13 juillet 2016

En route vers une troisième guerre mondiale?


La question peut sembler saugrenue, mais elle ne l'est pas. Les tensions augmentent de façon inquiétante entre la Russie et l'OTAN depuis un bon moment déjà et personne en Occident ne semble s'en inquiéter. Plusieurs semblent croire que, depuis la fin de la guerre froide, la Russie ne représente plus une menace crédible, mais tout simplement une espèce de gros clown que l'on peut menacer à notre guise sans craindre les moindres représailles.

Les Américains sont les principaux responsables de cette réalité et plusieurs éléments au sein de l'OTAN souhaitent un conflit ouvert contre la Russie. C'est en effet ce qu'ont révélé des courriels rendus publics par des hackers. Dans ceux-ci, on peut lire que Philip Breedlove, alors commandant des forces de l'OTAN en Europe, tente de convaincre le gouvernement américain du bien-fondé de représailles militaires contre la Russie:

Gen. Philip Breedlove, until recently the supreme commander of NATO forces in Europe, plotted in private to overcome President Barack Obama’s reluctance to escalate military tensions with Russia over the war in Ukraine in 2014, according to apparently hacked emails from Breedlove’s Gmail account that were posted on a new website called DC Leaks.

(...) In a series of messages in 2014, Breedlove sought meetings with former Secretary of State Colin Powell, asking for advice on how to pressure the Obama administration to take a more aggressive posture toward Russia.

(...) Breedlove attempted to influence the administration through several channels, emailing academics and retired military officials, including former NATO supreme commander Wesley Clark, for assistance in building his case for supplying military assistance to Ukrainian forces battling Russian-backed separatists.

(...) The emails (...) depict a desperate search by Breedlove to build his case for escalating the conflict, contacting colleagues and friends for intelligence to illustrate the Russian threat. Karber, who visited Ukrainian politicians and officials in Kiev on several occasions, sent frequent messages to Breedlove (...) regarding information he had received about separatist military forces and Russian troop movements. (...) Karber, the president of the Potomac Foundation, became the center of a related scandal last year when it was discovered that he had facilitated a meeting during which images of purported Russian forces in Ukraine were distributed to the office of Sen. James Inhofe, R-Okla. (...) The pictures turned out to be a deception; one supposed picture of Russian tanks in Ukraine was, in fact, an old photograph of Russian tanks in Ossetia during the war with Georgia.

Si la présence dans les sphères du pouvoir de gens influents et aussi antagonistes que Breedlove et Karber est inquiétante, on peut se réjouir du fait que l'administration Obama n'a pas mordu à l'hameçon. Du moins, pas à l'époque.

Nous assistons toutefois à une inquiétante escalade de forces militaires aux portes de la Russie qui ressemble franchement à de la provocation:

C'est la plus grande manœuvre militaire depuis la chute du communisme que la Pologne et l'Otan ont lancée depuis lundi. Un exercice de grande ampleur destiné à montrer la force du flanc oriental de l'Otan face à la Russie. (...) Sous le nom de code Anaconda, quelque 31 000 soldats de 24 pays se lanceront dans cet exercice bi-annuel qui commencera sur le terrain mardi et qui s'achèvera le 17 juin. (...) 

Mardi, l'exercice sur le terrain commencera par le lancement spectaculaire de deux mille parachutistes près de Torun, dans le nord-ouest du pays.

La situation inquiète sérieusement certains leaders européens:



Le président russe, Vladmir Poutine, est complètement excédé par ces démonstrations de force aux portes de son pays. Ce n'est pas très difficile à comprendre, imaginez si la Russie agissait ainsi à quelques kilomètres seulement du territoire américain! Il a également admonesté les médias occidentaux qui sont complètement muets face à cette escalade militaire.

Je ne suis pas un grand admirateur de Vladimir Poutine, mais de là à souhaiter un conflit ouvert avec la Russie?

Certains observateurs s'inquiètent sérieusement de cette situation et dénoncent l'OTAN qui, selon eux, joue à un jeu très dangereux qui pourrait mener à un nouveau conflit mondial:

Russian aggression, according to Nato, is threatening the alliance’s “long-standing goal of a Europe whole, free, and at peace”. And so, in response, Nato has pledged to build up a hefty military presence directly on Russia’s borders. As always, those at the helm claim more aggression (and money) is essential in the pursuit of peace.

