31 juillet 2016

Essential X-Factor vol. 1


Qu'est-ce qu'un gars peut faire lorsqu'il veut sa dose de comics de super-héros, que les publications récentes lui puent au nez et que, pour couronner le tout, il est habité par un profond sentiment de mélancolie pour le bon vieux temps?

Simple: il se tape les recueils de la collection "Essentials" qui réimprime à bas prix les bonnes vieilles histoires de super-héros de son jeune temps.

J'ai décidé de me taper ce recueil de la première série X-Factor, que je n'avais pas lue à l'époque de sa sortie en 1986. L'univers des mutants de Marvel ne m'intéressait pas vraiment, j'étais complètement absorbé par Iron Man et les Avengers. Mais comme un de mes bédéistes préférés à vie, Bob Layton, est impliqué dans cette série, je me suis dit que ça valait la peine d'essayer.

Le recueil commence avec Avengers #263 et Fantastic Four #286 qui racontent la "résurrection" de Jean Grey. Je place le mot entre guillemets parce qu'elle n'était pas vraiment morte, mais endormie dans un cocon au fond de la baie de Jamaica, à New York. Le numéro des Avengers est magnifiquement dessiné par John Buscema, mais met en scène certains des membres les plus ennuyants de l'histoire de l'équipe. Le numéro des FF est signé John Byrne, qui est un créateur extraordinaire, mais qui nous sert ici un numéro peu excitant rempli de verbiage.

C'est alors que commence la série X-Factor. On y découvre Scott Summers (Cyclops) qui vit en Alaska avec sa femme Madelyne et son fils. Il croit Jean morte depuis longtemps et tente de refaire sa vie, mais il est toujours hanté par son premier amour, au grand désespoir de sa femme. Lorsqu'il est contacté par son ancien coéquipier des X-Men, Angel, il décide d'aller le retrouver à New York. Madelyne lui lance un ultimatum: "If you walk out that door, don't bother coming back!" Il quitte.

Les premiers numéros sont assez confus et tombent souvent à plat. La réunion des X-Men originaux devrait être un moment fort, mais il n'en est rien. Cyclops a toujours été un personnage d'un ennui mortel, mais le fait qu'il abandonne si facilement sa femme et son bébé le rend encore moins sympathique et fait de lui un leader dépourvu d'éthique et de morale.

Tout le concept de X-Factor est flou et mal développé. Des mutants qui se font passer pour des humains chasseurs de mutants et qui encouragent la dénonciation afin de "neutraliser" les mutants, mais en réalité qui leur offrent asile et les aident à apprendre à contrôler leurs pouvoirs? Et pour compliquer encore plus les choses, ils revêtent occasionnellement leurs collants marqués d'un gros X et se font passer pour un groupe de terroristes appelé X-Terminator? C'est bizarre, c'est convoluté, le concept ne fonctionne pas et exige sans cesse des explications et des mises au point. Même les personnages ne s'y retrouvent pas. Il faut attendre l'arrivée de la scénariste Louise Simonson dans le numéro 6 pour que ça commence à avoir un peu d'allure.

Côté dessins, là c'est carrément médiocre. Les premiers numéros sont dessinés par Jackson Guice, un artiste que je n'ai jamais apprécié et ces planches ne font rien pour changer mon opinion, au contraire! C'est seulement avec le dixième numéro et l'arrivée de l'extraordinaire Walter Simonson que les dessins deviennent intéressants. En fait, c'est pas compliqué, le couple Simonson réussit à sauver cette série d'un naufrage épique.

Mais ils n'y arrivent pas d'un seul coup. Plusieurs numéros sont requis avant qu'ils trouvent leur erre d'aller. Je dirais que, dans ce recueil, les deux seuls numéros qui sont vraiment très bons sont les numéros 13 et 14 dans lesquels Cyclops, enfin rongé par le remord, retourne en Alaska pour retrouver sa famille. Mais celle-ci a complètement disparue et a même été effacée comme si elle n'avait jamais existé, au point où Summers commence à remettre en question sa propre santé mentale. Et c'est à ce moment qu'il est attaqué par une colossale sentinelle appelée Master Mold qui est extraordinairement bien dessinée par Walter Simonson. Ces deux numéros-là étaient de l'or en barre.

Pour le reste, ça oscille entre moyen et mauvais. Les quelques apparitions d'Apocalypse qui recrute ses Horsemen sont intéressantes et promettent de bonnes histoires dans l'avenir, mais pas dans ce recueil. L'amputation des ailes d'Angel offre quelques moments forts. Mais généralement, les rôles joués par Angel, Beast et Iceman sont sans intérêt.

Les personnages secondaires qui sont introduits dans la série sont très peu intéressants au début, mais certains deviennent plus attachants vers la fin. C'est surtout le cas de Rusty Collins et de Skids, deux jeunes mutants au passé trouble dont l'amitié se mute lentement en amour. C'est très bien écrit.

Si je me fie à la qualité des derniers numéros, la suite est probablement très bonne.



2 commentaires:

fylouz a dit…

Toute ma jeunesse, enfin une partie. C'était l'époque où je les achetais en français chez LUG (ou peut-être que c'était déjà devenu SEMIC France). En tout cas, je n'avais pas trop accroché non plus. Si je me souviens bien, je crois que Marvel avait tendance à multiplier à foison les nouvelles séries sur des héros populaires, comme les X-Men, donc. En plus, contrairement à toi (et là, je vais te décevoir grandement), je n'ai jamais été fan de Walter Simonson. J'ai toujours trouvé son dessin figé et peu dynamique. Tu avais écris sur la série "Robocop vs Terminator" il y a quelques temps et l'ayant lu à l'époque (j'étais fan de Frank Miller), je m'y suis replongé... Je crains d'avoir trouvé ça aussi poche qu'à l'époque (mon intérêt pour Miller a commencé à chuter vers là).

Enfin, voilà, désolé, mais continue à écrire sur tes séries préférées, c'est toujours intéressant, surtout celles qui nous replongent à une époque que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaitre.

Prof Solitaire a dit…

Le style de Simonson jurait vraiment avec le style artistique mainstream de l'époque, c'est certain. Et je vois parfaitement comment tu peux percevoir ses dessins comme plutôt statiques. Pour moi, ça a été le contraire, j'ai trouvé très rafraîchissant. Lorsqu'il dessine Master Mold, c'est un pur délice, on perçoit parfaitement la gigantesque taille et la masse de cette sentinelle, même la texture métallique abîmée sort de la page... et les ombres sur ses yeux lui donnent un air sinistre extraordinaire. Je l'adore. Ses dessins me fascinent complètement. Et malgré les années qui passent, son style demeure unique et instantanément reconnaissable.

Je l'ai rencontré une fois dans une conférence à Montréal avec sa femme. Un couple hyper-sympa et très chaleureux. Comme si le talent ne suffisait pas ;-)