1 octobre 2016

Qu'est-ce qu'un Québécois?

Tout le monde parle de ce livre, comme s'il s'agissait d'un ouvrage scientifique extraordinaire, comme s'il permettait de psychanalyser collectivement le Québec, comme si les informations qu'il contient étaient des vérités scientifiques indéniables...

Or, il n'en est rien:

Le Québécois est un Français... mais en plus modeste. Il est aussi un Anglais plus émotif et un Américain, mais plus pacifiste.

Balancez-moi donc d'autres stéréotypes épais par la gueule pendant que vous y êtes! Le Québécois est un Mexicain, mais moins paresseux? Il est un Japonais, mais moins travaillant? Il est un Chinois qui ne mange pas de chien? Un Belge qui lit moins de BD? Un Allemand qui boit moins de bière?

Bon, ok, le dernier est probablement assez proche de la réalité! ;-)

Tenter de comprendre le Québec c’est apprendre à jongler avec nos paradoxes, exposent trois auteurs dans Le Code Québec, un ouvrage qui paraîtra lundi dans les librairies.

Le problème avec ce livre, c'est qu'il n'est pas ce qu'il a la prétention d'être. On le présente comme un ouvrage scientifique qui nous révèle la nature profonde du Québécois, mais il n'en est rien. En fait, il ne s'agit que d'un paquet de sondages.

Or, à mon humble avis, les sondages ont généralement peu de valeur. Il peuvent être parfois intéressants lorsqu'il s'agit de capturer l'opinion publique à un moment précis à propos d'une question d'actualité spécifique, mais ils ne sont pas adéquats pour dresser le portrait sociologique et ethnologique d'un peuple.

Pourquoi? Pour plein de raisons. Premièrement, un sondage ne reflète pas la réalité. Il ne s'intéresse pas aux FAITS, il s'intéresse aux OPINIONS. Or, des opinions, ça ne vaut généralement pas grand-chose. Les opinions peuvent changer selon un paquet de facteurs. Et parfois très rapidement.

Deuxièmement, les questions d'un sondage sont presque toujours problématiques et les réponses qu'ils élicitent sont donc hautement suspectes. Soit la formulation de la question, soit la compréhension parfois incomplète ou fausse de la question ont pour résultat des réponses peu fiables.

Troisièmement, on ne définit pas la nature profonde d'un peuple avec des sondages. C'est extraordinairement réducteur. La nature d'un peuple se trouve plutôt dans son histoire, dans son contexte géopolitique, dans son imaginaire collectif, dans sa culture et dans sa langue. Si les Italiens changeaient collectivement d'opinion à propos de l'avortement, ils ne seraient pas moins italiens pour autant!

Quatrièmement, le sondage exige souvent que les répondants s'expriment à propos d'enjeux auxquels ils n'ont pas bien réfléchi. S'ils se donnaient la peine d'y penser et d'écouter les différents arguments qui sont pour ou contre tels ou tels enjeux, leur opinion aurait beaucoup plus de valeur. De plus, elle ne ressemblerait fort probablement pas à leur position initiale qui était mal informée.

Cinquièmement, l'appartenance d'un individu à un groupe ne devrait pas être mesuré en fonction des opinions de la majorité. Je déteste le hockey, est-ce que cela signifie que je suis moins québécois que les autres? Je trouve Céline Dion indigeste et je ne bois jamais de Molson ou de Labatt, cela fait-il de moi un faux Québécois? Absurde...

Cela étant dit, voyons voir si ce livre contient quelques petits éléments intéressants à travers la pile de niaiseries insipides...

Pendant trois ans, Jean-Marc Léger, cofondateur de la firme de sondage Léger, a tenté de décoder l’ADN des Québécois et d’en extraire sept traits communs qui nous définissent (...) Pour ce faire, il s’est entouré de deux autres sommités: Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal, et Pierre Duhamel, directeur général de la Fondation entrepreneurship.