But is it really peace that Nato is after? (...) The US Secretary of Defense now admits that the US is preparing for direct, large scale warfare with nuclear capacity countries.

And Nato has just pronounced it will build up a physical military presence which virtually surrounds one of those countries – in violation of a longstanding agreement with Russia.

(...) Another oft noted concern are the “large-scale snap exercises” and “provocative military activities” undertaken by Russia. (...) There are faults on all sides – with each faction claiming reaction for any action they take. But in this tit for tat game, the stakes are quite literally nuclear. So, there is a desperate need for diplomacy, discussion and de-escalation.

Otherwise this could end in catastrophe, a notion that even Putin himself has openly acknowledged. Speaking to foreign journalists, the Russian leader said:

"Your people in turn do not feel a sense of the impending danger – this is what worries me. How do you not understand that the world is being pulled in an irreversible direction?"



Le danger est bien réel, poursuit le même article:

On the one side there is the west, with its political, economic and military alliances. On the other is the east, involving the likes of Russia, China, Iran and Syria – with its own alliances.  These two giant forces are increasingly at loggerheads, with different factions pushing for dominance.

Whoever is ultimately ‘right’ or ‘wrong’, the outcome of continued provocation is crystal clear. Nato is eagerly skirting the precipice of a global conflict of nuclear proportions. And if the involved parties don’t back down and engage more rationally, we will all face the devastating consequences of these actions.

À court, à moyen ou à long terme, les conséquences de telles démonstrations belliqueuses pourraient être catastrophiques.

Ici, au Canada, on pourrait croire que Justin Trudeau refusera de se joindre à la parade. Après tout, on parle d'un type qui ne veut même pas participer aux opérations militaires contre Daech, le groupe le plus violent, le plus fanatique et le plus dangereux qu'il soit possible d'imaginer. Alors si même les violences inouïes de ce groupe de fous furieux est insuffisant pour attirer les foudres d'Ottawa, on pourrait croire que Juju refusera également de participer à des opérations militaires qui visent à intimider la Russie, n'est-ce pas?

Il serait effectivement logique de le croire. Mais malheureusement, vous auriez tort:

Le Canada déploiera sa plus importante présence militaire en Europe depuis la guerre froide. Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé vendredi que le Canada enverrait en Lettonie des centaines de militaires, de même qu'une frégate et jusqu'à six avions de chasse ailleurs en Europe de l'Est, afin de contribuer au déploiement de forces dans cette région de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Pire, Juju refuse de nous révéler quelle sera la durée de cette présence canadienne dans la région:

Trudeau refuse de dire si la mission canadienne en Ukraine sera prolongée

Le premier ministre Justin Trudeau a réitéré, lundi, l'appui du Canada à l'Ukraine dans le conflit avec la Russie, mais n'a pas précisé s'il continuera de fournir des troupes pour former les forces ukrainiennes.

En fait, Juju s'est même rendu sur place AVEC SON FILS DE HUIT ANS pour assister aux exercices:

Le premier ministre Justin Trudeau a assisté mardi, avec son fils Xavier, à des exercices militaires terrestres menés par des soldats ukrainiens formés depuis l'été dernier par des Canadiens de la base de Valcartier.

Et, évidemment, Juju étant le grand génie que l'on connaît, il ne voit absolument aucune contradiction entre le fait de participer à des démonstrations d'intimidation avec l'OTAN de la main droite tout en prenant part à une mission de paix de l'ONU de la main gauche:

Le gouvernement Trudeau souhaite toujours participer à une mission de maintien de la paix des Nations unies malgré sa décision d'envoyer des effectifs militaires considérables en Europe de l'Est.

Non mais, il est bipolaire ce type ou quoi?

Ironiquement, jetez un coup d'oeil à cette déclaration de Stéphane Dion, notre merveilleux ministre des affaires étrangères:

«Nous recevons des requêtes de partout. Si nous disions oui à tout le monde, nous aurions un gros problème. Nous devons être très sélectifs et choisir la façon (permettant) au Canada d'avoir une valeur ajoutée parmi les coalitions dont nous faisons partie.»

