21 août 2016

Le psychodrame du burkini

Depuis plusieurs jours, une controverse fait rage en France et au Québec sur la question du burkini. De l'autre côté de l'Atlantique, des maires français ont décidé de l'interdire sur les plages. Ici, chacun y va de son opinion. Je ne me reconnais dans aucune d'entre elles.

Jetons d'abord un coup d'oeil à ce qui s'est dit dans les derniers jours.

Tout d'abord, il y a eu la CAQ:

La député de la CAQ Nathalie Roy a affirmé hier que le burkini représentait « un symbole très grave ». « Ce qu'on veut faire, c'est cacher le corps de la femme, a-t-elle dit. Accepter le burkini, c'est admettre que le corps de la femme, c'est un objet de tentation, et qu'on doit absolument le faire disparaître. »

La CAQ est vraiment pitoyable. Ils diraient carrément n'importe quoi pour marquer des points dans les sondages. On parle ici du même parti qui trouvait que le projet de charte de la laïcité ALLAIT TROP LOIN! Legault lui-même avait affirmé que cette charte "va trop loin en interdisant à tous les employés de l'État de porter des signes religieux ostensibles."

Faut-il comprendre que, pour la CAQ, il faut laisser une fonctionnaire porter le hijab pour aller travailler mais pas pour aller à la plage?

Et souvenez-vous, on parle de la même CAQ qui a proposé de LIMITER LA LIBERTÉ D'EXPRESSION des "intégristes"! Imaginez ça! Ça ne va pas trop loin, ça, je suppose?

Comme à leur habitude, les gens de la CAQ n'ont rien compris et leurs prises de position ne sont le résultat d'aucune réflexion. Ils disent n'importe quoi pour marquer des points au gré du vent qui souffle.

Les arguments qui sont mis de l'avant par Mme Roy seraient valides s'il était question d'imposer le burkini à toutes les baigneuses, mais ce n'est pas du tout de cela dont il est question. Ce qu'il faut se demander, c'est si on doit interdire ou non le burkini sur les plages. Point final. 

Accepter le burkini, ce n'est pas "admettre que le corps de la femme est un objet de tentation"! C'est plutôt admettre que dans un pays libre, les gens peuvent bien s'habiller comme ils le veulent pour aller à la plage. C'est tout. Tu veux porter ton bikini le plus révélateur? Ben vas-y! Si ça choque des gens, ben c'est leur problème. Et toi, tu veux porter ton burkini le plus complet? Ben vas-y! Si ça choque des gens, ben c'est leur problème. 

Ce n'est pas une question de perception du corps de la femme, c'est une question de liberté. On n'a pas à interdire des types de maillots sur les plages. Le fait de porter un burkini ne cause préjudice à aucun autre baigneur. Cela ne représente pas un danger de noyade pour celle qui le porte ou pour quiconque. Le burkini ne couvre pas le visage ce qui permet d'identifier la personne. Ce qu'un individu choisit de porter n'empêche personne d'autre de porter ce qu'il ou elle veut. Alors foutez-leur la paix et laissez-les porter des habits de skidoo si c'est ce qu'elles veulent!

Mais si vous croyez que l'intervention de la CAQ est idiote, attendez de voir celle de QS:

La députée de Québec solidaire Manon Massé estime que la CAQ cherche à « se faire du capital politique sur une question sensible ». « Si on veut jaser des systèmes d'oppression, que ce soit le burkini, que ce soit le string, on va en parler. Si on veut parler de la radicalisation, de l'extrêmisme et de l'État islamique, on va en parler. Mais s'il-vous-plaît, ne mêlez pas les deux débats », affirme-t-elle.

Misère...

Ça prend juste une féministe fanatique de gauche pour voir un parallèle entre le burkini et le string! Ben oui, figurez-vous donc que, dans les deux cas, ce sont des systèmes d'oppression de la femme! TOUTES les femmes qui portent le burkini le font contre leur gré et sont opprimées! TOUTES les femmes qui portent des strings le font contre leur gré et sont opprimées! En fait, TOUTES LES FEMMES sont opprimées! Tout le monde sait ça! 

Mais ne craignez rien Mesdames, portez ce que Mme Massé porte, cessez de vous maquiller et de raser vos poils indésirables et vous serez libérées!

La CAQ déconne parce qu'elle ne réfléchit pas. QS déconne pour se plier à ses propres dogmes idéologiques féministes. Ça va bien!