Bref, des types qui seraient sans doute très efficaces pour déterminer les préférences des Québécois pour telle ou telle marque de yogourt. Ou l'efficacité d'une quelconque campagne de marketing. Pas pour dresser le portrait d'un peuple.

Une des découvertes les plus importantes du livre, selon M. Léger, est que le tiers des Québécois s’identifie d’abord à la culture française, un autre tiers à la culture anglo-saxonne et un autre tiers à la culture américaine. Le Québécois est un unique mélange de trois cultures.

Yvon Deschamps disait déjà ça dans un monologue il y a une quarantaine d'années. Tout ce que cela démontre, c'est qu'un peuple qui n'a pas de pays et dont l'identité est niée et dépourvue de tout prestige et de tout respect va avoir tendance à s'identifier à d'autres identités plus solides et mieux établies selon des critères personnels souvent très imprécis et douteux.

Du genre: "Moi, je parle français, alors je suis comme les Français." Ou: "Moi, je regarde des émissions de télé américaines, alors je suis comme un Américain." Ou encore: "Moi, j'aime la famille royale, alors je suis comme un Britannique." C'est superficiel et épais.

De plus, je devine que la question du sondage devait exiger que le répondant s'identifie à l'une de ses trois options. Si on lui avait permis de le faire, combien de répondants se seraient identifiés d'abord et avant tout comme originalement Québécois? Nous ne le saurons jamais...

«Pour moi, la chose la plus fascinante est que, dans le fond, 71% du code québécois est commun avec les Canadiens anglais», poursuit M. Nantel. C’est donc dire que les Québécois et les Canadiens anglais partagent une majorité de comportements semblables.(...) Le livre s’intéresse aux spécificités des Québécois, mais les auteurs rappellent que nous sommes moins différents du reste du Canada que nous aimons parfois le penser.

Que vois-je? Un petit agenda fédéraliste se cache-t-il au coeur de cet exercice? Peu importe, je dis BULLSHIT!

J'ignore quels sont les critères de cette analyse inventée de toute pièce. Les même critères permettraient probablement d'affirmer que le même pourcentage du "code québécois" est commun avec n'importe quelle population occidentale...

Les Québécois ne sont pas des Canadiens "comme les autres". Et pour le prouver, je vous invite à lire ces billets:

Le caractère national des Québécois
Cyberpresse a récemment publié cet article qui parle de tests psychologiques qui ont été administrés à divers échantillons de population en Amérique du nord.

Le français: pivot de l'identité et de la résistance québécoise
Certains diront qu'on n'avait pas besoin que des chercheurs nous le disent, mais je trouve leur analyse tout de même fort intéressante.

Les deux histoires d'un pays
Un récent sondage a révélé (Ô surprise) que les Québécois et les Canadiens anglais ont des visions totalement opposées des origines de leur pays! Ben oui!

L'art de manipuler l'opinion publique
Cette leçon vous est offerte, pas gratuitement du tout, par le gouvernement Harper

Canada schizophrène
Cyberpresse publiait les résultats de ce sondage cette semaine. Les résultats n'ont rien de surprenants, mais confirment un certain nombre de choses.

Les francophones du Québec partagent, par exemple, beaucoup de valeurs et des comportements avec les Britanno-Colombiens que ce soit sur des sujets comme l’avortement ou la protection de l’environnement. Et tout comme les Albertains, les Québécois entretiennent une certaine méfiance à l’égard de Toronto.

Selon cette même logique, on pourrait se baser sur des sondages, des opinions et des critères choisis pour affirmer que les Québécois sont comme les Norvégiens, les Danois ou les Portugais... c'est du grand n'importe quoi.

Les Québécois ont souvent été taxés de racisme ces dernières années dans les médias du Canada anglais, avec la crise des accommodements raisonnables et le projet de charte des valeurs. Le Code Québec nous apprend que 20 % des Québécois se disent plutôt ou un peu racistes, ce qui est légèrement plus élevé qu’au Canada anglais (16 %). 