C'est ça mon Steph... sauf que dans ce cas-ci, dire oui à tout le monde, c'est EXACTEMENT ce que tu fais. Pauvre cloche.

Évidemment, la Russie n'est pas dupe:

Un porte-parole de l'ambassade de Russie au Canada, Kirill Kalinin, a reçu la décision du gouvernement canadien comme un «affront» comparable à une «réincarnation de la stratégie d'endiguement de la guerre froide».

«La Russie ne représente plus une menace pour personne», a-t-il affirmé dans une déclaration écrite, ajoutant que, bien qu'il s'agisse d'un «défi», la Russie trouverait les bons moyens pour réagir.

Et l'escalade continue...

Avec des crétins comme Trudeau et Dion aux commandes, il est à craindre que cette situation continue de dégénérer.

Et nos journalistes, qui n'hésitaient jamais à attaquer Stephen Harper et à le dépeindre comme un dangereux belliciste, restent cois quand il s'agit de Juju. Parce que l'objectivité journalistique, dans ce pays de merde, ça n'existe pas.

Et, au fond, quelle est la véritable raison de cette escalade?

La Russie ne représente pas une menace pour les pays d'Europe. Affirmer le contraire est une farce.

Mais alors, pourquoi?

Pour connaître la réponse, il faut, une fois de plus, écouter Poutine:



Le message est clair. La Russie ne recherche pas la confrontation. Et le vrai problème n'est pas en Pologne, il est en Syrie.

Ainsi, les États-Unis, ceux-là même qui ont armé les fanatiques de Daech et qui n'interviennent pas quand ces derniers financent leurs activités en vendant leur pétrole aux alliés des USA, tentent d'intimider la Russie et ses alliés qui, eux, attaquent VRAIMENT Daech.

Bien sûr, ce faisant, la Russie défend les intérêts de Bashar al-Assad, un despote sanguinaire. Et elle défend ses propres intérêts en empêchant le passage d'un pipeline qui relierait l'Arabie saoudite à l'Europe.

Mais qui représente la plus grande menace? Daech ou Bashar?

J'sais pas pour vous, mais si j'avais le choix entre les deux, alors je serais du côté des Russes et je pilonnerais Daech.

Bref, il ne s'agit pas d'une situation dans laquelle un côté est blanc comme neige et l'autre monstrueux. Ce n'est pas un film hollywoodien avec les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. N'en déplaise aux manichéens, ce n'est pas une situation simple.

Mais il me semble évident qu'une escalade militaire n'est pas la solution.



3 commentaires:

fylouz a dit…

Article intéressant, et inquiétant, mais totalement biaisé. C'est d'ailleurs très ironique alors que tu termine par le paragraphe suivant : "Bref, il ne s'agit pas d'une situation dans laquelle un côté est blanc comme neige et l'autre monstrueux. Ce n'est pas un film hollywoodien avec les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. N'en déplaise aux manichéens, ce n'est pas une situation simple."

Je veux juste rappeler ici que cela fait maintenant plusieurs années que la Russie de Poutine pousse très agressivement ses pions justement dans le but de revenir au premier plan de la scène internationale, non seulement par un réarmement massif (y compris de type nucléaire) mais en manipulant les minorités russes dans les pays voisins afin d'empêcher ceux-ci de rejoindre l'OTAN. Je reconnais toutefois que les USA en sont grandement responsables. Avec la chute de l'Union Soviétique, on est rentré brièvement dans l'ère de l'hyper-puissance Etats-Unienne, ère qui s'est achevée dans le bourbier Irakien.

Cela étant dit...

En 2008, la Russie présidée par Medvedev a multiplié les provocations afin de pousser les Géorgiens à la faute. Sous prétexte que la minorité des Ossètes dans le nord du pays possédait des passeports russes, la Russie est venue en aide à ceux-ci alors que les Géorgiens ne cherchaient ni plus ni moins qu'à mettre fin aux velléités séparatistes de cette région frontalière de la Russie. Dans les faits, aujourd'hui, l'Ossétie du sud est effectivement séparée de la Géorgie et sous contrôle russe.

