19 juin 2016

Rebecca Traister

J'aime beaucoup l'émission de Bill Maher. Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, je dirais même que je suis carrément en désaccord avec plusieurs de ses propos, mais il me fait rire. Et ses invités sont très rarement ennuyeux.

Toutefois, je n'ai pas du tout été amusé par l'une de ses plus récentes invitées.

Il s'agit de Rebecca Traister, une auteure qui écrit à propos de la lutte de libération des femmes. Je crois qu'il est donc raisonnable de déduire qu'elle est féministe.

Voici son entrevue avec Maher, mes réactions sont plus bas.



"For women especially, who historically have been economically dependant on men, have been sexually dependant on men - in eras when they couldn't control their reproduction through birth control or abortion - have been dependant on men if they wanted to have socially sanctionned families..."

Calvaire... bon, allons-y en décortiquant une affirmation à la fois, vous voulez bien?

DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE

Premièrement, pour ce qui est de la dépendance économique des femmes... on reconnaît bien ici cet argument féministe classique: il fut une époque où les hommes étaient libres de poursuivre la carrière de leur choix pendant que les femmes, elles, étaient essentiellement réduites à l'état d'esclaves, forcées d'accomplir des tâches ménagères humiliantes et dégradantes.

Comme c'est souvent le cas avec les arguments féministes, il contient une part de vrai et une grosse part de faux.

Il y a effectivement eu des femmes qui étaient coincées à la maison, contre leur gré, alors que leur mari poursuivait une carrière passionnante et stimulante. C'est vrai. Et c'est aussi vrai que pendant longtemps, certaines carrières n'étaient pas accessibles aux femmes.

Toutefois, la réalité de nos ancêtres est beaucoup plus complexe que ce que veulent nous faire croire les narcissiques féministes comme Mme Traister.

Contrairement à ce que suggèrent les propos des féministes, les hommes n'ont pas toujours occupé la job de leurs rêves. Au début du siècle dernier, la plupart d'entre eux occupaient des emplois très pénibles dans des conditions dangereuses et difficiles pour des salaires de misère. Mon grand-père travaillait dans une usine de saucisses le jour, puis conduisait un taxi le soir et une partie de la nuit. Il ne le faisait pas parce qu'il avait une quelconque passion pour les saucisses ou les taxis, il le faisait pour nourrir sa femme et ses enfants.

Ma grand-mère travaillait dur elle aussi. Elle s'occupait des enfants, préparait les repas, faisait le lavage et astiquait le petit appartement qu'ils occupaient dans Saint-Henri. Vous croyez vraiment que changer des couches, cuisiner et frotter des planchers sont des occupations infiniment plus indignes que travailler dans une usine de saucisses et conduire un taxi?

Personnellement, si j'avais le choix, je choisirais les couches, la cuisine et les planchers sans hésiter.

Oui, mon grand-père a pu occuper ces emplois qui n'étaient pas accessibles à ma grand-mère parce qu'elle était une femme et cela est effectivement sexiste. Mais mon grand-père, lui, n'aurait pas pu rester à la maison et envoyer sa femme travailler. Cela n'était tout simplement pas une possibilité à l'époque. Ne pourrait-on donc pas affirmer que le fait de rester à la maison pour s'occuper des enfants est un "privilège féminin" qui était inaccessible aux hommes?

D'ailleurs, ces hommes si "privilégiés" de travailler à l'extérieur de la maison en ont payé le prix. Mon grand-père s'est complètement ruiné la santé et est mort d'une crise cardiaque alors qu'il n'était âgé que dans la cinquantaine. Ma grand-mère, cette pauvre "esclave exploitée" a vécu jusqu'à plus de 80 ans. Rappelez-moi donc quel sexe possédait tous les privilèges et quel sexe était réduit à l'état d'esclave?

Sans parler des dangers encourus. Les conditions de travail n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui et il n'était pas rare à l'époque qu'un homme soit gravement blessé ou même tué lors d'un accident de travail. Les tâches ménagères sont beaucoup plus sécuritaires, à ce que je sache.

Finalement, les féministes diront que le travail des hommes était rémunéré et pas celui des femmes. Ce qu'elles sont incapables de concevoir, c'est que pour la plupart des couples le salaire du mari était en fait le budget de la famille. Son argent ne lui appartenait pas, il était dépensé pour nourrir et habiller sa femme et ses enfants, payer le loyer et les factures. Les féministes sont malhonnêtes lorsqu'elles parlent comme si les hommes avaient tout l'argent et que les femmes "dépendaient" d'eux.