Complètement ridicule. De toute évidence, les gens qui ont répondu cela ne comprennent pas ce qu'est le racisme. C'est la HAINE des autres groupes ethniques! La HAINE! C'est très sérieux! On ne parle pas du fait d'entretenir quelques préjugés bénins à propos de tel ou tel groupe, on parle d'idéologie suprémaciste haineuse! Si 20% des Québécois étaient racistes, des membres de minorités seraient agressés dans les rues à toutes les semaines! On aurait un puissant parti d'extrême-droite québécois! Les tensions entre communautés ethniques seraient exacerbés! Les cas patents de discrimination abonderaient! Or, ce n'est absolument pas le cas.

Tout le ridicule de ce livre est limpide ici. Une donnée comme celle-là en dit beaucoup plus long sur l'incompréhension des répondants que sur le racisme de la population du Québec!

D'ailleurs, il se contredit lui-même dans la phrase suivante:

Un sondage Léger démontre que les Québécois voient d’un bon œil l’immigration, tant que les lois et coutumes d’ici sont respectées. Bref, ils ont davantage peur du retour du religieux que des étrangers.

Pour ce qui est du racisme, on repassera!

Les trois auteurs du Code Québec ont trouvé, sondages à l’appui, sept traits qui forment l’ADN de notre identité. Ces traits permettent d’expliquer par exemple pourquoi nous aimons plus la fondue chinoise que les Ontariens. 

Oui, voilà une question FONDAMENTALE qu'il faut absolument se poser: Pourquoi aimons-nous davantage la fondue chinoise que les Ontariens? Cette question est au coeur même de l'identité québécoise! C'est la clé de notre ADN collectif! Si nous arrivons à y répondre, nous saurons enfin qui nous sommes! Nous pourrons alors fièrement remplacer les devises de nos plaques d'immatriculation par "J'aime la fondue chinoise!"

Calvaire...

«Pour un Québécois, le plaisir, c’est sérieux»
– Anthony Bourdain, animateur vedette à CNN

Ah! ben là! Si c'est Anthony Bourdain qui le dit, ça doit être vrai! C'est un grand ethnologue et sociologue réputé, vous savez? Ce qui sort de sa bouche est parole d'évangile! Comme je suis heureux que de grands intellectuels aient été consultés pour cet ouvrage!

Au Québec, tout est un prétexte pour faire la fête. (...) La joie de vivre est au cœur de la différence québécoise. 

Un vieux préjugé bien connu qui remonte probablement aux années 30, à l'époque de "Montréal ville ouverte", la ville des clubs, des bars et de la prohibition. Il semblerait que les Québécois aient adopté le stéréotype.

Le seul élément fascinant ici, est de voir à quel point le regard des autres peut avoir une influence sur la perception qu'un peuple a de lui-même. Ce qui me fait conclure que l'éternel "haine de soi" des Québécois est alimentée par l'éternel mépris et les quolibets du Canada anglais...

Qu'en est-il donc réellement de ce stéréotype de "joie de vivre" si persistant à l'égard des Québécois et des Cajuns, au point où l'expression française est largement utilisée dans la langue anglaise? Comme pour le reste, cette opinion ne se vérifie pas:

Les jeunes Québécois sur les antidépresseurs
Entre 2005 et 2008, le nombre d’ordonnances d’antidépresseurs à des jeunes de moins de 19 ans (a connu) une hausse fulgurante de 196% (...) le Québec est ainsi devenu la province canadienne où l’on prescrit le plus d’antidépresseurs aux jeunes

15% des enfants d’âge préscolaire affectés par la dépression et l'anxiété!
(...) près de 15 % des enfants d'âge préscolaire souffrent de haut niveaux atypiques de dépression et d'anxiété.

Nouveau portrait statistique de la santé mentale au Québec
Une proportion de 4,4% des Québécois âgés de 15 ans et plus a vécu un épisode dépressif au cours des 12 mois précédant l’enquête (...) 12 % ont vécu un épisode dépressif au cours de leur vie (...) Les personnes âgées de 15 à 24 ans sont nombreuses à ressentir de la détresse psychologique. 28 % d’entre elles présentent un niveau élevé de détresse psychologique

En 2007-2008, au Québec, 20 % de la population de 12 ans et plus se classe à un niveau élevé sur l’échelle de détresse psychologique.

