6 juillet 2016

Moins grave quand c'est une femme?

Si un homme était arrêté pour avoir agressé sexuellement une vingtaine d'adolescentes âgées de 13 à 17 ans pendant les trois dernières années, croyez-vous vraiment qu'il serait libéré en attente de son procès?

Aucune chance. Et c'est très bien ainsi, à mon avis, puisqu'un tel individu représenterait un danger évident pour la société.

Ah! Mais si c'est une femme, alors là, ça change tout:

Roxanne Auger-Lapointe a été remise en liberté sous certaines conditions, mercredi après-midi au palais de justice de Saint-Jérôme, après cinq semaines de détention. La femme de 21 ans fait face à 82 chefs d'accusation, dont incitation à des contacts sexuels, agression sexuelle, contacts sexuels et leurre informatique de mineures.

Fascinant, n'est-ce pas?

Évidemment, c'était parfaitement prévisible. Dès son arrestation, j'ai su que c'est ce qui allait se passer. J'aurais dû en faire un billet, je pourrais maintenant me targuer d'être un véritable Nostradamus.

Une société féministe est incapable de voir une femme comme un être dangereux. Seuls les hommes sont des prédateurs potentiels. Les femmes, elles, ne peuvent ultimement être que des victimes.

C'est pour cela qu'on dépeint un homme qui tue ses enfants comme un MONSTRE:

(...) le juge André Vincent a fixé à 17 ans le temps que Guy Turcotte devra rester en prison avant d'être admissible à une libération conditionnelle, pour les meurtres de ses enfants. (...) Extraits du jugement: «Il n'est pas étonnant que devant ces actes monstrueux, l'opprobre populaire se soit emparé de l'affaire, et que celle-ci se soit manifestée intensément, voire passionnément, dans les médias d'information.»

On se réjouit même lorsque ce dernier est agressé par d'autres détenus en prison!

Mais lorsqu'une femme tue ses enfants, alors c'est une pauvre victime de troubles psychologiques:

Sonia Blanchette ne sera pas jugée par les tribunaux. La mère qui a tué ses trois enfants en décembre 2012 à Drummondville s'est laissée mourir à petit feu, en refusant de s'alimenter. (...) C'est renversant et inquiétant qu'il n'y ait pas la moindre considération humaine, même pour une personne à qui l'on reprochait des crimes aussi sérieux. À plus forte raison, quand l'état de santé mentale de celle-ci n'a pas été évalué par la cour.

C'est toujours, toujours, toujours le même cirque.

La compassion et l'empathie ne sont réservées qu'aux femmes. Les hommes n'y ont pas droit.

Évidemment, vous ne serez pas étonnés d'apprendre que les femmes accusées d'un crime sont plus souvent disculpées que les hommes. Et même lorsqu'elles sont trouvées coupables, elles ont beaucoup plus de chance de ne jamais voir l'intérieur d'une cellule.

Vous ne serez pas étonnés non plus de constater que lorsqu'un homme agresse une jeune fille, tout le monde dénonce (avec raison) le geste comme un crime horrible... mais si c'est une femme qui agresse un garçon, alors là, on tempère, quand on n'affirme pas carrément que le garçon devrait se compter chanceux et être reconnaissant! C'est ce que j'appelle l'indignation à deux vitesses.

Aucune surprise non plus quand les autorités nous disent que lorsque deux personnes en état d'ébriété ont une relation sexuelle, la femme est une victime de viol et l'homme est un agresseur. L'état d'ébriété de ce dernier n'a aucune importance.

On est toujours prêt à croire le pire des hommes et le meilleur des femmes. C'est la forme de sexisme la plus profondément ancrée dans notre culture et elle est à la source des pires injustices sexistes de notre époque.

Dans cette chronique, Emily Bazelon se demande pourquoi les femmes s'en sortent toujours mieux que les hommes:

When male teachers sext or have sex with their students, nobody laughs. When female teachers do this, the titters don’t stop.

(...) Real-life example: this wink-wink blog post about Gabriela Compton, a 21-year-old (former) middle-school teacher’s aide in Phoenix, Ariz. Compton sent a 14-year-old boy at her school a picture of herself topless. He sexted back a photo of a penis he’d found on the Internet. A few sexts later, Compton found herself accused of having sex with the boy in the back of her van. A 13-year-old went to the police and said he’d sexted with Compton, too, and she reportedly admitted to that and the sex, too. She was charged with three counts of sexual abuse, three counts of sexual abuse with a minor, and one other related count. Altogether the charges carried a maximum sentence of 39 years in prison. In March, she pled guilty to the sexual abuse counts—and got a sentence of lifetime probation. She’ll have to register as a sex offender, but she won’t go to prison.

