fait partie de notre boulot. On ne parle pas d'un quidam ou d'un lecteur quelconque. Le gars veut être prof! Tu accepterais ça d'un collègue? Pas moi.

Concernant le texte de Jean Sébastien Drouin, éducateur. Quand le gars sera poursuivi par un parent parce son enfant se sera blessé, quand il sera suspendu sans salaire, il ne tiendra pas le même discours. C'est plate, mais c'est la réalité des parents-rois d'aujourd'hui. On oublie complètement cette réalité.

PM

Prof Solitaire a dit…

@Ano: Merci pour l'article... ça illustre une tendance réelle. J'ai travaillé dans une école qui ne laissait pas les enfants jouer à la tague sur la cour d'école... pour ne pas qu'ils tombent. Mais PM a malheureusement raison lorsqu'il parle des parents-rois...

@PM: Je comprends ton argument et jusqu'à un certain point, je le partage. Dans le cadre de nos fonctions officielles, en classe et dans les documents qui sont envoyés aux parents ou aux collègues, les fautes sont inacceptables et m'horripilent.

Mais sur un blogue? Dans son temps libre? Dans ces cas-là, je me sens plus indulgent. Je préfère miser sur le contenu plutôt que la forme.

Le professeur masqué a dit…

PS Sérieusement, PS, mes élèves de première font moins de fautes que lui... Je veux bien comprendre tes arguments, mais si je leur dis qu'un futur prof écrit comme ça... Certaines erreurs sont colossales, pour ne pas dire plus. Si, au naturel, c'est aussi désatreux...

Non, désolé. Il y a un minimum. La profession souffre assez. Un peu de «pensé critique» quand même. :)

Le professeur masqué a dit…

Et ça n'a rien à voir avec la forme et le contenu. Ça a à voir avec le respect de soi, du métier et de la langue.

Anonyme a dit…

Suis d'accord avec PM, je peux comprendre que parfois une coquille nous échappe mais il ne s'agit pas de cela. Ce sont des erreurs majeures qui démontrent une grande faiblesse. Alors oui tout le monde peut s'exprimer ici mais à partir du moment où tu te dis enseignant, tu fais l'effort partout quand tu écris.
D'ailleurs quand tu sais écrire, ce n'est pas un effort ;-)

Annie a dit…

C'est clair que j'apprécierais également travailler avec toi! Si tu savais comme nous avons un plaisir fou à créer et à échanger cette année sans "notre matrone"!!! Souhaitons que nos démarches et la plainte de ma Collegue puissent faire en sorte qu'elle prenne son trou et que je n'aie pas à travailler à nouveau avec elle (de toute façon, j'ai juré sur la tête de mes enfants que c'était terminé ... Je ne fait ça que lorsque je suis bien déterminée 😏)

Annie a dit…

Désolée, je ne fais.... Oublié de me relire..... Et je suis enseignante 🙃

Solution pour notre ami Pierre-Luc: ne dis pas que tu es un futur enseignant la prochaine fois.... Simplement un être humain qui souhaite s'exprimer ou encore, parle à la 3 ème personne. De cette façon, cela évitera que d'autres personnes ne fassent dévier l'objectif de nos échanges...

Anonyme a dit…

Toujours banaliser l'inacceptable. Après ça, on se demande pourquoi on nous manque de respect.

PM

Prof Solitaire a dit…

J'apprécie votre passion pour notre langue qui s'exprime ici, croyez-moi. Et je comprends vos arguments.

Si vous étiez en train de varloper quelqu'un qui n'est pas enseignant pour ses fautes, je m'y opposerais avec beaucoup plus de véhémence. Pour ne pas dire que je vous botterais (métaphoriquement) le cul. Mais je comprends ce que vous dites. Vous soulevez de bons points. C'est vrai que nous souffrons tous de la dévalorisation de notre profession. Je comprends et je partage cette frustration. J'ai travaillé avec des collègues qui faisaient des tonnes de fautes impardonnables et j'avais honte, alors le sentiment ne m'est pas inconnu.