Plus récemment, on a pu voir les agissements russes en Crimée où vit également une minorité russe... mais également d'autres minorités comme les Tatars de Crimée. Bizarrement, on constate que les Russes sont beaucoup moins enclins à reconnaître les droits fondamentaux de ces derniers. Par ailleurs, il existe également une minorité russe en Moldavie, entre la Roumanie et l'Ukraine. On peut imaginer facilement l'intérêt qu'auraient les russes à soutenir les velléités d'indépendance de cette minorité, et tant qu'à faire, mettre le grappin sur la région d'Odessa, pile en face... de la Crimée.

On a pu constater également à de nombreuses reprises ces dernières années le comportement agressif des forces armées russes : violation de l'espace aérien de pays alliés par des bombardiers russes.

http://www.liberation.fr/planete/2014/08/28/la-russie-viole-trois-fois-l-espace-aerien-finlandais-en-six-jours_1088848

http://www.france24.com/fr/20160130-turquie-accuse-russie-nouvelle-violation-espace-aerien-otan

Présence de navires de guerre russes dans la Manche :

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-56004-trois-navires-guerre-russes-au-large-du.html

Et en Méditerrannée : http://geopolis.francetvinfo.fr/la-marine-russe-face-aux-navires-americains-et-francais-en-mediterranee-22309

Quand à choisir entre Daesh et Bachar, je veux bien, sauf qu'il est, il me semble, de notoriété publique que les bombardiers russes semblent plus intéressés à pilonner autre chose que Daesh, ou alors ils visent très mal.

http://www.lefigaro.fr/international/2016/02/15/01003-20160215ARTFIG00131-syrie-neuf-morts-dans-la-destruction-d-un-hopital-soutenu-par-msf.php

Pour finir, je ne vois absolument aucune contradiction dans la politique actuelle de Trudeau, désolé. Le Canada fait partie de l'OTAN et respecte ses engagements. En même temps, le même pays a une longue tradition de participation à des missions de maintien de la paix. Ça n'a rien de contradictoire. La France, elle-même, ne fait pas autre chose. Sans compter l'intervention actuelle au Mali qui n'a rien à voir avec l'OTAN.

Alors, en conclusion, on se calme, on boit frais et on évite d'insulter les gens, surtout quand la maladie vous touche personnellement et cruellement.

Prof Solitaire a dit…

Tu soulèves plusieurs points intéressants... et tu as raison de dire que j'aurais dû aussi prendre le temps de parler des transgressions russes... peut-être dans un futur billet.

J'aimerais simplement soulever ces quelques questions et commentaires.

Plutôt que de faire des démonstrations de force aux frontières de la Russie, pourquoi ne pas enquêter et documenter ces programmes russes allégués qui viennent s'ingérer dans les affaires internes d'états souverains? Pourquoi ne pas monter un dossier béton et le rendre public?

La Russie est bien loin d'être la seule puissance qui investit des sommes obscènes en armement. Ou à se foutre le nez dans les affaires des autres. À ce titre, les USA sont bien mal placés pour le leur reprocher.

Les intervention russes en Syrie ne me rassurent pas, mais au moins je crois qu'ils ont (officiellement) la bonne cible: Daech.

Pour ce qui est de Trudeau, je persiste à dire que ses politiques me semblent contradictoires. Je peux me tromper, on verra... mais quand on veut investir pour la paix, on n'agit pas de la sorte en participant à une campagne massive de provocation et d'escalade de menaces.

Cela étant dit, désolé pour la remarque blessante...

Et je profite de l'occasion pour souhaiter une très joyeuse fête nationale à mon Français préféré...


Prof Solitaire a dit…

Will Justin Trudeau change Canadian policy in the Middle East?

While the outcomes of elections can be significant, it’s worth bearing in mind that the roots of the Canadian state’s orientation toward the Middle East go far beyond any one leader or party. Systemic factors shape Canadian policy in the region and these are not determined in elections.

As MIT research fellow Jerome Klassen demonstrates in his monumentally important book Joining Empire, contemporary Canadian foreign policy under both the Liberals and the Conservatives has been guided by a corporate power bloc with vested interests in neoliberal globalisation and transnational warfare whose class-based project necessitates “disciplinary militarism towards the Third World”.

http://www.middleeasteye.net/columns/will-justin-trudeau-change-canadian-policy-middle-east-1244519278