As law professor and sentencing guru Doug Berman points out, it is not really possible to imagine a male teacher getting off so lightly for having sex with a 14-year-old girl. Is Compton’s light sentence typical? Can it be justified?

(...) A teacher named Beth Geisel pled guilty to molesting a student in 2006, prompting CNN’s Nancy Grace to ask: “Why is it, when a man rapes a little girl, he goes to jail, which I’m all for, by the way, but when a woman rapes a boy, she had a breakdown?” 

Saletan pointed out a 1991 study that found little difference in the likelihood that male and female sex offenders would go to prison. And he updated the numbers with his own informal survey of 37 inmates who’d recently been sentenced. What was different was how long they would remain incarcerated: Will found that the men were in prison for an average of 11 years, while the women were there for less than two

(...) I’d rather the law err on the side of caution and uniformity here. And I can’t really get my mind around probation for a woman who was facing nearly four decades in prison, even if it is probation for life that includes sex-offender registration. Thirteen-year-old boys should be shielded from predatory adults the same way girls are. (...)

À lire également: CriminELLES



11 commentaires:

Ô capitaine mon capitaine a dit…

Ta croisade devient lassante, non ?

Prof Solitaire a dit…

Tu trouves? Pourquoi donc?

Ô capitaine mon capitaine a dit…

Le fait de ne pas en manquer une. De revenir sans cesse avec les mêmes propos, limite misogynie. Comme on fait son lit, on se couche et toi, on sait tous de quel côté du lit tu es, et depuis longtemps. Faudrait décrocher un peu. Les femmes ne sont pas nos ennemies.

Prof Solitaire a dit…

Ben, pour ce qui est d'être répétitif, alors je pense que ta critique est probablement méritée et pertinente. Je pense que c'est vrai que je me répète. Je le fais parce que mes arguments s'appliquent souvent aux nouvelles situations qui se présentent et ils se vérifient à chaque fois. Mais c'est vrai que c'est un peu répétitif. Et si tu savais, je me retiens de planter le féminisme encore plus souvent que je le fais, justement pour éviter d'être encore plus répétitif...

Pour ce qui est de dépeindre les femmes comme des ennemies, tu m'en vois étonné. Je plante les féministes, pas les femmes. Ce n'est pas du tout la même chose. Les féministes ne sont pas tous des femmes et les femmes ne sont pas toutes féministes, loin de là (Dieu merci). Cela étant dit, est-ce que je considère que les féministes sont nos ennemies? Oui, pour la plupart. Malheureusement. Et je crois en avoir fait la démonstration à maintes reprises.

Pour ce qui est de la misogynie, alors là, je regrette, mais je rejette cette accusation du revers de la main. Tu es dans le champ. Je te mets au défi de trouver UN commentaire misogyne que j'ai publié sur ce blogue. Juste un. Si tu trouves quelque chose que j'ai écrit et qui est haineux à l'égard des femmes, alors je m'empresserai de m'excuser ici même, sur ce blogue, et d'y dédier tout un billet.

Le défi est lancé.

Olivier Kaestlé a dit…

Tes billets sont toujours très pertinents et non, tu ne te répètes pas du tout. Ce sont les événements misandres et aberrants qui s'accumulent et tu ne fais qu'en rendre compte avec talent. Nuance capitale et déterminante. Laisse faire les Ô capitaine mon capitaine de ce monde. Comme il existe des corniauds pour accuser d'islamophobie quiconque dénonce l'islamisme, il y en a pour taxer de misogynie ceux qui s'indignent du féminisme fanatisée de notre société. Mais qui te conteste, te constate...

Ô capitaine mon capitaine a dit…

Olivier Kaestlé ? Eh bien, te voilà en excellente compagnie. Je crois bien que je vais vous laisser ensemble. Mais le lit sera très étroit... Pour ce qui est du défi, well, j'ai cessé de lire Kaestlé exactement pour la même raison que je ne te relirai pas. Et puis, comme je suis un corniaud, qu'est-ce que je pourrais bien y comprendre ?