En fait, les relations de couple étaient auparavant des relations d'interdépendance. Oui, Madame dépendait de son mari pour ramener un salaire à la maison, mais Monsieur dépendait également de sa femme pour voir aux besoin de la famille pendant son absence. Les femmes n'étaient "prisonnières" de ce système, elles étaient un membre indispensable de "l'équipe".

Bref, la vie était dure pour tout le monde. Si les féministes se donnaient la peine de s'intéresser brièvement à l'autre moitié de l'humanité de temps en temps, elles s'en rendraient facilement compte.


DÉPENDANCE SEXUELLE

L'argument ici, si je le comprends bien, est qu'auparavant, les femmes dépendaient des hommes pour avoir des "familles socialement acceptées".

Vraiment? Juste les femmes?

Les hommes, eux, étaient complètement indépendants des femmes à cet égard?

Mon grand-père aurait pu aller vivre en appart avec son meilleur pote Alphonse, adopter deux enfants et vivre heureux sans que la société ne réagisse?

Voyons donc...

Tout le monde a toujours été soumis aux pressions sociales de son époque, peu importe qu'ils aient été des hommes ou des femmes. Mais tout le sexisme de l'idéologie féministe réside précisément là: pour elles, seule l'expérience des femmes compte, seules leurs problématiques les intéressent. Pour elles, ce qu'ont enduré les hommes ordinaires pendant les différentes époques de notre histoire n'a pas la moindre importance.

S'il ne peut pas jouer le rôle d'oppresseur ou de prédateur, alors l'homme ne figure nulle part dans l'image mentale qu'elles se font du passé.

Mme Traister parle ensuite de méthodes de contrôle des naissances. Ce qu'elle ne semble pas réaliser, c'est que cela a eu un immense impact sur les hommes aussi. Je suis convaincu que si ma grand-mère maternelle avait eu la pilule, elle n'aurait fort probablement pas eu sept enfants! Et je suis pas mal certain que cela aurait bien fait l'affaire de mon grand-père aussi! Il n'aurait pas eu besoin de travailler deux jobs et il aurait pu garder un peu d'argent pour se gâter de temps en temps!

La pilule n'a pas seulement libérer les femmes, elle a également libérer les hommes. Car n'en déplaise aux féministes, la vaste majorité des couples sont encore hétérosexuels, ce qui signifie qu'ils contiennent un homme. Donc, ce qui impacte la femme a également des répercussions importantes pour son conjoint ou son amant.

Mentionnons également au passage que la pilule a été élaborée, développée et testée par... ben oui, presque exclusivement des hommes: Gregory Pincus, Min Chueh Chang, John Rock, Carl Djerassi, Luis Miramontes, George Rosenkranz, Frank B. Colton, Celso-Ramón García et Edward T. Tyler.

Mme Traister préférera sûrement être reconnaissante envers "le mouvement féministe" pour cette extraordinaire avancée et passer sous silence le fait que des hommes en ont été les créateurs.

"What that means is it displaces mariage as the organising institution that organises gendered power and it creates all kinds of new paths for women, it remaps women's adulthood in a way that is totally unprecedented (...)"

Oui, bien sûr, mais cela ouvre également la porte à de nouvelles possibilités pour les hommes! Un homme pourrait, par exemple, choisir de rester à la maison et de s'occuper de ses jeunes enfants pendant que sa femme retourne au travail. Je l'aurais moi-même fait sans hésiter si les circonstances s'y étaient prêtées. Mais ce qui touche le quotidien des hommes n'intéresse absolument pas Mme Traister et ses amies féministes, évidemment...

Maher: "A woman doesn't just have to marry a loser."

Maher dit ça en riant, mais la féministe considère ceci comme étant un argument parfaitement valide. Elle va jusqu'à affirmer, le plus sérieusement du monde, que c'est une RÉVOLUTION!

Parce que, comme chacun sait, la plupart des hommes sont des losers, des cons et des salopards. Avant, les femmes étaient bien obligées d'en marier un pour avoir une famille. Maintenant, elles peuvent juste le sauter et le crisser à la porte. Le loser, en plus, sera obligé de payer une pension pour les enfants! C'est-y pas merveilleux?

Et apparemment, seules les femmes souffraient de cette situation. Seules les femmes se retrouvaient mariées à des losers. Les hommes ne connaissaient pas cette difficulté puisque les femmes, elles, ont toujours toutes été absolument merveilleuses. Une femme loser, ça n'existe pas. Aucun homme ne s'est jamais retrouvé coincé dans un mariage avec une crisse de folle, ça ne s'est tout simplement jamais produit.