Association québécoise de prévention du suicide
Chaque jour, 3 Québécois s'enlèvent la vie. Les hommes représentent plus de trois quarts des suicides (855 hommes et 246 femmes en 2013).

Y'a pas à dire, la joie de vivre est vraiment au coeur de la différence québécoise...

«On est plus heureux parce qu’on est plus taxé, ajoute Jean-Marc Léger. Et on est plus taxé, parce qu’on est plus égalitaire et on a plus de services. Le bonheur est là, quand tu penses que tu n’es pas défavorisé par rapport à ton voisin.»

Tout le problème de ce livre est là. On se base sur un sondage pour tirer des conclusions absolues à propos de tout un peuple. Les Québécois DISENT qu'ils aiment la "joie de vivre"? Ben voilà! Ça prouve qu'ils sont follement heureux!

Heu... non.

Et cette affirmation à propos des taxes et des services? Ça, c'est ton interprétation, mon coco. Ton opinion. Rien de plus. Et encore une fois, elle traduit un agenda politique de gauche.

Est-il possible que ce qu'il affirme soit vrai? Y a-t-il une corrélation réelle entre les services publics et le bien-être d'une population? C'est tout à fait possible, mais un sondage d'opinion ne constitue pas une preuve scientifique de cela.

Notre joie de vivre se traduit notamment dans notre façon de consommer. Un sondage cité dans le livre révèle que 70 % des Franco-Québécois aiment magasiner, alors que ce taux n’est que de 45 % chez les Anglo-Québécois. 

Ah! Magasiner! Ce merveilleux exercice qui constitue à essayer de remplir le grand vide abyssal de son existence en achetant divers cossins tous plus inutiles les uns que les autres et qui ne fournissent qu'un court instant de contentement superficiel!

Je déteste magasiner... je ne dois pas être un vrai Québécois...

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ?
Vivre le moment présent
Québécois francophones: 74%
Anglophones du ROC: 46%

Préparer l’avenir
Québécois francophones: 26%
Anglophones du ROC: 54%

Peut-être que c'est parce que, collectivement, on sait qu'on n'a pas d'avenir? Et qu'au train où vont les choses, on sera tous des Canadians multiculturels assimilés avant longtemps?

Ou peut-être est-ce juste une fausse dichotomie. N'est-il pas possible d'apprécier le moment présent tout en préparant l'avenir? Le présent n'est-il pas garant du futur?

Et, encore une fois, ce n'est pas parce que les trois quarts des Québécois affirment vivre le moment présent que c'est nécessairement vrai. Moi, j'ai beaucoup de mal à vivre pleinement de cette façon et je doute que la quasi-totalité de la population y arrive aussi aisément qu'elle le prétend...

«On ne se querelle pas publiquement comme les Français ou en privé comme les Anglais. Les Québécois sont exagérément consensuels»
– Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur au Journal de Montréal

Ah, alors là, si je me fie à ce que j'observe autour de moi depuis des années, je suis obligé d'être d'accord là-dessus. Malheureusement, parce que ça m'exaspère. Cette absence de débat me semble être très néfaste pour une société.

Tout le monde est d’accord, le consensus est extrêmement important au Québec. 

Oui, tout le monde est d'accord... quelle ironie! ;-)

«Quand on fait des focus groups au Québec, après 10 minutes j’ai un consensus, explique Jean-Marc Léger. À Toronto, ils ne sont jamais d’accord et au Maroc, ils s’engueulent.»

Je n'ai aucun mal à y croire. Toutefois, je soupçonne que cela est moins dû à un désir de consensus qu'à l'absence de convictions. J'ai l'impression que le Québécois moyen a généralement peu de convictions idéologiques et qu'il est très facile à convaincre. D'où la frivolité d'essayer de le décrire à coups de sondages d'opinion.

