7 octobre 2016

Réplique au premier ministre du Québec

Monsieur le premier ministre,

Permettez-moi de m'adresser directement à votre magnanime grandeur afin de répliquer à quelques-uns des commentaires que vous avez formulés dans les dernières heures.

En effet, lors de votre visite à Reykjavik, vous avez cru le moment opportun pour vomir votre habituel mépris sur le chef du parti québécois avant même que ce dernier ne soit officiellement choisi par les membres. Pour l'occasion, vous avez ressorti les habituels arguments que vous nous resservez à chaque élection.

Permettez-moi de vous citer, via cet article du très fédéraliste quotidien La Presse à qui on ne pourra jamais reprocher de ne pas vous être favorable:

Quel que soit le chef qui sera élu à sa tête vendredi soir, le Parti québécois sera toujours tenté de déclencher un référendum à la première occasion, même si l'option souverainiste «n'a plus d'avenir au Québec», soutient le premier ministre Philippe Couillard alors qu'il est en Islande.

Je trouve votre affirmation hautement divertissante pour de nombreuses raisons.

Premièrement, il est extraordinairement ironique que vous ayez choisi de dire de telles âneries alors que vous vous trouvez en Islande. Vous l'ignorez probablement, Monsieur le premier ministre, mais le pays dans lequel vous vous trouvez présentement a lui-même choisi de devenir souverain en 1944. Si les Islandais avaient rejeté la souveraineté, vous seriez à Copenhague aujourd'hui et vous n'auriez jamais mis les pieds en Islande.

Deuxièmement, vous l'ignorez sans doute également, mais l'Islande est le parfait exemple des bénéfices pour un peuple d'assumer sa pleine souveraineté. En effet, avant de devenir indépendante, l'Islande était pauvre. Aujourd'hui, ce pays est prospère, comme vous pouvez le constater vous-même en ouvrant les yeux et en regardant autour de vous. Bref, le pays dans lequel vous vous trouvez est la preuve concrète que la souveraineté ne conduit pas irrémédiablement à la ruine économique comme vous vous plaisez à le répéter à chaque occasion.

Troisièmement, il est très amusant de vous voir affirmer que l'option souverainiste n'a pas d'avenir au Québec. Dites-moi, Monsieur le premier ministre, si cela était vrai, alors pourquoi perdriez-vous votre précieux temps à la pourfendre et à en attaquer la crédibilité? Pourquoi vous évertueriez-vous à combattre une cause qui est condamnée à une inexorable extinction? À quoi bon vous acharner sur une cause que vous prétendez être moribonde?

Se pourrait-il que, contrairement à ce que vous affirmez, vous savez que la cause souverainiste est loin d'être morte? Se pourrait-ils qu'au fond, vous sachiez qu'elle n'est qu'en dormance et qu'elle est susceptible de se réveiller à nouveau? Se pourrait-il que vous en ayez plutôt peur?

Si c'est le cas, alors j'ai le bonheur et le plaisir de vous affirmer que vous avec entièrement raison d'avoir peur. Un tout récent sondage d'Ipsos Reid révèle que 37% des Québécois affirment être profondément attachés au Canada. Cela devrait vous inquiéter puisque, il y a 25 ans, lorsqu'on a posé la même question aux Québécois, 36% se disaient profondément attachés au Canada. C'était en 1990, à l'époque de l'accord du lac Meech. Il est follement amusant de constater qu'en un quart de siècle, l'option que vous privilégiez n'aura réussi à convaincre que 1% de la population québécoise. Même lorsque vous n'avez pas d'opposition forte, même avec des sommes colossales dépensées en propagande, même avec tous les principaux médias qui claironnent vos arguments, les fédéralistes comme vous n'auront finalement réussi à convaincre que 1% de la population. Pitoyable.

Il me semble également judicieux de vous rappeler, Monsieur le premier ministre, que vous n'avez été porté au pouvoir que par seulement 41,5% du vote populaire. Cela signifie qu'une majorité claire de Québécois a voté contre vous. Cela signifie également que la majorité des Québécois n'ont pas été convaincus par l'habituelle rhétorique anti-souveraineté que vous avez répété inlassablement lors de la dernière campagne électorale. Ce récent sondage révèle que seulement 32% des Québécois sont satisfaits de votre gouvernement. Il me semble que ce fait devrait être pour vous une bonne dose d'humilité.

Quatrièmement, lorsque vous êtes à l'étranger pour participer à un forum international, peut-être devriez-vous vous concentrer sur le travail à accomplir et à représenter dignement le Québec plutôt que de profiter de l'occasion pour vous ridiculiser publiquement en clamant tout haut des inepties qui démontrent aux leaders étrangers qui vous entendent à quel point vous êtes un petit provincialiste colonisé et servile.

Selon lui, Jean-François Lisée a un déficit de crédibilité lorsqu'il s'engage à ne pas déclencher un référendum sur la souveraineté dans un éventuel premier mandat de gouvernement. «Personne ne le croira», a-t-il dit (...) «Il dit ça, et un jour, si on a l'occasion d'en faire, on va en faire un pareil... On connaît la technique. On l'a déjà vu: souvenez-vous de la bonne vieille méthode de son maître, M. Parizeau, la cage à homards», a ajouté M. Couillard qui, incidemment, visitait des entreprises de transformation des produits de la pêche à Reykjavik.

