27 avril 2016

Reconnaître ses limites...


Ça n'a plus de bon sens. Il faut que j'arrête.

J'ai un nombre élevé d'élèves très faibles dans ma classe cette année. Je n'en ai jamais eu autant, en fait. Jamais eu autant d'échecs non plus.

Dans certains cas, il s'agit d'élèves dont les difficultés s'expliquent par différents problèmes qui vont de la dysphasie au déficit d'attention, en passant par la dysorthographie et l'hyperactivité. Nommez le problème, j'en ai probablement un exemple dans ma classe.

Dans d'autres cas, il s'agit d'élèves qui ne semblent tout simplement pas comprendre que leurs échecs sont dus à leur manque d'implication et de travail. Ils ont 12 ans et ils ont déjà décidé que si ils coulent, c'est parce qu'ils sont "poches". J'ai toujours consacré beaucoup de temps et d'énergie à déprogrammer ces élèves-là et à leur faire comprendre que leurs notes étaient le résultat de leur travail et qu'ils ne sont ni poches, ni nuls, ni pourris. Mais cette année, ce combat s'avère particulièrement infructueux.

Bref, avec la fin de l'année scolaire qui approche rapidement, je me retrouve dans une situation extrêmement stressante. Les notes demeurent très basses et j'ai beau me démener comme un diable dans l'eau bénite, je n'arrive pas à améliorer la situation de façon substantielle.

Depuis des mois, je n'ai essentiellement plus de pauses. Lorsque mes élèves sont avec les spécialistes, je corrige ou je me défonce à essayer de créer des activités qui sauront les motiver et les pousser à s'améliorer. Aux récréations, je suis toujours en classe à aider des élèves en difficulté. De plus, j'ai transformé TOUS mes dîners en périodes de récupération.

TOUS.

Ce qui fait que j'ai environ 15 minutes de pause par jour. C'est le temps que je prends pour inhaler un sandwich avant de retourner en classe pour faire de la récup. C'est juste si je prends le temps de pisser.

J'arrive à l'école vers 6h30, tout de suite après la responsable du service de garde, et je travaille à peu près sans arrêt jusqu'à 15h30. Et là, c'est le temps de travailler avec mon fils autiste qui éprouve de grandes difficultés à l'école.

Je suis complètement brûlé.

Vidé.

Il faut que j'arrête ça.

Je sais, je sais, mes collègues syndicalistes me diront que je ne suis pas payé pour travailler pendant ma pause du dîner, que personne ne m'oblige à le faire et que je suis juste épais. Mais que voulez-vous, j'ai beaucoup de mal à dire non à des enfants qui veulent travailler.

D'une part parce que je suis là pour eux et que j'aurais l'impression de trahir ma mission en refusant.

Mais je crois qu'il y a aussi la crainte de me faire redire, comme l'a fait ma vieille charogne d'ancienne directrice, que si les élèves sont faibles, c'est directement à cause de ma soi-disant incompétence. Je le raconte dans mon livre.

Sauf que là, il faut que j'arrête. Je sens que j'ai atteint ma limite.

Je suis de plus en plus épuisé, je carbure à la caféine (du Coke, je déteste le café) pour tenir le coup, j'ai des maux de têtes de plus en plus fréquents, je manque de patience avec les enfants, je néglige ma femme, je dors mal parce que je suis stressé... ça n'a aucun sens.

Je suis à bout.

Il faut que ça cesse.

Alors dès aujourd'hui, je reprends mes pauses du dîner. Je vais encore en offrir de temps en temps, peut-être une ou deux fois par semaine. Je ne sais pas. Mais il faut que j'en garde au moins trois pour moi, sinon je vais craquer.



4 commentaires:

Gc a dit…

Tu sais l'echec est parfois un apprentissage en soi. T'es élève "paresseux" vont apprendre ou pas que la réussite vient avec l'effort. Tu n'y peux rien. Ils l'apprendront peut-être juste à 30 ans ou jamais. Tu as essayé, mais tu as ta propre famille.
Des fois aussi c'est toi qui doit apprendre à te sauver toi-même.
C'est comme ça. Ces élèves ont des parents tu sais. Leurs parents aussi devraient s'en mêler.
Tu es un héros à ta façon, mais tu ne veux pas finir comme lui?...
https://www.youtube.com/watch?v=Ir8gCvb6b78

Prof Solitaire a dit…

C'est très flatteur, mais je ne me vois pas comme un héros, juste comme un gars qui essaie de faire de son mieux... mais là, il y a des limites physique qu'il serait temps que je respecte... je n'ai pas besoin d'un burnout... merci pour le soutien!

doreus a dit…

Il est des jours où... des semaines où... des semestres où... et là, il semblerait que ce soit l'année où...
Oui, il est bon de se donner à fond. Cependant, pour pouvoir donner, il faut qu'il reste quelque chose à l'intérieur. Donc, il faut se refaire. Bon courage pour les deux mois qui restent!

Prof Solitaire a dit…

Merci Doreus!