Plusieurs aspects peuvent expliquer ce besoin. Selon l’historien Éric Bédard cité dans le livre, ce trait découle de notre statut de minoritaires. «Nous voulons parler d’une seule voix pour nous faire entendre. Nous avons peur de la division», dit-il.

Ridicule. Nous sommes politiquement divisés depuis longtemps. On n'a qu'à regarder les résultats des élections aux Québec. Aucun parti ne récolte plus qu'un tiers des voix...

M. Léger ajoute qu’il faut aussi y voir un héritage des Premières Nations. «La structure de décision et notre ouverture aux autres sont influencées par la culture amérindienne», dit-il.

Wow! Comme explication gratuite sortie du champ gauche, il se fait difficilement mieux!

Les Québécois ont aussi dû se serrer les coudes pour passer au travers des épreuves. «L’abandon de la France, l’assimilation britannique, la froidure de l’hiver, l’invasion de la culture américaine... ll a fallu qu’on s’entraide et cela crée ce consensus», souligne le président de Léger.

On voit encore le biais du sondeur. Je commence à croire que ce livre nous en apprend davantage à propos de Léger qu'à propos des Québécois. Ainsi, selon lui, ce ne sont pas les Anglais qui nous ont conquis par la force, mais plutôt les Français qui nous ont abandonnés. Fascinant.

Pour le reste, il divague. Si nos ancêtres ont effectivement jadis été très solidaires, les Québécois modernes sont horriblement individualistes. Moi le premier.

«Les Québécois ne savent pas débattre; ils s’insultent ou se contentent de cataloguer les individus au lieu de discuter de manière profonde les idées défendues par autrui», ajoute le politologue Jean-François Caron cité dans le livre.

Entièrement d'accord là-dessus.

Pour éviter la chicane et les débats, le Québec est devenu une société tolérante, permissive et accommodante, expliquent les auteurs. Ce n’est pas par hasard si l’expression «accommodement raisonnable» a été inventée au Québec.

Oui et il faut être aveugle pour ne pas constater que cela est loin de satisfaire tout le monde!

Les Québécois ont dû apprendre à travailler en groupe et miser sur le corporatisme. «Le commerce de détail au Québec, ce sont des gens qui se sont mis ensemble parce qu’aucun n’avait le capital pour se partir tout seul, explique Jacques Nantel. Tout le Québec est tissé comme ça.» Cette façon de faire donne le Mouvement Desjardins ou le Fonds de solidarité de la FTQ.

Point de vue intéressant. On voit que les seules affirmations pertinentes de ce livre sont celles qui ne s'appuient pas sur des sondages, mais sur des observations plus sérieuses...

«Je ne suis pas certain si je suis encore indécis»
– Réponse d’un Québécois à un sondage politique Léger

Ah! ben si UN répondant l'a dit, ça doit être une tendance lourde!

Nous sommes de grands parleurs, mais de petits faiseurs. Le Québec a voté une seule fois «oui» à un référendum, en 1919... afin que la bière et le vin léger soient permis dans un contexte de prohibition.

Généralisation facile qui s'appuie sur une poignée de référendums, tout en faisant fi que dans certains d'entre eux, le fait de voter NON était un acte de rébellion (le plébiscite sur la conscription et le référendum sur l'accord de Charlottetown) et qu'au dernier référendum sur la souveraineté, la moitié de la population et la majorité des francophones ont voté OUI... alors je trouve cet analyse de la réalité tout simplement méprisant, risible et ignare.

«Au Québec, les gens ne veulent pas prendre position», dit M. Léger. Dans les 75 dernières années, le Québec a répondu par la négative aux quatre référendums qui lui ont été soumis. Il a refusé la conscription en 1942, la souveraineté-association en 1980, l’entente de Charlottetown en 1992 et la souveraineté-partenariat en 1995.

Comme je viens de le dire, certains de ces refus constituent des prises de position très fortes, alors il dit n'importe quoi.

Le Québec répond un «non» qui lui laisse toujours une porte ouverte.