Dans les deux cas, on parle de partis qui vont décider pour vous comment vous devriez vous habiller sur une plage! La CAQ va interdire le burkini et QS va interdire les strings! Fuck les libertés individuelles! C'est au gouvernement de dire aux citoyens ce qu'ils doivent porter lorsqu'ils vont à la plage! On va "libérer" les femmes de force en les privant de leur liberté de choisir! Vive l'autoritarisme! C'est ÇA la solution!

Les libéraux, eux, sont aussi dogmatiques. Mais au moins, dans ce cas précis, ça les sert mieux:

La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, croit que les femmes ont le droit de s'habiller comme bon leur semble. « C'est un débat qui est de l'autre côté de l'océan. On va le laisser de l'autre côté de l'océan », déclare-t-elle.

Ce n'est pas parce que le débat est né en France qu'il n'est d'aucun intérêt ici. Bien au contraire, cela permet d'avoir un certain recul et de réagir posément et calmement à la question parce qu'on n'est pas directement impliqué dans la crise.

Pour le reste, la réponse de la ministre est trop vague. Les femmes ont le droit de porter ce qu'elles veulent? Si on parle spécifiquement de maillots à la plage, alors je suis d'accord. Si on parle dans toutes les situations de la vie en général, alors je ne suis pas d'accord. Comme je l'ai déjà écrit, la burqa qui cache le visage devrait être interdite dans certaines situations, comme par exemple pour voter, pour l'obtention d'un permis de conduire, pour passer en cour, pour le serment de citoyenneté, pour conduire, lorsqu'on est arrêté par la police, etc. 

En d'autres termes, la position de Mme Vallée est correcte dans ce cas précis, mais complètement débile dans plusieurs autres.

C'est le PQ qui a été le moins cave dans cette histoire:

Le Parti québécois croit que le débat n'a pas lieu d'être. « Ce que la police devrait faire actuellement, c'est de s'occuper du terrorisme, de l'intégrisme, des jeunes qui partent en Syrie et des parents qui sont tout seuls. Mais ça, Philippe Couillard ne veut pas qu'on s'y attaque », déplore la députée Agnès Maltais. 

Le débat n'a pas lieu d'être? Au contraire, tout débat est bénéfique pour une société démocratique! Le choc des idées est sain!

Pour le reste, Mme Maltais est celle qui s'approche le plus de la réalité. Le problème, ce n'est pas le burkini. Ce maillot n'est qu'un symptôme inoffensif d'un cancer qui s'appelle le fanatisme religieux.

C'est au cancer qu'il faut s'attaquer, pas à un symptôme aussi bénin, superficiel et insignifiant.

Les intellectuels n'ont malheureusement pas des positions vraiment plus intéressantes. Voici ce qu'en pense Mme Fatiha Daoudi, juriste, politiste et experte en genre et droits humains:

Vous dites que le burkini est un vêtement comme un autre alors que le terme lui-même est un carcan pour les femmes puisqu'il veut dire un mélange entre la burqa (voile total) et le bikini, vêtement de plage. Il ressemble à s'y méprendre à une combinaison de plongée sous-marine avec en plus une capuche qui couvre la tête. Imaginez ce qu'éprouve une femme ainsi couverte, sous le soleil!

Je ne dis pas que le burkini est un vêtement comme un autre. Mon opinion personnelle est qu'il s'agit d'un vêtement ridicule, inspiré par une idéologie médiévale arriérée et toxique, qui est probablement très inconfortable de surcroît. Je ne dis pas que j'aime le burkini! Je dis que si une baigneuse souhaite le porter, ben ça la regarde!

Les arguments de Mme Daoudi sont parfaitement valides si on parle de pays islamiques où cet accoutrement est obligatoire! Dans ces cas-là, évidemment, les femmes sont privées de la liberté de porter ce qu'elles souhaitent et c'est complètement inacceptable.

Toutefois, les arguments sont invalides dans des pays libres comme la France ou le Québec. Chez nous, il est légal pour une femme de porter ce qu'elle veut sur les plages. Les Françaises sont même encore plus libres que les Québécoises puisqu'elles peuvent avoir les seins nus, et c'est parfait ainsi. On n'a pas à dicter aux gens ce qu'ils peuvent ou pas porter à la plage. Nous sommes des pays libres, nous valorisons la liberté, nous valons mieux que ces théocraties obscurantistes qui bannissent certains types de maillots sur leurs plages.

Le fait de porter ou nom un burkini en France ou au Québec n'est pas le résultat d'une législation. Ce sont des femmes qui choisissent de le faire. Est-ce que certaines d'entre elles subissent des pressions de leurs coreligionnaires? Bien sûr, mais ce sont ultimement elles qui acceptent de s'y soumettre. Est-ce que certaines d'entre elles choisissent librement de le porter? Évidemment. Je ne suis pas d'accord avec leur choix, mais ça les regarde.

