11 juin 2016

Enseigner l’histoire au Québec est-il devenu subversif?

C'est Steve Fortin qui pose la question dans cet excellent texte dont voici quelques extraits:

Quand le très éphémère gouvernement Marois a décidé de réintroduire des cours d’enseignement de l’histoire au niveau collégial et au secondaire, instantanément des critiques se sont fait entendre afin d’accuser ce gouvernement nationaliste d’instrumentaliser ces cours afin de mousser son option politique. Pourtant, priver des générations de jeunes Québécois de l’enseignement de leurs repères historiques n’est-il pas, aussi, implicitement, un choix éminemment politique? Celui très dommageable d’imposer l’oubli? L’absence de repères essentiels à la compréhension des enjeux politiques très actuels?

La réalité c’est que le Québec a ceci de particulier; quand vient le temps de réfléchir au nécessaire enseignement de l’histoire à l’école, des visions conflictuelles s’affrontent. Le gouvernement Marois voulait moderniser les cours d’histoires au secondaire dont la dernière mise à jour datait de 2006. Voici ce que l’éditorialiste du Devoir Antoine Robitaille disait des cours d’histoire concoctés sous la gouvernance libérale de Jean Charest (2006):

«En avril 2006, à la suite d’informations dévoilées par Le Devoir, un débat féroce avait éclaté autour d’un nouveau programme d’histoire de 3e et 4e secondaire. L’optique du projet, décrite par les concepteurs mêmes du programme, était postnationale: il s’agissait de rendre l’histoire «moins conflictuelle», «moins politique», d’«en finir avec l’espèce de vision misérabiliste qui perdure».»

L’enseignant au collégial Patrick Moreau, cité en tête du présent article, explique comment l’enseignement de l’histoire de façon désincarnée de repères politiques et sociaux empêche les étudiants de bien saisir le contexte de ce que l,on veut leur apprendre :

«Les élèves retiennent peu de choses de ce qu’ils ont appris au secondaire. Quand ils arrivent [au cégep], ils n’ont pas de cadre historique. Ils ont vu des choses, mais ne savent pas quel rapport de causalité il y a entre les événements. Ils n’ont pas une vision claire du passé. »

On pourrait penser que c’est précisément le but de l’exercice. Enseigner des notions historiques privées de contexte, le plus possible désincarnée et vidée de leur référents politiques. Voilà qui fait en sorte que cette histoire demeure aseptisée, que ceux à qui on l’enseigne s’en sentent exclus, étrangers. D’ailleurs, les grandes associations de professeurs d’histoire au Québec réclamaient depuis longtemps que l’on en revienne à un enseignement chronologique des notions historiques, sans les vidées de leur contexte socio-politique.

L'histoire (rebaptisée "univers social") est l'une des matières que j'enseigne au primaire depuis 20 ans.

Je suis donc bien placé pour vous confirmer que M. Fortin a raison. Le cours d'histoire actuel est de la merde. C'est de la bouillie fédéraliste multiculturelle désincarnée et désâmée qui a pour but avouer de noyer le poisson et d'anéantir tout sentiment national québécois.

Le gouvernement libéral a fait du cours d'histoire un outil de propagande fédéraliste multiculturel qui sert à anesthésier tout sentiment d'identité nationale. Il ne s'en cache même pas, il l'avoue lui-même candidement!

Le résultat? Les jeunes québécois n'ont absolument aucune idée de qui ils sont ou d'où ils viennent. Ils s'emmerdent à mourir dans ce cours qui devrait les passionner et jouer un rôle important dans la découverte de leur identité. Ils n'apprennent rien et sont arrosés de trivialités historiques aseptisées et complètement dépourvues d'intérêt. Du genre: quelles étaient les principales productions de grain en Saskatchewan au XIXe siècle? Non, je n'exagère pas...

Et grâce au valeureux gouvernement libéral, rien ne va changer, au grand bonheur des militants fédéralistes anglophones:

«Ouf! Il s’en est fallu de peu!» diront ceux qui profitent le plus de l’ignorance de plus d’une génération de jeunes Québécois à qui l’on n’a plus enseigné ses repères historiques!

Le ministre Proulx (et son gouvernement) s’insurgerait que le nouveau cours d’histoire ne fasse pas une place assez grande aux minorités culturelles et linguistiques selon un texte paru aujourd’hui sur CTV News:

«A proposed high school history course that critics said ignored minorities in Quebec and promoted a rigid, nationalist ideology will not be implemented provincewide as planned, sources familiar with the program said Thursday. Instead, the Education Department will make changes to the program to better reflect the province’s cultural and linguistic minorities, according to an official in the department as well as other well-placed sources.»

Ah les cours d’histoire, ces vecteurs d’une idéologie nationaliste radicale…

On apprend aussi dans le texte de CTV News toute la joie du groupe Quebec Community Groups Network, un organisme voué à la défense des droits de la minorité linguistique anglophone au Québec qui reçoit son financement du gouvernement… fédéral! Ce groupe s’oppose depuis longtemps à l’enseignement « national » de l’histoire au Québec. Aujourd’hui, il crie victoire:

«This is absolutely good news,» said Sylvia Martin-Laforge, head of the Quebec Community Groups Network, a federally funded organization that advocates for the province’s anglophone community.



2 commentaires:

Olivier Kaestlé a dit…

Entre le prosélytisme islamique et l'imminente théorie des genres, on a pas fini d'avoir de générations « fuckées »...

Prof Solitaire a dit…

Tu as malheureusement raison... on n'est pas sortis du bois...