Encore une fois, vos déclarations constituent une mine de bêtises qui méritent d'être regardées de plus près.

Premièrement, il est hilarant de vous voir évoquer le "déficit de crédibilité" d'un autre politicien. En effet, le même sondage que je citais plus haut révèle que 68% des Québécois sont insatisfaits de votre gouvernement. Côté crédibilité, je me garderais une petite gêne à votre place.

Deuxièmement, vous affirmez que personne ne croira Lisée, qu'il déclenchera un référendum à la première occasion, que "on connaît la technique" et que "on l'a déjà vu". Vous faites ensuite référence à Jacques Parizeau. Il m'arrive de me demander dans quelle réalité parallèle vous avez passé les 25 dernières années, Monsieur le premier ministre. Parizeau a fait campagne en promettant un référendum. Et après son élection, comme promis, il en a rapidement tenu un. À aucun moment il n'a prétendu qu'il ne tiendrait pas de référendum. Alors je me demande très sincèrement si votre capacité de percevoir la réalité est intacte. Vous avez sûrement un copain neurologue parmi vos amis médecins? Je vous suggère fortement d'aller lui rendre visite.

Troisièmement, il est tout simplement burlesque de vous voir ressortir la vieille histoire des homards dans l'eau bouillante. Le meilleur argument qui vous vient à l'esprit pour attaquer la crédibilité de l'option souverainiste en 2016 est ce mauvais choix de mots qui a possiblement été proféré par feu Jacques Parizeau il y a 20 ans? Même s'il avait vraiment fait cette malheureuse remarque, cela ne confirmerait en rien vos autres propos. Cela signifierait qu'il était de mauvaise foi à propos d'éventuelles négociations avec le Canada, pas qu'il s'est fait élire en prétendant qu'il n'y aurait pas de référendum.

C'est comme si j'utilisais cette infâme citation de votre cru, faite à propos du transfuge de la CAQ qui a volé des documents confidentiels, pour critiquer vos politiques économiques. La phrase démontre que vous êtes apparemment dénué du sens éthique le plus élémentaire, pas que vous êtes nécessairement incompétent dans le domaine de l'économie.

Ou encore, si je me servais des vos citations faites à propos des intégristes, celle faite après l'attentat de Paris ou celle émise après l'attentat de Nice, pour décrier votre gérance du système de santé. Ces citations démontrent bien que vous êtes un régressiste et un multiculturaliste fanatique qui ne voit pas comme une priorité la sécurité des citoyens que vous représentez, mais elles n'expliquent pas votre incompétence crasse dans le domaine de la santé.

Bref, cette citation est complètement impertinente et sans lien apparent avec le sujet. Sans parler du fait qu'elle est peu crédible et qu'elle date de deux décennies! Est-ce là le mieux dont vous êtes capable?

Quatrièmement, est-ce que j'ai la berlue ou vous êtes en train de tenter de discréditer Lisée en créant un lien entre lui et celui que vous appelez de manière assez sinistre "son maître", Jacques Parizeau? Le fait d'être lié de près ou de loin à cet ancien premier ministre constituerait donc une infamie à vos yeux? Ce n'est pourtant pas ce que vous avez affirmé lors de ses obsèques:

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a d'abord salué le rôle de «visionnaire » de Jacques Parizeau lors de la Révolution tranquille. «C'était un professeur dans l'âme, un pédagogue perpétuel», a ajouté M. Couillard au sujet du politicien, parlant d'un « homme rationnel et respectueux» qui «n'aimait pas les raccourcis et les phrases creuses». M. Couillard a conclu son discours en soulignant l'énorme contribution de Jacques Parizeau à l'avancement du Québec. «Avec d'autres grands bâtisseurs de notre nation, vous appartenez maintenant à l'histoire», a-t-il solennellement déclaré.

Alors Jacques Parizeau était-il une crapule ou un grand visionnaire? Il faudrait peut-être vous faire une idée, Monsieur le premier ministre!

«Parce qu'à partir du moment où il y a un parti indépendantiste au Québec, tous les investissements sont paralysés, toute l'incertitude s'installe, toute l'instabilité s'installe encore, et on retombe encore dans les mêmes cercles vicieux».

Et si ce que vous affirmez est vrai, ne pensez-vous pas que cette soi-disant instabilité est davantage le résultat des cris de panique et des campagnes de terreurs qui sont menées par des fédéralistes tels que vous? Ne croyez-vous pas que vous avez une large part de responsabilité en hurlant à qui veut l'entendre que l'économie du Québec est sur le point de s'effondrer? Et si vous rassuriez les investisseurs au lieu de semer la peur, cela n'aurait-il pas un impact favorable? Si au lieu de déconner comme un fanatique, vous décriviez la souveraineté comme le simple changement de régime politique qu'elle est, cela ne calmerait-il pas le jeu? Des affirmations comme celles que vous faites aujourd'hui ne vont-elles donc pas directement à l'encontre des intérêts du peuple que vous représentez? Cela ne fait-il pas de vous un traître?

Au fond, peut-être ne faut-il pas trop analyser vos propos. Peut-être s'agit-il d'un exercice futile. Tout le monde sait que votre parti a une seule et unique raison d'être: croquer du séparatiste. Et pour cela, tous les moyens sont bons, même les plus malhonnêtes.