Ce n'est pas le rôle du gouvernement de "libérer de force" les "pauvres femmes opprimées". Le gouvernement doit s'assurer que les lois permettent aux femmes de porter ce qu'elles veulent. Les lois doivent aussi protéger les femmes qui souhaitent rejeter le carcan religieux de leur plein gré. Les femmes musulmanes qui rejettent le burkini doivent être encouragées, protégées, applaudies. Mais on n'a pas à les en libérer de force. 

Lise Ravary écrit ceci:

En se couvrant de la tête aux pieds pour la baignade, les musulmanes intégristes confinent celles qui ont l’impudeur de s’afficher en maillot conventionnel au dernier sous-sol de la moralité, persuadées que seule leur pudeur ostentatoire plaît à Dieu. Et que les autres femmes iront en enfer.

Certaines le croient sans doute. Et il ne faut pas se gêner pour tourner en dérision ces croyances primitives et ridicules.

Mais contrairement à Mme Ravary, je ne me sens pas agressé. Les gens peuvent bien croire à toutes les conneries qu'ils veulent. Je ne me gênerai pas pour m'en moquer. Mais cela ne me donne pas le droit, ni l'autorité morale d'interdire le burkini.

Il y a une différence entre combattre les dogmes religieux et les interdire. Le premier est noble, le second est liberticide.

Elles sont nombreuses, les féministes, à penser que les occidentales qui se maquillent ou qui s’habillent sexy obéissent aux mêmes diktats patriarcaux que celles qui acceptent de se couvrir de la tête aux pieds.

Les féministes n'en sont pas à une stupidité près. Elles se comportent exactement comme les fanatiques religieux: elles se considèrent comme l'autorité morale absolue, elles diabolisent les gens qui sont en désaccord avec elles et n'hésiteraient pas à utiliser les lois pour interdire les comportements, les pratiques et les déclarations qui les offusquent.

Soyons meilleurs que ces gens-là!

Cela me rappelle les magnifiques centres de villégiatures 5 étoiles au bord de la mer Morte, du côté jordanien. On s’y croirait sur la Côte d’Azur, sauf pour les petits enclos en bord de mer réservés aux musulmanes pieuses. Porter des vêtements contraignants ne suffit pas. La pudeur islamique exige qu’on enferme les femmes, même couvertes de la tête aux pieds, derrière des clôtures opaques.

La ségrégation ne doit être tolérée sous aucun prétexte, CERTAINEMENT PAS pour des motifs religieux. Mais la ségrégation, ce n'est pas la même chose que le burkini. 

Mathieu Bock-Côté, que j'adore, écrit ceci:

Le burkini est un « signe visible d'agressivité identitaire », explique Mathieu Bock-Côté. Pour le sociologue, ce morceau de vêtement met en péril la nation, qui n'est pas seulement une communauté de valeurs mais aussi une réalité historique.

Je ne suis pas d'accord.

Un signe visible d'agressivité identitaire?

Selon cette logique, devrait-on m'interdire de me promener à Ottawa avec un t-shirt sur lequel figure un slogan séparatiste? Devrait-on m'interdire de me promener à Québec avec un chandail qui appelle à l'assimilation des francophones?

Et quoi après? On va obliger les musulmans à se raser? On va forcer les sikhs à retirer leur turban? On va mettre les Juifs à l'amende s'ils portent la kippa?

Ben voyons... dans un pays libre, chacun devrait pouvoir se balader en arborant ce qui pourrait être interprété par certains comme un "signe visible d'agressivité identitaire" sans être arrêté par la police ou recevoir une amende! 

Il écrit encore:

Si le burkini heurte autant, c'est qu'il symbolise, bien plus qu'un refus de la laïcité. Il représente un refus de la France et de la civilisation dans laquelle elle s'inscrit. C'est le symbole militant d'une dissidence politique hostile qu'un relativisme inquiétant empêche de voir.

L'idéologie musulmane m'écoeure aussi et j'ai multiplié les billets sur ce blogue pour la dénoncer et proposer des manières efficaces de la combattre, comme le fait de cesser de subventionner des centres communautaires, des écoles coraniques et des mosquées qui endoctrinent les gens. J'ai dit qu'il ne fallait pas se gêner pour critiquer et même ridiculiser cette idéologie. J'ai dénoncé les multiculturalistes qui crient au racisme dès que quelqu'un ose le faire. J'ai dénoncé le fait que des bêtes soient tuée dans des conditions souffrantes sous prétexte qu'il faut respecter les rituels halal. J'ai dit que la burqa devrait être interdite dans certains contextes. Je me suis prononcé contre la ségrégation des sexes que réclame l'Islam. J'ai écrit que la circoncision devrait à tout le moins être payée par les parents qui la souhaitent ou, encore mieux, complètement interdite. J'ai même proposé qu'on limite le nombre d'immigrants et de réfugiés qui proviennent de pays où règne l'idéologie islamiste radicale.