Mais d'un point de vue pragmatique, les commentaires que Pierre-Luc laisse (et laissera à l'avenir, je l'espère) auront-ils un impact significatif sur la perception populaire de la profession? Permettez-moi d'en douter. Malheureusement, le blogue du Prof Solitaire n'a pas la popularité que vous semblez souhaiter! ;-)

De plus, je dois vous avouer ressentir un certain malaise à voir un jeune passionné se faire tomber dessus à cause de ses fautes sans que l'on s'attarde également à entendre ce qu'il dit. C'est peut-être à cause de ma propre jeunesse et de cette mère méprisante qui accueillait toutes mes tentatives littéraires par son sempiternel: "C'est plein de fautes!" Je comprends que le contexte n'est pas le même. Mais le malaise est là.

Une bonne maîtrise du français est essentielle pour être enseignant, nous nous entendons là-dessus. Mon malaise est peut-être déplacé. J'sais plus, ça mérite réflexion...

Bref, est-ce que je banalise l'inacceptable? Peut-être... je vous laisse en juger. Une chose est sûre, vos réactions sont intéressantes et me font réfléchir.

@ Annie: Ton histoire avec ta collègue est vraiment intéressante. Si tu as envie que j'en fasse un billet, écris-moi: profsolitaire@gmail.com. Je serai aussi vague que tu le souhaites et je te ferai approuver le texte avant de le publier. Mais sens-toi très à l'aise si tu ne préfères pas, c'est parfaitement correct. Je comprendrai très (trop) bien ton désir de demeurer discrète.

Annie a dit…

Malheureusement, Prof Solotaire a été victime encore une fois de gestes d'incivilité à caractère vexatoire de la part d'Anouk... On ne lui a fait aucun commentaire sur sa maîtrise du français... Surement qu'un autre geste vexatoire à ce sujet surviendra de la part de cette matrone le jour où Prof Solitaire produira un document et qu'une faute d'orthographe s'y glissera.....

Souhaitons cher Prof Solitaire que tu sauras prendre les devants afin d'éviter de nouvelles attaques d'Anouk.

Bonne chance et à Pieer-Luc aussi...

Mamanrevolution a dit…

Bonjour, j'ai beaucoup aimé vous lire,cela m'a fait du bien,je ne suis pas un professeur, juste une mère qui voulait que ses enfants aiment l'école,car je croyais a l éducation, malheureusement je suis Très déçu des commissions scolaires et je suis 100%d accord avec vous,les commissions scolaires détruisent les professeurs qui veulent changer les choses,et menacent les parents qui veulent travailler avec eux,,,j'ai même été menacé par la direction car je dérange les narcissiques au pouvoir,,je tiens à vous remercier de dénoncer et je tiens à vous dire que je suis une maman qui se bat au quotidien pour empêcher certaines matronnes de détruire mon fils,,,elles ont réussi à lui faire détester l école et en plus de détruire une parti de son estime de soi,,,peut importe ce que je dis ,la direction se croit supérieure, ,je ne vaut rien, je suis juste une mère qui aime son fils et qui rêve de le voir devenir un homme instruit,éduqué, honnête et équilibré
Au nom du mes enfants, merci de dénoncer
Mamanrevolution

Le professeur masqué a dit…

PS: tu vois, je n'aime pas Mathieu Bock-Côté, mais il a sacrement raison quand il écrit ce truc:

http://www.journaldemontreal.com/2016/04/26/justifier-lignorance

Le Québec est bon dernier au Canada en ce qui a trait à l'importance que les parents accordent aux études et à l'éducation. Quand sur un blogue de prof (et pas que chez toi et pas par toi), on se fait ramasser parce qu'on souligne qu'un enseignant devrait toujours soigner son français, je décroche. Un enseignant est un modèle. Et chaque fois qu'un prof écrit mal est une fois de plus dans ce joli mépris qu'on manifeste à l'égard de notre profession. Toi-même prends un soin particulier de bien corriger tes textes. Pourquoi? Pourtant, tu aurais mille excuses: famille, enfant, travail... Tu pourrais aussi invoquer que l'important est les idées, pas les fautes. Sauf que... tu te fais suer à corriger par principe et par sens éthique. Tu es prof. Tu es professionnel. J'en attends autant d'un futur collègue.

Quant à Annie qui ne me connait pas et qui ne sait pas, comme toi, les luttes que j'ai menées, je me contenterai de la saluer. :)

Annie a dit…

Tout comme vous, Professeur masqué et Anonyme, j'accorde une grande importance au français, mais je crois sincèrement qu'il y a une façon de dire et d'écrire les choses sans vexer la personne visée. Un petit clin d'œil de votre part à l'égard de Pierre-Luc après avoir sympathisé avec ce qu'il a vécu aurait été suffisant. Je crois que Pierre-Luc en aurait saisi le sens sans que vous ayez à le comparer à vos élèves ou autre.