Encore une fois, on fait complètement abstraction de tous les enjeux qui pourraient toucher les hommes en ne s'intéressant qu'à ceux qui touchent les femmes. Pire, on s'accapare d'un enjeu universel pour en faire un problème exclusivement féminin.

"It raises the bar on men's behaviour."

Oui, le fait que les femmes ne soient plus "obligées" de se marier force les hommes à améliorer leur comportement. Avant, ils pouvaient tout simplement se comporter comme les néandertaliens primitifs, stupides et brutaux qu'ils sont. Maintenant, ils doivent faire des efforts pour se comporter comme des êtres civilisés puisqu'ils ne peuvent plus simplement "capturer" et emprisonner une femme dans un mariage comme dans le bon vieux temps...

Les femmes, elles, n'ont pas eu à améliorer leur comportement parce qu'elles ont toujours été et demeurent à ce jour irréprochables et parfaites.

"Women used to be hustled off to the highway of mariage."

C'est ça et les hommes, eux? Il n'existait absolument aucune pression sociale qui les poussait vers le mariage et la fondation d'une famille? Personne n'avait la moindre attente à leur égard, c'est ça?

Et une fois pères, ils ne subissaient aucune pression sociale lorsque, pour toutes sortes de raisons, ils perdaient leur emploi et se voyaient incapables de subvenir aux besoin de leur famille?

Ou qu'ils devaient sacrifier une vocation passionnante pour se consacrer à un job sans intérêt mais plus payant pour soutenir la famille?

Non, rien de tout cela n'a jamais existé, seules les femmes ont subi des pressions sociales! Pffft...

"Even for those who are marrying, they are doing it later and spending more years of their adulthood outside of this institution that historically really confined them."

C'est ça, le mariage "confinait" les femmes, les emprisonnait, tandis que les hommes, eux, conservaient toute leur liberté! Ils pouvaient continuer à baiser à droite et à gauche comme les salopards obsédés qu'ils sont fondamentalement. Et ils ne subissaient absolument aucune contrainte! Mon grand-père n'était pas obligé de travailler, il aurait pu s'asseoir sous un arbre et passer ses journées à jouer de l'harmonica. Il a seulement choisi de travailler dans l'usine de saucisses parce qu'il en avait envie, c'est tout. Il avait un profonde passion pour les saucisses! Et il faisait du taxi simplement pour passer le temps.

C'est n'importe quoi... si une femme qui se mariait se retrouvait "confinée" dans cette institution, alors c'était exactement la même chose pour un homme qui se mariait. Dans les deux cas, le mari et la femme devaient endosser de nouvelles responsabilités. ils devaient apprendre à vivre à deux, à partager les victoires et les défaites, les joies et les épreuves. Et au delà de tout cela, ils pouvaient vivre l'une des plus extraordinaires expériences qui existe dans la vie d'un être humain: celle de devenir parents.

Mais non, pour les féministes, le mariage n'a jamais été qu'une seule et unique chose: une prison pour les femmes. Et seulement pour elles.

Ridicule...

"It is the government's job to support them (single women) more, as the government has supported white men throughout our entire history."

Oui, chers amis, le gouvernement américain a toujours supporté les hommes blancs! Et ce, tout au long de son histoire!

Voyons voir si cette affirmation passe le test de la réalité...

Les États-Unis sont un pays depuis 1783. Le "Social Security" a été instauré par Franklin Delano Roosevelt en... 1935. Cela signifie que la sécurité sociale a été inexistante aux USA pendant 152 ans.

De plus, ces mesures n'étaient pas exclusivement réservées aux hommes, les femmes aussi pouvaient en bénéficier. Et les Noirs également. Tiens donc...

On dirait bien qu'une fois de plus, la réalité n'a absolument aucune incidence sur l'idéologie féministe. Dans leur petit monde imaginaire, tous les faits qui contredisent leurs croyances peuvent être simplement ignorés comme s'ils n'avaient jamais existé. Nos bonnes féministes québécoises font exactement la même chose.

Pour ce qui est d'avoir "affranchi" les hommes blancs dès sa fondation, ce que cette féministe semble oublier, c'est que cela était accompagné d'une obligation dont les femmes ont toujours été exemptées: celle d'aller se battre sous les drapeaux lorsque le gouvernement a besoin de soldats. Les hommes ont donc payé cet "affranchissement" de leur sang au cour de nombreux conflits militaires dévastateurs.

Tout ça pour dire qu'il ne faut plus accepter ce genre de rhétorique féministe sans la remettre sérieusement en question.

Et Maher, tout béat d'admiration, a été complètement pitoyable pendant cette entrevue...



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