Prof Solitaire a dit…

Olivier, merci pour les bons mots.

Capitaine, j'en déduis que le défi ne sera pas relevé?

Dommage... c'est en débattant et en confrontant ses idées qu'on grandit, à mon humble avis.

Sache que je suis ouvert à la critique, mais encore faut-il qu'elle s'appuie sur des faits. D'où mon défi.

Mais si tu préfères passer ton chemin, c'est ton choix...

Tu n'es pas le premier à qui je le propose et tu n'es pas le premier à être incapable de le relever...

Anonyme a dit…

Je ne te lis plus très souvent Prof... Par manque de temps et parce que tes billets sont vraiment longs! ;) Je prends par contre souvent le temps de lire tes titres et parfois tes articles en diagonale. Oui, c'est répétitif. Cependant, c'est un sujet qui mérite qu'on s'y attarde.

Je crois qu'il manque d'hommes comme toi qui osent débattre au sujet des féministes. Dans ce billet-ci, tu m'apportes de nouvelles réflexions en présentant le cas de cette jeune femme. On parle tellement peu des femmes comme elle que dire «abuseuse» semble être une erreur grammaticale!

De plus, j'avoue ne pas avoir suivi tous les rebondissements malheureux de ces deux dossiers de parents tueurs d'enfants, mais la comparaison de la situation père versus mère est éloquente. La pire des mères sera toujours meilleure que le pire des papas, voire même la meilleure tout court. Pourtant...

Bref, c'est encore et toujours aussi aberrant de constater l'énorme différence dans le traitement des informations que l'on parle d'un homme ou d'une femme.

L'égalité, la vraie, est malheureusement une utopie.

A.

Prof Solitaire a dit…

Salut A. Merci pour les bons mots. Je sais que les billets sont parfois long, tu n'es pas le premier à me le dire. Je fais des efforts à ce niveau, mais des fois, l'inspiration me pogne ;-)

Et quand je plante les féministes, c'est difficile de ne pas être répétitif parce qu'ils utilisent tout le temps les mêmes esti d'arguments cons...

En tous cas, merci du commentaire et merci de revenir de temps en temps!

Anonyme a dit…

Pour la longueur de tes articles, j'ai aussi de la difficulté à « couper dans le gras » quand j'écris... ;)

Effectivement, si tu répètes, c'est parce que quelqu'un quelque part répète aussi.

Je n'ai pas besoin de toi pour constater le problème. Une lecture par ci, une autre par là, les exemples pleuvent. J'en conviens qu'il est parfois difficile d'être neutre (nous sommes des êtres humains, après tout!), mais quand de tels propos sont tenus par une ou un journaliste, j'en défrise (et c'est pas peu dire)!

Contrairement à l'autre intervenant (celui n'ayant pas été en mesure de relever ton défi!), je ne te crois pas misogyne. Je suis certaine que tu saurais, par exemple, défendre une collègue victime de discrimination, diffamation, préjugé, etc., autant que tous ces hommes dont tu nous présentes la triste histoire. Par contre, nul besoin de regarder bien loin pour voir que ce sont les hommes qui ont le plus besoin d'aide, pas les femmes. Ça n'a pas toujours été ainsi, mais les temps ont bien changé. Mais plus ça change, plus c'est pareil; les rôles semblent simplement inversés. Selon le cas, évidemment. Il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier.

A. (Une femme pas féministe... qui rêve d'égalité!)

Prof Solitaire a dit…

Salut A,

Oui, je prendrais la défense d'une femme victime de discrimination sans la moindre hésitation. Je l'ai déjà fait d'ailleurs. Même ici sur ce blogue, as-tu vu le billet dans lequel je plantais un misogyne français? Ou celui à propos du débile américain, RootV (ou quelque chose du genre, j'oublie son pseudo)? Si non, fais-moi signe et je poste les liens pertinents, tu vas adorer. Croquer du misogyne est pour moi aussi jouissif que croquer du féministe...

Mais ces situations sont déjà amplement décriées dans notre société. La discrimination que subissent les hommes, par exemple, est complètement invisible. C'est pour cette raison que je passe plus de temps à botter le cul des féministes que des misos...

Toujours un plaisir de jaser avec une femme lucide! Tes commentaires sont toujours les bienvenus ici, peu importe leur longueur!