8 mai 2016

"Le néoféminisme dynamité"

Voici quelques extraits de cette excellente chronique de Bock-Côté:

(...) Au cœur du livre d’Eugénie Bastié, on trouve une critique de la tentation de l’indifférenciation qui domine le féminisme contemporain et qui s’exprime principalement dans la théorie du genre, pour qui le féminin et le masculin sont de pures constructions historiques 

(...) Nous sommes devant un féminisme paradoxal qui ne croit plus à l’existence de la femme (...) ce serait la tâche de chacun, dans sa vie, de se délivrer de sa naissance, de son sexe comme de son héritage historique. Il ne faudrait rien assumer et tout condamner. Comment ne pas voir là une forme de nihilisme où l’homme doit s’arracher au donné pour commencer à exister?

L’abolition de la différence sexuelle vise l’aplatissement de l’humanité à la diversité presque infinie des individualités qui la composent. (...) Quiconque ne s’enthousiasme pas pour cette perspective risque d’être qualifié de réactionnaire : une chose certaine, on lui trouvera quelques phobies pour ruiner sa réputation publiquement.

En un mot, la fameuse théorie du genre ne prétend pas nous en apprendre un peu plus sur la construction historique de la différence sexuelle à partir des prédispositions des deux sexes mais entend la détruire complètement sous le fallacieux prétexte qu’elle ne serait pas identique à elle-même de toute éternité. 

(...) La France, de ce point de vue, a façonné de manière absolument singulière les rapports entre hommes et femmes, en les civilisant aussi intimement que profondément. Plus souvent qu’autrement, le puritanisme nord-américain n’y comprend rien et va jusqu’à criminaliser le désir trouble d’un sexe pour l’autre – Bastié redoute ainsi un monde où règnerait une «sexualité pacifiée et protocolaire» (p.66).

Eugénie Bastié propose aussi dans son livre une critique implicite des sciences sociales qui ont la fâcheuse manie de réduire les rapports sociaux à des rapports de domination, en annihilant leur mystère, en les privant de leur complexité, de leur richesse. (...) Le discours universitaire entretenu par une certaine sociologie antidiscriminatoire qui présente l’histoire du monde occidental comme celle d’une vaste conspiration contre l’émancipation des minorités l’exaspère manifestement, qu’il s’agisse des théories sur l’intersectionnalité ou celles sur la discrimination systémique. 

Ce n’est pas avec de tels concepts, malheureusement populaires chez les jeunes universitaires (...), qu’on pourra vraiment penser la complexité des rapports entre les sexes en les délivrant d’une forme de méfiance systématisée.

(...) Mais ce n’est pas d’hier que la gauche radicale abandonne les gens ordinaires pour les «exclus» à qui elle prête un potentiel révolutionnaire. C’est même la tendance lourde de la gauche dans la deuxième moitié du vingtième siècle.

Mais l’indifférenciation n’est pas la seule menace qui pèse sur les femmes. L’islamisme entend aussi, de bien des manières, les asservir. En fait, il représente aujourd’hui une menace directe contre la femme. Bastié veut aussi montrer comment la société multiculturelle peut être dangereuse pour les femmes. Bastié mène aussi la querelle contre une certaine lâcheté qui pousse certaines féministes à se faire bien discrète lorsque la violence sexuelle n’est plus commise par le grand méchant de notre temps, c’est-à-dire le mâle blanc occidental. 

(...) pour les féministes d’extrême-gauche, qui se pique «d’antiracisme», la simple critique de l’immigration massive relève du racisme, et elles seront soudainement prêtes à relativiser leurs convictions féministes pour ne pas écorcher de quelque manière que ce soit le multiculturalisme dogmatique auquel elles adhèrent avec un fanatisme inquiétant

De même, pour plusieurs, on l’aura compris, questionner la place de la femme dans l’islam relève de l’islamophobie.

(...) si la police du langage néoféministe guettera le moindre dérapage «sexiste» dans le vocabulaire des uns et des autres ou la moindre publicité jouant sur la carte de l’érotisme – c’est-à-dire, reconnaissant la légitimité du désir d’un sexe pour l’autre, et ainsi de suite -, elle s’empêchera plus souvent qu’autrement de critiquer l’infériorisation objective de la femme dans une bonne partie du monde musulman, de peur d’entretenir des préjugés colonialistes à son endroit. 

«Les mêmes féministes de métier passent leur temps à traquer le moindre dérapage sexiste dans les spots publicitaires ou les discours politiques, mais restent singulièrement silencieuses sur la question du voile» (p.90). 

(...) Et on aurait envie d’en suggérer la lecture à celles et ceux qui se sont mêlés, il y a quelques semaines, de cet étrange débat québécois où chaque femme avec un tant soit peu d’importance médiatique était invitée à se dire féministe, sans quoi elle était vilipendée publiquement. Il fallait être féministe, et même l’être de manière assez vindicative, ou accepter d’être condamnée à l’ostracisme médiatique tout en subissant les crachats sur les médias sociaux



7 commentaires:

fylouz a dit…

Pas entendu parler de cette polémique Québécoise. Peux tu nous en dire plus ?

Prof Solitaire a dit…

Tu as manqué cette merveilleuse saga? Tu vas adorer:

http://profsolitaire.blogspot.ca/2016/03/pas-feministe-derniere-partie.html

Guillaume a dit…

Il y a plusieurs mouvements dans le mouvement féministe, quant à moi les "féministes" qui embrassent le multiculturalisme afin de tolérer les comportements phallocrates de certaines communautés religieuses trahissent les femmes et empoisonnent le féminisme comme mouvement ou comme idéologie. J'ajouterais que le féminisme, tout comme la gauche d'ailleurs, s'il veut être conséquent et lucide, se doit d'être laïque.

Prof Solitaire a dit…

J'aimerais encore mieux que le féminisme disparaisse ou qu'il se fonde dans un beau et grand humanisme...

Guillaume a dit…

La plupart des mouvements idéologiques, sinon tous, se doivent d'être humanistes s'ils veulent prospérer.

Prof Solitaire a dit…

Pas sûr... l'islamisme prospère et il est tout sauf humaniste. Le christianisme s'en sort pas si mal en Amérique du Sud. Et le féminisme n'est pas encore sur son lit de mort, hélas!

Guillaume a dit…

Je ne suis pas si certain que l'islamisme prospère, de même que le christianisme. En Occident, justement, le christianisme est en déclin constant, même dans les sociétés où il avait traditionnellement une immense influence (bien des états américains, l'Espagne, l'Irlande même). Généralement, il est en fait en déroute. L'islamisme prospère... dans les pays du tiers-monde et certains ghettos! Ce n'est pas exactement un triomphe. Si une idéologie veut prospérer en Occident à long terme, il faut qu'elle prenne racine dans l'humanisme (ce qu'au moins une partie du mouvement féministe fait, soit dit en passant, même aujourd'hui.)

Et changement e sujet, mais surveille mon blogue demain pour une attaque de food porn. Tues averti;-).