Comme si tous les Québécois se consultaient la veille d'un vote pour se dire: "Hey, on vote NON mais pas trop fort, comme ça on va se laisser une porte ouverte, ok?" Quelle affirmation étrange... le sondeur assigne ici une espèce de conscience collective à un vote populaire, comme si la population était un tout organique avec une seule pensée plutôt qu'une collectivité d'individus...

Les Québécois sont le peuple de l’extrême centre, selon les auteurs. Ils ne veulent pas prendre position et cela se traduit par un certain détachement. «Ils se détachent des enjeux et espèrent que la décision se prenne d’elle-même, sans froisser personne et sans débat», écrivent les auteurs.

Mais non, ils se détachent parce qu'ils savent qu'ils vivent dans un pays qui ne leur appartient pas et sur lequel ils n'ont aucune influence. On est assis en arrière, sur le siège du passager. On ne conduit pas et on le sait. Alors on préfère regarder le paysage par la fenêtre...

Ce détachement n'est pas un syndrôme de l'extrême-centre, c'est une conséquence de notre conquête et de notre soumission nationale.

Ce détachement se traduit même dans notre langage, souligne Pierre Duhamel. Par exemple, on ne dit pas qu’une fille est belle, mais qu’elle n’est pas laide.

Il est vrai que les Québécois adorent s'exprimer ainsi, mais est-ce là vraiment une preuve de notre détachement? Ou s'agit-il plutôt d'une figure de style prisée parce qu'elles est humoristique? Je l'ignore et je soupçonne que ce soit également le cas de Duhamel...

«Notre peur de s’engager fait de nous de grands parleurs, petits faiseurs», estiment les auteurs. «On est ceux qui ont le plus d’intention, mais qui en font le moins», explique M. Léger.

Généralisation et affirmation à l'emporte-pièce, encore une fois.

Les Québécois sont plus préoccupés par les changements climatiques et la pollution de l’air que la moyenne des autres Canadiens. Mais ils sont ceux qui passent le moins à l’action quand vient le temps de réduire sa consommation d’énergie, préserver l’eau potable ou encore de composter.

Et on se base sur quoi pour l'affirmer? Sur de véritables études ou sur des putains de sondages d'opinion?

Le Québec est aussi le paradis du moteur, malgré les grands discours antipétroliers. En 2009, l’équivalent de 92,5 % des Québécois avaient un véhicule immatriculé, alors que la proportion n’était que de 79,7 % en Ontario et de 86,2 % pour l’ensemble du Canada.

J'imagine qu'on parle des Québécois en âge de conduire, ici? Pas des Québécois en général!

Ces chiffres illustrent que les Québécois ont besoin d'un véhicule pour se déplacer, pas qu'ils aiment le pétrole! J'ai une auto parce que j'en ai besoin, pas parce que je suis un amant des pétrolières! Offrez-leur des véhicules écologiques abordables et performants et je suis convaincu qu'ils vont se jeter dessus.

Quel étrange argumentaire. Les raccourcis qu'empruntent ce livre pour tirer des conclusions sont ahurissants...

«Nos écrans font défiler à longueur de journée ces facéties d’imbéciles heureux»
– Jean-Jacques Stréliski, professeur associé à HEC Montréal

(...) La publicité québécoise foisonne de personnages masculins tous aussi simplets les uns que les autres. De véritables perdants. C’est ce que les auteurs ont appelé le phénomène de «l’homme con».

«Même pour annoncer du fromage, il faut qu’on ait un imbécile», déplore M. Duhamel en faisant référence à la campagne mettant en vedette un certain Benoit qui croit tout savoir, mais confond tous les noms d’oiseaux, de vin ou d’étoile, etc.

«Au Québec, on est habitué de voir ça, mais ce type de publicité ne marche pas aux États-Unis, où ils montrent plutôt des gagnants», souligne Jean-Marc Léger.

Voilà enfin une observation pertinente. C'est tout à fait vrai.

Mais pas pour les raisons qui sont mises de l'avant ici.