Comparativement à ces phénomènes inquiétants, le port du burkini semble bien trivial et sans importance.

Ce vêtement constitue sans doute un "refus de la civilisation" pour certaines personnes. Mais certaines femmes qui portent le burkini diront simplement qu'elles le font car elles souhaitent demeurer modestes. Faut-il interdire la modestie?

Il est parfaitement correct d'interdire certains vêtements ou d'imposer un uniforme dans certaines circonstances spécifiques et principalement pour des raisons de sécurité. Aller se baigner à la plage en burkini n'est pas une de ces circonstances et ne représente un danger pour personne.

MBC ajoute:

C'est dans une même perspective que la France a décidé d'interdire le voile intégral dans les rues ou les signes religieux ostentatoires à l'école. Il n'y a rien de ridicule à prendre au sérieux la portée politique de tels vêtements.

Interdire le voile intégral dans certaines circonstances est défendable. De plus, les autorités (policiers, douaniers, juges, fonctionnaires, médecins) devraient avoir pleinement le droit d'exiger qu'il soit retiré sans possibilité de refus.  

À l'école, je trouve que l'interdiction des différents voiles islamiques se défend. Les écoles ont le droit d'imposer des codes vestimentaires aux élèves et les vêtements religieux ne devraient pas bénéficier de droits spéciaux. De plus, on parle de mineurs ici, pas d'adultes. Interdire la burqa à l'école est essentiel. Interdire le hidjab est défendable, mais pas essentiel, à mon humble avis.

Je pense que, d'une part, aucun statut particulier ne doit être accordé à un vêtement ou à un accessoire sous prétexte que le port de celui-ci est dicté par une religion. 

D'autre part, il faut garder en tête que dans un pays libre, les citoyens devraient généralement avoir le droit de porter ce qu'ils veulent dans leur vie privée tant que les vêtements ou les accessoires ne violent pas des règles de base d'hygiène et de décence, tant qu'ils ne représentent pas un danger potentiel pour le porteur ou les gens qui l'entourent et tant qu'il n'arbore pas de slogan haineux qui appelle à la violence.

Selon cette logique, la burqa doit être interdite au volant. Le hidjab peut être interdit à l'école. Mais rien ne justifie que le burkini soit banni des plages.

En un sens, il faut pousser l'islam à prendre le pli du monde occidental. Une pédagogie compréhensive ne suffira pas: il faut, d'une manière ou d'une autre, rappeler que la civilisation occidentale n'est pas optionnelle en Occident et que la culture française n'est pas optionnelle en France.

Je veux bien. Mais est-ce que le fait d'interdire le burkini est vraiment la meilleure façon d'y arriver?

Je ne le crois sincèrement pas.

Ironiquement, le commentaire que j'ai trouvé le plus juste et le plus pertinent (ainsi que le plus divertissant) à propos de toute cette controverse est l'éditorial de Iegor Gran dans Charlie Hebdo:

Moi, si j’étais islamiste radical, voici ce que je ferais. Je prendrais une centaine de mes sœurs en religion, déterminées et prêtes à tout, et je les balancerais en burkini à Paris Plages, en plein cœur de la capitale, toutes d’un coup, pour une petite baignade innocente. Boum ! Effet garanti ! Et implosion immédiate de la société française sous les yeux de nos voisins consternés : reportages à n’en plus finir à la télé, tapage sans nom chez les intellectuels, insultes, invectives, plaintes et contre-plaintes, surenchère de déclarations démagogiques chez les politiques, manifestations de soutien, montée spectaculaire du FN, rédaction de chartes de plage, circulaires aux préfets, installation de portiques de sécurité à Palavas-les-Flots, recrudescence d’actes islamophobes, voitures incendiées en banlieue, contrôles au faciès renforcés, marches silencieuses de naturistes contre le fascisme vert, candidature de Michel Onfray à la présidence de la République, arrestation et expulsion par erreur d’une femme en tenue de plongée, crise institutionnelle, et, pour finir en beauté, arrivée triomphale de Donald Trump, venu sauver une France en perdition. Ce plan diabolique de mise à mort de notre pays ne nécessite aucun investissement particulier, à part quelques bouées, seaux, pelles et râteaux de plage. Peut-être est-il déjà en train de se réaliser ?


