15 mai 2016

"L'apprentissage du fait religieux? Oui, mais pas au primaire..."

Voici quelques extraits d'un intéressant article à propos du cours d'éthique et culture religieuse, écrit par Nadia El-Mabrouk, professeur à l'Université de Montréal et membre de l’Association Québécoise des Nord Africains pour la Laïcité:

Que répondra l'enseignant à l'enfant qui demande : «Est-ce que l'archange Gabriel existe vraiment?», «Est-ce que Mahomet est vraiment allé au ciel sur sa jument ailée?», «Est-ce qu'Abraham a vraiment voulu obéir à Dieu qui lui commandait de tuer son fils?».

(...) L'apprentissage du fait religieux? Oui, mais pas au primaire, alors que les enfants n'ont pas développé de sens critique et ne sont pas en mesure de faire la différence entre mythes et réalités.

(...) Mais il y a également une cinquième vague de contestation, qui est celle des Québécois de culture musulmane, représentés notamment par l'Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL), dont je fais partie.

En effet, nous subissons les dommages collatéraux de cette identification des groupes par leur religion. Nos enfants sont encouragés à s'identifier comme musulmans. Mais, en plus, ils sont amenés à intégrer toute une série de pratiques religieuses contraignantes, portées par une version dogmatique et rigoriste de l'islam. «Mon fils est devenu musulman avec ce cours», «Mon fils demande maintenant à sa mère pourquoi elle n'est pas voilée», «Mon enfant est culpabilisé parce qu'il ne mange pas halal à l'école». Voici le genre de commentaires rapportés par plusieurs personnes issues du Maghreb et du Moyen-Orient.

(...) M. Leroux prône l'éducation au pluralisme, mais c'est plutôt une vision normative des cultures religieuses qui ressort des manuels scolaires. LE monde musulman, LE monde bouddhiste, LE monde juif, se trouvent résumés par quelques pratiques, quelques codes vestimentaires. La diversité est en fait réduite essentiellement à quelques stéréotypes. Les juifs portent une kippa, les musulmanes un voile, les bouddhistes une robe orange, les chrétiennes une croix dans le cou et les Autochtones des plumes. C'est simple, ainsi on peut les «reconnaître».

En fait, on amène les enfants, ni plus ni moins, à faire du profilage ethnico-religieux.

Et ces constatations ne sont pas extrapolées de quelques cas isolés de manuels défaillants. C'est, par exemple, l'ensemble des manuels ÉCR du primaire qui utilisent la femme voilée comme marqueur identitaire pour l'islam. Est-ce qu'une petite fille qui subirait des pressions dans sa famille pour porter le voile se sentirait encouragée d'en parler à l'école, alors que l'on présente le voile comme LE code vestimentaire de l'islam?

Et est-ce que les enfants au Québec se promènent en kippa, hijab, sari ou plumes sur la tête? Les pratiques, coutumes, illustrations dans les manuels sont, très souvent, déconnectées de la réalité québécoise. Si l'objectif est d'éduquer les jeunes à la diversité, au pluralisme du Québec, il faudrait tenir compte de toutes les convictions spirituelles. Où sont les non-croyants? Les non-pratiquants, qui forment la majorité de la population? Les musulmanes non voilées?

(...) Ce volet du cours ÉCR ressemble plus à de l'endoctrinement et à de la promotion du fait religieux, qu'à un apprentissage objectif de connaissances sur les religions. On ressasse, pendant toute la scolarité de l'enfant, des manifestations du religieux, mais sans les éléments permettant de développer son sens critique.

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