Selon l’historien Éric Bédard, les Québécois sont souvent des victimes parce que nous n’avons jamais été responsables de notre destin... du régime français en passant par la domination anglaise jusqu’à la mainmise du clergé.

Ceci n'est qu'une explication partielle. Il faut également prendre en considération deux autres facteurs:

1- Le colonialisme qui a pour effet d'instaurer une culture dominante comme prestigieuse et admirable, tout en décrivant la culture dominée comme rétrograde, tribale, inférieure et méprisable. Ceci se poursuite encore à ce jour. Après des siècles, il n'est pas étonnant que les Québécois affichent une haine de soi aussi importante.

2- Le féminisme, une idéologie qui s'est très fortement implantée dans la société québécoise depuis des décennies et qui, comme toute bonne idéologie suprémaciste, assigne toutes les qualités à un groupe (les femmes) et tous les défauts et les faiblesses à l'autre groupe (les hommes). Cela se vérifie de maintes façons et les publicités dont il est question ici n'en sont qu'un symptôme parmi plusieurs autres.

D'où ma conviction que le colonialisme et le féminisme sont les pires maux du Québec et qu'il faut se débarrasser de ces idéologies toxiques et auto-destructrices au plus câlisse.

Les Québécois ont choisi de vivre dans de plus petites municipalités. «Ce n’est pas pour rien qu’on a créé deux fois plus de villages qu’en Ontario. On se replie sur nous dans un petit groupe homogène», souligne Jean-Marc Léger.

Premièrement, sur quoi se base-t-il pour affirmer que ce choix est motivé par un "repli" sur soi-même et sur un désir d'homogénéité? Aucune autre explication n'est donc envisageable? Comme la qualité de vie qui y est meilleure qu'en ville, par exemple?

Deuxièmement, je me questionne sur la véracité de cet analyse qui semble être contredit par plusieurs faits:

La crise qui a vidé les régions
En 10 ans, le Québec a perdu le tiers de ses emplois liés à l’industrie forestière, une crise qui continue d’affecter durement les régions. La vitalité économique du village de Champneuf en Abitibi n’est plus ce qu’elle était depuis que l’usine d’Abitibi-Consolidated a fermé en 2005.

Les régions secouées par l'exode de leur population
Un peu partout au pays, la population vieillit et les jeunes s'exilent pour la ville; le maintien des infrastructures ainsi que le haut taux de chômage engendrent de nombreux problèmes. (...) Au Québec, plus de 80 pour cent des villes dites «dévitalisées» comptent 800 habitants ou moins.

Arrêtons la saignée
L'exode des régions affaiblit le Québec depuis des décennies. (...) le modèle économique des pôles de croissance a montré qu'il ne fonctionnait pas car les villes continuent de se développer aux dépens des régions périphériques.

Alors l'affirmation de ce bouquin s'appuie-t-elle sur les faits ou s'agit-il d'un autre vieux préjugé anglais de tribalité et de fermeture québécoise qui reprend du service?

Québécois sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’ils s’intéressent peu à ce qui se passe ailleurs. «Dans l’ordre, ils sont préoccupés par les nouvelles locales, les sports (essentiellement le Canadien) et les faits divers. Ils manifestent moins d’appétit pour les nouvelles internationales, nationales et économiques», explique-t-il.

Pourquoi expliquer cela par un "repli sur soi"? N'est-il pas évident que cela est dû au fait que les Québécois n'ont pas de pays, donc pas de voix sur la scène internationale? N'est-il pas normal dans ce contexte de se désintéresser d'événements sur lesquels nous n'avons pas la moindre influence?

De toute évidence, si les Québécois avaient un pays et qu'ils interagissaient avec les autres nations sur la scène internationale, ils s'y intéresseraient davantage.

En passant, je suis un Québécois et je m'intéresse beaucoup plus aux nouvelles internationales qu'aux nouvelles locales... et je me contre-câlisse complètement du hockey. Alors attention aux maudites généralisations.

Tout ça pour dire que je trouve cet exercice assez peu fiable et teinté de préjugés.



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