C'est clair, m'semble! Elle ne veut pas être sauvée! Et on ne sauve pas les gens contre leur gré...

À lire également: Rania El-Alloul




4 commentaires:

fylouz a dit…

Okay, tout d'abord il faut rappeler que le burkini est une invention australienne. Ça ne vient pas d'une république islamique. Je ne suis pas du tout sûr que cette tenue serait admise en Arabie Saoudite, par exemple. Ensuite, toute cette affaire a débuté avec cette altercation que tu connais en Corse. J'ai cru comprendre qu'en fin de compte, il n'y aurait aucun rapport entre le burkini et l'incident en question. Toutefois, il semble que certains maires aient choisi d'interdire le burkini sous ce prétexte, c'est-à-dire pour éviter les incidents et préserver la paix sociale.
Enfin, je dirais que le burkini représente un recul en matière d'habillement. Je veux bien croire que chacun peut s'habiller comme il/elle veut mais il se trouve que cela a été le cas à une époque dans certains pays musulmans. Par exemple, il fut un temps où on pouvait admirer des égyptiennes en mini-jupe au Caire. Et puis, on a commencé à voir de plus en plus de femmes porter le voile et/ou la burqua et aujourd'hui les premières ont disparu de la circulation alors que les autres sont majoritaires. Au Maroc et en Tunisie, par exemple, les femmes peuvent porter des bikinis. Si on laisse le burkini se répandre, sera-ce encore le cas d'ici quelques années ?
La controverse du burkini est sans doute ridicule et le débat autour un vrai foutoir mais le choix de porter ce vêtement représente pour moi une régression et franchement je ne veux pas voir ça dans mon pays. Et s'il y a des femmes qui ne veulent pas être "sauvées", tant mieux pour elles ! Qu'elles restent dans leur chambre, fenêtres closes, lumière éteinte, sans radio ni télévision pour ne pas offenser leur dieu, leur père ou leur frère.
En tout cas, attendons de voir ce que vont en dire les religieux. Je ne serais pas étonné qu'ils condamnent cette pièce de vêtement comme étant obscène.

http://www.ouest-france.fr/culture/au-nigeria-les-salafistes-naiment-pas-le-cinema-4404478

Guillaume a dit…

Je trouve aussi que, si le burkini est un outil rétrograde, on ne devrait pas l'interdire. Il n'est guère différent par ailleurs d'une tenue de surf ou de plongée, lesquelles sont utilisées pour des motifs non religieux. Et ce n'est pas comme si les femmes portant le burkini sont employées de l'état ou, comme tu le dis, on forçait toutes les femmes à en porter un.

QS n'en est pas à une contradiction près: Françoise David défend l'école publique... mais envoit ses enfants au privé "pour des raisons personnelles". Amir Khadir a déjà dans une même phrase exorté les souverainistes fatigués qui veulent passer à autre de voter QS, tout en disant à ceux déçus que le PQ ne tienne pas un référendum de voter pour QS aussi. Je ne crois pas par ailleurs que QS ait une politique pro laïcité et même authentiquement féministe. (Parce qu'on ne peut être féministe sans être laïque, mais c'est une autre histoire). QS défend des positions exclusivement clientélistes et donc ne s'embarrasse pas de principes comme la séparation de l'Église et de l'État ou de l'égalité hommes-femmes. Ces principes, ils les réservent pour les slogans et les positions de foi.

Sébastien a dit…

Je te trouve un dur avec ceux qui ont pris position pour une forme de contrôle, particulièrement la CAQ.

Toi même tu dis:
"D'autre part, il faut garder en tête que dans un pays libre, les citoyens devraient généralement avoir le droit de porter ce qu'ils veulent dans leur vie privée tant que les vêtements ou les accessoires ne violent pas des règles de base d'hygiène et de décence, tant qu'ils ne représentent pas un danger potentiel pour le porteur ou les gens qui l'entourent et tant qu'il n'arbore pas de slogan haineux qui appelle à la violence."

Je trouve personnellement ce vêtement très indécent et qu'il représente autrement que par les mots un "slogan haineux", celui des valeurs dites occidentales.

Ceci dit, je ne suis pas convaincu qu'il y ait quoi que soit qui puisse être fait, car tout encadrement finira par devenir arbitraire. Comment par exemple distinguer une tenue de surfeur d'un burkini. C'est le même genre de problème que lorsque durant le printemps érable, on parlait d'interdire les manifestions à visage couvert, mais qu'on s'exposait à interdire le légitime foulard d'hiver ou même à la présence d'une mascotte.

Prof Solitaire a dit…

Merci pour vos commentaires, tout le monde. Ils sont fort pertinents et intéressants.