Par contre, j'aurais bien apprécié connaître vos luttes; savoir si elles ont porté ses fruits ou si cela n'a mené à rien. De savoir que l'on est pas seule à lutter m'aide à maintenir le cap sur mon but, soit celui de dénoncer le contrôle malsain que certaines enseignantes exercent sur leurs collègues (car je n'ai pas encore trouvé de collègues masculins ...)

Libre à vous de nous les partager. Je vous salue également.

Annie a dit…

Que l'on n'est pas....

Le professeur masqué a dit…

Pour l'instant, Pierre-luc n'a pas l'air très vexé... et ma comparaison... Bof! Très réaliste. J'ai des amis qui enseignent dans des facultés d'éducation et ils sont désemparés quand ils corrigent les travaux de certains de leurs étudiants. On a peur de dire au Québec que l'on veut des profs compétents ET qui maitrisent la langue française.

Quant au contrôle en éducation, il faut savoir que chaque prof est un control freak à sa manière, homme comme femme. Et si ça ne suffisait pas, on a des directions, des CP, des Cs et un ministre. :)

Prof Solitaire a dit…

Merci à tous pour vos commentaires. Ils sont tous pertinents. Je ne ramasse personne, du moins je ne crois pas. Je trouve tous vos arguments intéressants et ils nourrissent ma réflexion. Je suis encore déchiré. Mais une chose est sûre, ça fait plaisir de voir des gens qui partagent ma passion pour ce métier et qui en débattent avec conviction. Mes billets à propos de l'enseignement ne génèrent pas autant de commentaires d'habitude. C'est encourageant. J'espère que tout le monde sentira que son point de vue est le bienvenu ici. Car il l'est.

C'est vrai que les Québécois semblent croire de moins en moins à l'éducation. Et je crois qu'ils ont en partie raison. Notre système d'éducation est déphasé et dépassé. Il serait temps qu'on s'assoit et qu'on se demande très franchement ce qu'on espère accomplir dans ce système-là. Quels sont les objectifs prioritaires. Et si les moyens qu'on prend sont efficaces.

En ce qui me concerne, je trouve les pistes de réflexion proposées par Ken Robinson particulièrement intéressantes et inspirantes:

http://profsolitaire.blogspot.ca/2015/07/notre-systeme-deducation-est-demode.html

http://profsolitaire.blogspot.ca/2014/07/ken-robinson.html

http://profsolitaire.blogspot.ca/2014/07/ken-robinson-ii.html

http://profsolitaire.blogspot.ca/2015/08/leducation-selon-ken-robinson.html

Ceci pourrait également vous intéresser:

http://profsolitaire.blogspot.ca/2012/11/de-quoi-le-quebec-t-il-besoin-en.html



Annie a dit…

Merci pour les liens que j'irai lire avec grand intérêt.

Elodie Vernont a dit…

J'ai lu également votre livre. Je pense que c'est insupportable d'être un prof homme dans une école primaire. Vous abordez la manière dont sont considérés les garçons à l'école, mais où va-t-on? Dans cet article, vous nous dites encore que les maîtresses choisissent des livres pour les filles. Il existe de nombreux textes justement en 5e année. Je ne sais pas si c'est au programme, mais les textes documentaires ou journalistes, ça existe. Un volcan ou l'environnement, c'est mixte. Mon fils ne suit pas le curriculum québécois (on lui propose des textes destinés autant aux filles qu'aux garçons), mais je suppose qu'il est possible et ce, dès le plus jeune âge d'intégrer des lectures ou textes pour les filles et les garçons. Je doute également que les lectures pour filles plaisent à toutes les filles. Les filles rêvent aujourd'hui d'aventures, de récits avec des péripéties... Je suppose que dans ce type de classe, 80% des enfants s'ennuient.

Prof Solitaire a dit…

Oui, il existe plein de trucs intéressants quand on se donne la peine, mais bien peu le font. Ce n'est donc pas étonnant de voir tant d'enfants, surtout des gars, arriver dans ma classe et découvrir avec stupéfaction que lire, ça peut être génial!